Les femmes et les enfants pendant la Première Guerre · PDF file Guerre totale car elle...

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  • Les femmes et les enfants

    pendant la Première Guerre

    Mondiale

    1914 - 1918

    Conférence donnée à l’occasion de la commémoration du centenaire de la

    Première Guerre Mondiale, à Pennautier le 6 novembre 2014.

    Fabienne Olivères

  • Introduction

    1er août 1914, la France mobilise, respectant les traités d’alliance militaires défensifs signés par les gouvernements de la IIIe République. C’est le premier pas dans un conflit mondial que les historiens définiront comme une guerre totale. Guerre totale car elle mobilise toute la population française, les hommes pour être soldats, les femmes et les enfants, à l’arrière pour contribuer à l’effort de guerre et remplacer les hommes partis au combat. Elle mobilise aussi toutes les ressources agricoles et industrielles pour alimenter le front. L'économie est mise au service de la guerre. Les usines se transforment pour produire des munitions et du matériel militaire. Des ressources financières également pour soutenir la production et les achats à l’étranger. L’État fait appel à l'emprunt public Pour que l'arrière garde le moral, la propagande de guerre mobilise les esprits et

    la censure contrôle les écrits.

    En août 14, la France est un pays amputé, depuis 1871, de deux régions au Nord-Est, l’Alsace et la Lorraine.

    La France est majoritairement rurale, les nouvelles circulent encore lentement et essentiellement par voie de presse écrite. Il y a 200 quotidiens en 1914. Aussi, lorsque le tocsin sonne dans les villages de France, les hommes sont-ils lucides et résignés « cela devait arriver » et les femmes soucieuses ou en pleurs devant l’imminence de ce qu’elles pressentent comme une catastrophe.

  • Les scènes d’enthousiasme dans un esprit de revanche sur l’Empire allemand se remarquent davantage dans les grandes villes et notamment à Paris. Cependant tous ont la conviction que la guerre sera courte, que les hommes seront revenus pour les vendanges ou les labours. Au plus tard pour Noël. Servir devient le mot d’ordre des Français et des Françaises. Les esprits sont prêts grâce à l’école qui a entretenu le mythe des provinces perdues et qui voient dans la République un régime de droit et pacifiste. Cette guerre est une guerre juste.

    Pour les Françaises, servir c’est réconforter les soldats dans les gares, soigner les blessés des hôpitaux auxiliaires de la Croix-Rouge, nourrir les réfugiés civils affluant du Nord et Nord-Est du pays, aider les familles des mobilisés. Mais après la période de « guerre de mouvement », les soldats s’enterrent sur une ligne de front de près de 700 km de la mer du Nord à la Suisse. Devant le constat que la guerre va durer, que la France ne pourra se satisfaire des stocks industriels, il faut remettre la production en marche et de ce fait augmenter les effectifs ouvriers et remplacer les hommes partis au front.

    Les femmes remplacent alors les hommes dans les travaux des champs (agriculture et viticulture), dans les usines et les ateliers, dans les transports et activités de bureau. Cependant si elles représentent un quart de la main d’œuvre totale soit 400 000 ouvrières début 1918, cette mobilisation de main d’œuvre féminine reste limitée. On retrouvera davantage les femmes dans des activités traditionnelles, infirmières, dames d’œuvres et marraines de guerre. Les conditions de vie sont difficiles tant au travail dans les usines qu’à la maison où elles ont obtenu par la force des choses davantage de responsabilités. Enfin l’écriture des lettres, la confection des colis et la prière leur permettent de tenir, face à l’absence des hommes, la peur permanente d’une mauvaise nouvelle et le besoin de rassurer les enfants. Les enfants sont également et pour la première fois concernés directement par la guerre. Le déséquilibre familial et les bouleversements scolaires marquent d’autant l’absence du père.

  • Les enfants sont eux aussi mobilisés par le conflit. L’exaltation du sentiment patriotique se fait à travers les jeux et jouets, les lectures et les leçons à l’école. Enfin, les enfants sont confrontés très vite et très tôt à la mort. Devenus orphelins, ils seront dès 1917 considérés comme « pupille de la nation ». Cette analyse générale au niveau de la France se retrouve avec quelques précisions au niveau local, dans l’Aude. Les Archives départementales ont conservé les traces des difficultés de la vie quotidienne, de la pénibilité du travail agricole et dans les ateliers. Mais aussi de la solidarité entre les villages et au sein même des communautés rurales par des aides financières, des œuvres de solidarité et des échanges de correspondance.

    I/ Les femmes en guerre

    1. La « mobilisation » des femmes

    L’ordre de mobilisation générale est affiché le dimanche 2 août 1914.

    Dans les campagnes et les villes, le tocsin et le tambour public annoncent la

    nouvelle.

    Dans les campagnes, les hommes mobilisés laissent les moissons en cours et partent vers les casernes. Les animaux de bâts (bovins, chevaux) sont réquisitionnés par l’armée. Les chevaux seront attelés et tireront les canons, alors que les bovins seront consommés à raison de près de 35 000 par jour. Alors, seules, les femmes (environ 850 000 femmes d’exploitants et épouses d’ouvriers agricoles) labourent, sèment, fauchent, sulfatent les vignes avec des outils inadaptés à leur taille.

  • Le 7 août 1914, le Président du Conseil René Viviani lance un appel viril à la

    mobilisation et à la gloire :

    « Debout, femmes françaises, jeunes enfants, filles et fils de la patrie. Remplacez sur le champ de travail ceux qui sont sur le champ de bataille. Préparez-vous à leur montrer, demain, la terre cultivée, les récoltes rentrées, les champs ensemencés ! Il n'y a pas, dans ces heures graves, de labeur infime. Tout est grand qui sert le pays. Debout ! A l'action ! A l'œuvre ! Il y aura demain de la gloire pour tout le monde [...] Au nom du gouvernement de la République, au nom de la nation toute entière groupée derrière lui, je fais appel à votre vaillance, à celle des enfants que leur âge seul, et non leur courage dérobe au combat. Je vous demande de maintenir l'activité des campagnes, de terminer les récoltes de l'année dernière, de préparer celles de l'année prochaine. Vous ne pouvez pas rendre à la Patrie un plus grand service. Ce n'est pas pour vous, c'est pour Elle que je m'adresse à votre cœur. Il faut sauvegarder votre subsistance, l'approvisionnement des populations urbaines et surtout l'approvisionnement de ceux qui défendent la frontière, avec l'indépendance du Pays, la Civilisation, le Droit. »

    La loi du 5 août 1914 institue l’allocation de femme de mobilisé (1.25F/j = 4.05€/j et 0.50F/j et par enfant soit 1.62€). Mais cette allocation tarde à venir.

    En ville, les problèmes matériels, le chômage élevé car les ateliers et les usines

    dans le textile, l’habillement et l’industrie de luxe ont dû fermer et l’absence du

    revenu du mari tout cela oblige la majorité des femmes à se tourner vers les

    ouvroirs pour confectionner des tricots, des charpies ou des colis pour les soldats

    en échange d’un repas ou d’un peu d’argent.

  • 2. Installation dans la guerre

    Les femmes partent travailler en usine 10 à 14 h / jour pour pallier le manque de

    ressources financières et une allocation journalière lente à venir ou insuffisante

    en raison de la hausse des prix.

    Les usines se reconvertissent en industrie de guerre (comme Renault et Citroën)

    pour fabriquer des munitions, des camions ou des chars de combat.

    Elles deviennent « munitionnettes », vérificatrices, calibreuses, forgeronnes, ou

    pontonnières. Elles seront 400 000 munitionnettes en 1918.

  • Les salaires représentent 50% de celui d’un homme en 1913 et 25% en 1917

    mais il reste le double des bas salaires des secteurs féminins traditionnels

    (soit 0.75F = 2.43€ de l’heure).

    Le travail est peu qualifié, dur et pénible à cause des odeurs, des poussières, des émanations de gaz, de la station debout et du poids des obus qui pèsent 7 kg chacun. On a calculé qu’une ouvrière après 11h de travail a manipulé 35 t (d’obus) et au bout d’un an près de 7 000 t. Enfin, le travail est aussi dangereux. Les femmes manipulent du TNT et des produits toxiques. « Il faut avoir faim pour faire ce métier » dira une journaliste qui s’est immergée

    dans une usine pendant 8 jours.

    En 1917, ces conditions de travail entrainent des mouvements de contestation et

    de grève. Ils sont peu politisés car tout rentre dans l’ordre dès que les

    revendications sont satisfaites. Le mouvement est amorcé par les « Midinettes »

    (les ouvrières des ateliers de confection) suivies des « munitionnettes ».

    Elles obtiennent une augmentation de salaire de 1F / jour (3.24€) et la semaine

    anglaise, soit 1 jour et demi non travaillé le week end (dimanche et samedi

    après-midi).

    Les femmes ont aussi accès à de nouveaux emplois :

    Dans les administrations

    Dans les transports comme conductrices de Tramways,