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  • LES ECHOS DE SAINT-MAURICE

    Edition numrique

    Edgar VOIROL

    Commentaire : L'ventail de Madame Mallarm

    Dans Echos de Saint-Maurice, 1935, tome 34, p. 311-314

    Abbaye de Saint-Maurice 2011

  • COMMENTAIRE

    L'ventail de M a d a m e Mallarm

    C'est jeu de mandarin d'enfermer quelque pr-cieux message en des formes secrtes pour rebu-ter les esprits grossiers comme c'est jeu de natu-re de celer sous la bogue impertinente un marron d'acajou verniss que dcouvre le gourmand cu-reuil. Il souponne au cur de ces fruits hrisss une amande laiteuse et croquante. Il les retourne, les flaire si bien qu'il dcouvre la secrte soudure par o l'corce clate en toile.

    Ce petit pome de Mallarm pareillement nous intrigue et dans sa pure musique semble peine

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  • nous laisser nous apercevoir d'un sens clatant. Lisons-le :

    Avec pour tout langage Rien qu'un battement aux cieux Le futur vers se dgage Du logis trs prcieux

    Aile tout bas la courrire Cet ventail si c'est lui Le mme par qui derrire Toi quelque miroir lui

    Limpide (o va redescendre Pourchasse en chaque grain, Un peu d'invisible cendre Seule me rendre chagrin)

    Toujours il apparaisse Entre tes mains sans paresse.

    Oh ! horreur ! o parfaite cacographie ! s'crie en son indignation le poulet qui trouve une perle et, ne sachant que porte au doigt elle l'orne de son eau, il lui prfre un morceau qui se mange.

    Imitons l'cureuil et cherchons la porte des Muses. Mettons les poses par quoi s'ordonne la marche des ides.

    Avec pour tout langage Rien qu'un battement aux cieux, Le futur vers se dgage Du logis trs prcieux.

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  • Aile tout bas la courrire, Cet ventail, si c'est lui, Le mme par qui derrire Toi quelque miroir a lui

    Limpide ! (o va redescendre, Pourchasse en chaque grain, Un peu d'invisible cendre Seule me rendre chagrin).

    Toujours il apparaisse Entre tes mains sans paresse.

    Il semble qu'un rayon pntre en ce logis trs prcieux ! Quel choc a mis en branle l'ins-piration laborieuse du pote ?

    Voici. Une femme, Madame Mallarm, passe dans

    une chambre d'ombre o dort un miroir. Elle tient la main un ventail de plumes claires et de pierreries. Il a suffit d'un coup de cette aile magique, d'un UNIQUE battement, pour que le miroir s'anime en toute sa surface et reflte cette blancheur.

    En cette femme aile, sans poids ni murmure, en cette vision fluide et fugace, le pote voit d'a-bord le symbole.

    La mme grce immatrielle, la mme lgret, prsident la naissance du vers. Il n'a pour tout langage, rien qu'un battement lointain (aux deux) lorsqu'il s'chappe du logis trs prcieux (tte, cur, me).

    Cdant la ralit, le pote s'attache aux

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  • signes sensibles. Cet ventail, si c'est lui, (un autre serait vain) qu'il aile discrtement (tout bas) cette femme, porteuse de bonnes nouvelles (la courrire), qu'elle survienne pour le vers naissant qu'elle figure et l'clat limpide que don-ne son ventail au miroir abandonn.

    Un SEUL regret ! L'ombre, cette cendre in-visible pourchasse en chaque grain, va redescen-dre et rien ne marquera plus ce passage enchant. Un SEUL chagrin : cette SEULE cendre si ra-pide ternir cet enchantement.

    Et donc, pour que dure un plaisir fugace, vers et ferie, que ta main l'agite sans pa-resse l'ventail vocateur et cette aile balance demeure soutiendra, pour mon entier contente-ment, une vision de soi trop prcaire.

    Edgar VOIROL

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