Le Tarot Alchimique

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Le Tarot alchimique Du Jeu des Tarots (Court de Gébelin) - extrait du Monde primitif, analysé et comparé avec le monde moderne, vol. 8, tome 1, Paris 1781 Préambule : Nous devons l'idée de cette section à M. Mateus N. Carneiro da Cunha qui a rédigé une remarquable étude sur les rapports qu'entretient le tarot et l'alchimie. Voici l'URL de son site : http://www.ojardimhermetico.com/ . Après avoir écris de nombreuses sections sur l'alchimie, il nous a paru utile de livrer aux internautes quelques réflexions sur le sujet. Evidemment, nous avons soigneusement évité de lire les interprétations de M. Carneiro da Cunha, en sorte de ne pas troubler notre jugement. De même, toute la partie introductive a été rédigée et compilée une fois que l'analyse des XXI Arcanes Majeurs et du Mat fût réalisée. Dans cette tâche, nous devons remercier une fois de plus M. Alain Mauranne qui a généreusement mis à notre disposition sa bibliothèque et M. Philippe Litzler, pour ses sources bibliographiques.
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Le Tarot alchimique

Le Tarot alchimique

Du Jeu des Tarots (Court de Gbelin) - extrait du Monde primitif, analys et compar avec le monde moderne, vol. 8, tome 1, Paris 1781

Prambule :

Nous devons l'ide de cette section M. Mateus N. Carneiro da Cunha qui a rdig une remarquable tude sur les rapports qu'entretient le tarot et l'alchimie. Voici l'URL de son site : http://www.ojardimhermetico.com/. Aprs avoir cris de nombreuses sections sur l'alchimie, il nous a paru utile de livrer aux internautes quelques rflexions sur le sujet. Evidemment, nous avons soigneusement vit de lire les interprtations de M. Carneiro da Cunha, en sorte de ne pas troubler notre jugement. De mme, toute la partie introductive a t rdige et compile une fois que l'analyse des XXI Arcanes Majeurs et du Mat ft ralise. Dans cette tche, nous devons remercier une fois de plus M. Alain Mauranne qui a gnreusement mis notre disposition sa bibliothque et M. Philippe Litzler, pour ses sources bibliographiques.

Remerciements : je remercie tout spcialement M. J.F. Bradu qui a bien voulu que je reprenne les figures des quatre Evanglistes sur son site [http://jfbradu.free.fr/] ainsi que M. J.C. Flornoy pour les superbes images des vieilles cartes de Tarot de la srie Noblet et Dodal [http://letarot.com/] ; toutefois, je ne pourrai pas mettre sous ces images la mention avec l'autorisation de J.C. Flornoy compte tenu que les cartes auxquelles cette autorisation fait rfrence sont intgres comme lien hyper-texte, ce que je tiens prciser - on fait apparatre l'image de ces cartes en cliquant sur le nom de la lame, au dbut de chaque analyse. J'espre que M. Flornoy ne m'en voudra pas. M. Alain Mauranne m'a fourni aussi des reproductions des cartes du Tarot de Marseille ; elles apparaissent lorsqu'on clique sur l'image rduite de chaque lame.

Prcisions : Les rflexions que m'ont inspires les diffrentes versions des Tarots sur l'exactitude ou l'inexactitude de Noblet, compar Dodal ou Conver ne sont pas aussi objectives que je le pensais. Je dois M. J.C. Flornoy les prcisions suivantes qu'il m'a envoyes suite la lecture de ces pages :

Le tarot dit de Nicolas Conver est probablement le premier tarot ralis par un "non-initi". C'est probablement le premier tarot de la srie des tarots personnels modernes. Chez Conver, l'enseignement transmis de matre compagnon et apprenti a disparu. A la place, nous avons un travail extrmement savant de compilation et dj d'interprtation. C'est relier avec le passage de la maonnerie oprative la maonnerie spculative dans les mmes annes. 1730 environ. Les derniers tarots traditionnels sont ceux de Dodal et Payen au dbut du XVIIIe sicle. Quant Noblet, ce fut un matre qui fonctionnait comme tous les matres : il a fait un tarot avec la connaissance qui tait la sienne, et cette connaissance, il l'avait reue de ses propres matres. Conver s'est form lui-mme. Aujourd'hui, Conver est pour certains la rfrence, c'est principalement du au fait qu'un fac-simil est disponible en librairie (Europenne de cartes, ditions Le Hron) alors que le Noblet et le Dodal ne le sont pas. Globalement, plus nous nous loignons de la source, plus la rivire est pollue. On ne peut pas dire que le Dodal est plus juste que le Noblet, il est autre et ce sont deux tarots de matres, complmentaires, justement par leurs diffrences. Conver, n'ayant pas reu de transmissions d'un matre vivant, "copie" ses prdcesseurs, retire ce qui ne fait plus de sens pour lui et rajoute toute l'ambiance de son poque. Regardez le sens de la flamme de XVI La Maison Dieu, les visages sur le ventre du Diable. Les

versions Conver de la lame XV et de la lame XVI (avec l'autorisation de J.C. Flornoy : http://letarot.com)trois points sur la poitrine de la diablesse, en langue des oisons signifie simplement que le franc-maonnerie est une diablesse ! Conver rgle ses comptes avec le milieu intellectuel de son poque. Vous avez choisi d'illustrer vos dires avec le tarot Jodorowsky/Camoin. C' est encore une fois un travail personnel d'auteurs, qui ne vaut que ce que les individus valent.

Introduction :

Grard de Nerval, dans ses recueils, et notamment dans les sonnets El Desdichado et Artmis, a ml en un sublime entrelacs, sa connaissance de la symbolique alchimique classique et celle des cartes du tarot. Ses modles ont t Dom Pernety, l'auteur du Dictionnaire Mytho-hermtique, 1758 et des Fables Egyptiennes et Grecques, 1786 [Pernety a crit bien d'autres ouvrages, comme le Dictionnaire portatif de peinture qui est une merveille] et Court de Gbelin, qui, au tome VIII de son Monde Primitif, paru en 1781, dans une dissertation de 50 pages, intitule Du Jeu de Tarots, a dcrit et interprt les figures allgoriques que portent les cartes. Georges Le Breton a rsum ces observations dans un remarquable petit ouvrage, Nerval, pote alchimique ; la Clef des Chimres : le Dictionnaire mytho-hermtique de Dom Pernety [Lettre-prface de Max-Pol Fouchet, ditions Curandera, 1982]. Deux sites internet ont rendu disponibles les deux ouvrages de Dom Pernety : Librairie du Merveilleux ; Hermtisme et alchimie. Le Breton [ ne pas confondre avec l'homonyme qui a crit les Clefs de la Philosophie spagyrique, 1722] a donn quelques extraits de la dissertation de Court de Gbelin. Ils montrent que Gbelin a ralis pour le Tarot exactement la mme chose que Pernety pour les mythes grecs et gyptiens, avec en toile de fond un renvoi incessant des deux auteurs vers l'Egypte. Bien des alchimistes, du reste, se sont persuads de l'importance hermtique du Tarot, rattache leur Art. Ainsi, E. Canseliet crit-il, dans ses Deux Logis alchimiques :

Au demeurant, cela ne laisse pas de donner toute sa valeur de vrai rbus philosophique la lame du tarot, qui ouvre, sans numro, la srie des vingt-deux figures. Vtu du costume traditionnel qui tait rserv aux bouffons de la Cour, le fou, personnification de leur mercure pour les alchimistes, chemine, son haut-de-chausse baiss en arrire et dcouvrant son postrieur... [in Les Deux Chiens, p. 281].

Pour saisir l'allusion de Canseliet et le sel de l'allgorie, si l'on peut dire, voyez la section Mercure avec l'image du petit homme ducat. Mais voyons d'abord en quoi consiste le jeu de Tarot, en ne faisant ici que de rapides appels :

c'est sans doute le jeu de cartes les plus ancien, mettant en oeuvre un monde de symboles. Depuis Court de Gbelin au XVIIIe sicle, les thories les plus diverses ont t formules : on la fait venir de Chine, des Indes, de l'Egypte et l'on mme attribu Thot-Herms ! Quoi qu'il en soit, le Tarot met en jeu une iconographie assez nettement moyengeuse et mle avant tout des symboles chrtiens. D'o peut-tre, la nettet assez singulire des rapports qui s'tablissent entre certains arcanes et l'alchimie ; pour d'autres, le rapport apparat moins immdiat. Bien des figures du tarot ne sont que des allgories mdivales : la huitime carte d'atout, la Temprance. La roue de fortune, dixime atout, est un sujet emprunt aux vitraux romans. D'autres filiations de ce genre peuvent tre dtects sans trop de difficults.

Avant de passer notre interprtation alchimique du Tarot, nous donnons en matire de prolgomne des considrations historiques sur le jeu de cartes, tires de deux fascicules du Magasin Pittoresque [publ. sous la dir. de M. Edouard Charton, 1880]. Ces deux premiers textes sont suivis d'un texte sur le Tarot qui nous parat l'un des plus clairs, des plus lumineux qu'ils nous ait t donn de lire sur le sujet. Il est extrait du Miroir de la Magie, de Kurt Seligmann [Fasquelle, 1956] et nos commentaires sont entre crochets, en vert. Enfin, nous avons insr un tableau du Papus, tir de son interprtation du Tarot des Bohmiens, qui fait voir la diffrence fondamentale existant entre une interprtation sotrique ou thosophique, par rapport une interprtation o ne joue que la cabale hermtique, applique l'alchimie, selon la mthode de Fulcanelli.

I. Considrations historiques sur le jeu de cartes

De tous temps, les cartes ont tenu une place dans l'existence de nombre d'individus. Je ne veux point parler ici de l'aigrefin, grand-matre s-baccara et poker, dont elles forment la principale ressource, ceci s'applique tous les joueurs en gnral, depuis l'cumeur des stations balnaires, jusqu'aux joueurs paisibles qui attendent avec impatience le moment de faire une partie de piquet ou de bsigue chinois, voire moine de nain jaune ! Et les cartes sont un jeu passionnant ! A notre poque, o le bridge fait fureur, essayez plutt d'changer quelques paroles avec un de vos amis, enfonc jusqu'au cou dans une partie de bridge palpitante (toutes les parties de bridge le sont). Vous n'obtiendrez en

FIGURE I (enveloppe de cartes de Goury-Fuzelier, cartie marseillais, XVIIe sicle)rponse que des grognements inintelligibles, bienheureux lorsqu'un laissez-moi tranquille, je vous prie , bien sec, ne vous aura point brutalement invit au silence, cependant que le Monsieur qui marque les points et tient la comptabilit du jeu presque aussi complique que celle d'une maison de banque, vous aura regard de travers, pour oser essayer de distraire un joueur de sa partie. C'est pourquoi on peut toujours parler des cartes ; la question est toujours d'actualit. Et c'est leur histoire du XVIe au XXe sicle que vient de publier en un remarquable ouvrage M. Henry Ren d'Allemagne, archiviste palographe, le distingu bibliothcaire la bibliothque de l'Arsenal. L'ouvrage de M. d'Allemagne est certainement le plus complet et le plus srieux qui existe. Qu'on en juge : la documentation repose sur des actes de l'tat civil, registres des Parlements, livres de baillages, rles d'imposition, etc. Aussi est-elle des plus certaines : ainsi, l'auteur a pu constituer une liste de 3200 matres cartiers ayant, depuis le XVe jusqu'au XIXe sicle, exerc en France leur industrie. L'ouvrage ne contient pas moins de 3200 reproductions de cartes jouer de toutes les poques, d'aprs des originaux. On se rend compte de la somme de travail et de recherches qu'il a fallu pour arriver un pareil rsultat. On peut dire que tous les jeux de cartes y figurent sans compter les scnes de jeu proprement dites, qui ont fourni l'auteur non seulement l'occasion de nous prsenter des documents indits et originaux, mais

FIGURE II (carte lyonnaise du XVe sicle)encore celle de nous faire admirer les reproductions d'uvres rares et gnralement inconnues des vieux matres. Parmi les jeux dont l'numration serait trop longue, il convient de citer une reproduction trs exacte comme fini et sur laquelle un travail de gaufrage est venu remplacer la dorure, des cartes connues sous le nom de jeu de tarots de Charles VI , et celle d'un jeu satirique dit vers 1545, conserv dans la collection Bigder, qui nous reprsente les scnes de la vie allemande au XVIe sicle. Dans les deux volumes ayant un total de 1200 pages, le lecteur trouvera non seulement l'histoire proprement dite des cartes jouer, mais la lgislation les concernant, variant frquemment. L'esprit qui inspirait les fermiers des jeux tait celui de rendre les recettes le plus fructueuses possible. La question de la cartomancie est aussi traite en un chapitre auquel s'intresseront les amateurs de sciences occultes, toujours trop presss de connatre l'avenir. Le deuxime volume est plus spcialement consacr, avec l'histoire des communauts ouvrires, celle des matres cartiers dans les villes de France o ils exeraient leur art. Il est complt par un expos sur l'histoire des cartes en Belgique, et sur la gravure en taille-douce qui servit l'dition des jeux historiques ou scientifiques. Nous extrayons de la prface les lignes suivantes :

Les cartes jouer sont intressantes plus d'un titre, et le ct archologique est digne d'attirer l'attention. Y a-t-il rien de plus beau et de plus grand que cette figure de l'empereur du jeu italien connu sous le nom de tarots de Charles VI ? Dans la raideur toute hiratique du personnage, il y a quelque chose de grandiose que, dans nos jeux modernes, nous n'arriverons jamais atteindre, malgr ou peut-tre cause de tous les moyens de reproduction dont nous disposons actuellement. Le dessin de ces cartes du quinzime sicle est presque toujours d'une correction et d'une lgance parfaites; il y a dans ces lignes quelque chose d'une prcision pleine de caractre qui nous permet de revivre l'poque o ces uvres ont t excutes.

FIGURE III (carte en portrait de Paris, traite d'une manire artistique, grave par J.B. Papillon, et dite par Mitoire, Paris, avant 1745) Que dire de la proccupation qui a dict le choix des personnages reproduits dans les figures majeures de la plupart des jeux ? Sur les cartes d'origine lyonnaise, on rencontre d'une manire trs gnrale les pairs religieux tels que le duc de Reims, le duc de Laon, le comte de Chlons, le duc de Langres, le duc de Beauvais et le comte de Noyon. Les pairs laques donnrent galement leurs noms aux cartes: le duc de Normandie, le duc de Guyenne, le duc de Bourgogne, le comte de Champagne, le comte de Flandre et le comte de Toulouse. A ct d'eux, des personnages mythologiques tels que le beau Paris et la belle Hlne, Vnus, Junon, Pallas, etc., puis des personnages emprunts aux romans de chevalerie comme la Sibille, Mlusine, Pantasile, Lucrce, etc., viennent concourir la composition des jeux. Il ne faut pas oublier surtout la figure de cette hrone que tous les partis se disputent aujourd'hui : nous avons nomm Jeanne d'Arc qui, ds la dernire partie du quinzime sicle, apparat dans la plupart des jeux sous le nom de la Pucelle .

Les jeux dits dans l'Ile-de-Frane et en Normandie, au dbut du seizime sicle, portent tous des inscriptions indiquant la haute estime que l'on avait pour tout ce qui touchait la famille royale : Honneur au roi ! Rvrence la reine ! . Ces devises ne semblent-elles pas indiquer la respectueuse sympathie que les sujets prouvaient pour le souverain Louis XII, le Pre du peuple, et sa femme Anne de Bretagne, l'honneur desquels elles ont t trs probablement composes ?

A cette poque, les costumes des personnages reprsents sur les cartes jouer suivirent, pendant un certain temps, les modes contemporaines, et nous retrouvons dans ces beaux jeux des quinzime et seizime sicles le chardon orn et les riches toffes dont les primitifs Franais nous ont conserv le souvenir. A l'imitation du jeu allemand du Saint-Empire, on a parfois mme habill les valets la manire des cuyers et deschansons : on a plac entre leurs mains les insignes de leur profession.

FIGURE IV (valet de pique d'un jeu rvolutionnaire parisien) Au dbut du rgne de Franois Ier, on commence apercevoir, dans les cartes, les grandes divisions qui ont spar la France en plusieurs zones bien distinctes. Les dimensions des caries elles-mmes sont spciales suivant les contres, et, alors que les cartes lyonnaises sont d'une forme allonge, le cartes de Normandie et de l'Ile-de-France, au contraire, se rapprochent davantage de la forme carre.

Vers la fin du dix-septime sicle, les cartes parisiennes commencent perdre de leur personnalit : on les voit s'orienter vers un type qui ira en se transformantjusqu' la fin du dix-huitime sicle, pour devenir ensuite ce qu'est le portrait actuellement en usage.

A toutes les poques, on fait de nombreuses tentatives pour s'affranchir de cette espce de servitude, et, ds le dix-septime sicle, on a cherch crer des jeux de fantaisie, qui ' sont souvent d'une composition et d'une ingniosit vraiment charmantes. Il faut voir cependant, dans ces inventions nouvelles, une flatterie peine dguise, destine commmorer les hauts faits d'armes de la premire partie du rgne de Louis XIV. Dans beaucoup de jeux, on reconnat la reprsentation de places fortes qui n'ont certes d'autre raison d'tre que de rappeler les siges fameux que le roi avait mis devant les forteresses ennemies. Les accessoires guerriers, trompettes, casques, cuirasses, etc., sont ncessairement les signes distinctifs de ces sortes de jeux. Malheureusement, pour leurs ingnieux inventeurs, le public gota assez peu ces nouveauts et rien ne put prvaloir contre le modle de caries qui avait t le plus gnralement employ : on est toujours revenu au type classique, dont les cartes de Hector de Troie peuvent tre considres comme les prototypes.

La priode rvolutionnaire s'est fait sentir pour les cartes jouer d'une manire plus sensible encore que dans toutes les autres branches de l'industrie. Pouvait-on, en effet, laisser leurs couronnes aux rois qui, pour n'tre que des rois de cartes, ne rappelaient pas moins un rgime maudit ? L'acharnement avec lequel on se hta de faire disparatre tous les emblmes de la royaut, la diligence que l'on mil crer des modles compltement diffrents de tous ceux qui avaient alors t en usage, marque le reflet de l'tat d'me du peuple franais en 1793.

Quand l'ordre fut rtabli et que Napolon Ier eut le loisir de s'occuper un peu des dtails d'administration, il pensa se rendre populaire en se faisant reprsenter sous les traits de Csar, dans le jeu compos par le peintre David et grav par Andrieu.

FIGURE V (jeu de cartes historique de la Rvolution franaise, dit Egalit-sur-Marne, Chteau-Thierry, par Beza, 1790-1792) Les jeux de fantaisie qui ont t invents depuis un demi-sicle sont presque innombrables; chaque personnage un peu en vue a eu son jeu de cartes dont le roi de cur tait rserv la reprsentation de ses traits. Un esprit clair a dit, il y a quelques annes, que la vritable popularit, pour un homme d'tat, consistait avoir son portrait reproduit en pain d'pices. On n'en pourrait pas dire autant pour les cartes jouer, car tous ceux qui ont tent ce genre de rclame pour laisser leur image la postrit, en ont t pour leurs frais et jamais aucun de ces jeux n'a obtenu la faveur du public.

Dans les jeux de cartes, la partie la plus personnelle aux matres cartiers tait la vignette qui servait orner la feuille de papier dans laquelle tait ploy le jeu. Pour ne pas drouler les joueurs, les matres cartiers taient, en effet, obligs de se conformer strictement aux modles usits dans la rgion o.ils taient tablis; la seule partie o ils pussent donner libre cours leur imagination et o ils pussent indiquer un peu de personnalit, se trouvait donc relgue sur l'enveloppe, la composition de laquelle ils apportaient le plus grand soin. L'habitude tait d'orner les enveloppes l'aide des armoiries de la ville ou du blason des personnages que ces industriels avaient pris pour enseigne. Cependant quelques-uns n'avaient pas perdu l'occasion d'attirer l'attention du public en faisant sur leur propre nom quelque jeu de mot d'une lecture facile.

Les cartes, aussi, ne sont pas seulement un jeu, mais en quelque sorte le reflet de l'histoire, et des sentiments populaires, et, ce titre, elles sont encore bien plus intressantes, ainsi que l'expose M. d'Allemagne dans sa conclusion. Quant la fabrication des cartes, elle a suivi la rgle gnrale qui rgit tous les objets manufacturs. Au dbut, vers le quinzime et le seizime sicles, les caries taient gnralement dessines avec soin, elles taient de grandes dimensions et colories avec de belles couleurs ; petit petit, surtout quand les charges de l'impt obligrent les cartiers produire avec le moins defrais possible, on commena faire des travaux beaucoup moins soigns ; les traits furent plus grossirement excuts, la gravure laissa beaucoup dsirer et le coloriage au patron fut fait avec une ngligence qui ferait sourire les paysans des environs d'pinal, occupant leurs loisirs enluminer les planches d'imagerie enfantine.

Les dimensions des cartes ont galement beaucoup vari suivant les poques et suivant les pays, mais c'est surtout dans le midi de la France que les matres cartiers ont fait les plus petites cartes. Quand on aperoit les productions des cartiers de Nmes, Montpellier, Bziers et Montauban au dix-huitime sicle, on se trouve bien loin de ces magnifiques Paginae lusoriae qui, la fin du quatorzime sicle, composaient les somptueux jeux de cartes. L'existence effective et le symbole qui sont attachs au jeu de cartes ont l consacrs d'une manire dfinitive par la rage avec laquelle, au dbut de la priode rvolutionnaire, la fureur du peuple s'est attaque tous ces symboles, qui semblaient rappeler un rgime excr. Les es prits forts ont alors pris partie les cartes comme si elles taient une manation relle et tangible de la royaut; ils les ont massacres, mutiles, semblables en cela ces dmoniaques qui, au moyen ge, brisaient les objets du culte avec une fureur vraiment satanique. Au dix-neuvime sicle, les cartes ont port pendant longtemps la livre du rgime sous lequel elles voyaient le jour. La fleur de lis remplaa l'aigle impriale au moment de la Restauration, puis elle disparut elle-mme sous de bourgeoises rosaces au moment du rgne de Louis-Philippe. De nos jours, nous ne nous proccupons pas de ces dtails et voici prs d'un demi-sicle que le portrait franais n'a subi aucune modification essentielle.

D'aprs tous les renseignements que nous avons pu relever, il est curieux de remarquer combien, au dix-septime sicle et au dix-huitime, le mtier de cartier tait une profession pnible et ingrate. Il y a bien peu d'industries dans lesquelles on voit les ouvriers obligs de fournir un travail effectif de plus de quatorze heures par jour. Ces malheureux devaient tre en effet l'ouvrage, t comme hiver, 5 heures du matin et, part le temps ncessaire pour les repas, ils n'avaient aucun repos avant 10 heures du soir. N'y a-t-il pas l quelque contraste frappant, de penser que ce sont les producteurs de ces objets de luxe, les crateurs de ces passe-temps uniquement destins aux dsuvrs, qui doivent, comme des maudits, donner toutes leurs forces et toute leur nergie pour diter cet instrument de plaisir, qui ne sera qu'une futilit entre les mains de ceux o il tombera.

Les cartes joueront t le reflet des vnements politiques qui se produisirent au moment de leur adoption; malheureusement les jeux qui ont t conus d'une manire srieuse dans cet ordre d'ides ne sont pas communs, et, la plupart du temps, les cartes prsentant un caractre historique, soit au point de vue du costume, soit sous le rapport, des personnages reprsents, ont t plutt traites en charge, comme le jeu dit par le matre au monogramme V. G. , qui date de la fin du seizime sicle. Un des rares jeux historiques que nous.ayons rencontrs, rpondant cet ordre d'ides, est le curieux jeu des Allis, grav par C. Osiander : il fait partie de la remarquable collection de M. Coltreau, qui nous l'a gracieusement communiqu. Ces cartes ne sont malheureusement pas d'origine franaise, et, quoique nous n'ayons pas de renseignements spciaux leur gard, il est peu prs certain qu'elles ont t excutes Vienne l'poque de la Restauration.

Singulier effet des choses d'ici-bas, les cartes, qui ont t dites en si grande quantit pendant les trois derniers sicles, n'ont pour ainsi dire pas laiss de traces de leur passage et nous aurions t fort en peine de trouver des exemples pour les poques un peu anciennes, si nous n'avions eu notre disposition celles qui furent trouves l'intrieur des reliures. C'est parcelle voie dtourne, en effet, que quelques feuilles de moulage en noir et quelques planches de cartes colories onttravers les sicleset sont parvenues jusqu' nous dans un tat de conservation remarquable. Ces spcimens sont le plus souvent des feuilles mises au rebut pour une raison ou pour une autre, et c'est uniquement pour ne pas perdre la valeur marchande du papier que les cartiers-relieurs les insraient dans les plats destins former la couverture de leurs livres. Personne certes n'aurait pu s'attendre un tel rsultat; tant il est vrai que les voies de la Destine sont impntrables, et ce que nous avons de mieux - faire, c'est de considrer qu'ici-bas les choses se passent souvent beaucoup mieux que certains pessimistes ne sont disposs le croire.

On peut dire en terminant que l'ouvrage de M. d'Allemagne dit Paris, chez Hachette et Cie est un vritable monument lev l'histoire des cartes, uvre non-seulement d'un historiographe savamment document, mais encore d'un lettr doubl jusqu' un certain point d'un philosophe. Car si l'histoire proprement dite a eu sur les cartes une indiscutable influence, peut-on nier que celles-ci n'en aient point eu leur tour sur celle d'un pays, et surtout d'une poque ?

HOGIER.

SUR L'ORIGINE DES CARTES (Voy. les Tables du Magasin pittoresque, les travaux de Duchesnes, et une dissertation publie par M. R. Merlin dans la Revue archologique, en 1859. On peut consulter aussi un petit volume publi Bruxelles, en 1870, par M. Pinchart, intitul: Recherches sur les cartes jouer et leur fabrication depuis 1379 jusqu' la fin au dix-huitime sicle. On y trouvera des textes nombreux et intressants concernant les cartiers des Pays-Bas. Nous avons fait beaucoup d'emprunts ces deux derniers ouvrages.).

L'origine des cartes jouer est encore un problme. On avait cru pouvoir donner pour date l'anne 1392, poque de la folie de Charles VI. Cette hypothse a d tre vite abandonne. Elle n'tait base que sur un seul texte, parfaitement authentique, il est vrai, mais qui ne signifie nullement que le jeu de cartes ait t invent de toutes pices, en cette occasion, pour le plaisir du roi; il prouve seulement que les cartes, ou, plus exactement, les tarots, avaient dj fait celte date leur apparition en France, et nous verrons plus loin que cette date peut tre recule de quelques annes. On a ensuite suppos que les cartes taient venues d'Orient. Leur analogie avec le jeu des checs, o l'on voit aussi figurer des rois et des reines, pices qui, la vrit, ont des valeurs bien diffrentes, a fait croire quelques auteurs que, de mme qu' ce dernier jeu, l'Inde avait donn naissance aux tarots. Mais ce sont l des ressemblances toutes fortuites. On ajoutait que c'taient sans doute les bohmiens qui avaient transport les cartes en Europe, et on le prjugeait d'aprs leur habitude de s'en servir pour dire la bonne aventure; mais cette habitude est relativement moderne et tout europenne. Si les Indiens possdent aujourd'hui des cartes analogues, aux ntres, ils n'en font nullement le mme usage que les bohmiens ; et si les dispositions que l'on retrouve dans ls anciens jeux italiens et espagnols figurent aussi dans leurs jeux, ces dispositions ayant t connues en Europe antrieurement l'arrive des Portugais dans l'Inde, il est peu prs certain que ce sont ces derniers qui les ont transportes en Orient. Une autre opinion, qui attribue aux cartes une origine arabe, est en grande partie base sur l'aspect quelque peu oriental du mot nuibi, vocable sous lequel on a primitivement dsign les tarots, et o l'on a voulu voir un driv des mots hbreux ou arabes nabi, naba, nabaa, qui emportent avec eux une ide de prophtie, de prdiction de l'avenir. Or, aucun texte n'tablit que les Arabes ou les Juifs aient fait usage de cartes pour chercher connatre l'avenir, genre de charlatanisme trs probablement introduit depuis le seizime sicle. De plus, aucun texte arabe ne donne au mot nab la signification de cartes jouer; et mme les musulmans semblent avoir hsit longtemps accepter ce jeu, tout fait contraire aux prescriptions du Coran, qui dfend les jeux de hasard et la reprsentation de la figure humaine. Encore aujourd'hui, dans les pays musulmans, on joue fort peu aux cartes, et ce n'est jamais qu'avec des cartes europennes; les Persans sont seuls s'affranchir cet gard, comme beaucoup d'autres, de la loi du Prophte. L'hypothse de l'origine gyptienne ou chinoise n'est pas soutenable. Les Chinois ont des cartes; ils les ont mme peut-tre connues avant nous; mais, comme pour la poudre canon, il ne s'ensuit pas que nous leur soyons redevables de cette invention. Tous les tmoignages sur lesquels on s'est appuy pour faire remonter l'invention des cartes aux dernires annes du treizime sicle ont t, aprs un examen plus approfondi, compltement rejets.

Les tarots tant, de l'avis de tous ceux qui se sont occups de cette question, antrieurs aux cartes actuellement en usage en France, lesquelles,n'en sont qu'une simplification, disons d'abord-ce que l'on entend par tarot.

Les jeux de tarots diffrent des cartes communes par le nombre et la nature des lments dont ils sont composs. Outre les quatre sries signes varis qu'ils, comprennent, comme les jeux de cartes communes, les jeux de tarots en offrent une cinquime tout fait part, et c'est l surtout la diffrence essentielle par laquelle ils se distinguent des autres jeux de cartes.

FIGURE VI (Valet de pique. Fragment d'une feuille de cartes jouer trouve en 1873, la Bibliothque nationale, dans la reliure d'un manuscrit du temps de Louis.XII.) Cette cinquime srie est une suite de ligures, gnralement au nombre de vingt-deux; vingt et une sont numrotes et prennent rang entre elles d'aprs le numro dont elles sont marques. La moindre de ces figures l'emporte sur toutes les cartes des sries numrales, mme sur les rois. De l elles ont reu le nom d'atouts (suprieures tous), et celui de triomphes. C'est ces atouts qu'appartient proprement le nom de tarots.

Dans les jeux de tarots; outre le roi, la reine elle valet, on rencontre encore le cavalier. Les signes distinctifs des quatre sries numrales sont les deniers, les coupes, les pes et les btons. Il y avait trois sortes principales de tarots : le tarot de Venise ou de.Lombarde, les minchiate de Florence, enfin le tarrochino de Bologne, dont l'invention est due au duc de Lucques, Gastruccio Castracani Fibbia, gnralissime des Bolonais, qui employa ses loisirs modifier le tarot vnitien. Pour perptuer le souvenir de celte amlioration, les quatorze Rformateurs de Bologne lui permirent de placer dans ses armes la reine de btons , et dans celles de sa femme, Francesca Bentivoglio, la reine de deniers. Dans le tarrochino de Bologne, il y a soixante-deux cartes; dans le tarot de Venise, soixante-dix-huit; dans les minchiate de Flrence, quatre-vingt-dix-sept. Il est a remarquer qu'aucun des atouts de ces jeux ne rappelle des ides orientales; au contraire, ils font allusion

FIGURE VII (Roi de denier. Fragment d'un .jeu de cartes non colori, du commencement du seizime sicle.) des ides purement chrtiennes. Tous ces jeux ont videmment une origine commune. Il existe une srie de cinquante gravures connues sous le nom de tarots de Mantegna : c'est une sorte d'encyclopdie en estampes, ou plutt une leon de morale qui, pour tre obscure, n'en est pas moins relle. Sur les cinquante figures de Mantegna, nous en retrouvons quinze, dans les tarots de Venise et vingt dans les minchiate, d'o on peut videmment conclure qu'il y a entre ces sries de figures une troite parent. On peut sans doute objecter que Mantegna a pu composer son album en s'inspirant des jeux de tarots; mais il est permis de regarder comme certain que si les premires cartes taient contemporaines des dessins de Mantegna, on n'hsiterait pas lui en attribuer l'invention. Si nous examinons de plus prs ce que l'on a improprement nomm tarots de Mantegna, nous ne nous trouvons point en face d'une uvre originale, mais bien de la copie de dessins plus anciens qui, reproduits seulement par les enlumineurs, avant l'invention de la gravure, taient assez chers pour qu'on et l'ide, ds que cela fut

FIGURE VIII (Revers d'un tarot italien du seizime sicle; grotesques et rinceaux.)possible, de les multiplier par l'impression. La premire dition de l'album de Mantegna est de 1470; en 1485, nous en voyons une seconde ; vers 1540, on en rencontre encore une imitation; enfin, au commencement du dix-septime sicle, en 1616, les figures de Mantegna, bien dformes, il est vrai, continuent servir encore de types aux gravures d'un livre de devinettes, de jeux d'esprit, dont quelques figures, du reste, sont empruntes au jeu de tarots lui-mme. On voit par l que ces albums taient assez rpandus. Il reste a dcider si Mantegna a emprunt les sujets de son album aux tarots, ou si ce sont les tarots qui ont t copis sur des albums analogues, mais antrieurs au sien. Toutes les vraisemblances sont en faveur de cette dernire supposition, car il n'est gure possible d'admettre qu'une uvre dans laquelle il existe un ordre absolument logique soit sortie du ple-mle des figures des tarots. Un autre argument dcisif est tir des noms que les tarots ont ports en Italie jusqu'au milieu du quinzime sicle; on les y dsignait sous deux noms : cartes et nabis, qui semblent dsigner deux choses diffrentes; les cartes taient les jeux simples sans tarots, les nabis les jeux avec tarots. Sous le vocable de nabis, il faut entendre aussi deux choses; un texte de 1329 ne peut gure laisser de doute cet gard : on conseille un enfant de ne point jouer aux ds, mais on l'engage jouer aux nabis. Comment se peut-il qu'on recommande un jeu contre lequel tous les prdicateurs tonnaient, qu'ils ne manquaient pas de jeter an feu quand ils en trouvaient l'occasion ? C'est qu'il y avait videmment deux sortes de nabis ou tarots, ceux que condamnait l'glise comme, un jeu de hasard des plus dangereux, et des nabis tout fait innocents, jeux d'esprit et rcration pour les yeux, tels que devaient tre les originaux dont les tarots de Mantegna ne sont que des copies. En effet, un texte de la fin du quatorzime sicle nous parle d'un jeu compos de figures peintes avec lequel s'amusait un enfant, le duc de Milan Philippe-Marie Visconti, et dont la description concorde avec l'album de Mantegna. C'est donc, croyons-nous, dans ces albums destins l'instruction et l'amusement des enfants qu'il faut voir l'origine des cartes ; et, de plus, c'est aussi aux Italiens qu'il faut en attribuer l'invention. Quant l'poque de l'invention des cartes, un chroniqueur italien du quinzime sicle, qui, du reste, l'attribue aux Arabes, fixe leur introduction en Italie l'anne 1379. Un texte rcemment dcouvert nous apprend qu' cette date on faisait dj usage des cartes la cour de Brabant. Ce dernier document est d'une authenticit indiscutable : c'est un fragment des comptes du receveur gnral de Brabant, et comme dans ces mmes comptes on ne voit aucune mention des cartes avant 1379, et qu'au contraire partir de cette poque on en parle frquemment, il semble bien qu'on doive en placer l'invention vers cette anne. Presque immdiatement les jeux de cartes, dont les tarots faisaient un jeu trs compliqu, furent modifis en Italie mme, et l'on arriva en France possder des jeux assez analogues a ceux dont on fait usage aujourd'hui ; seulement, tandis qu'en Italie et en Espagne on conservait les anciennes dnominations des sries numrales des tarots, en France on adoptait les signes de curs, carreaux, piques et trfles, qu'on a tent d'expliquer maintes fois sans arriver un rsultat satisfaisant. Les cartes franaises ont cela de particulier que quelques-unes d'entre elles rappellent des personnages franais : ainsi, les deux valets la Hire et Hector sont, au moins le premier, des personnages bien connus ; le second, plus douteux, serait un capitaine des gardes de Louis XI. On a voulu voir aussi dans David Charles VII, et dans Rachel Agns Sorel.

II. Un extrait du Miroir de la Magie - Kurt Seligmann

Les experts en tarot ont pourtant insist sur le fait que les lames d'atout, ou grands arcanes, et les points, ont un ge encore plus vnrable et remontent l'antiquit. Le point de dpart de cette thorie a t fourni par l'rudit Court de Gbelin (17281784) qui crit dans le tome VIII de son Monde primitif :

Si l'on venait savoir qu'il existe de nos jours une uvre de l'ancienne Egypte, l'un de ces livres chapps la destruction malicieuse, un livre sur leurs doctrines les plus pures et les plus intressantes, tout le monde serait sans doute avide de connatre une uvre aussi extraordinaire et prcieuse

Ce livre gyptien, selon Gbelin, est le Tarot. [il faut savoir que Pernety pensera exactement la mme chose au sujet des Fables gyptiennes et grecques et qu'il poussera le paradoxe jusqu' dire que tout l'or des Pyramides et des Temples tait d'orogine alchimique !] L'antique sagesse avait survcu, dit-il, parce qu'elle s'tait habilement dissimule sous le masque d'un jeu. Son caractre frivole l'avait sauv de la barbarie, de l'ignorance et de toutes sortes de destruction. Au temps de Gbelin, l'intrt tait tourn vers l'Egypte dont la littrature tait encore indchiffre et les vestiges inexplors. L'Egypte tait le pays des mystres. Pour connatre sa civilisation, on devait s'appuyer sur les vieux auteurs, Plutarque [1, 2, 3, 4, 5], Hrodote [1, 2, 3, 4, 5], Jamblique [1, 2, 3,]. Le manque de preuves donna lieu conjectures, et Gbelin, gar par son imagination, se convainquit que le Tarot n'tait pas autre chose que les feuillets non relis du livre de Thoth. Thoth-Herms [1, 2, 3, 4, 5], auteur prsum des plus anciens livres hermtiques, et que les alchimistes nomment leur Grand Matre [cf. la Table d'Emeraude, entre autre], fut promu par Gbelin au rang d'inventeur des lames de tarot. II fut l'inventeur de la magie, des langues, de l'criture et de la reprsentation dessine, selon la lgende, il avait peint tous les dieux. Son carnet d'esquisses mystiques tait appel A-Rosh, A signifiant doctrine, Rosh , commencement A-Rosh avait inspir le Tarot par ses images, et le mot Tarot lui-mme, dit Gbelin, est driv de Tar, chemin, et de Ro, ou Rog, royal. Ainsi Tarot signifierait la Voie Royale [dont le pendant direct serait videmment l'Art Royal ou alchimie]. Les thories de Gbelin taient bties sur les sables mouvants, mais elles veillrent l'intrt pour la civilisation gyptienne, et quinze ans aprs la publication de son Monde primitif, une dcouverte claira les tnbres de la conjecture. En 1799, un bloc de basalte noir fut trouv dans le Nil, Rosette ; il portait trois inscriptions, la premire en hiroglyphes, la seconde en caractres dmotiques, la troisime en grec En comparant les trois textes, qui taient identiques, Champollion put, aprs des sicles de mystre complet, tablir le premier contact scientifique avec les vieux caractres hiroglyphiques. Influencs par Gbelin, la plupart des auteurs de livres sur la magie dclarrent que le Tarot tait d'origine gyptienne. Le perruquier Alliette (environ 17501810) publia une srie d'essais sur le fameux jeu, sous le pseudonyme d'Etteilla [E. Canseliet parle de ce perruquier dans son Alchimie, cap. le Feu Purificateur et son Messager apocalyptique, cf. Gardes du corps. Alliette a crit les Sept Nuances de l'Oeuvre philosophique dont parle Dujols dans son Hypotypose, cf. Mutus Liber o nous donnons le texte de Magophon - alias Dujols - en commentaire des planches]. II entreprit de restaurer leur forme originale aux figures du Tarot qui avaient t maltraites par le graveur de Gbelin (fig 230). Alliette, dans une

FIGURE IX (231 234, de gauche droite)intention plus artistique que scientifique, les embellit selon le got de son poque (fig 231), mais il leur donna aussi des attributs nouveaux et assez peu orthodoxes, et ajouta au Jeu l'astrologie et la cabale [attention : il faut ici nettement distinguer la cabale thosophique ou la kabbale juive de la cabale hermtique applique l'alchimie. Fulcanelli en dcrit les rgles dans le Mystre des Cathdrales]. Il est curieux que tant d'occultistes croient et professent qu'une sagesse secrte originale se soit perptue au cours des millnaires, tradition qu'ils s'empressent de dtruire ou d'altrer. Ils semblent oublier que leurs mauvaises habitudes durent exister avant eux et que, pour cette excellente raison, aucune doctrine n'aurait pu nous parvenir dans sa forme originelle. Si quelque sagesse sotnque de jadis existait encore, elle serait transforme au point que ses promoteurs ne la reconnatraient pas Alliette, l'orgueilleux perruquier, dcida que le jeu du Tarot serait rectifi et rintgr en lames, en supprima certaines et en ajouta de sa gloire premire. Il modifia la succession des nouvelles dont il prtendit qu'elles taient les plus anciennes, perdues au cours des prgrinations du jeu entre l'Egypte et l'Europe ; en bref, il y introduisit la plus totale confusion. Au cours du dix-neuvime sicle, les rformes d'Alliette furent abolies et l'ancien jeu fut repris, encore qu'aucun occultiste ne pt s'empcher d'ajouter quelques enjolivures de son cru aux personnages du Tarot. Oswald Wirth, disciple du fameux Stanislas de Guaita (18601897), retourna ses images de Tarot comme Gbelin, croyant corriger une erreur des graveurs. Wirth fit ses dessins de nombreuses additions qui n'ont d'autre raison que sa propre fantaisie (fig 232). Si nous comparons sa Temprance la figure originale (fig 233), nous voyons qu'en se rangeant au got du dcorum en honneur son poque, il trouva bon de placer l'allgorie sur un fond d'or, et de mettre une fleur l o autrefois ne figurait qu'un petit arbuste. Wirth reprsente les deux jarres, semblables l'origine, comme faites de mtaux diffrents, l'une tant d'or et l'autre d'argent [comme nous le montrons plus loin, il s'agit des deux natures mtalliques et du Lait de Vierge]. Les couleurs primitives, brillantes et transparentes, sont dans ce nouveau jeu d'atouts remplaces par des teintes de pastel ros saumon, ocre ple, vert mousse et bleu ciel. Deux mages au moins du dix neuvime sicle approuvrent ce jeu de tarots modifi, Guaita et Papus, qui le publirent dans leurs uvres. Les cartes de Wirth sont marques de chiffres arabes, au lieu des traditionnels chiffres romains, et comportent en outre des lettres hbraques dont les valeurs numriques correspondent la numrotation des cartes. Grard Encausse, connu en littrature sous le pseudonyme de Papus (18651917), crut ncessaire de commencer son livre sur le Tarot par une introduction personnelle sur la cabale ; Stanislas de Guaita disposa son long trait d'occultisme, Le serpent de la Gense, selon les nombres et images cabalistiques du Tarot. Sa quatorzime section traite de la Temprance. Elle est illustre par la quatorzime figure d'atout la Temprance et le dessin trahit le talent de son secrtaire Oswald Wirth. Alphonse Louis Constant, allas liphas Lvi (18161875), admit galement l'interprtation cabalistique du Tarot. Dans son uvre haute en couleurs sur la magie dogmatique et ritualiste, il utilise les caractres hbreux et les chiffres arabes pour numroter ses chapitres. D'autres merveilles furent ajoutes au jeu du Tarot depuis le dbut du vingtime sicle. Mrs John King van Rensselaer publia en 1911 son excellent livre sur Les cartes prophtiques, ducatives et jouer, ouvrage largement consacr la Voie Royale . Le jeu, dit-elle, est driv de la vieille pratique de divination par baguettes, tablettes ou flches magiques, pratiques communes l'Egypte, la Grce et Babylone Dans les anciennes salles des temples gyptiens, les images que l'on retrouve aujourd'hui sur les cartes de tarot dcoraient les quatre murs Le prtre faisait s'effondrer le faisceau de btons dress sur l'autel :

En tombant, ils dsignaient naturellement les peintures murales, et comme celles-ci reprsentaient presque tous les vnements de la vie, les ordres des dieux taient immdiatement interprts par les prtres, qui prouvaient ainsi que Thoth tait bien le dieu du discours...

Les quatre figures qui ne sont pas au nombre des atouts, le roi, la dame, le cavalier et le valet, peuvent tre rapproches des quatre signes gravs sur les baguettes magiques. Ces symboles reprsentaient le pre, la mre, l'enfant ou les enfants, et les domestiques, toutes gens pour qui le devin voulait obtenir l'oracle. Mrs van Rensselaer conclut qu'aux temps de la dcadence et de la perscution, les prtres quittrent les temples et emportrent secrtement avec eux les peintures murales sous la forme du jeu de Tarot avec lequel ils continurent de rendre les oracles aux fidles. D'Egypte, ces prtres se rendirent en Italie par la fameuse route du bl, qui reliait Alexandrie et Baies, prs de Naples. Les experts du Tarot voulurent tout prix, quitte forcer certains de leurs arguments, relier ce jeu l'art divinatoire de l'antiquit. Ils justifirent ce dsir en prtendant que d'aussi nobles antcdents rendraient le Tarot plus vnrable. Une telle proccupation ne nous semble pas ncessaire, avec ou sans ce glorieux lignage, les cartes de Tarot ont attir beaucoup de gens et sduisent encore ceux qui ne connaissent pas leur prtendue histoire.

Les vingt-deux lames d'atout sont appeles l'Homme, et se rapportent lui ses dsirs, ses craintes, sa sagesse et ses activits, sa bont ou sa mchancet, ainsi qu' sa constitution physique. Le monde entier se rsume en l'homme, l'lment humain n'est absent que de deux cartes, la roue de fortune, numro X, o des animaux sont la caricature de l'homme, et la figure XVIII, la lune, o deux astrologues du seizime sicle ont t remplacs par un chien et un loup hurlant la lune. Eux aussi sont des caricatures de l'homme. En cette qualit, les cartes de Tarot ressemblent aux images des cathdrales, peintures, sculptures et vitraux qui expriment eux aussi des ides par la forme humaine. [cette rflexion est fondamentale parce qu'elle fait voir qu' l'instar des bas-reliefs de Notre-Dame de Paris, les lames du Tarot peuvent servir de prtexte une interprtation alchimique, en restant dans la ligne la plus orthodoxe de l'hermtisme.] Mais le monde des cathdrales est cleste, celui du Tarot est terrestre. Le Tarot, c'est la relation entre l'homme et les choses d'ici-bas. La cathdrale, c'est la relation de l'homme et du divin. [il est facile de lever ce paradoxe en considrant une lame de tarot ou un bas-relief comme un objet spirituel, une demeure philosophale part entire ainsi que l'a bien not E. Canseliet quand il revient sur l'oeuvre de son matre] Les deux sortes d'images, religieuses et profanes, s'impriment sur l'esprit. Elles sont mnmoniques. Elles contiennent un vaste complexe d'ides qui, exprimes par l'criture, rempliraient des volumes entiers. Ces images peuvent tre lues par l'illettr aussi bien que par l'rudit. Le moyen ge mit au point des mnmotechmes, systmes ingnieux pour aider la mmoire. La mnmotechme apprenait se rappeler et comparer les choses les plus complexes, les plus varies. C'est dans ce but que Raymond Lulle [cf. The Art of Memory, Frances Yates, Routledge and Kegan, Londres, 1966, traduit chez Gallimard, coll. Ides] crivit son Ars memona, et des proccupations similaires sont la base d'un livre trange, Ars memorandi, publi vers 1470. Son auteur entreprit la tche difficile d'exprimer par l'image tous les sujets contenus dans les vangiles. Pour chaque vangile, il choisit une figure : l'ange, le taureau, le lion, l'aigle, emblmes des vanglistes. [il s'agit de la dernire lame, XXI, reprsentant le Monde. A ce sujet, une erreur d'interprtation figure dans le Dictionnaire des Symboles, Jean Chevalier, Alain Gheerbrant, Laffont/Jupiter, 1982 o les auteurs voient dans le taureau un cheval ; ] Il dessinait sur ces figures de petites scnes et objets, allgories et symboles d'vnements bibliques. Ces vignettes d'apparence si htroclite n'taient pas autre chose qu'une suite logique et mnmonique des rcits ; en se rappelant toutes les images, l'illettr tait cens retenir dans sa mmoire tout le Nouveau Testament. Pour nous, une telle mmoire visuelle nous semblerait prodigieuse, mais elle n'tait certainement pas exceptionnelle, en des temps o quelques-uns seulement savaient lire et crire, et o les images jouaient le rle du texte crit. Les cartes du Tarot, par leur caractre mnmonique, sont proches parentes des images de l'Ars memorandi, et si nous admettons la tradition selon laquelle tous les dtails des arcanes, avec leurs ornements, leurs attributs, leurs couleurs, etc., ne sont qu'autant de symboles, ces cartes contiennent un nombre immense d'lments destins la mmoire. Mais qu'y a-t-il exactement a se rappeler ? La diffrence consiste en ce que l'Ars memorandi se rfre aux textes bibliques bien connus, tandis que le Tarot nous met en face d'nigmes. La Voie Royale nous mne un enclos o nous sommes confronts avec notre subsconscient. Les figures du Tarot sont strotypes, mais ce qu'elles suggrent est en mouvement incessant. Elles n'expriment pas une doctrine tablie, elles n'y conduisent pas. Au contraire, elles nous librent de tels liens. Cette libration peut avoir un effet psychothrapeutique, comme l'ont suggr certains savants modernes, mais avant tout, elles librent des facults qui ont t effaces en nous par des conventions et la routine quotidienne. Elles stimulent notre capacit imaginative. Il n'y a pas de cl au Tarot, mais il existe autant d'interprtations que d'individus qui consultent les cartes. Celles-ci, rptons-le, ne sont pas manipules avec des thories et des doctrines, elles sont interprtes par un don naturel existant la fois chez le profane et l'initi. Les mages du dix-neuvime sicle cherchrent introduire dans le jeu une doctrine sotrique ressemblant l'hermtisme. Leur prsomption peut se justifier en tant que raction contre la futilit et l'extravagant optimisme de leurs contemporains Mais leur suffisance est, si l'on ose dire, antitarotique et il lui manque une vertu que l'on trouve en plusieurs cartes du Tarot, nous voulons dire le sens de l'humour et de l'ironie. Ils professent ce qu'ils croient tre la vrit avec une vigueur prophtique exclusive de toute contradiction. Ils qualifient de sublimes secrets des sages ce que nous dcririons simplement comme des traits humains permanents. Si le dsir d'tablir un dogme infaillible du Tarot est une erreur, il est galement faux d'en changer ou corriger les figures, qui sont des prototypes intemporels. Les belles cartes d'atouts ne viennent de nulle part, et cela est prcisment l'un des attraits du jeu. Les rformer pour les adapter aux expressions dogmatiques d'une civilisation disparue revient les priver de leurs valeurs constantes. Ce genre de correction n'est pas recherch de ceux qui, au cours des sicles, ont chri ces images, et continuent d'y dcouvrir des merveilles. Comme l'astrologie, le Tarot propose une mthode pour prdire les vnements futurs et reconnatre les caractres humains. Mais le Tarot abhorre l'aspect scientifique de l'astrologie. [Bien qu'ayant pratiqu des travaux en liaison avec les statistiques appliques l'astrologie, nous ne voyons absolument aucun trait commun possible - en l'tat des choses - entre la science et l'astrologie ; la limite, poser la question relve mme du non sens] L'avenir, disent les cartomanciens, ne peut tre dchiffr par les mathmatiques, les astrologues essaient de dcouvrir l'ordre universel par des calculs et des abstractions et hurlent vainement comme des chiens la lune indiffrente. Les devins qui utilisent le Tarot, de leur ct, explorent l'avenir par l'intuition, les images prophtiques dcalques sur les votes du subconscient. Leur effort n'a, d'autre part, que peu de choses en commun avec l'hermtisme. Leur lment social lui est, en fait, diamtralement oppos. L'hermtisme isole l'initi; le Tarot est un moyen de communication. L'hermtique s'occupe de son propre bonheur ou de son propre perfectionnement ; le cartomancien est surtout proccup des inquitudes de son interrogateur. Plus le matre hermtique gravit les degrs de l'initiation, plus il se fait indiffrent aux accidents de la vie ; l'adepte du Tarot veut savoir ce qui arrivera ici-bas, comment le surnaturel agira sur l'homme : il a les deux pieds sur terre.

FIGURE X (la bton - l'pe)Les cinquante-six cartes ordinaires, ou arcanes mineurs, sont divises en quatre couleurs : les btons, les pes, les deniers, les coupes, et numrotes de un dix, plus quatre cartes matresses: le roi, la dame, le cavalier et le valet. On pourrait identifier les quatre groupes la socit mdivale: la paysannerie est symbolise par le bton; la noblesse par l'pe; le commerce par la pice d'or et le clerg par le

FIGURE XI (Denier - coupe)calice ou coupe (fig. 226 gauche, et 227 gauche). Dans leur ordre, ces cartes rappellent nos Jeux modernes. Elles taient l'origine, sans doute, spares des arcanes majeurs qui forment bande part D'ailleurs, les deux catgories ne se mlent pas bien. Les vingt-deux cartes d'atouts, ou arcanes majeurs, sont les figures suivantes:

- I. Le Bateleur ou Pagad: il excute un tour de prestidigitation derrire sa table. - II. La papesse: une femme assise sur un trne et couronne d'une tiare. - III. L'impratrice: une femme tenant un sceptre. - IV. L'empereur: un homme couronn sur son trne, vu de profil. - V. Le pape, bnissant deux personnes genoux. - VI. Les amoureux: un jeune homme entre deux femmes; au-dessus, Cupidon et son arc. - VII. Le chariot, tir par deux chevaux, et mont par un roi, un hros. - VIII. La justice: son allgorie, une femme avec une balance et une pe. - IX. L'ermite: un vieillard portant une lanterne et un bton. - X. La roue de fortune, faisant tournoyer trois animaux. - XI. La force: un personnage fminin forant un lion ouvrir la gueule. - XII. Le pendu: un personnage suspendu un gibet par un pied. - XIII. La mort, fauchant des ttes et des membres humains. - XIV. La temprance: une femme qui transvase un liquide d'une jarre dans l'autre. - XV. Le diable et deux satellites. - XVI. La maison-Dieu, ou la foudre: des hommes prcipits d'une tour frappe par le feu ou un clair. - XVII. L'toile: une femme agenouille dans l'eau et versant les liquides de deux jarres. Au dessus d'elle, huit toiles. - XVIII. La lune: deux chiens hurlent la lune, dans un bassin, on voit le Cancer du Zodiaque, parce qu'il est la maison de la lune. - XIX. Le soleil: deux enfants devant un mur, et l'astre au dessus d'eux - XX. Le jugement: un ange soufflant dans une trompette et la rsurrection. - XXI. Le monde: une femme nue encadre d'une couronne de feuilles, aux quatre coins, les emblmes des quatre Evangelistes

Un arcane ne porte pas de numro, le fou ou excuse ; Habill comme un bouffon, portant son balluchon au bout d'un bton ou d'une cuiller, il marche d'un air rveur, sans prendre garde a un chien qui lui mord la cuisse.

Voici la liste complte du sens direct des cartes, selon Papus [...]

ARCANES MAJEURS

Pour ces arcanes majeurs, nous ne donnons que la signification immdiate

- I. Le bateleur: l'interrogateur, Dieu, autorit, pense active, diplomatie, toutes les cartes proches du bateleur tant importantes pour la destine du sujet. - II. La papesse: l'interrogatrice, pour la femme, mme valeur que le bte leur Science, mystre, recueillement, repos. - III. L'impratrice: initiative, action, amour, famille. - IV. L'empereur: volont. Providence, raison, gouvernement. - V. Le pape: inspiration, guide, prtre, avocat. - VI. L'amoureux: passion, libert, union, concorde. - VII. Le chariot: triomphe, protection de la Providence, intelligence, indpendance. - VIII. La Justice: justice, responsabilit, quit. - IX. L'ermite: sagesse, prudence, initiation, mystique. - X. La roue de fortune: le destin, le temps, bonne fortune, grces. - XI. La force: force, effort, travail, courage, patience. - XII. Le pendu: sacrifice, preuve, discipline, soumission. - XIII. La mort: mort, renaissance, perptuit, humanit. - XIV. La temprance: conomie, modration, chastet, calme. - XV. Le diable: maladie, grande force, impulsion irrsistible, violence. - XVI. La Maison-Dieu: ruine, dception, chtiment, humiliation. - XVII. L'toile: espoir, influences clestes, loquence, vie de la nature. - XVIII. La lune: danger, ennemis, faux amis, trahison. - XIX. Le soleil: mariage, bonheur, dcouverte, illumination spirituelle. - XX. Le jugement: transmutation, changement, rveil, surprise. - XXI ou XXII. Le monde: succs, harmonie, satisfaction, perfection, gurison. - XXIII. Le fou: folie, inspiration, initie, confiance, enthousiasme. [cet arcane est en principe dpourvu de numro escient]

On peut difficilement quitter le Tarot sans tudier plus en dtail l'un au moins des Arcanes. Choisissons le premier,le bateleur (fig 236). Son

FIGURE XII (fig. 236 238)numro est un, auquel, dans les cartes modernes, a t ajoute la lettre hbraque Aleph (fig 237) Pourquoi un prestidigitateur en tte de ce Jeu merveilleux ? [Seligmann prcise que le premier atout de Tarot est aussi appel pagad, mot mystrieux driv, selon Parravicinio, de paghead, qui signifie la fortune . Les Italiens ont interprt le mot comme bagatto, savetier, sur la table de qui on voit des alnes et d'autres instrumenys de travail] tait-ce pour indiquer qu'en dpit des efforts que l'on fait pour trouver l'ordre dans le monde, on reste victime de l'illusion ? Dans la cabale, Aleph exprime l'esprit du Dieu vivant. Attribuer le nombre un un bateleur pourrait passer pour un blasphme, le bateleur tant l'ennemi du clerc et du magicien, parce qu'il contrefaisait les miracles par sa dextrit et rpandait le scepticisme. Pourtant, certains devins identifiaient cabalistiquement les personnages avec l'esprit de Dieu. La lettre Aleph, disaient-ils, est crite dans la position donne au corps du bateleur, son torse est inclin de ct et en arrire, et il lve un bras tandis que l'autre est abaiss. Il est le Aleph, l'esprit matre de l'univers, qui s'tend devant lui comme la table du bateleur. Toutes les choses de la cration se bousculent prs de lui comme si elles taient les objets du bateleur. Il dsigne le haut et le bas, confirmant ainsi l'enseignement d'Herms Tnsmgiste, selon lequel tout ici-bas est l'image de ce qui est dans le ciel, et l'homme, le microcosme, contient tous les lments de l'univers [cf. la Table d'Emeraude] ; l'tude de l'homme nous fera comprendre toutes les merveilles de la cration. L'interprtation que donne Court de Gbelin du bateleur est trs sobre et empreinte du pessimisme d'un savant d'avant la Rvolution. Le jeu, dit-il, commence par un trompeur et se termine par un fou. L'homme qui se trouve entre eux mrite leur compagnie. Qui tait le fou, et qui tait le bateleur au temps de Gbelin ? Le roi de France, dont la politique tait moiti jonglerie, moiti sentimentalit, laissait tout aller vau-l'eau, et les gens instruits et les philanthropes, qui se croyaient choisis pour mener le peuple vers des temps meilleurs, oubliaient que leurs rves et thories ne pouvaient rassasier les masses famliques prtes les attaquer, comme des btes enrages. Le bateleur tient le bton du peuple, qui balayera de la table les louis des commerants, les vases sacrs du clerg et les pes de la noblesse. Les gyptiens, dit Gbelin, comptaient leurs cartes de Tarot depuis le nombre le plus lev jusqu'au plus bas. Pour eux, le bateleur tait une allgorie du monde d'ici-bas :

II est la tte du gouvernement, il indique que cette vie n'est qu'un rve, une jonglerie, un perptuel jeu de hasard qui dpend de mille circonstances

Le bateleur d'un jeu de Tarot imprim Pans en 1500 est un personnage politique (fig 238). Habill en berger ou en mage, on le montre donnant conseil au roi, qui est pench sur une carte tale sur la table. Le geste du prince exprime la fois la confusion et la mditation, comme s'il essayait de rsoudre un dilemme. Un troisime personnage, le fou du roi, coute avec un intrt passionn, suivant du regard les mains du bateleur, qui dsigne sur la carte deux points diffrents. Le bateleur, par ses facults intellectuelles, peut-il accorder des lments contradictoires ? Roi, fou et bateleur discutent le sort de la nation. Ils ne russiront pas, car leur effort est caricatur par un singe cherchant des puces sur le dos d'un chien endormi. Alliette tenait cet atout en faible estime. Il pensait qu'un personnage aussi indigne ne pouvait inaugurer le jeu. II plaa le bateleur au numro XV, o rside le diable selon la tradition du Tarot :

Le bateleur, dit-il, signifie la maladie, bien qu'on l'ait injustement considr comme le symbole de la sant

Allusion feu Louis Capet, sans doute. Des mthodes d'interprtation aussi simplistes ne plurent pas aux fameux mages du dix-neuvime sicle Eliphas Lvi, qui qualifie Alliette de perruquier inspir , repoussa cette ide grossire. Le sens d'une carte doit tre trouv en de nombreux domaines, dit-il, dans le monde divin, dans la nature, dans le microcosme humain, dans l'intellect et dans le monde des tnbres. Pour Lvi, le Tarot est un sommaire monumental de toutes les rvlations anciennes, la cl des hiroglyphes gyptiens, de Salomon, des critures d'Enoch et d'Herms. Une telle affirmation ouvrait de nouveaux horizons aux cartomanciens. Sous l'influence de Lvi, Papus donna du bateleur cette pompeuse interprtation

II est l'Homme en tant qu'unit collective, le principe de la matrise et de la domination sur la terre. C'est de ce sens hiroglyphique que sont drives les ides d'unit et de ce principe qui dtermine l'unit. L'Homme ou le microcosme, l'unit et le principe, tel est le sens du bateleur [...]Mais une considration attentive de ce premier atout, poursuit-il, nous clairera encore davantage .

Selon Papus, le chapeau du bateleur a la forme du symbole de la Vie temelle, , ou l'infini, selon les mathmatiques. La partie infrieure de la figure reprsente la terre, orne des symboles de la nature. En gnral, on reprsente l'homme derrire une table sur laquelle sont poses des coupes, des pes et des pices d'or. Le quatrime emblme des cartes ordinaires, c'est a dire le bton, il le tient dans sa main leve. La signification de ces quatre emblmes est explique cabalistiquement par Papus. Ils renferment les quatre lettres de Jhovah [...] , le ttragrammaton est identique au bton, qui signifie le principe actif de Dieu, [...], le calice ou la coupe symbolisant le principe passif de l'univers ; l'pe, est le symbole d'quilibre, ou de l'homme Le second [...] (la dernire lettre) est

le symbole cyclique de l'ternit unissant les trois autres principes

Ces symboles, dit Papus, correspondent aux quatre grandes castes humaines les hommes de [...] sont les inventeurs, la noblesse de l'intelligence, les hommes de [...] sont les gardiens des grandes vrits dcouvertes par les inventeurs. La troisime caste est celle des hommes d'pe, dfenseurs des conqutes spirituelles ; ce sont des combattants, la noblesse d'epe. La dernire caste est celle des masses, de la multitude desquelles mergent les trois noblesses. Ces symboles sont placs au hasard sur la table du bateleur, tandis que dans le vingt et unime atout, le monde, ils sont ordonns, placs aux quatre coins de la carte. Les quatre emblmes des Evanglistes ne sont autre chose que le ttragrammaton (fig 239). Les deux cartes se

FIGURE XIII (fig. 239)compltent l'une l'autre, les nombres un et vingt et un additionns faisant vingt-deux, nombre total des arcanes majeurs. En rsum, Papus dclare que :

en haut de la figure se trouvent le nombre et la lettre hbraque de la lame. Au-dessous, le nom vulgaire de la carte. A droite du tableau sont les significations dans les Trois Mondes Divin, Humain et Naturel. Au-dessous se trouve pour chacune des lames sa cl absolue, selon l'image des rvolutions du mot lod h vau he

Comment pouvons-nous utiliser ces allusions occultes pour l'interprtation de la carte du bateleur ? Ceci est une autre affaire dont Papus ne parle pas clairement. Eliphas Lvi dclarait que la vrit devait tre voile, mais non cache au peuple . Nous croyons que Papus ajouta au bateleur juste un voile de trop. Revenons donc l'aimable Oswald Wirth qui nous dit que cette figure fait allusion dans un sens positif aux qualits suivantes de l'homme initiative, spontanit de l'intelligence, acuit de discernement et de comprhension, vivacit d'esprit, matrise de soi, indpendance, rejet des suggestions d'autrui, mancipation de tous prjugs. En un sens ambivalent ou ngatif, le bateleur peut s'interprter [les termes qui suivent mettent en vidence des substantifs qui qualifient le Mercure] comme la dextrit, l'intelligence, le raffinement, la diplomatie, le don de persuasion, un avocat, la perspicacit, l'habilet, l'agitation, le manque de scrupules, un agresseur, un menteur, un fourbe, un charlatan et un exploiteur de la candeur humaine. [...] Dans son interprtation mtaphysique du personnage, Wirth s'appuie principalement sur les interprtations de Papus Les quatre lettres hbraques qui dsignent Dieu et les quatre emblmes des Evanglistes sont, selon lui, identiques La synthse est enrichie par Wirth qui ajouta les quatre lments a, cettettrade mystique:

Denier pe Coupe Bton Carreau Pique Cur Trfle Terre Air Eau Feu Taureau Aigle Ange Lion

[voil des quivalences du plus haut intrt pour le cabaliste alchimique. Notez que, malgr l'erreur d'interprtation de la lame XXI - le taureau pris pour un cheval - nous avions dj dtermin qu'il ne pouvait correspondre qu' l'lment TERRE. Mais le tableau donn par Wirth est inexact : en effet, il attribue l'AIR l'Aigle alors que la cabale veut que ce soit l'EAU qui lui soit attribu ; d'ailleurs le combat entre l'Aigle et le Lion ne pourrait pas se comprendre sinon...Et l'ange doit se voir attribuer l'AIR. De mme, le coeur ne peut tre attribu l'EAU mais au FEU ; aussi proposons-nous le tableau suivant de substitution, en y intgrant les quatre Evanglistes :

Denier pe Coupe Bton Carreau Pique Trfle Coeur Terre Air Eau Feu Taureau Ange Aigle Lion Luc Matthieu Jean Marc Sel Mercure Mercure Soufre

Il ne faut pas s'tonner de voir le Mercure marqu deux fois : le double Mercure ou Mercure philosophique forme avec le Rebis l'oeuf de Sages, dispos dans l'athanor : une partie du Mercure reprsente le soufre, c'est celle lie l'AIR ; l'autre partie est lie au Sel et appartient l'lment EAU. Ces correspondances sont videmment poses en pure conjecture ; nous invitons le lecteur nous faire par de ses remarques afin d'amliorer ces quations symboliques. ]

Pour possder les quatre objets mystiques, on doit avoir subi l'preuve des lments On doit triompher de l'air, ce qui, pour le cabaliste, s'accomplit par la parole. Cette victoire lui donnera l'pe, symbole du mot qui chasse les fantmes de la terreur. La conqute de l'eau signifie l'acquisition du Saint-Graal, la coupe de la sagesse. L'preuve du feu, la plus haute initiation, aura pour rcompense le bton de commandement, qui est le sceptre du roi [il s'agit de l'quivalent du bourdon de plerin] et signifie que le sage rgne par son propre pouvoir et incarne une volont souveraine. Wirth ne montre pas seulement les dispositions du sujet, il donne aussi des conseils pour le perfectionnement personnel. La premire condition est d'tre toujours actif, mme sans profit, plutt qu'indolent. [c'est l'un des meilleurs conseils donner pour vivre vieux dans de bonnes conditions, sans fumer et sans excs de boisson : deux trois verres de bon vin rouge par jour, seuls, seront bienvenus] Naturellement, l'atout du bateleur exprime le mouvement perptuel qui anime l'univers, ainsi que le corps et l'esprit de l'homme :

L'individu, dit Wirth, doit accomplir sa mission qui est de se crer lui-mme, de devenir un homme complet, un homo totus

Les savants modernes parleraient de ce dveloppement comme d'un processus d'individuation . L'homme complet est, selon Wirth, la rfraction de la cause premire, la principale unit dans le soi. L'ide n'est pas compltement diffrente des thories du psychanalyste C.-G. Jung [cf. le Psychologie et Alchimie, Buchet-Chastel, 1970]. Le fait que trois pieds seulement de la table du bateleur soient visibles n'est pas une concidence. D'aprs Wirth, ils reprsentent le soufre, le sel et le mercure, les trois piliers du monde matriel,

les supports de la substance lmentaire qui tombe sous nos sens

Mrs John Kmg van Rensselaer ajoute quelques observations intressantes. Convaincue que les flches ou btons divinatoires sont les anctres du Tarot, elle insiste sur le fait que le bateleur manipule sa baguette devant la table. C'est la baguette magique, aisment reconnue comme telle par l'minent Franais (Gbelin)

C'est l'un des emblmes reproduits dans l'as de btons, de barre ou de sceptres et en le plaant dans la main du sujet, on veut montrer qu'il a reu pouvoir de consulter l'oracle

La table, croit Mrs van Rensselaer, tait dj objet rituel dans l'antiquit. [...]

Kurt Seligmann termine son chapitre sur le Tarot en prsentant un exemple de fausse carte, comme celle du savetier qui remplace la bateleur dans un jeu italien (fig. 240). Transition toute trouve pour parler, dans l'interprtation du Tarot des Bohmiens par Papus, d'une interprtation alternative du XIXe sicle qui ne nous convainc vraiment pas...

FIGURE XIV (fig. 240)III. Le Tarot des Bohmiens d'aprs Papus

Cet ouvrage n'est pas disponible. Heureusement, Jollivet-Castelot, dans son Opuscule Comment on devient alchimiste, trait d'Hermtisme et d'Art spagyrique bas sur les rgles du Tarot [avec une prface de Papus, Chamuel, Paris, 1897] a rsum les crits de Papus.

TABLEAU DE CONCORDANCE DES ARCANES MAJEURSRAPPORTS SIGNIFICATION [abrviations : K : Kabbala - A : astrologie ; entre () la lettre de la lame en hbreu]

1re Lame (aleph). Le Bateleur. (lod). Kabbale: Kethar. Force attractive (et par dveloppement dans les trois mondes) : Affinit Solphre. Acide. Matire UneAdepte. 2me Lame (beth). La Papesse. (H). K: Chocmab, R. astrologiques : Lune Lundi. Matire presque inerte, passive. Reflet de I, le Bateleur. Mercure. Base. L'Initiation. 3me Lame (ghimel). L'Impratrice. (Vau) K.: Binah-Astrologie : Vnus, Vendredi Sel. Mdiateur. Esprit vivifiant. Mouvement. 4me Lame (daleth) L'Empereur. (H). K : Chesed. Astrologie. Jupiter, Jeudi. Azoth (Lumire astrale ; fluide thr). 5me Lame (h). Le Pape. K : Pchad. Astr. Blier, Mars. Quintessence (Reflet d'Azoth). 6me Lame (vau).). L'Amoureux, Rptition de l'arcane I ; quilibre de l'azote et de la quintessence - lments. K. :Tiphereth. Astr. Taureau, Avril. Feu. Air. Eau. Terre. 7me Lame (zan). Le Chariot. Tendance l'uilibre, c'est--dire la combinaison des lments pour se raliser ensuite en se sparant. K : Hod. Astr. Gmeaux, Mai. Le Fixe et le Volatil. 8me Lame (heth). La Justice. L'Existence lmentaire. K : Nizah. Astr. Cancer, Juin. Hydrogne. feu. 9me Lame (teth). l'Hermite. K : Jesod. Astr. Lion, Juillet. Oxygne. Air. 10me Lame (iod). La Roue de fortune. K : Malchut. Ast. Vierge, Aot. Azote. Eau. 11me Lame (eaph). la Force., A: Mars, Mardi. Carbone. Terre. 12me Lame (lamed). Le Pendu. A : Balance. Septembre Le Vitriol (Dissolution de Mtaux). 13me Lame (mem). La Mort (quivaut au principe transformateur, la forme plastique). Les semences mtalliques prpares et mises en contact. 14me Lame (noun). La Temprance. Involution ou descente de le. force volatile dans la Matire ; Feu dans l'Athanor. Astr: Scorpion, Octobre. Matire la couleur verte (Rgime de Mercure). 15me Lame (samech). Le Diable. Rsultat de la chute: Le Dragon du Seuil, car ici va se produire le grand changement. Astr : Sagittaire, Novembre. Noirceur de la Matire (Rgime de Saturne). 16me Lame (han). La Maison-Dieu. Destruction divine; moment dfinitif. La Chute ; car l'action se produit pour amener la Pierre. Astr : Le Capricorne, Dcembre. Commencement du Blanc (Rgime de Jupiter). 17me Lame (ph). Les Etoiles. Expansion des Fluides. Esprance. Astr : Mercure, Mercredi. Couleur blanche (Rgime de la Lune). 18me Lame (tsad). La Lune. Avec ce 3me septnaire finit l'Involution, c'est--dire la descente de l'Esprit dans la Matire ; les trois dernires cartes montrent les forces retournant leur principe commun par l'volution. A : Verseau, Janvier. Couleurs varies de l'oeuvre (Moment critique). Passe au ronge-brun (Rgime de Vnus). 19me Lame (eoph). Le Soleil. La Nutrition et la digestion des Matires (Rgne minral). A : Poissons, Fvrier. Couleurs de l'Iris (Rgime de Mars). 20me Lame (resch). Le Jugement. Le Mouvement propre ; la Respiration (Rgne vgtai). Astr: Saturne, Samedi. Couleur rouge (Rgime du Soleil). 21me Lame (shin) Le Mt (Rgne animal ou suprieur). la Fermentation de la Pierre. 22me Lame (thau). Le Monde. Triomphe dflnitif ; le symbolisme est indiqu par la carte : aigle et un ange = volatil ; le taureau = fixe ; le lion = la force transformatrice ; ou encore indication des quatre lments : Lion = terre ; cheval = eau ; aigle = air; ange = feu ; la femme nue =. la quintessence. L'Absolu alchimique; l'Or alchimique ; la Pierre fihitosophale. Microcosme = Macrocosme.

Nous n'avons donn ici que le tableau gnral de concordance des arcanes majeurs, de Papus, retranscrit par Jollivet-Castelot. Nous n'aurons pas grand'chose en dire ; non pas qu'il n'y ait rien dire. Au contraire ! Tout est dire...mais les bras nous en tombent force d'interprtations thosophiques et sotriques. si nous avons montr ce tableau, c'tait uniquement dans le but que l'on voit la diffrence existant notre interprtation, qui s'efforce d'tre raisonnable et conforme la cabale hermtique applique l'alchimie, et l'interprtation notre avis fausse, que donne Papus des XXI Arcanes Majeurs et du Mat.

Les vingt et un arcanes majeurs et leur rapport au grand oeuvre alchimique - notre versionnotes : Les images que vous verrez ci-aprs constituent la version du Tarot Conver faite par Camoin et Jodorowsky. Les dtails picturaux qui ont t ajouts par ces derniers au paquet original de 1760 ne seront pas analyss dans la prsente tude. Une bonne rproduction fac-simil du paquet original est fournie par les cartiers Lo Scarabeo de Turin (Italie) [http://www.ojardimhermetico.hpg.com.br/]. Cliquez sur l'image de chaque lame pour l'agrandir. Cliquez sur le nom de la carte pour voir des originaux de Jean Dodal et de Jean Noblet.

Le Mat

C'est la figure du FOU de l'oeuvre selon les prceptes de Fulcanelli ; le curieux animal qui le poursuit semble tre un flin [un chat] ; curieusement, on peut rapprocher ce Mat de l'un des bas-reliefs de Notre-Dame de Paris : la lchet. C'est d'une fuite qu'il est question ici, c'est--dire d'une dissolution ou d'une volatilisation ; or, un mot suffit lier ces deux oprations : la sublimation. C'est l'tat du premier Mercure, tel qu'il est peint aussi dans les Ripley's scrowles. un Mercure agit, une sorte d'Ajax dchan ou d'Orlando furioso. C'est aussi le voyageur, celui qui part sur le chemin de saint Jacques de Compostelle, la recherche de la fleur et de l'toile. Le Mat se distingue des autres cartes du tarot en ce qu'il n'a pas de numro ; ce qu'un hermtisme appellerait sans dimension ; c'est donc la carte zro : 0 dans laquelle il n'est pas difficile de reconnatre le serpent Ouroboros de la grande tradition. Voici ce que l'on peut lire sur le Mat :

Il marche, appuy sur un bton d'or, le chef orn d'un bonnet de mme couleur, semblable celui d'une marotte [...] C'est un fou, conclura l'observateur abrit derrire les crneaux de la cit. C'est un matre, murmurera le philosophe hermtique, remarquant que le bton au bout duquel il porte un baluchon flasque, sur l'paule, est blanc [...], et que ses pieds chausss de rouge, prennent fermement appui sur un sol bien rel [...]. Sa besace est vide, mais elle est rose, comme sa cuisse et comme le chien qui tente de l'agripper [...] l'or de la connaissance et des vrits transcendantales est la couleur du bton sur lequel il s'appuie [...] il avance.

De ces notes, il appert que les chaussures et le baluchon sont les parties les plus importantes du Mat : par leur couleur, rouge, les chaussures indiquent le lieu o l'on trouve le Soufre rouge ou teinture de la Pierre ; quant au baluchon, il est suspendu dans l'air ; c'est assez dire pourquoi sa couleur est blanche [cf. l'Air des Sages, Philalthe]. Le bton, c'est le bourdon du plerin dont on a ailleurs vu qu'il se rapportait au moyen qui permet d'obtenir la fixation du Mercure [cf. blasons alchimiques]. Quant l'animal que l'on prenait pour un chat, il s'agit d'un chien [ce n'est pas vident sur la carte]. Le chien, le meilleur ami de l'homme sur cette terre, est aussi trs important pour notre alchimiste, cf. l'Atalanta XLVII. M. Carneiro a vu pour sa part que le pied du Bateleur est bien prt de buter contre une petite pierre - que l'on aperoit au niveau du pied gauche - et que cette pierre pouvait constituer le symbole de la prima materia, celle dont tous les textes nous disent qu'elle n'a que peu de valeur et que tout le monde l'a, le riche comme le pauvre [ cela, nous ajouterons d'ailleurs que cette rflexion, valable jusqu'au dbut du XXe sicle, ne l'est pratiquement plus aujourd'hui du fait de la modernisation de notre socit].

Le Bateleur

C'est la carte I ; son habit est de couleur bleu et rouge et de faon gnrale, ses couleurs le signalent comme un tre divis, produit de deux principes opposs, domins par l'Esprit : on aura reconnu le Rebis ou homme double ign de Basile Valentin. On aura aussi not que le Bateleur reprsente un escamoteur ; c'est dire que la formation du Rebis passe par des phases d'quilibre instable o le noir le dispute au blanc ; plus prcisment, il semble que sa formation dfinitive soit marque par des irisations o l'on reconnat les couleurs de la queue de paon. Le chef du Bateleur rappelle en outre le signe : l'infini. Et que ses pieds sont d'querre [cf. Fontenay pour des dveloppements sur le symbolisme alchimique de l'querre]. On a compar la table - dont trois pieds seulement sont visibles - :

des signes soufre, sel et mercure, car ce sont les trois piliers du monde objectif.

Sans verser dans un sotrisme de bas aloi, nous dirons simplement que le Bateleur porte sur lui-mme les symboles qui permettent de comprendre que nous avons affaire un Mixte form du Soufre et du Sel. Voyez encore les divers objets poss sur la table, qui correspondent aux arcanes mineurs : deniers, coupe, pes, bton. Ils ont une signifiance alchimique certaine pour l'tudiant qui possde dj quelque teinture de science [voyez ces termes en recherche]. Ce que la carte montre mal, c'est que le Bateleur a des cheveux blancs, termins par des boucles d'or : c'est marquer la nette transition entre l'oeuvre au blanc et l'oeuvre au rouge, car le Rebis n'est encore qu'un tat intermdiaire de la Pierre, une poque du 3me oeuvre o le Soufre ml au Sel sont encore dissous dans les limbes de l'Esprit. Voil pourquoi l'arcane est assimil assez souvent au mystre de l'Unit ou plutt, si l'on veut tre exact, de la trinit faite Une [l' de la Chrysope de Cloptre, cf. Chimie des Anciens, Berthelot]. Escamoteur ou prestidigitateur, ces deux termes qualifiant le Bateleur donnent en grec , de la racine . Or, signifie toute pierre polie ou travaille, et notamment, toute pierre prcieuse. On voit par l que le Bateleur est, pour ainsi dire, la croise des chemins et qu'il dsigne une poque du 3me oeuvre o l'Artiste polit effectivement sa pierre, par l'EAU et le FEU. Remarquez aussi la baguette qu'il tient dans la main gauche ; c'est la mme que celle de la Vierge, dans son amande mystique, lame XXI. Mais le Bateleur, c'est encore celui qui fait des miracles [] au sens chrtien du terme : il prpare donc la Rsurrection du Christ, ou, si l'on prfre la renaissance du phnix. On peut rapprocher cette lame de la planche XIII du Mutus Liber, o nous assistons la prparation du Rebis.

La Papesse

Carte n II, la Papesse apparat assise comme une desse. Voici comment elle est dcrite :

Elle cache sous un manteau bleu, col et fermoir jaunes, sa longue robe rouge sur laquelle se croisent deux cordons jaunes ; symbole de la force de l'Esprit qui ne veut pas encore se manifester au-dehors [...]

Comme telle, elle symbolise absolument le signe zodiacal de la Vierge, dans lequel l'hermtiste reconnat le signe de la gestation ; l'Esprit est le Mercure et sa Force en est le Soufre rouge qui y est sublim, en attente de sa prochaine rincrudation. Sur la Force, cf. Gardes du corps et Esprit Gobineau [Vices et Vertus de Notre-Dame de Paris]. Le livre qu'elle tient ouvert est l'image de celui que tient la Philosophie, ct d'un autre, ferm : c'est l'indice sur l'ouverture du mtal, ralise ici, en puissance dans le bas-relief de Notre-Dame. On crit encore que :

un voile blanc tombe sur ses paules et sa tte se dtache sur une draperie de couleur chair [...] Ce voile blanc fait penser Isis [...]

Nul doute que la Papesse soit d'essence chthnonienne l'instar de Crs et Persphone, dont Fulcanelli disait qu'il s'agissait de trois ttes sous le mme voile [sur Isis, cf. Chevreul, I]. On la compare encore Junon ; nous opterions plutt pour la grande desse d'Asie Mineure, Cyble et ceci pour plusieurs raisons : elle symbolise avant tout une prtresse qui dtient tous les secrets du Monde [par le livre ouvert qu'elle a, pos devant elle, qu'en conjecture on croit tre le Livre des Livres]. En un sens, ce livre a le mme sens que la pierre noire de Pessinonte, arolithe qu'elle tient serre dans sa main gauche. Quant au char de Cyble, o deux lions sont attels, on les devine ici dans les couleurs : la Papesse couvre en effet la Force [couleur rouge] et la Justice [couleur bleu] ; c'est nommer, indirectement, le Lion rouge et le Lion vert, c'est--dire Atalante et Hippomns [cf. Atalanta fugiens]. Ou si l'on prfre, Existence [Lion rouge] et Essence [Lion vert]. M. Carneiro voit dans la Papesse une sorte de sphinx. Nous ne saurions lui donner tort : elle reprsente la Philosophie du Tarot. Il la compare encore une Vierge noire ; c'est nommer indirectement Isis. Comme le dit Fulcanelli [Mystre des Cathdrales, p. 75], les statues d'Isis devinrent des Vierges noires lors de l'introduction du christianisme en Gaule :

Isis, avant la conception, reprsente pour Bigarne [Considrations sur le culte d'Isis chez les Eduens, Beaune, 1862] l'attribut de la Vierge que plusieurs monuments dsignent comme la Virgo paritura, c'est--dire la terre avant sa fcondation, et que les rayons du soleil vont bientt animer.

Sur la virgo paritura, cf. 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10. Toujours selon Fulcanelli, ces Vierges Noires dsigneraient :

[...] la terre primitive, celle que l'artiste doit choisir pour sujet de son grand ouvrage. C'est la matire premire l'tat de minerai, telle qu'elle sort des gtes mtallifres, profondment enfouie sous la masse rocheuse. [Myst., p. 76]

Il suffit de lire l'un des recueils de Jacques-Joseph Ebelmen sur la dcomposition des espces minrales de la famille des silicates [cf. Mercure de nature] pour trouver immdiatement qu'elle est cette terre primitive. Et surtout pourquoi elle a droit ce qualificatif de primitive qui ne pourrait se comprendre autrement. Aussi est-ce avec propos que l'Adepte poursuit :

La cathdrale de Chartres est la mieux partage sous ce rapport ; elle en possde deux [les Vierges noires], l'une dsigne sous le vocable expressif de Notre-Dame-sous-Terre, dans la crypte, est assise sur un trne dont le socle porte l'inscription dj releve : Virgini paritura ; l'autre, extrieure, appele Notre-Dame-du-Pilier, occupe le centre d'une niche remplie d'ex voto sous forme de coeurs embrass. [Myst., p. 76]

N'est-ce pas l nous donner en quelque sorte le sujet et son objet ? Ne comprend-on pas que Notre-Dame-sous-Terre n'est autre que le principe mme de cette terre primitive, celle dont Jollivet-Castelot, de faon trs surprenante, donne le nom vulgaire dans son opuscule Comment on devient alchimiste, trait d'Hermtisme et d'Art spagyrique bas sur les rgles du Tarot, cf. supra le Tarot des Bohmiens? Et que Notre-Dame-du-Pilier n'est autre que ce temple monolithe que Zosime de Panopolis exhorte l'tudiant construire en albtre et en cruse [cf. Prima materia], avant l'embrasement final qui, au vrai, est la rincrudation, comme l'Adepte le dcrit en nous signalant ces coeurs embrass. Signalons enfin que les feuillets du livre sont une indication quant la nature du minral dans lequel il faut rechercher notre terre primitive ; Nicolas Flamel y fait allusion quand il dcrit l'aspect - tout fait extraordinaire - du Livre d'Abraham Juif [1, 2, 3,].

L'Impratrice

Troisime carte, l'Impratrice reprsente la force motrice et l'intelligence souveraine par laquelle :

vit tout ce qui vit .

Cette image doit tre rapproche de la planche IX du De Lapide Philosophorum de Lambsprinck qui lui est superposable. Mais le Mercure terrassant le dragon est ici remplac par l'oiseau fabuleux que l'on aperoit sur l'cu que nous prsente la Mre cosmique laquelle est souvent compare l'Impratrice. Observez le bourdon et l'emblme de la stibine des Sages, autrement nomme l'antimoine saturnin d'Artephius ou le stibium de Jacques Tol. Plusieurs alchimistes croient encore qu'il s'agit du sulfure d'antimoine vulgaire ; Fulcanelli a mis en garde l'tudiant contre le danger qu'il y a trop vouloir prendre les textes alchimiques par le Verbe, alors qu'ils doivent tre lus par l'Esprit. On prsente l'Impratrice assise sur un trne de couleur chair, les cheveux blancs ; elle revt une tunique bleue sur une robe rouge. C'est un aigle qu'elle tient sur son cusson [sur l'aigle, cf. recherche] ; cet aigle dsigne l'lment EAU et non l'lment AIR comme on le croit trop souvent [cf. lame XXI]. On a interprt la stibine comme :

l'me intellectuelle, l'influence ascensionnelle ou spiritualisante, l'esprit se dgageant de la matire, l'volution, la rdemption.

Sans vraiment confirmer ces rflexions qui nous paraissent un peu confuses, voil ce que l'on peut ajouter : l'me intellectuelle reprsente le Soufre rouge dissous dans le Mercure philosophique, dsignant le Compost ; il est certain qu' un moment du 3me oeuvre, l'Esprit va commencer se sublimer, c'est--dire s'vaporer, dterminant dans la solution sursature le dbut de la cristallisation : c'est ce que l'on l'appelle l'incarnation de l'me ou, si l'on prfre, l'envenimation du Monde [cf. Jamblique et Festugire]. Sur Isis, laquelle on a compar l'Impratrice, cf. Atalanta fugiens. C'est la Vertu de la Force qui est symbolise avant tout et cette lame de tarot a dj t commente dans la section des Gardes du Corps, lorsque nous avons voqu Court de Gbelin. Nous avions d'ailleurs assimil l'Impratrice non pas tant Isis qu' Minerve. L'Impratrice, au plan alchimique, reprsente donc le Mercure philosophique, dument prpar et anim sous l'espce de l'aliment qui nourrit le Rebis : il s'agit du Lait de Vierge. L'Impratrice, comme le dit propos M. Carneiro, incarne la Vierge blanche, comme la Papesse incarnait la Vierge noire, correspondant au sujet primitif brut, tel qu'il est tir des gtes miniers. Ici, l'Aigle et la stibine sont les deux ingrdients dont l'Artiste aura besoin pour nourrir sa matire avant la renaissance du phnix. Toutefois, il faut noter que dans le tarot de Dodal, 1715, conserv la bnf, l'aigle est noir et la stibine possde une croix pate dont nous avons parl dans la section des Gardes du Corps. Papus, d'aprs ce qu'en rapport Jollivet-Castelot, crivait que :

l'Impratrice, nous indique le Saint-Esprit, mdiateur plastique, lien entre Force et Matire, fixe et volatil, le Sel ou Mouvement (vau) gnral. [Opuscule..., le Tarot alchimique, cap. II, p. 67]

Ce n'tait pas mal trouv : mais il faut traduire ; la Force reprsente le Soufre rouge en puissance, le rayon ign solaire que l'Artiste doit capter dans un crin, dsign ici par la Matire et peut-tre aussi par le Sel [nous sommes peu prs certain que Papus ne voulait pas dsigner le Corps de la Pierre ou Soufre blanc, mais le hasard fait parfois bien les choses...]. Quant au Saint-Esprit, il dsigne videmment le Mercure philosophique, l'oeuvre en plein du signe de la Balance jusqu'au signe du Verseau inclu [cf. schma des signes de l'oeuvre et zodiaque alchimique].

L'Empereur

Quatrime arcane du tarot, l'Empereur symbolise :

l'empire, la domination [...] la suprmatie de l'intelligence dans l'ordre temporel et spirituel.

Il faut en rapprocher l'impratrice ; du reste ces deux cartes sont-elles en rapport avec le Mercure ; l'une reprsentant l'hiroglyphe de la partie femelle et l'autre - la IVme carte - la partie mle. Cette opposition se manifeste par la faon dont l'aigle est reprsent sur l'cu :

[...] tte et ailes tournes en sens contraire de l'aigle de l'Impratrice, pour assurer l'quilibre des forces par l'opposition des contraires.

Nous ne reviendrons pas ici sur le symbolisme de l'aigle, complexe, que nous avons envisag dans de nombreuses sections [Atalanta fugiens, humide radical mtallique, Matire, etc.]. L'Empereur marque, par rapport l'Impratrice, une tendance nette se tourner du ct du fixe : c'est, en effet, la couleur rouge qui domine sur le bleu ; au lieu que c'est le bleu qui domine dans les habits de l'Impratrice, plus tourne du ct du volatil. On pourrait rapprocher les lames III et IV de l'emblme XLVII de l'Atalanta fugiens. Du coup, la chienne d'Armnie [le bleu armnien] trouve son vidente correspondance dans la lame III tandis que le chien du Corascne la trouve, lui, dans la lame IV. Remarquez la position croise des jambes de l'Empereur, colores en bleu : c'est un qu'elles dessinent, ce mme dont nous parle Fulcanelli, troitement li au Mercure. Cet arcane, chose remarquable, est encore appel pierre cubique par les hermtistes : il faut y voir la collaboration des elments et y rattacher encore l'emblme XXXVI de l'Atalanta fugiens, o l'on voit quatre pierres dans l'eau [c'est--dire le Mercure] figurant les lments l'oeuvre. Cette pierre cubique a t voque par Fulcanelli dans le Mystre des Cathdrales, propos d'un bas-relief de Bourges [intrieur du Palais Jacques-Coeur, clich Alain Mauranne] reprsentant le mythe de Tristan de Lonois. Cf. Atalanta, XI. Nous avons galement signal dans la section Fontenay que le mercure commun se dpose en octadre avant de prendre une forme cubique en passant par une forme cubo-octadrique. C'est trs certainement cette curieuse particularit qui a fait dsigner la pierre cubique pointe comme l'un des emblmes clefs de la f