Le spectre menaçant - · PDF file...

Click here to load reader

  • date post

    29-Sep-2020
  • Category

    Documents

  • view

    0
  • download

    0

Embed Size (px)

Transcript of Le spectre menaçant - · PDF file...

  • JOSEPH LALLIER

    LE SPECTRE MENAÇANT

  • JOSEPH LALLIER

    LE SPECTRE MENAÇANT

    1932

    Un texte du domaine public. Une édition libre.

    ISBN—978-2-8247-1586-5

    BIBEBOOK www.bibebook.com

    http://www.bibebook.com http://www.bibebook.com

  • À propos de Bibebook : Vous avez la certitude, en téléchargeant un livre sur Bibebook.com de

    lire un livre de qualité : Nous apportons un soin particulier à la qualité des textes, à la mise

    en page, à la typographie, à la navigation à l’intérieur du livre, et à la cohérence à travers toute la collection.

    Les ebooks distribués par Bibebook sont réalisés par des bénévoles de l’Association de Promotion de l’Ecriture et de la Lecture, qui a comme objectif : la promotion de l’écriture et de la lecture, la diffusion, la protection, la conservation et la restauration de l’écrit.

    Aidez nous : Vous pouvez nous rejoindre et nous aider, sur le site de Bibebook.

    http ://www.bibebook.com/joinus Votre aide est la bienvenue.

    Erreurs : Si vous trouvez des erreurs dans cette édition, merci de les signaler à :

    [email protected]

    Télécharger cet ebook :

    http ://www.bibebook.com/search/978-2-8247-1586-5

    http://www.bibebook.com/ http://www.bibebook.com/joinus mailto:[email protected] http://www.bibebook.com/search/978-2-8247-1586-5

  • Credits

    Sources : — L’Action Paroissiale — Bibliothèque Électronique duQuébec

    Ont contribué à cette édition : — Association de Promotion de l’Ecriture et de la

    Lecture

    Fontes : — Philipp H. Poll — Christian Spremberg — Manfred Klein

  • Licence Le texte suivant est une œuvre du domaine public édité sous la licence Creatives Commons BY-SA

    Except where otherwise noted, this work is licensed under http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/

    Lire la licence

    Cette œuvre est publiée sous la licence CC-BY-SA, ce qui signifie que vous pouvez légalement la copier, la redis- tribuer, l’envoyer à vos amis. Vous êtes d’ailleurs encou- ragé à le faire.

    Vous devez attribuer l’œuvre aux différents auteurs, y compris à Bibebook.

    http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/fr/

  • (Troisième édition.)

    A   de ma chère mère. Leurs marteaux à la main, ces forçats du dimanche Un dimanche pourront chercher quelque revanche.

    Louis Veuillot

    n

    1

  • Première partie

    2

  • CHAPITRE I

    —André Lescault, vous êtes libre ! dit à brûle-pourpoint le gouverneur du pénitencier, en présentant un parchemin au jeune homme frêle, mais à l’air distingué, qui depuis trois ans purgeait une sentence pour vol, à Saint-Vincent-de-Paul.

    — Il me reste encore deux ans de sentence à purger, Monsieur le Gou- verneur, répondit le jeune homme.

    — Oui, mais en récompense de votre bonne conduite, le ministre de la justice a bien voulu vous faire grâce des deux autres années. Il est bon le ministre, de vous faire cette faveur !

    André se redressa comme s’il eût subi une insulte. Ses yeux s’enflam- mèrent d’indignation.

    — Ah ! dit-il, la bonté des hommes, je suis payé pour la connaître, depuis trois ans que je subis l’opprobre avec la pègre, que cette même bonté humaine m’a donnée comme compagne.

    — Il ne faut pas maugréer contre la Justice, mon ami, reprit le gouver-

    3

  • Le spectre menaçant Chapitre I

    neur, il faut payer ses dettes à la Société, et ce n’est pas sa faute si vous êtes tombé.

    — Vous avez raison, Monsieur le Gouverneur, dit André d’une voix plus douce, et j’aurais mauvaise grâce de me défendre comme un homme convaincu, comme vous l’êtes, du crime dont j’ai été accusé ; mais puisque je suis libre, je n’ai qu’à vous remercier. Je sais que vous êtes bon et que, si cette faveur m’est accordée, c’est à vous que je la dois.

    — Ah ! voilà que vous parlez sensément ! Préparez vos malles immé- diatement, car vous sortez à neuf heures et il en est déjà sept. Vous n’avez pas de temps à perdre. Vous trouverez vos habits civils dans votre com- partiment.

    André se dirigea lentement vers sa cellule dont il trouva la porte ou- verte. Une boîte de friandises avait été placée à côté de ses habits. « Ou- bliez le passé, ne pensez qu’à l’avenir », avait écrit la vieille matrone, de son écriture irrégulière, sur la boîte de bonbons confectionnés de sa main.

    — C’est pas un prisonnier comme les autres, disait souvent la matrone en parlant du détenu Lescault.

    — Chère Mélanie ! murmura tout bas le jeune homme ; il y a encore des âmes charitables sur la terre ! Pourquoi l’avais-je oublié ?… Eh bien ! je les mangerai à ta santé, bon cœur compatissant, et que Dieu te bénisse !

    Tout en s’habillant, André jeta un dernier regard autour de sa petite chambre. Une étrange émotion l’étreignit.

    — Mais ce n’est pas possible, dit-il, je me sens tout à coup attaché à ce qu’il me faut quitter !

    On s’attache à de bien petites choses quand on les fréquente souvent et qu’elles ne nous font pas de mal ! C’est pourquoi André éprouvait une étrange sensation au moment de s’en séparer.

    — Pauvre grabat ! Tu ne m’as pas été trop cruel après tout, dit-il en regardant son misérable petit lit caché sous une couverture de couleur douteuse. Que de fois j’ai couvert ma douleur de ta chaude laine, quand mon âme aussi bien quemon corps se sentaient glacés ! Et toi, petite table, adieu ! Petit tapis rouge qui a bu mes larmes, j’ai presque envie de t’em- brasser en te quittant !

    4

  • Le spectre menaçant Chapitre I

    n

    5

  • CHAPITRE II

    I   par ce matin du huit novembre. André Lescaultfranchit le grand portique du pénitencier avant de s’engager surles marches de granit qui descendent directement dans la rue. L’énorme porte grinça sur ses lourds gonds. André s’arrêta comme trou- blé par un pénible souci. Oui, c’était le même grincement qu’il avait en- tendu trois ans auparavant quand il avait franchi ce seuil, menottes aux mains. D’un geste las, le policier l’avait remis au gouverneur avec la sa- tisfaction d’un objet encombrant dont on se débarrasse avec joie.

    De gros flocons de neige molle tombaient sur le joli village de Saint- Vincent-de-Paul, qui semble écrasé par la lourdeur des murs du péniten- cier. Le sol détrempé par la neige fondante râlait dans un vain effort pour se soustraire à l’hiver qui arrivait à grands pas.

    André sentit le froid l’étreindre à la gorge et toussa légèrement. Re- levant le collet de son mince veston, il longea le mur suintant l’humi- dité, que la neige fondante rendait tout ruisselant. Il s’arrêta tout à coup

    6

  • Le spectre menaçant Chapitre II

    comme embarrassé de cette liberté après laquelle il soupirait depuis trois ans. Ayant levé la tête, il aperçut la sentinelle postée sur une des tours d’observation, qui le regardait.

    — Mais comment cet homme ne m’inspire-t-il plus aucune crainte, se dit André à lui-même. Combien de fois ai-je eu la tentation dem’évader, et quelle horreur je ressentais, en le voyant se promener le long du parapet. Il me semble aujourd’hui qu’il ne fait que son devoir, alors que j’étais habitué à le regarder comme un bourreau. Combien de fois aussi n’avais- je pas cru saisir chez lui un regard approbateur aux gouailleries de mes compagnons de bagne qui se moquaient de mes mains blanches ?

    — Prends garde ! le petit à sa mère, disait l’un, tu vas faire bobo à tes petits doigts.

    — Laisse donc le petit tranquille, répondait son copain, plus charitable. Il ne t’a pas fait de mal !

    — Je veux lui endurcir la couenne, reprenait le premier. André se contentait de sourire, en réponse à tous les quolibets de ses

    nouveaux compagnons, peu habitués à la charité. Sa bonne humeur les avait désarmés les uns après les autres et ils avaient fini par lui laisser la paix.

    Après ce retour sur le passé, André continua de longer le mur, sur l’étroit trottoir de bois que la neige rendait glissant. Arrivé au coin de la muraille, un vent du nord-ouest l’enveloppa et le glaça complètement.

    — Est-ce ça, la liberté ? murmura-t-il tout haut, en essayant de répri- mer une toux qui semblait s’accentuer.

    Ce qu’il venait de quitter était du confort à côté de ce qu’il éprouvait en ce moment. Il accéléra le pas, en se dirigeant vers la gare du chemin de fer.

    Un oiseau de Saint-Vincent, se dit le chef de gare, en voyant entrer ce nouveau client dans la salle d’attente.

    — Pas chaud, l’ami ? dit-il d’un air mi-sympathique, mi-gouailleur. — Non, au dehors, mais vous ne semblez pas manquer de confort à

    l’intérieur. — Vous venez de loin, je suppose ! — Oui… de très loin…, répondit André en appuyant sur les mots. — Et vous allez ?… Vous avez besoin d’un billet de chemin de fer ?

    7

  • Le spectre menaçant Chapitre II

    — À quelle heure le train pour La Tuque ? dit André, répondant par une question au loquace chef de gare.

    — Il ne part pas de train d’ici pour La Tuque, répondit ce dernier, c’est sur le Canadien National, je crois.