Le sacré Bala Ba de Maniselia

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Etude du balafon sacré «balaba de Manisélia»Sous-Préfecture de Tokounou Préfecture de Kankan – République de Guinée

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    Etude du balafon sacr balaba de Manislia Sous-Prfecture de Tokounou Prfecture de Kankan Rpublique de Guine

    Etude ralise par :

    - Le Centre dEtude des Cultures Africaines (CECA) de lUniversit Julius NYERERE

    de Kankan (UJNK)

    - Le Centre National de Recherche sur le Patrimoine de Guine (CENARPA/G) de la

    Direction Nationale de Recherche Scientifique et Technique (DNRST)

    - LONG Africawrites

    Kankan, Avril 2012

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    INTRODUCTION Ltude de la culture Africaine devient de plus en plus une proccupation des chercheurs

    contemporains compte tenu de sa richesse, sa complexit et de son originalit. Pape Massne

    Sne du Sngal fait remarquer que face la mondialisation, le patrimoine immatriel

    africain est plus que jamais menac de disparatre et avec lui nos valeurs et traditions

    communes indispensables dans lducation et lenracinement des gnrations .

    Cette observation dcoule du fait que les Africains eux-mmes se consacrent peu ltude et

    la mise en valeur de leur patrimoine culturel. Par contre en Europe et en Amrique, on assiste

    la naissance de divers centres et instituts qui se sont spcialiss dans ltude et la promotion

    des civilisations et cultures africaines.

    En effet, le chercheur amricain Joseph Elweg en sjour lUniversit Julius NYERERE de

    Kankan en 2008 rapporte que Je dirais aux Guinens de faire des recherches eux-mmes sur

    leur culture, sans faire appel des spcialistes trangers et queux ne deviennent que de

    simples assistants. Cest les Africains qui connaissent mieux les cultures et murs africaines

    que les chercheurs qui viennent de ltranger. Peut-tre quils manquent de moyens mais, on

    peut faire des recherches avec un peu de moyens si on est patient1 .

    Cest dans ce cadre que des chercheurs du Centre dEtude des Cultures Africaines (CECA) et

    du Centre National de Recherche sur le Patrimoine de Guine (CENARPA/G) en

    collaboration avec lO NG Africawrites ont initi ltude du balafon sacr (Balaba qui

    signifie grand balafon en langue malink) de Manislia Etude du balaba de Manislia

    Sous Prfecture Tokounou Prfecture de Kankan.

    Loin de mener une tude exhaustive, la prsente tude vise apporter une modeste

    contribution la connaissance et la promotion de la culture guinenne en gnral et de celle

    du Balaba de Manislia, en particulier. Des travaux dinvestigation sur ce balafon sacr

    devront tre complts par dautres recherches sur son espace culturel.

    Ltude du Balaba a ncessit plusieurs dplacements dans des localits plus ou moins

    difficiles daccs en Guine et en Rpublique du Mali. Les missions effectues dans ses

    diffrents villages visaient comprendre, travers les familles KOUYATE, dtentrices des

    traditions du manding, les itinraires et le rle historique de cet instrument mythique.

    En Guine, la recherche a commenc par Manislia et nous a conduits vers le Sosso Bala pour

    un rapprochement avec cette nouvelle dcouverte de Tokounou. A Nyagassola, lquipe a

    rencontr (nom) conservateur du Soso Bala et certains membres de la famille

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    Kouyat pour recueillir des informations sur lhistorique et la place quoccupe le balafon, en

    gnral, et celui de Manislia, en particulier.

    Aprs la recherche Manislia village qui abrite le Balaba, lquipe de recherche sest rendue

    dans les localits de Tokounou centre, de Kolomangbya, de Kolomafinya, de Gnaldou et de

    Toumania pour recueillir les informations sur le balafon et son espace culturel.

    Paralllement, lquipe sest aussi intress ltude des masques sacrs Konkoba de

    Tokounou et de Gnaldou, le Simbosi Kolomangbya et la mare de Kodjingban de

    Toumanya.

    En Rpublique du Mali, la recherche nous amene dans les villages de Siby, Tabou,

    Makandiana, Kignroba, Bankoumana, Koulikoro et Kirina avec lappui des autorits du

    Cercle de Siby. Aprs un entretien sur le balafon, des visites de terrains furent organises :

    - A Kignroba, la tombe de Bala Fassek;

    - A Kirina, le lieu de bataille entre Soumaoro KANTE et Soundiata KEITA ;

    - A Koulikoro (situ lEst de Bamako), le lieu de disparition de Soumaoro KANTE

    Dans ces villages visits, lquipe a cherch comprendre le rle socio-culturel du Balaba, les

    motifs de son dplacement, la chronologie dans la succession ou la possession de cet

    instrument sacr et la raison de la cration dun balafon au pouvoir mythique.

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    MILIEU PHYSIQUE Le village de Maniselia, situ dans la zone de Worobekoro, plac gographiquement entre 9

    47 895" de latitude nord et 9 56 206" de longitude Ouest avec une altitude de 486 mtres

    est 35 km au Nord-Ouest de la Sous-Prfecture de Tokounou Prfecture de Kankan. Il est

    limit par les villages de :

    - Toumanya au Nord ;

    - Fantonya au Sud ;

    - Kouman lEst;

    - Oula lOuest.

    Carte de localisation du village de Manislia

    Manislia, limage de toute la Haute Guine, jouit dun climat tropical de type Soudano-

    guinen caractris par un prolongement de la saison sche :

    - une saison sche de (sept) 7 mois (Novembre-Mai) domine par lharmattan avec des

    tempratures leves (jusqu 45 C en Mars).

    - une saison pluvieuse de Juin Octobre avec des prcipitations relativement faibles

    soit (1314 mm de pluie en 92 jours pour une priode moyenne de 44 ans).

    Source : Encarta 2009

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    Lie au climat, la vgtation de Manislia prsente les caractristiques dune savane dont les

    principales formations vgtales rencontres sont :

    a. la savane herbeuse : Cest une zone couverte dune vgtation herbace compose de

    hautes gramines o lespce dominante est Andropogon gayanus. la raret des arbres

    est sa caractristique essentielle ;

    b. la savane arbore : compte plus darbres avec des tailles plus hautes que la savane

    herbeuse. On y rencontre des espces comme : Vitellaria paradoxa, Parkia biglobosa ;

    Isoberlinia doka ; Khaya senegalensis ;

    c. les galeries et lots forestiers : ces types de vgtations forment des franges boises

    souvent denses dont la luxuriance et ltendue dpendent de la largeur de la valle qui

    les abrite et de la profondeur de la nappe phratique. Les galeries et lots forestiers qui

    constituent, par endroit, de forts communautaires sont protgs pour des raisons

    essentiellement culturelles (lieux de cultes notamment).

    Anciennement riche en faune et en flore, Manislia est de nos jours trs pauvre en animaux

    sauvages cause de la dgradation trs pousse du couvert vgtal et le non-respect des textes

    juridiques de protection de lenvironnement. Les animaux tels que les buffles (sii), lhyne

    (souloukou) et la panthre (wara) ont disparu, tandis que la biche (minan), les agoutis

    (kognina), le chevreuil (konani), lcureuil (filanissi) sont en voie de disparition.

    La zone est arrose par un rseau hydrographique compos du fleuve Niandan, du marigot

    Safinada et de la mare de Kodjimgban situe entre Maniselia et Toumanya.

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    MILIEU HUMAIN Comme tout le Manding, loccupation de Manislia et villages environnants est le produit

    dun long processus de migration qui sest effectue par vagues successives. Historiquement,

    Manislia serait fond vers le 18me sicle par Amaradjan, chasseur/cultivateur venu de lEst.

    Il fut rejoint plus tard par Fara Mansaly originaire de Worobkoro qui transita par Takoura en

    compagnie de son jeune frre Fara Toumany.

    Selon les informateurs, Fara Mansaly, second arrivant du fait de son prestige et de son

    influence dans le milieu, le village a pris son nom Mansaly do Manislia dans le dialecte

    local. Son frre Fara Toumani voulant tre plus autonome cra plus loin le village Toumanya.

    Ce dernier serait mort dans la mare sacre de Kodjimgban avec son griot Djli Fod Koudou

    KOUYATE dans des conditions non lucides par nos informateurs.

    De nos jours, les descendants des patriarches de Manislia ont fond les villages de Kouman

    par Fara Kouman, Fantoya par Fanto, Momoraya par Momora. Majoritairement, on trouve

    dans ces diffrents villages les familles CONDE, CAMARA, KOUYATE, KOROMA,

    KONATE, FARO, SOUARE, KANTE, CISSE, TOURE et MANSARE. De ces diffrentes

    familles, le rle de chef de village a toujours t rserv la famille CONDE. Les successions

    se sont droules comme suit : Kourafan, Koromba, Lansana, Amoro, Kolomadjo, Lamine,

    Sarsan Kotou, Famourou, Felemoutou Mamadi, Woura Sidi, Sayon, Lamine, Mamadi,

    Skou, Mamadi. Parmi eux, trois sont encore vivants Sayon CONDE et les deux (2) Mamadi

    CONDE.

    Vue panoramique dune partie du village de Manislia et ses habitants

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    Dans chaque village existe une organisation socio culturelle et conomique base sur les

    coutumes. A Manislia comme dans toute organisation traditionnelle de la Haute Guine, on

    distingue de la base au sommet la famille, le clan (kabila) et le conseil villageois.

    Autrement dit, cest toute une structure sociale fortement hirarchise qui sest mise en place

    autour de ses villages. Cest pourquoi Akoye Massa ZOUMANIGUI (2011) dira du chef

    coutumier: Quand il agit, il le fait pour sa gloire et pour celle de toute la socit qui la engendr et en lhonneur de laquelle il agit. Cest pourquoi il nest jamais isol dans ses

    exploits. Son triomphe est toujours considr comme le rsultat de leffort de toutes les composantes (chef, vieux, fticheurs, religieux djli). ZOUMA