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  • Platon

    LLee PPoolliittiiqquuee

    BeQ

  • Platon

    Le Politique [ou De la royaut ; genre logique]

    Traduction, notices et notes

    par mile Chambry

    La Bibliothque lectronique du Qubec Collection Philosophie Volume 6 : version 1.01

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  • Aussi, la Bibliothque :

    Apologie de Socrate Criton Phdon

    Le Sophiste Philbe Time Critias

    Thtte Protagoras

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  • Le Politique

    dition de rfrence : Garnier-Flammarion.

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  • Notice sur la vie de Platon Platon naquit Athnes en lan 428-427 av. J.-C.

    dans le dme de Collytos. Daprs Diogne Larce, son pre Ariston descendait de Codros. Sa mre Priction, sur de Charmide et cousine germaine de Critias, le tyran, descendait de Dropids, que Diogne Larce donne comme un frre de Solon. Platon avait deux frres ans, Adimante et Glaucon, et une sur, Poton, qui fut la mre de Speusippe. Son pre Ariston dut mourir de bonne heure ; car sa mre se remaria avec son oncle Pyrilampe, dont elle eut un fils, Antiphon. Quand Platon mourut, il ne restait plus de la famille quun enfant, Adimante, qui tait sans doute le petit-fils de son frre. Platon linstitua son hritier, et nous le retrouvons membre de lAcadmie sous Xnocrate ; la famille de Platon steignit probablement avec lui ; car on nen entend plus parler.

    La coutume voulait quun enfant portt le nom de son grand-pre, et Platon aurait d sappeler comme lui Aristocls. Pourquoi lui donna-t-on le nom de Platon, dailleurs commun cette poque ? Diogne Larce rapporte quil lui fut donn par son matre de

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  • gymnastique cause de sa taille ; mais dautres lexpliquent par dautres raisons. La famille possdait un domaine prs de Kphisia, sur le Cphise, o lenfant apprit sans doute aimer le calme des champs, mais il dut passer la plus grande partie de son enfance la ville pour les besoins de son ducation. Elle fut trs soigne, comme il convenait un enfant de haute naissance. Il apprit dabord honorer les dieux et observer les rites de la religion, comme on le faisait dans toute bonne maison dAthnes, mais sans mysticisme, ni superstition daucune sorte. Il gardera toute sa vie ce respect de la religion et limposera dans ses Lois. Outre la gymnastique et la musique, qui faisaient le fond de lducation athnienne, on prtend quil tudia aussi le dessin et la peinture. Il fut initi la philosophie par un disciple dHraclite, Cratyle, dont il a donn le nom un de ses traits. Il avait de grandes dispositions pour la posie. Tmoin des succs dEuripide et dAgathon, il composa lui aussi des tragdies, des pomes lyriques et des dithyrambes.

    Vers lge de vingt ans, il rencontra Socrate. Il brla, dit-on, ses tragdies, et sattacha ds lors la philosophie. Socrate stait dvou enseigner la vertu ses concitoyens : cest par la rforme des individus quil voulait procurer le bonheur de la cit. Ce fut aussi le but que sassigna Platon, car, lexemple de son cousin Critias et de son oncle Charmide, il songeait se

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  • lancer dans la carrire politique ; mais les excs des Trente lui firent horreur. Quand Thrasybule eut rtabli la constitution dmocratique, il se sentit de nouveau, quoique plus mollement, press de se mler des affaires de ltat. La condamnation de Socrate len dgota. Il attendit en vain une amlioration des murs politiques ; enfin, voyant que le mal tait incurable, il renona prendre part aux affaires ; mais le perfectionnement de la cit nen demeura pas moins sa grande proccupation, et il travailla plus que jamais prparer par ses ouvrages un tat de choses o les philosophes, devenus les prcepteurs et les gouverneurs de lhumanit, mettraient fin aux maux dont elle est accable.

    Il tait malade lorsque Socrate but la cigu, et il ne put assister ses derniers moments. Aprs la mort de son matre, il se retira Mgare, prs dEuclide et de Terpsion, comme lui disciples de Socrate. Il dut ensuite revenir Athnes et servir, comme ses frres, dans la cavalerie. Il prit, dit-on, part aux campagnes de 395 et de 394, dans la guerre dite de Corinthe. Il na jamais parl de ses services militaires, mais il a toujours prconis les exercices militaires pour dvelopper la vigueur.

    Le dsir de sinstruire le poussa voyager. Vers 390, il se rendit en gypte, emmenant une cargaison

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  • dhuile pour payer son voyage. Il y vit des arts et des coutumes qui navaient pas vari depuis des milliers dannes. Cest peut-tre au spectacle de cette civilisation fidle aux antiques traditions quil en vint penser que les hommes peuvent tre heureux en demeurant attachs une forme immuable de vie, que la musique et la posie nont pas besoin de crations nouvelles, quil suffit de trouver la meilleure constitution et quon peut forcer les peuples sy tenir.

    Dgypte, il se rendit Cyrne, o il se mit lcole du mathmaticien Thodore, dont il devait faire un des interlocuteurs du Thtte. De Cyrne, il passa en Italie, o il se lia damiti avec les pythagoriciens Philolaos, Archytas et Time. Il nest pas sr que ce soit eux quil ait pris sa croyance la migration des mes ; mais il leur doit lide de lternit de lme, qui devait devenir la pierre angulaire de sa philosophie ; car elle lui fournit la solution du problme de la connaissance. Il approfondit aussi parmi eux ses connaissances en arithmtique, en astronomie et en musique.

    DItalie, il se rendit en Sicile. Il vit Catane et lEtna. Syracuse, il assista aux farces populaires et acheta le livre de Sophron, auteur de farces en prose. Il fut reu la cour de Denys comme un tranger de distinction et il gagna la philosophie Dion, beau-frre du tyran. Mais il ne saccorda pas longtemps avec Denys, qui le

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  • renvoya sur un vaisseau en partance pour gine, alors ennemie dAthnes. Si, comme on le rapporte, il le livra au Lacdmonien Pollis, ctait le livrer lennemi. Heureusement il y avait alors gine un Cyrnen, Annikris, qui reconnut Platon et le racheta pour vingt mines. Platon revint Athnes, vraisemblablement en 388. Il avait quarante ans.

    La guerre durait encore ; mais elle allait se terminer lanne suivante par la paix dAntalkidas. ce moment, Euripide tait mort et navait pas eu de successeur digne de lui. Aristophane venait de faire jouer son dernier drame, remani, le Ploutos, et le thtre comique ne devait retrouver son clat quavec Mnandre. Mais si les grands potes faisaient dfaut, la prose jetait alors un vif clat avec Lysias, qui crivait des plaidoyers et en avait mme compos un pour Socrate, et Isocrate, qui avait fond une cole de rhtorique. Deux disciples de Socrate, Eschine et Antisthne, qui tous deux avaient dfendu le matre, tenaient cole et publiaient des crits gots du public. Platon, lui aussi, se mit enseigner ; mais au lieu de le faire en causant, comme son matre, en tous lieux et avec tout le monde, il fonda une sorte dcole limage des socits pythagoriciennes. Il acheta un petit terrain dans le voisinage du gymnase dAcadmos, prs de Colone, le village natal de Sophocle. De l le nom dAcadmie qui fut donn lcole de Platon. Ses

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  • disciples formaient une runion damis, dont le prsident tait choisi par les jeunes et dont les membres payaient sans doute une cotisation.

    Nous ne savons rien des vingt annes de la vie de Platon qui scoulrent entre son retour Athnes et son rappel en Sicile. On ne rencontre mme dans ses uvres aucune allusion aux vnements contemporains, la reconstitution de lempire maritime dAthnes, aux succs de Thbes avec paminondas, la dcadence de Sparte. Denys lAncien tant mort en 368, Dion, qui comptait gouverner lesprit de son successeur, Denys le Jeune, appela Platon son aide. Il rvait de transformer la tyrannie en royaut constitutionnelle, o la loi et la libert rgneraient ensemble. Son appel surprit Platon en plein travail ; mais le dsir de jouer un rle politique et dappliquer son systme lentrana. Il se mit en route en 366, laissant Eudoxe la direction de son cole. Il gagna en passant lamiti dArchytas, mathmaticien philosophe qui gouvernait Tarente. Mais quand il arriva Syracuse, la situation avait chang. Il fut brillamment reu par Denys, mais mal vu des partisans de la tyrannie et en particulier de Philistos, qui tait rentr Syracuse aprs la mort de Denys lAncien. En outre, Denys stant aperu que Dion voulait le tenir en tutelle, le bannit de Syracuse. Tandis que Dion sen allait vivre Athnes, Denys retenait Platon, sous prtexte de recevoir ses leons, pendant tout lhiver.

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  • Enfin quand la mer redevint navigable, au printemps de lanne 365, il lautorisa partir sous promesse de revenir avec Dion. Ils se sparrent amicalement, dautant mieux que Platon avait mnag Denys lalliance dArchytas de Tarente.

    De retour Athnes, Platon y trouva Dion qui menait une vie fastueuse. Il reprit son enseignement. Cependant Denys avait pris got la philosophie. Il avait appel sa cour deux disciples de Socrate, Eschine et Aristippe de Cyrne, et il dsirait revoir Platon. Au printemps de 361, un vaisseau de guerre vint au Pire. Il tait command par un envoy du tyran, porteur de lettres dArchytas et de Denys, o Archytas lui garantissait sa sret personnelle, et Denys lui faisait entrevoir le rappel de Dion pour lanne suivante. Platon se rendit leurs instantes prires et partit avec son neveu Speusippe. De nouveaux dboires lattendaient : il ne put convaincre Denys de la ncessit de changer de vie. Denys mit lembargo sur les biens de Dion. Platon voulut partir ; le tyran le retint, et il fallut lintervention dArchytas pour quil pt quitter Syracuse, au printemps de 360. Il se rencontra avec Dion Olympie. On sait comment celui-ci, apprenant que Denys lui avait pris sa femme, pour la donner un autre, marcha contre lui en 357, sempara de Syracuse et fut tu en 353. Platon lui survcut cinq ans. Il mourut en 347-346, au milieu dun repas de

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  • noces, dit-on. S