Le nouvel essor des relations entre la Chine et .malgache. Le pari de trouver des financements...

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    Le nouvel essor des relations entre la Chine et Madagascar

    __________________________________________________________________

    Mathieu Pellerin

    Mars 2011

    .

    NNoottee ddee ll II ff rr ii

    Programme Afrique subsaharienne

  • LIfri est, en France, le principal centre indpendant de recherche, dinformation et de dbat sur les grandes questions internationales. Cr en 1979 par Thierry de Montbrial, lIfri est une association reconnue dutilit publique (loi de 1901). Il nest soumis aucune tutelle administrative, dfinit librement ses activits et publie rgulirement ses travaux. LIfri associe, au travers de ses tudes et de ses dbats, dans une dmarche interdisciplinaire, dcideurs politiques et experts lchelle internationale. Avec son antenne de Bruxelles (Ifri-Bruxelles), lIfri simpose comme un des rares think tanks franais se positionner au cur mme du dbat europen.

    Les opinions exprimes dans ce texte nengagent que la responsabilit de lauteur.

    ISBN : 978-2-86592-849-1 Ifri 2011 Tous droits rservs

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  • Sommaire

    Introduction ....................................................................................... 4

    Aux racines des relations sino-malgaches ......................................... 6

    Anciens et nouveaux Chinois : une coexistence pacifique ................................................................. 6

    De la coexistence la coopration ..................................................... 7

    Les nouveaux Chinois : une classification globalisante et imparfaite ....................................... 9

    La renaissance de la sinit des anciens Chinois ? ........................................................................ 9

    Lintensification progressive des relations bilatrales ................................................................ 11

    De Formose la reconnaissance de la Rpublique Populaire de Chine ................................................................................................ 11

    La Chine Madagascar : menace ou opportunit commerciale ? ............................................. 13

    Les relations sino-malgaches durant le rgime de transition .... 15

    La cohrence de la diplomatie chinoise mise lpreuve : non lingrence politique, oui la continuit technique ........................... 15

    Le pari chinois de la HAT : une alternative durable et crdible aux bailleurs traditionnels ? ..................................................................... 17

    Conclusion : Dconstruire le mythe de lacteur chinois monolithique ................................................................................... 20

  • M. Pellerin / Les relations entre la Chine et Madagascar

    4 Ifri

    Introduction

    La Chine est la solution tous nos problmes . Cette phrase, prononce par un haut responsable du rgime de transition Madagascar1, illustre merveille lesprit qui habite la plupart des dirigeants malgaches. Au lendemain de la chute du rgime de Marc Ravalomanana, Madagascar sest retrouve mise lindex de la communaut internationale, gelant de facto les aides publiques qui alimentaient prs de 70 % du budget dinvestissement de ltat malgache. Ds lors, Andry Rajoelina, prsident de la HAT (Haute Autorit de Transition), cre en 2009 une commission charge de rflchir des financements parallles , et lide de se tourner vers des bailleurs moins regardants en termes de gouvernance simpose trs rapidement. Le rgime songe alors renouer avec la compagnie minire chinoise Wisco2, qui avait rpondu un appel doffres international lanc par le prsident Ravalomanana et qui avait mme t choisie par ce dernier, avant quun problme dordre financier ne vienne bloquer les ngociations. Wisco se voit alors attribuer le permis dexploration du gisement de fer de Soalala par le rgime de transition et annonce un volume dinvestissements de huit milliards de dollars. Conformment au cahier des charges, la compagnie verse un droit de mise disposition de 100 millions de dollars, officiellement destin renflouer les caisses de ltat malgache.

    Le pari de trouver des financements alternatifs semble alors russi et depuis, les dlgations trangres se sont succdes Antananarivo, quelles soient kowetiennes, saoudiennes, turques, pakistanaises, thalandaises, hongroises ou encore russes. Mais cest essentiellement lempire du Milieu qui retient toutes les attentions et alimente tous les fantasmes des dignitaires du rgime de transition.

    Mathieu Pellerin est chercheur associ au programme Afrique subsaharienne depuis juin 2010. Il est charg de mission au Club des Directeurs de Scurit des Entreprises et travaille comme consultant en risque pays, sret et intelligence conomique. 1 Pour un historique de la crise politique qui secoue Madagascar depuis un an et demi, voir le rapport dInternational Crisis Group, Madagascar : la crise un tournant critique ?, 18 novembre 2010. Sur les causes et origines de la crise, voir Mathieu Pellerin : Madagascar : un conflit dentrepreneurs ? , Politique Africaine, n 113, mars 2009, p. 152-165. 2 Wuhan Iron and Steel (Wisco) est un important producteur dacier chinois. Elle est le principal actionnaire du consortium implant Madagascar, Hong Kong Wisco Guangxin Kam Wah Resources Ltd, dans lequel figure aussi le Guangdong Foreign Trade Group Co., Ltd (le Guangxin Group )

  • M. Pellerin / Les relations entre la Chine et Madagascar

    5 Ifri

    Lacuit de la question chinoise Madagascar nous offre loccasion de dresser un tat des lieux, inexistant ce jour, des relations sino-malgaches. Aprs un rappel de la profondeur historique des relations qui lient Madagascar la Chine, nous nous focaliserons sur le dveloppement de ces relations au lendemain de la reconnaissance malgache de la Rpublique Populaire de Chine (RPC), notamment dun point de vue conomique, avant danalyser la nature des relations qui lient la Chine Madagascar depuis le dbut du rgime de transition, le 17 mars 2009.

  • M. Pellerin / Les relations entre la Chine et Madagascar

    6 Ifri

    Aux racines des relations sino-malgaches

    Anciens et nouveaux Chinois : une coexistence pacifique

    Madagascar fait partie de ces pays du sud-ouest de locan Indien dans lesquels se sont succd plusieurs gnrations de Chinois, linstar de lancienne le Bourbon, de lle Maurice, du Kenya ou bien de lAfrique du Sud. Tant et si bien que cohabitent aujourdhui les descendants de communauts chinoises arrives sur la cte est du pays la fin du XIXme et au dbut du XXme sicle3, qualifis localement danciens Chinois 4, et les nouveaux Chinois , regroupant par dfaut les Chinois arrivs sur la Grande le au lendemain de lindpendance5. Les anciens Chinois sont des descendants de coolies, achemins par la France afin de raliser des travaux dans le pays. Trois vagues migratoires chinoises Madagascar ont donc t enregistres entre 1896 et 1901, pour la construction de la route, puis du chemin de fer, reliant Antananarivo Toamasina et du canal des Pangalanes6. En dehors de ces migrations de main-duvre, la plupart des premiers immigrs arrivaient Madagascar en transitant par Maurice et surtout la Runion. Toutefois, partir des annes 1930, la majorit des Chinois arrivant Madagascar venaient directement de Chine, essentiellement de Canton, par regroupement familial, pour alimenter en main-duvre les rseaux de collecte dpices, ou encore pour des raisons de politique intrieure chinoise. Ainsi, un trs fort afflux

    3 Des fouilles archologiques ralises actuellement Vohemar accrditeraient une prsence chinoise ds le XIIIe sicle. 4 Voir ce sujet Lucile Rabearimanana, Les commerants chinois lest de Madagascar et leur intgration la socit autochtone au XXme sicle , in, Catherine Coquery-Vidrovitch : tre tranger et migrant en Afrique au XXme sicle, Paris, LHarmattan, 2003. 5 Voir les travaux de Catherine Fournet-Gurin, La nouvelle immigration chinoise Tananarive , Perspectives chinoises, n95, 2006, ou Les Chinois de Tananarive (Madagascar) : une minorit citadine inscrite dans des rseaux multiples toutes les chelles , Annales de gographie, 2009/5. (n 669). 6 Cet vnement peu connu et trs peu document est rapport par Chantal Serrire ; Pangalanes, retour Madagascar, Arbre Vert, 2002.

  • M. Pellerin / Les relations entre la Chine et Madagascar

    7 Ifri

    de Chinois fut enregistr entre 1937 et 1939, la suite de linvasion des troupes japonaises en Chine, au point que Madagascar comptait en 1946, 5 573 Chinois (contre 2780 en 1936)7. Par la suite les autorits coloniales ont frein la progression migratoire des trangers, mais les Chinois acquirent des positions conomiques avantageuses au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Ds lors, les tablissements chinois dimport-export concurrencent les comptoirs coloniaux et contrlent certaines filires dexportation, notamment avec lappui de la Banque franco-chinoise Antananarivo. Encore aujourdhui spcialise dans limport-export mais relativement discrte, cette ancienne communaut chinoise est vieillissante et dcline numriquement, notamment en raison des crises politiques qui, de 1972 jusqu 20098, ont entran le dpart de certains dentre eux au Canada, Hong-Kong, en Chine continentale ou en France. Les nouveaux Chi