Le Livre Des Faits d'Arthur

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La c La c La c La cour ducale de Bretagne et la légende arthurienne our ducale de Bretagne et la légende arthurienne our ducale de Bretagne et la légende arthurienne our ducale de Bretagne et la légende arthurienne au bas Moyen Âge au bas Moyen Âge au bas Moyen Âge au bas Moyen Âge Prolégomènes à Prolégomènes à Prolégomènes à Prolégomènes à une édition critique une édition critique une édition critique une édition critique des fragments du des fragments du des fragments du des fragments du Livre des faits d’Arthur Livre des faits d’Arthur Livre des faits d’Arthur Livre des faits d’Arthur La légende arthurienne a connu au Moyen Age un succès durable sur le continent, particulièrement en Bretagne où pas moins de quatre textes, trois en latin et un en français, se sont relayés pour en perpétuer localement le souvenir. Nous laisserons de côté le texte vernaculaire, intitulé Artus de Bretaigne 1 : conservé notamment par un manuscrit enluminé du XIV e siècle 2 , qui figurait déjà dans la Bibliothèque royale aux années 1530, cet ouvrage plusieurs fois réécrit, connu sous différents titres (Le Petit Artus de Bretaigne, Artus le Petit, Artus le Restoré ou encore Artus et Jehannette), eut un grand succès, comme l’attestent ses nombreuses éditions anciennes, ainsi que les allusions de Christine de Pisan et la traduction anglaise donnée vers 1500 par John Bourcier, lord Berners. L’auteur du texte initial, qui « faisait vraisemblablement partie de l’entourage du duc de Bretagne », a mis en scène Artus, le fils du duc Jehan — lui même présenté comme appartenant à la parenté de Lancelot du Lac — et de la fille du comte de Lancastre, transposition fantaisiste de la situation familiale du futur Arthur II 3 . Ce dernier s’est vu ainsi promu au rang de héros romanesque, voyageant jusqu’au château de l’Autre Monde, dans le cadre d’une intrigue marquée par des exploits chevaleresques extravagants et où « le rôle que jouent les enchantements est assez important », ce qui bien sûr explique en partie le succès durable de ce texte 4 . Les deux premiers textes du corpus en latin sont versifiés : une longue épopée de près de 5000 vers, les Gesta regum Britanniae 5 , qui paraphrase l’œuvre de Geoffroy de Monmouth ; et un texte aujourd’hui perdu, dont nous avons connaissance du titre français (Livre des faits d’Artur le Preux, autrement nommé le Grand 6 ) manifestement inspiré du latin 7 , grâce à Pierre Le Baud qui, dans la seconde version de son Histoire de Bretagne 8 , 1 S.V. Spilsbury, « On the Date and Authorship of Artus de Bretaigne », dans Romania, t. 94 (1973), p. 505- 522. 2 Ms Paris, BnF, fr. 761. 3 Béatrice, mariée au duc de Bretagne Jean II, était la sœur et non la fille du comte de Lancastre, Edmond Plantagenêt (1245-1296). 4 Dictionnaire des lettres françaises — Le Moyen Âge, nouvelle édition sous la direction de G. Hasenohr et M. Zink,, s.l., s.d. [Paris, 1992], p. 106. 5 The Historia Regum Britanniae of Geoffey of Monmouth, éd. N. Wright, tome 5 (Gesta Regum Britanniae), Cambridge, 1991. Une première édition de ce texte avait été donnée en 1862 à Bordeaux par Francisque- Michel : c’est celle qui a servi à F. Lot pour composer sa note sur « Guillaume de Rennes, auteur des Gesta regum Britanniae », dans Romania, 28 e année (1899), p. 329-333. Le ms. Valenciennes, BM, 792 (XIV e siècle), qui contient (ff. 54 v°-82) une copie des Gesta regum Britanniae attribuée (fallacieusement) à Alexandre Neckam, est désormais consultable en ligne. 6 Ce titre est parfois abrégé Livre des faits d’Artur le preux ou Livre des faits d’Artur le Grand, ou encore Livre des faits du roy Artur, ou bien tout simplement Livre d’Artur. 7 Un des interpolateurs du De Antiquitate Glastoniensis Ecclesiae, composé par Guillaume de Malmesbury, fait référence à un ouvrage intitulé Liber de gestis inclyti regis Arturi : voir E. Faral, La légende arthurienne. Études et documents. Première partie. Les plus anciens textes (3 tomes), Paris, 1929, t. 1, p. 301 ; mais ce titre pourrait plutôt désigner l’Historia regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth. 8 Histoire de Bretagne, avec les chroniques des maisons de Vitré, et de Laval par Pierre Le Baud, chantre et chanoine de l'eglise collegiale de Nostre-Dame de Laval, tresorier de la Magdelene de Vitré, conseiller &

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Le Livre des faits d'Arthur ; historiographie et littérature médiévales ; medieval historiography and literature ; Bretagne ; Brittany

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La cour ducale de Bretagne et la lgende arthurienne au bas Moyen ge courProlgomnes une dition critique des fragments du Livre des faits dArthur La lgende arthurienne a connu au Moyen Age un succs durable sur le continent, particulirement en Bretagne o pas moins de quatre textes, trois en latin et un en franais, se sont relays pour en perptuer localement le souvenir. Nous laisserons de ct le texte vernaculaire, intitul Artus de Bretaigne1 : conserv notamment par un manuscrit enlumin du XIVe sicle2, qui figurait dj dans la Bibliothque royale aux annes 1530, cet ouvrage plusieurs fois rcrit, connu sous diffrents titres (Le Petit Artus de Bretaigne, Artus le Petit, Artus le Restor ou encore Artus et Jehannette), eut un grand succs, comme lattestent ses nombreuses ditions anciennes, ainsi que les allusions de Christine de Pisan et la traduction anglaise donne vers 1500 par John Bourcier, lord Berners. Lauteur du texte initial, qui faisait vraisemblablement partie de lentourage du duc de Bretagne , a mis en scne Artus, le fils du duc Jehan lui mme prsent comme appartenant la parent de Lancelot du Lac et de la fille du comte de Lancastre, transposition fantaisiste de la situation familiale du futur Arthur II3. Ce dernier sest vu ainsi promu au rang de hros romanesque, voyageant jusquau chteau de lAutre Monde, dans le cadre dune intrigue marque par des exploits chevaleresques extravagants et o le rle que jouent les enchantements est assez important , ce qui bien sr explique en partie le succs durable de ce texte4. Les deux premiers textes du corpus en latin sont versifis : une longue pope de prs de 5000 vers, les Gesta regum Britanniae5, qui paraphrase luvre de Geoffroy de Monmouth ; et un texte aujourdhui perdu, dont nous avons connaissance du titre franais (Livre des faits dArtur le Preux, autrement nomm le Grand6) manifestement inspir du latin7, grce Pierre Le Baud qui, dans la seconde version de son Histoire de Bretagne8,S.V. Spilsbury, On the Date and Authorship of Artus de Bretaigne , dans Romania, t. 94 (1973), p. 505522. 2 Ms Paris, BnF, fr. 761. 3 Batrice, marie au duc de Bretagne Jean II, tait la sur et non la fille du comte de Lancastre, Edmond Plantagent (1245-1296). 4 Dictionnaire des lettres franaises Le Moyen ge, nouvelle dition sous la direction de G. Hasenohr et M. Zink,, s.l., s.d. [Paris, 1992], p. 106. 5 The Historia Regum Britanniae of Geoffey of Monmouth, d. N. Wright, tome 5 (Gesta Regum Britanniae), Cambridge, 1991. Une premire dition de ce texte avait t donne en 1862 Bordeaux par FrancisqueMichel : cest celle qui a servi F. Lot pour composer sa note sur Guillaume de Rennes, auteur des Gesta regum Britanniae , dans Romania, 28e anne (1899), p. 329-333. Le ms. Valenciennes, BM, 792 (XIVe sicle), qui contient (ff. 54 v-82) une copie des Gesta regum Britanniae attribue (fallacieusement) Alexandre Neckam, est dsormais consultable en ligne. 6 Ce titre est parfois abrg Livre des faits dArtur le preux ou Livre des faits dArtur le Grand, ou encore Livre des faits du roy Artur, ou bien tout simplement Livre dArtur. 7 Un des interpolateurs du De Antiquitate Glastoniensis Ecclesiae, compos par Guillaume de Malmesbury, fait rfrence un ouvrage intitul Liber de gestis inclyti regis Arturi : voir E. Faral, La lgende arthurienne. tudes et documents. Premire partie. Les plus anciens textes (3 tomes), Paris, 1929, t. 1, p. 301 ; mais ce titre pourrait plutt dsigner lHistoria regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth.1 8

Histoire de Bretagne, avec les chroniques des maisons de Vitr, et de Laval par Pierre Le Baud, chantre et chanoine de l'eglise collegiale de Nostre-Dame de Laval, tresorier de la Magdelene de Vitr, conseiller &

fait explicitement mention de ce texte de nombreuses reprises et mme le cite en plusieurs occasions, l encore en franais9. Mentions et citations sont absentes de la premire version de louvrage de Le Baud10, ce qui laisse supposer quelles ont intgr la documentation de lauteur dans lintervalle de temps qui stait coul entre les dates de composition de chacune des deux versions ; on a depuis retrouv partiellement le texte latin correspondant ces citations sous forme dextraits qui figurent dans le carnet de notes dun rudit breton de la fin du XVe sicle11, gnralement attribu par la critique moderne Le Baud lui-mme12, mme sil est probable que le carnet en question contient des notes qui nont pas t prises par le vieil historien breton, mais par des collaborateurs attitrs ou occasionnels13. Au XVIIIe sicle et au XIXe sicle encore, ce carnet, longtemps conserv dans les archives du chapitre de Nantes, tait le plus souvent dsign sous le titre de Vetus collectio manuscripta de rebus Britanniae, qui lui avait t donn par les bndictins bretons. Le troisime texte est crit en prose : il sagit de la compilation historique habituellement dsigne Chronicon Briocense ou Chronique de Saint-Brieuc parce que le manuscrit qui la contenait tait jadis conserv dans la bibliothque du chapitre de SaintBrieuc. Lidentification du compilateur demeure encore discute ; mais sa proximit avec les cercles les plus troits du pouvoir ne fait pas de doute, comme en tmoigne son accs aux diffrents fonds darchives du duch14.aumosnier d'Anne de Bretagne reine de France. Ensemble quelques autres traictez servans la mesme histoire. Et un recueil armorial contenant par ordre alphabetique les armes & blazons de plusieurs anciennes masions de Bretagne. Comme aussi le nombre des duchez, principautez, marquisats, & comtez de cette province. Le tout nouvellement mis en lumiere, tir de la bibliotheque de monseigneur le marquis de Molac, & luy dedi: par le sieur d'Hozier, gentil-homme ordinaire de la Maison du roy, & chevalier de l'ordre de sainct Michel, Paris, 1638. Cet ouvrage est dsormais consultable en ligne ladresse :http://www.bvh.univ-tours.fr/Consult/index.asp?numfiche=265

Ibidem, p. 34, 35, 36, 37, 38, 39, 40, 41, 42, 43, 44, 50-51, 52, 53, 54, 55, 56, 57-58, 60, 61, 94. 10 Cronicques et ystoires des Bretons, par Pierre Le Baud ; publies, d'aprs la premire rdaction indite,9

avec des claircissements, des observations et des notes, par le Vte Charles de La Lande de Calan, Rennes, 4 vol., t. 1er, 1907 ; t. 2, 1910 ; t. 3, 1911 ; t. 4, 1922. La consultation de ces 4 volumes est dsormais possible en ligne sur le site Gallica. 11 Ms. Rennes, ADIV, 1 F 1003, p. 187-190 et 195. 12 Dj suggre par A. de la Borderie, LHistoria Britannica avant Geoffroi de Monmouth et la Vie indite de saint Goznou Lettre M. Th. Hersart de la Villemarqu, membre de lInstitut, dans Bulletin de la Socit archologique du Finistre, t. 9 (1882), p. 227, n. 1, cette attribution a t entrine par H. Guillotel, A propos des cartulaires , dans Trsors des Bibliothques de Bretagne [catalogue de lexposition tenue au chteau des ducs de Rohan Pontivy (15 juin-15 septembre 1989)], s.l., 1989, p. 47, n. 1, qui en fait lhonneur Gw. Le Duc. 13 Cest dans ce contexte quil faut reprendre lexamen des allgations dAlbert Le Grand relatives au manuscrit traitant des antiquits du diocse de Lon, dont lhagiographe morlaisien attribue la paternit un certain Yves le Grand et pour lequel il donne le terminus ante quem de 1472, en indiquant quil sagissait peut-tre de matriaux runis pour servir lHistoire de Bretagne de Pierre Le Baud. Cette indication est donne aux pages 491-492 de la premire dition de la Vie des saints de la Bretagne armorique, Nantes, 1637, antrieure donc ldition de louvrage de Le Baud par Pierre dHozier. 14 A.-Y. Bourgs, A propos du Chronicon Briocense , dans La lettre des amis du Turnegout, n2 (mars 2007), p. 8-9. Le dernier tat de la question figure dans louvrage de M. Jones, Le premier inventaire du Trsor des chartes des ducs de Bretagne (1395) Herv Le Grant et les origines du Chronicon Briocense, s.l. [Rennes], 2007, p. 69-84.

Le regrett Gwenal Le Duc sest beaucoup intress ces vestiges continentaux de la littrature arthurienne : son dition (en collaboration avec C. Sterckx) du Chronicon Briocense, dont seul malheureusement le premier tome a paru15, lui a permis de mettre en vidence linfluence exerce sur cet ouvrage par lHistoria regum Britanniae, laquelle le chroniqueur anonyme a emprunt des passages entiers ; de mme Gw. Le Duc a consacr aux Gesta regum Britanniae une tude reste indite, dans laquelle il montre que Cadioc, vque de Vannes de 1236 1254, ntait pas le ddicataire de cet ouvrage, comme lavait cru F. Lot16, mais bien son auteur. Cette dcouverte modifie en profondeur ce quon croyait savoir des circonstances dans lesquelles le pome fut compos, dautant que le prlat avait t un proche du duc Jean le Roux, dont il baptisa le premier fils en 1238, avant de connatre de srieuses difficults avec ce prince qui le spolia en 1249 du temporel de son glise17. Enfin, Gw. Le Duc avait procd une transcription des extraits du Livre des faits dArthur18, tels quils figurent dans ce que nous dsignerons dsormais comme le carnet de notes de Le Baud. Le Chronicon Briocense dont la partie proprement arthurienne est le plus souvent constitue par la reprise servile du texte de lHistoria regum Britanniae est dat avec relativement de prcision ; et il est patent que son auteur a eu connaissance du contenu des Gesta regum Britanniae19 et de celui du Livre des faits dArthur20 : lpoque de sa composition (de 1394 1416) constitue donc le terminus ad quem des deux autres textes. De plus, nous avons vu quil fallait situer lpoque de composition des Gesta regum Britanniae dans le second tiers du XIIIe sicle. Reste donc pose la question de la datation du Livre des faits dArthur. LHistoria regum Britanniae et surtout les sources auxquelles a puis Geoffroy de Monmouth ont longtemps lobjet de discussions passionnes entre spcialistes21 : un articleGw. Le Duc et C. Sterckx, Chronicon Briocense. Chronique de Saint-Brieuc. Texte critique et traduction, t. 1 (chapitres I CIX), Paris-Rennes, 1972. 16 F. Lot, Guillaume de Rennes, auteur des Gesta regum Britanniae , p. 330. 17 Gw. Le Duc, Cadiocus vindicatus. Notes propos de ldition rcente des Gesta regum Britanniae par M. Neil Wright (indit). Pour notre part, il nous semble quil sagit l dun clairage nouveau sur la clbre dploration concernant le sort de la Bretagne que les Galli foulent aux pieds : ces oppresseurs pourraient bien dsigner le personnel ducal, trs franais en effet, que Jean le Roux avait hrit de son pre, Pierre de Dreux. 18 Cest cette transcription (indite) qui sera utilise dans la prsente tude : mme si elle nous est apparue quelquefois fautive, nous avons choisie de la donner telle quelle, la fois parce quelle nous a t confie par Gwenal en tmoignage damiti et aussi parce quelle est pour linstant la seule notre connaissance, du moins dans son intgralit. Mme Louise Stephens de lUniversit dOttawa travaille actuellement une nouvelle transcription des fragments du Livre des faits dArthur et a bien voulu nous donner quelques commentaires aviss sur ce texte ; par ailleurs, nous avons galement sollicit notre jeune collgue, Mme Armelle Le Hurou-Coulbeau, qui a relu la transcription de Gwenal et nous a fait part de ses observations particulirement qualifies. 19 Gw. Le Duc et C. Sterckx, Chronicon Briocense, p. 196-197. 20 Ibidem, p. 140-141. 21 Dans une masse considrable de travaux divers, voir G. Minois, Bretagne insulaire et Bretagne armoricaine dans l'oeuvre de Geoffroy de Monmouth , dans Mmoires de la Socit dhistoire et darchologie de Bretagne, t. 58, (1981), p. 35-60, qui donne une courte bibliographie sur Geoffroy (n. 1, p. 36) et examine avec srnit la question des sources utilises par lauteur de lHistoria regum Britanniae (p. 38-41).15

dj ancien de Gw. Le Duc avait apport en son temps un clairage trs intressant sur cette question controverse en privilgiant lhypothse dun archtype continental dorigine lonarde22 ; mais qu'il faille faire remonter au Xe sicle la mise au net de traditions historico-lgendaires propres au Lon dont rendrait compte le Livre des faits dArthur ; que cet ouvrage puisse tre identifi ce que la Vie latine de saint Goznou mentionne comme une Historia britannica et que cette dernire enfin soit l'une des sources probables de lHistoria regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth, voil bien des conjectures qui ne se peuvent admettre sans une discussion, d'ailleurs appele de ses voeux par leur promoteur, lequel a constat plusieurs reprises quelle n'avait pas vritablement eu lieu23. Ce qui nous a t conserv du Livre des faits dArthur est prcd, dans le carnet de notes de Le Baud, par un texte galement en vers qui sonne trs nettement comme la ddicace de ce pome24. Or cette ddicace s'adresse sans conteste au duc Arthur II (13051312), dont le prestige tenait tout entier dans le nom25 et, pour A. de La Borderie, elle nous renseigne, non seulement sur l'poque de composition de l'oeuvre, le tout dbut du XIVe sicle, mais aussi sur le but et les sentiments de son auteur 26. Cette opinion n'est videmment pas celle de Gw. Le Duc qui situe la rdaction du Livre des faits dArthur vers le dbut du Xe sicle 27 et se contente dvoquer sa rutilisation par un pote lonard au dbut du XIVe sicle28 ; non plus que celle de L. Fleuriot qui conclut que tout indique que la prface et l'arrangement en vers sont postrieurs la rdaction du texte primitif 29, pour lequel il avait quant lui retenu la fourchette chronologique 954-101230.

Gw. Le Duc, LHistoria Britannica avant Geoffroy de Monmouth, dans Annales de Bretagne, t. 79 (1972), n 4, p 819-835. 23 Idem, L'vch mythique de Brest , dans Les dbuts de lorganisation religieuse de la Bretagne armoricaine, s.l. [Landvennec], 1994 (Britannia Monastica, 3), 1994, p. 193 ; La Translation de saint Mathieu , dans Saint-Mathieu de Fine-Terre travers les ges. Actes du colloque des 23-24 septembre 1994, s.l. [Brest-Plougonvelin], 1995, p. 53-56, et p. 67. 24 Ms. Rennes, arch. dp. dIlle-et-Vilaine, 1 F 1003, p. 187. 25 Arthur, n en 1262, tait le fils an de Jean II, duc de Bretagne et de Batrice, elle-mme fille du roi Henry III dAngleterre et dElonore de Provence. Son oncle, le futur Edouard Ier (1239-1307) tait passionn par la lgende arthurienne et les plus rcents travaux lui attribuent avec une grande probabilit la commande de la fameuse Table Ronde du chteau de Winchester : M. Biddle (et al.), King Arthurs Round Table, s.l. [Woodbridge], 2000, notamment p. 360-375. En tout tat de cause, il faut souligner le parallle avec le premier duc Arthur (1187-1203), qui tait le petit-fils du roi Henry II dAngleterre, lequel fut le vritable promoteur du mythe arthurien dans sa dimension de propagande politique : A. Chauou,22

Lidologie Plantagent Royaut arthurienne et monarchie politique dans lespace Plantagent (XIIe XIIIe sicles), Rennes, 2001, souligne (p. 229) que lintroduction du nom Arthur au sein de ce lignage,sensiblement la mme date que linvention des reliques du roi mythique, scellait de faon dfinitive la captation de lhritage dArthur par les Plantagents (et voir aussi p. 258-259). 26 A. de la Borderie, Histoire de Bretagne, t. 3, Paris-Rennes, 1899, p. 388. 27 Gw. Le Duc, l'Historia britannica avant Geoffroy de Monmouth , p. 825. 28 Ibidem, p. 833. 29 L. Fleuriot, dans J. Balcou et Y. le Gallo [dir.], Histoire littraire et culturelle de la Bretagne, 2e d., (3 t. en 1 vol.) Paris-Spzet, 1997, t. 1, p. 99. 30 Idem, Les origines de la Bretagne, Paris, 1980, p. 246.

I La datation et les circonstances de la composition du Livre des faits dArthur : tat de la question tatLa bibliographie du Livre des faits dArthur est vite faite : en 1899, A. de la Borderie, qui tait entr vers 1850 en possession de la Vetus collectio dans des circonstances assez mal connues et peut-tre mme douteuses31, signale que ce recueil contient environ 180 vers dun pome en latin ces vers sont au nombre exact de 183, mais lhistorien ne les compte pas prcisment, faisant ainsi montre dune dsinvolture qui se retrouve en plusieurs occasions dans ses ditions de sources dont Le Baud a traduit un certain nombre en les attribuant lauteur du Livre des faits dArthur. Toutefois, dans ce qui nous en reste, il nest point question du grand Arthur 32. Cependant, lenfance armoricaine de ce dernier, la cour du clbre duc Budic 33, ainsi que ses exploits34, constituaient bien la matire de cet ouvrage, comme le rappelle la ddicace que le pote adresse au duc Arthur II. A. de la Borderie a donn tout au long une traduction lgante, sinon absolument fidle, de cette ddicace35, dont il souligne quelle porte la marque de linfluence de la Philippide de Guillaume le Breton ; lhistorien fait dailleurs remarquer quune note place immdiatement aprs la ddicace traduite plus haut porte : Celui qui a crit les Gestes du roi Philippe [c'est--dire, Guillaume le Breton ou lArmoricain, auteur de la Philippide] tait archidiacre de Lon, de la paroisse de Ploabannoc [Plabennoc ou Plabennec], et fut ensuite vque 36. Nous verrons plus loin pourquoi et comment il convient peut-tre dintgrer la substance de cette note dans le pome lui mme. Ensuite il faut attendre presque trois quarts de sicle pour voir un chercheur montrer nouveau de lintrt lendroit du Livre des faits dArthur. Ce chercheur tait alors un tout jeune homme passionn par la matire de Bretagne sous ses diffrentes formes dexpression littraire : il sagissait de Gw. Le Duc, dont la curiosit intellectuelle tait presque sans bornes et lenthousiasme dbordant ; ainsi voulait-il reconnatre dans cet ouvrage la mise en forme versifie dun texte antrieur, quil nhsitait pas, comme on la dit plus haut, dater du dbut du Xe sicle. Toute cette dmonstration, dont Gw. Le Duc31

H. Guillotel, La Borderie et les sources historiques , dans Bulletin et mmoires de la Socit archologique dIlle-et-Vilaine, t. 106 (2002), p. 41-42 ; Le poids historiographique de La Borderie , dans Mmoires de la Socit dhistoire et darchologie de Bretagne, t. 80 (2002), p. 358. Voir galement P.

Guigon, Le bndictin Franois Plaine et le bndictin laque Arthur de la Borderie : chronique dune amiti enfuie , Ibidem, p. 369. 32 A. de la Borderie, Histoire de Bretagne, t. 3, p. 389.

Dux celeber justus Buzuidius horrifer armis/Nobilior mentis humilis mathurus apud quem/ Nutriti doctique fide regione fuerunt/ Armorica pueri fratres Aurelius Uther/ Pendragon eventu patruus genitorque vereno/Arturi celebri (transcription Le Duc). 34 Scribenti faveas tanti certamina Regis/ Ex te constituas actorem carminis hujus/ Quod sibi prestabit tutelum nomen que verendum/ Arturi celebris ut tanto nomine libro/ Crescat honor que palam via tutior adsit eunti (transcription Le Duc). 35 A. de la Borderie, Histoire de Bretagne, t. 3, p. 388-389. 36 Ibidem, p. 390.33

avait fait bnficier les membres du Congrs arthurien de Nantes en aot 1972 et qui constitue en quelque sorte le prolongement de ldition en 1971 des fragments indits de la Vie latine de saint Goznou37 est avant tout base sur le postulat quun ventuel prototexte du Livre des faits dArthur aurait inspir, sous le titre dHistoria Britannica, la vita, elle-mme date de 1019. Cette date, qui figure dans le carnet de notes de Le Baud38 date dailleurs corrige deux reprises par son transcripteur39 et qui avait dj fait autrefois lobjet de nombreuses critiques40 a t par la suite de nouveau corrige pour tenir compte de la problmatique de la fondation de labbaye Saint-Mathieu-de-Fine-

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Gw. Le Duc et C. Sterckx, Les fragments indits de la Vie de saint Goznou , dans Annales de Bretagne, t. 78 (1971), n 2, p. 277-285, o il est notamment question (p. 281) de reliques de saint Mathieu ramenes de Salerne en Lon sept ans auparavant par lvque du lieu, un certain Eudon. Cette publication venait enfin complter les trois ditions partielles successives donnes par A. de la Borderie : 1 LHistoria Britannica avant Geoffroi de Monmouth et la Vie indite de saint Goznou , p. 228-233 ; 2 LHistoria Britonnum attribue Nennius et lHistoria Britannica avant Geoffroi de Monmouth, Paris, 1883, p. 9194 ; 3 Prologue de la Vie de S. Goznou crite en 1019, faisant mention de Conan Mriadec , dans Histoire de Bretagne, t. 2, Rennes-Paris, 1898, p. 525-526. Toutefois le chanoine G. Carucci, dans son ouvrage Le lezioni del Breviario Salernitano intorno a S. Matteo, Salerno, 1897, p. 35, se rfre une dition de la vita de saint Suesnoveo (sic) parue Brest en 1884, dont il donne le passage suivant, qui constitue un indiscutable dmarquage du fragment concern de la vita de saint Goznou et qui est pourtant absent, comme nous venons de le dire, des ditions antrieures de La Borderie : Civitas

Ocismorum corpore B. Matthaei fuit longo tempore adornato, quod nunc Salerni habetur ; ante tamen septennium particulae corporis S. Matthaei, labore venerabilis Eudo, in nostram patriam sunt delatae.Nous ne sommes pas parvenu identifier la source du chanoine Carucci. Ms. Rennes, ADIV, 1 F 1003, p. 48. 39 Le transcripteur avait dabord crit millesimo nonagesimo nono puis, ayant ray nonagesimo et ajout decimo, il a finalement adopt la leon millesimo nono decimo : ses hsitations indiquent tout le moins que le manuscrit sur lequel il travaillait devait prsenter de srieuses difficults de lecture. Albert Le Grand donne lui aussi la date de 1019 ; mais comme cet auteur a consult de nombreux manuscrits la cathdrale de Nantes, o tait alors conserve la vetus collectio et quil indique par ailleurs avoir vu des extraits historiques sur lvch de Lon, runis au profit de Le Baud (cf. supra n. 13), son tmoignage est probablement de seconde main ; dailleurs, il ne mentionne pas le lieu o il aurait pu consulter le manuscrit de la vita de saint Goznou, avec cette date de 1019. Pour notre part, nous pensons avec H. Guillotel, que ce manuscrit portait initialement la date de 1199 (MCXCIX) et avait fait lobjet dun grattage pour supprimer les deux chiffres CC (M.X.IX), afin de vieillir le texte de la vita de presque deux sicles. Et voir infra n. 42. 40 G. Paris, dans son compte rendu des deux mmoires successifs dA. de la Borderie, dans Romania, 12e anne (1883), p. 371-372, a le premier ragi aux assertions de lrudit breton sur lexistence et la datation de cette Historia Britannica, mentionne comme sa source par lhagiographe de saint Goznou, suivi un peu plus tard par E. Faral, La lgende arthurienne, t. 1, p. 254, lequel sest content de reprendre les arguments de son prdcesseur. J.S.P. Tatlock, The Dates of the Arthurian Saints Legends , dans Speculum, t. 14 (1939), p. 361, a dvelopp pour sa part des arguments de nature avant tout anthroponymique contre la datation haute de la vita de saint Goznou, arguments repris dans The Legendary History of Britain, Berkeley-Los Angeles, 1950, p. 193-194, mais qui se sont rvls finalement moins forts quil ny paraissait premire vue. En fait, il a surtout manqu tous ces critiques davoir connu les autres fragments de la vita que La Borderie avait omis de publier lors de ses diffrentes ditions de ce texte en 1882, 1883 et 1898, sans doute dessein car ces fragments indits portaient en eux la contradiction interne dont son argumentation devait irrmdiablement ptir, comme la bien montr H. Guillotel, Le poids historiographique de La Borderie , p. 358-359.38

Terre41, ou de celle de larrive sur place des reliques de lEvangliste42 ; mais quand bien mme nous continuerions dadopter une datation relativement haute, lidentification de lHistoria Britannica mentionne dans la vita avec un ventuel prototexte du Livre des faits dArthur nest absolument pas avre et le pome dont nous avons quelques vestiges a t, pour sa part, incontestablement compos sous le rgne du duc Arthur II, par un auteur dont la critique a souvent soulign les accointances lonardes. De telles accointances quil sagisse dintrts, damitis ou dallgeances pourraient elles seules expliquer la dpendance de ces vestiges lgard de la vita de saint Goznou43, de mme qu lgard dautres ouvrages de nature hagio-historiographique conservs localement ; il faut galement avoir prsent lesprit que les 183 vers en question ont peut-tre t transcrits par Le Baud, ou par lun de ses collaborateurs, mais en tout cas son usage, prcisment parce quils taient riches sur le Lon de renseignements inconnus par ailleurs44. Nous verrons pourtant que leur auteur ntait probablement pas originaire de ce terroir, ni de Basse Bretagne et quil faut peut-tre mme rechercher ses origines horresco referens ! hors du duch. Nous verrons aussi que des lments de critique interne du texte obligent abaisser le terminus a quo de sa composition dans le seconde moiti du XIIIe sicle au plus tt ; ainsi, il est trs probable que le pome ne constitue pas ladaptation tardive dun texte plus ancien, mais quil sagit bien plutt du Livre des faits dArthur luimme. ____________________

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B. Merdrignac, Les Breton de S. Agata di Puglia et la date de la vita de saint Goueznou , dans Bulletin de la Socit archologique du Finistre, t. 125 (1996), p. 283-285, donne quelques raisons en faveur de la date de 1090, tandis que J.-P. Soubigou, Les origines de labbaye de Saint-Mathieu , Ibidem, p. 260,

propose quant lui la date de 1099, en conformit avec la date traditionnelle de la fondation du monastre, dans les toutes premires annes du XIIe sicle. 42 H. Guillotel, Les vicomtes de Lon sont-ils les fondateurs de labbaye de Saint-Mathieu ? , dans SaintMathieu de Fine-Terre travers les ges. Colloque des 23 et 24 septembre 1994, s.l. [Brest], 1995, p. 140, propose pour la vita de saint Goznou la date de 1199, ce qui permet de situer en 1192 la rception des reliques de saint Matthieu en Lon, comme le confirme implicitement lexpos dune charte donne en 1206 par Herv de Lon en faveur de labbaye Saint-Mathieu de Fine-Terre : le premier des seigneurs lonnais de cette poque, je fus prsent la rception et la vnration du chef sacrosaint du bienheureux Matthieu aptre et vangliste (primus dominorum leonensium tunc temporis, receptioni ac venerationi sacrosancti capitis beati Mathaei apostoli et evangelista interfui). Une dition de cette charte a t donne (avec traduction) par le chanoine A. Villacroux, dans Saint-Mathieu de Fine-Terre. Actes du colloque des 23-24 septembre 1994, p. 344-345. 43 Un manuscrit de cette vita tait conserv vers la fin du XIVe sicle encore lglise de Langouesnou (aujourdhui la commune finistrienne de Gouesnou), comme il se voit dans Gw. Le Duc et C. Sterckx, Chronicon Briocense, p. 236 : [Conomerus] plurimas possessiones et franchisias religioso viro sancto

Goueznovio et ejus ecclesiae in territorio Ocismorensi situati concessit et donavit ut plenius in legenda ipsius apud ecclesiam Landegoueznovii continetur.44

Le dficit documentaire du Lon, aggrav par la destruction partielle du chartrier de Blain la Rvolution, tait sans doute dj une caractristique locale lpoque de Pierre Le Baud : il peut naturellement sagir dun dommage collatral de la guerre de Succession de Bretagne, qui avait pris dans la rgion une tournure particulire avec, notamment, la durable occupation de Brest par les troupes anglaises et les destructions opres Saint-Pol-de-Lon ; mais dautres conflits avaient prcdemment ensanglant le territoire de la vicomt, sous la tutelle Plantagent, sous ladministration de Pierre de Dreux et mme encore sous le rgne de Jean le Roux.

En tout cas, sorti de lombre dans laquelle il tait tenu depuis plusieurs dcennies, le Livre des faits dArthur devait connatre par la suite et jusqu aujourdhui un certain succs littraire, dont il doit tout, ou presque, Gw. Le Duc. Au premier rang des chercheurs qui ont examin cet ouvrage voqu les possibles circonstances de sa composition, les relations quil entretient avec des textes de nature hagiographique comme la vita de saint Goznou ou la Translation de saint Mathieu, mais aussi la lgende de sainte Ursule et des onze mille Vierges, de mme que ses rapports plus ou moins troits avec lHistoria regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth figure L. Fleuriot45 qui, lpoque des premiers travaux publis sur ces questions par Gw. Le Duc, tait le matre de ce dernier et entretenait avec lui des relations marques au coin de lestime et de lamiti, dont tmoigne la prface de ldition du Chronicon Briocense en 1972 : L. Fleuriot y fait tat du rel courage dont font preuve les diteurs, M. Gwenal Le Duc, lve professeur lUniversit de Haute-Bretagne et M. Claude Sterckx, aspirant au Fonds belge de la Recherche Scientifique ; il indique que, depuis les deux dernires annes, il a eu loccasion davoir avec eux de nombreux changes de vues sur les problmes de toutes sortes poss par ce texte 46. Enfin, il souligne le mrite des deux jeunes chercheurs qui ont entrepris ce travail. Lun a dix-neuf ans [il sagit de Gw. Le Duc], lautre vingt-six 47. En 1980, L. Fleuriot fait paratre louvrage qui allait le signaler comme le rnovateur des tudes historiques bretonnes, surtout en ce qui concerne les origines de la Bretagne : parmi les sources de cet ouvrage figure le Livre des faits dArthur, dont, aprs lavoir dat (de la seconde moiti du Xe sicle), L. Fleuriot donne un rapide rsum, puis renvoie ses notices sur la Translatio sancti Matthaei, sur la lgende de sainte Ursule, la vie de saint Goueznou , tout en indiquant que nous avons dans ce fragment, qui reprsente ltat ancien de beaucoup de lgendes, et peut-tre quelques dtails historiques, une des sources de Geoffroy de Monmouth 48. Le talent et les intuitions souvent salutaires de L. Fleuriot furent dment salus49 ; mais presque aussitt, il lui fallut rpondre des critiques assez svres, notamment celles formules par H. Guillotel, qui proposait avec des arguments particulirement convaincants dabaisser lpoque de la composition de la vita de saint Goznou la seconde moiti du XIIe sicle50. Cette critique tait dautant moins anodine45

L. Fleuriot, Sur trois textes bretons, en latin, du Xe et du dbut du XIe sicle. Leur date, leur contenu et les sources de Geoffroy de Monmouth , dans Archologie en Bretagne, n 27 (3e trimestre 1980), p. 16-27 ; Sur quatre textes bretons en latin, le Liber vetustissimus de Geoffroy de Monmouth et le sjour de Talisin en Bretagne , dans tudes celtiques, t. 18 (1981), p. 197-213. 46 Gw. Le Duc et C. Sterckx, Chronicon Briocense, p. 9. 47 Ibidem, p. 14. 48 L. Fleuriot, Les origines de la Bretagne, p. 245-246.

Bretagne et pays celtiques : Langue, histoire, civilisation. Mlanges offerts la mmoire de Lon Fleuriot (1923-1987), Saint-Brieuc-Rennes, 1992, p. 21-22. 50 Voir son compte rendu de louvrage de L. Fleuriot sur Les origines de la Bretagne, dans Mmoires de la socit dhistoire et darchologie de Bretagne, t. 58 (1981) et plus particulirement ce qui se rapporte la vita de saint Goznou, p. 355-356. La dmarche de critique du texte laquelle a procd H. Guillotel est49

partiellement rapporte dans son article plus tardif sur Le poids historiographique de La Borderie , p. 358 : La lecture du passage [dans Les fragments indits de la Vie de saint Goznou , p. 280] prcisant que les reliques de saint Mlar taient conserves Meaux labbaye du Chage nous avait immdiatement persuad que le texte ne pouvait pas dater de 1019 puisque ce monastre de chanoines rguliers na t fond quen 1135 ; mais, comme il la crit dans son compte rendu, le travail de critique interne auquel

que la date de cette vita avait servi de pivot la datation du Livre des faits dArthur : cest pourquoi, ds 1982, L. Fleuriot faisait paratre dans les Etudes celtiques une nouvelle justification de la date obstine de 1019 pour ce qui est de la composition de la vita de saint Goznou et proposait de reconnatre dans les fragments conservs du Livre des faits dArthur les vestiges de la transposition versifie tardive dun texte que Gwenal Le Duc a eu raison de placer au Xe sicle pour des raisons multiples , linstar de ce qui sest pass avec les Gesta regum Britanniae qui sont, quant eux, le rsultat de la mise en vers, entre 1236 et 1254, dun texte crit vers 1135 51. Un autre ouvrage allait dfinitivement consacrer le renom dhistorien de L. Fleuriot : il sagit dune vritable somme en trois tomes, uvre collective qui ambitionnait de donner enfin une Histoire littraire et culturelle de la Bretagne. Le premier tome (environ 400 pages) intitul Hritage celtique et captation franaise est trs largement sorti de la plume de L. Fleuriot pour tout ce qui concerne l encore les origines de la Bretagne (une centaine de pages au total) ; mais cette contribution remarquable, qui donne une nouvelle fois sa place au Livre des faits dArthur52, est malheureusement posthume, car la premire dition de lHistoire littraire et culturelle de la Bretagne a t donne en 1987, lanne mme de la mort de L. Fleuriot. ____________________ Nous souhaitons notre tour faire aujourd'hui quelques observations relatives la datation du Livre des faits dArthur , observations tendant souligner combien le texte en question est fondamentalement tributaire dun certain nombre de sources tardives, que nous essaierons de reconnatre ; et comment lpoque mme de la composition de cet ouvrage et non pas simplement celle dun remaniement versifi peut tre effectivement rapporte avec assez de probabilit au rgne du duc Arthur II (1305-1312). Quand nous aurons ainsi tabli, ou plutt confirm, quelle est la position chronologique du Livre des faits dArthur dans le corpus littraire arthurien en latin de la Bretagne continentale au Moyen Age la seconde place, venant aprs les Gesta regum Britannia, mais antrieur au Chronicon Briocense nous nous efforcerons didentifier lauteur et de dterminer les circonstances dans lesquelles celui-ci a travaill. Mais pralablement, il nous faut donner les grandes lignes de ce qui nous reste du Livre des faits dArthur et baliser ainsi le terrain dune ventuelle dition de ces vestiges.

H. Guillotel stait livr et qui avait abouti donner toute sa place Eudon, vque de Lon prsent au troisime concile de Latran, a surtout mis en vidence que le vritable intrt de la vie de saint Goueznou est de donner une indication sur lapplication de la rforme ecclsiastique dans lvch de Saint-Pol-de-Lon . 51 L. Fleuriot, The studborn date of 1019 , dans tudes celtiques,, t. 19 (1982), p. 271-274 ; LHistoria Brittonum versificata , Ibidem, p. 270-271. 52 Idem, dans J. Balcou et Y. le Gallo [dir.], Histoire littraire et culturelle de la Bretagne, p. 99-100.

II La source principale : Pierre Le BaudTout projet ddition du Livre des faits dArthur nous semble devoir tre bti en prenant pour fil conducteur louvrage de Pierre Le Baud53 dont la seconde version contient, comme nous lavons dit, un certain nombre de mentions de ce texte, lequel nest dailleurs plus connu que par ce quen rapporte le vieil historien breton54 et par les 183 vers latins qui, outre la ddicace du pome, sont rapports dans son carnet de notes. Dans 17 cas, les mentions qui figurent dans lHistoire de Bretagne de Le Baud se rapportent des citations explicites du texte du Livre, mais sous forme de paraphrases en franais ; 7 de ces citations (dont une ddouble) sont encore largement reconnaissables dans les vers latins conservs. 1. (p. 34) Allusion la conformit entre ce qui est rapport respectivement par Geoffroy de Monmouth et par lauteur du Livre au sujet de la succession dOctavius et du conflit entre Maxime et Conan Mriadec. 2. Citation de lauteur du Livre au sujet de Conan, qui estoit cousin de la roine de Bretagne et associ Maxime par nud damour indissoluble, le suivit avec la juvente des Bretons . Le texte voque ensuite comment Maxime, aid par le vent dAquilon, avec grande et superbe congrgation de navire, saddressa lentre du pas de Ltanie o il appliqua un havre nomm le port Chauveux (Quem leta juventus/ et sequitur Britonum. Conanus belliger ipsis/ associatus

erat, nexu religatus amico/ Regine cognatus erat, pre nobilis ortu/ Maximus interea gressus Aquilone benigo/ Dirigit ad portum calvosum classe superba/ aplicat introitu patrie Letavia nomine) ; puis le duc dAlbion, cest--direMaxime, fait une guerre sauvage la gent gallicque pour acquerir le royaume armorican , conflit qui connat une issue tragique : En la parfin les Bretons bataillans constantement dillacererent par vorage de fer quinze mil Gaulois qui cheurent l tous ensemble avec leur duc Imbaltus et senfuirent les autres, delaissans leurs femmes et leurs enfans, qui pour leur trop grande jeunesse ne se pouvoient mouvoir ne departir (Dilacerant tandem Britones constenter [sic]

agentes/ Milia Gallorum ter quinque voragine ferri/ tot secidere simul et dux Vurbaldus eorum/ Diffugiunt alii mulieribus ante relictis/ Cum primis si quos infancia reddit inermes).Cest la mthode suivie par R. Merlet pour son dition de La Chronique de Nantes, Paris, 1896, qui offre ainsi au lecteur une restitution aussi ingnieuse dans son procd que solide et concluante dans son rsultat (CR par A. de la Borderie, dans Annales de Bretagne, janvier 1897, et t.--p., p. 6). 54 J.-C. Cassard a consacr une trs stimulante tude Un historien au travail : Pierre Le Baud , dans Mmoires de la Socit dhistoire et darchologie de Bretagne, t. 62, (1985), p. 67-97. On trouvera dans ce travail de nombreuses raisons dutiliser le matriel rassembl par Le Baud : la masse documentaire ainsi tire de lombre est considrable et se retrouve, mise en franais, dans le texte de lHistoire : le moindre de ses intrts nest-il pas prcisment que plusieurs originaux ont disparu depuis le XVe sicle et que leur souvenir mme aurait t effac sans le souci quen eut laumnier de la reine Anne ? Cest en particulier le cas du Livre des faits dArthur.53

Ce passage correspond aux vers 1-33 : il faut souligner combien la prose de Le Baud sefforce de rendre, non sans efficacit55 mais au prix videmment dune certaine verbosit 56, le tour potique du Livre, en serrant de prs le texte latin, ce qui nexclut pas quelques approximations57. La localisation du port Chauveux est reste longtemps problmatique ; mais il est incontestablement situ en Lon car nous verrons au 6 que Letavia ou plutt Letania est synonyme de Legiona et orient au soleil couchant, ce qui donne au pote loccasion de nous parler de croyances locales : Nam post quem rite diurnum/ Sol complevit opus, illic recubare videtur/ Indigenis quamvis longe pertransseat ultra, ce que Le Baud traduit car aprs que le soleil a fait son cours journal, il semble quil se couche en ce lieu, combien quil passe outre bien loin . Rcemment B. Tanguy a reconnu dans portus calvosus lquivalent latin du toponyme Porz Moalleuc, havre localis au XVe sicle Plouguerneau58, au sein du complexe portuaire local59, et quil faut peut-tre identifier avec le mouillage de Porz-Malo60, pour lequel on dispose dune prononciation traditionnelle Porz-Malog : cependant, si la disparition de la diphtongue ne soulve pas de difficult phontique, la chute de la consonne finale pose problme, moins de supposer une attraction paronymique avec le nom de saint Malo 61. Pour notre part, nous sommes tent de mettre en rapport ce nom de *Moalog, alias Malog, avec celui de Malot (recte : Maloc), personnage qui figure dans la vita composite de saint Hoarv (Herv)62 : au 4, Commor et Hoarvian, en route vers un port de la Domnone, ont apparemment dpass lactuelle bourgade de Lesneven quand ils rencontrent Rivanone proximit du village de Lannuchen63 ; la jeune fille leur dclare habiter avec son frre, qui est aussi son tuteur. Pour que ce dernier donne son consentement au mariage de sa soeur, on le fait venir chez *Maloc, dont la demeure est le gte dtape (ultime ?) de Hoarvian avant son embarquement pour la Grande-Bretagne ; l est clbr le mariage entre Hoarvian et Rivanone et aussitt consomme leur union64, en un lieu quil convient

Dans son CR de ldition de La Chronique de Nantes, A. de la Borderie souligne la scrupuleuse fidlit des traductions de Le Baud. R. Merlet, op. cit., p. xii, crit : Quand on considre avec quelle exactitude il a reproduit les uvres que nous connaissons dailleurs, on est tent daccorder ses traductions dannales perdues une confiance approchante de celle quon aurait pour les originaux eux-mmes. Le Baud a en outre constamment indiqu quelles sources il empruntait son rcit . 56 B. Gune, Histoire et culture historique dans lOccident mdival, Paris, 1980, p. 29. 57 On en verra un exemple au n 8, avec une traduction trs hasardeuse de volant[i]um par voleurs , dans un contexte o il sagit en fait de chasseurs doiseaux. 58 B. Tanguy, Et Maxime dbarqua Portus Calvosus Quelques rflexions sur la gographie de lmigration bretonne en Lon, daprs le Livre des faits dArthur et la Legenda sancti Goeznovei , dans Bulletin de la Socit archologique du Finistre, t. 127 (1998), p. 238. 59 Lhistoire de ce complexe portuaire reste faire : ainsi, en ce qui concerne le port de Lilia, il faut notamment prendre en compte la prsence dune importante voie antique qui, depuis Carhaix, aboutissait aux environs du Castelach, retranchement fortifi littoral. 60 Dj signal par J. Cambry, Voyage dans le Finistre, t. 2, Paris (An VII de la Rpublique franaise), p. 5556 : A trois quarts de lieues [sic], louest du Correjou, est encore un petit port nomm Port-Malo ; il nest ni frquent, ni dfendu : les Anglais, dans la guerre dernire, descendirent lle Vierge, lentre de ce port ; ils y turent des vaches, des jumens [sic], des gnisses que lon faisait engraisser sur cette le . 61 B. Tanguy, Et Maxime dbarqua Portus Calvosus , p. 239. 62 Le texte de cette vita a t dit par A. de La Borderie, Saint Herv. Vie latine ancienne et indite publie avec notes et commentaire historique , dans Mmoires de la Socit dmulation des Ctes-duNord, t. 29 (1891), p. 256-274. 63 B. Tanguy, Saint Herv. Vie et Culte, s.l. [Trflvnez], 1990, p. 47. 64 A. de la Borderie, Saint Herv , p. 257 : Perrectum est igitur ad Rigurium fratrem puellulae, qui adductus est ad domum Maloti, [ms. p. 860] ubi praefectus cum suis satellitibus ea nocte hospitabatur.55

donc de situer entre Lannuchen et la cte, dans la presqule de Plouguerneau, car cest dans ces parages que le jeune Hoarv recevra plus tard sa formation, Lannerchen65, auprs du prtre Harzian ( 10).

3. (p. 36) Allusion la conformit entre ce qui est rapport respectivement par Geoffroy de Monmouth et par lauteur du Livre au sujet de la prise de Rennes et de la soumission de la ville par Maxime et Conan. En fait, les vers 34-35 attribuent cette action au seul Maxime : Inde ineat Redonum Britannibus subjugat

urbem/ A patriam totam Gallorum plebe retecta.4. (p. 37-38) Citation de lauteur du Livre rapportant que Maxime que en

lendroit quil appelle Leonides, pource quil estoit fils de Leonius, posseda la terre jusques au fleuve de Coaynon, qui nasquit pres Foulgeres dun cost, et de lautre part jusques au cours de Loire et outre bien loing (Post quam Leonides terram

possedit a diis/ Filcherias nascens unde defluit unda Coenni/ Ex uno latere nec non et aducet fluentum/ Navigeri Ligeris longe distentis ultra). Puis vint, aveclhiver, la colonisation du pays conquis et lencadrement de ses populations : cet effet, Maxime manda que dAlbion luy fussent envoyez cent mil hommes de la gent plebeienne et trante mil nobles qui deffendissent le pas et eux (Mandat ab

Albidia sibi centum milia micti/ Gentis plebane, nec non triginta virorum/ Nobilium patriam qui tutarentur eadem). Enfin, regardant celle terre opulente,pleine et fructifere, et presque toute ceinte et environnee de mer, il y ordonna glises et y disposa barons ausquels il donna les citez et les remunera de plusieurs riches, amples et larges dons. Il donna aussi aux chevaliers terres, villes et chasteaux. Puis apres resigna et delaissa le pays et le peuple armoricain Conan Meriadoch, auquel il en laissa la seigneurie. Et ordonna par Edit que celuy pays fust dlors en avant appel Bretagne (rex ita conspiciens opulentum nobile

planum/ Fructiferumque solum quam circiter equore cinctum/ Ordinat ecclesias, proceres disponit et urbes/ Elargitur eis, donis que remunetur amplis/ Militibus terras, villas et castra rependit/ Conanumque ducem facit hinc omnemque ducatum/ Armoricum confert, ipsum dominum que relinquit/ Armorici populi patriamque resignat eidem/ Et facit edicto patria Britania dici).Ce passage correspond aux vers 36-64 : l encore, la paraphrase franaise de Le Baud est assez fidle au texte latin, dont elle suit le dveloppement parfois sinueux. Notons au passage lincise relative au fait quen cet endroit, lauteur du Livre, parlant de Maxime, lappelle Leonides, pource quil estoit fils de Leonius , explication qui ne figure pas dans la source mais que Le Baud a cru bon de donner pour ne pas garer son lecteur ; cest galement sous ce nom que Maxime est dsign dans la ddicace du pome66. La leon retenue pour le nom de Fougres se trouve ds 1189 (de Filgueriis) et encore en 1230 (de Filgeriis) : elle est rgulirement venue de filicaria ; quant au Couesnon, dont le nom figure avec celui de la Slune dans la Chanson dAiquin, comme tant ceux des deux rivires quiRigurius vero, accepta consilio patris familias Maloti.... cognita sponsi ingenuitate, [quod] petebatur unanimiter concessit. Parata ergo supra eos sacerdotali benedictione, ambo virgines concubuerunt. 65 B. Tanguy, Saint Herv. Vie et Culte, p. 61. 66 Qualiter armiferi Britannia paruit olim/Utrique Leonide (transcription Le Duc)

portent les donjons sparant les Normands des Bretons 67, la forme donne ici (au gnitif) renvoie au latin coenum, qui signifie fange . Le Couesnon prend sa source quelque distance de Fougres, mais lon ne peut pas vraiment dire que lauteur du Livre a commis une erreur puisquil sagissair pour lui de rendre compte de la frontire bretonne, dont Fougres et sa baronnie ont constitu au Moyen ge un des glacis ; en revanche, une description de la ville et de son chteau let oblig mentionner le Nanon, sous peine dtre tax dignorance de la topographie locale.

5. (p. 38) Nouvelle citation du Livre : Maxime (que le pote continue de son ct nommer Leonides) tendit la cit de Rome accompagn de la juvente de Bretagne et passa Meuse et le Rin jusques Treves, o il colloqua le throsne de son empire et subjuga les Allemans , ce qui correspond aux vers 65-67 (Postea

Leonides Romanam tendit ad urbem/ Quem Britonum Gallecta cohors electa juventus/ Insequitur transit Mosam Renumque superbos) et aux vers 73-74 (Letus ait Treveros et tronumque locavit idem/ Hostibus invitis, Alemannos sub juga, slavos/ Cogit).Ce passage a fait lobjet dune assez svre contraction par Le Baud : celui-ci omet en particulier les vers 68-72, qui voquent le transfert du sige piscopal de Maastricht Lige, suite lassassinat de saint Lambert ; de mme, Le Baud na pas vraiment utilis le matriau contenu dans les vers 75-79, au sujet des empereurs Gratien et Valentinien, car il se contente de dire que laction de Maxime aboutit ce quil tua lun en Gaule et lautre chassa dItalie . Le dossier hagiographique de saint Lambert contient de nombreux textes, de mme que celui de son disciple et successeur, saint Hubert, qui organisa le retour des reliques de son matre depuis Maastricht jusqu Lige, lieu du martyre de saint Lambert ; cest dans lun des ces ouvrages que lauteur du Livre a trouv ses informations relatives Maastricht prive de pontife (Et pontificii privatum jure Trajectum), informations dont il fait dabord lannonce (Quod sibi continens) avant de les exposer : scelerosa cede beati/ Presumpsere sui Lamberti presulis ausu/ Perdere magnanimo propter quod pristina sedes/ Leodii translata fuit statuta perennum.

6. (p. 39-40) Citant nouveau lautheur du livre des faits dArtur le Grand , Le Baud dcrit ensuite la normalisation de la situation en Armorique, o les Gaulois irritoient Conan Meriadoch et contrarioient la terre armoricane aux Bretons par batailles et occisions (Interea Galli Conanum marte lacestunt [sic]/

Armoricumque solum bellis et funere multo/Impugnant gravibus et densant ictibus ictus) ; aprs avoir chass les Gaulois, Conan organisa le pays, enparticulier si alla la province jadis appellee Letanie, qui aprs fut dite Leonie, lequel nom elle tira de la cit des Legions, et edifia villes et chasteaux, lesquels il garnit de murs ; mais tout premierement construisit un noble chastel en la fin du peuple que la langue britannique appelle Ploecolin [correcte : Ploecolm68], jouxte le fleuve de Guillidon, lequel il entrerompts jusques la moiti ; et est ce chastel

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Et passerent Sene et sesirent Coaynon/ Ce sont doux aeves qui portent le dongeon/ Entre ly Normens et ly Breton : Le roman d'Aquin ou La conqute de la Bretaigne par le Roy Charlemaigne : chanson de geste du XIIe sicle publie par F. Jouon Des Longrais, Nantes, 1880, p. 4, v. 45-47. Lditeur suggre de reconnatre dans ces donjons les fameuses Tours Brettes dont fait mention B. DArgentr dans son Histoire de Bretagne. 68 Cette correction figure dans lErratum de ldition de 1638.

encores de son nom appel le Chastel Meriadoch (Hinc habiit in terram cujus

Letavia quondam/ Nomen erat, post hec Legiona tempore multo/ Dicta, trahens illud nomen Legionis ab Urbe/ Edificat villam, struit opida, menia munit/ At cum in primis castellum nobile quoddam/ Construit in fine plebis quam vestra Columbe/lingua vocat plebem, juxta Guilidonis, amenum/ Flumen semirutum castellum Meriadochi/ appelatur ad huc de nomine). Au passage, lauteur du Livrenous gratifie dun historique de la cit des Lgions, laquelle fut en premier langage nomme Occismorense, qui signifie hastive (Urbs Ocismorum, velox ydyomate xristo/ Dicebatur) : cest loccasion pour lui de dcrire le fleuve dIlorne, environn de bois et de forests, habondant en saulmons (NemorosusYlorna/ Et salmone ferax) et surtout sa partie maritime dont il prcise que les indignes lappellent Mungul, qui sonne en gaulois gueule de mer (Appellatur nomine Mungul/ Indigene sonat hec pelagie gula tocius orbis) ; puis, nous lcrivain nous indique que cette cit des Lgions fut appellee Brest sur Caprelle et privee de lhonneur de son premier nom et en partie aussi de son diocese, qui encore est nommee Leonie (Et privata sui pre nominis urbis honore/

Bresta super fluvum fuit appellata Caprellam/ Nominis ex parte privata diocesis ipsa/ Post ea decrevit sortita Leonia nomen).Ce long passage correspond aux vers 80-138, dont la parent avec le contenu des fragments de la vita de saint Goznou est manifeste et dj souligne par Le Baud69 : outre les diffrents avatars de la cit des Lgions , qui figurent dans les fragments conservs de la vita70, lhagiographe indiquait lui aussi que la Letanie71 devait tre identifie avec le seul Lon72, indication qui figure galement dans la vita de saint Goulven73, mais aussi dans ce qui subsiste de celle de saint Tnnan74, et permet avec quelques autres lments de nature stylistique de

P. Le Baud, Histoire de Bretagne, p. 40. Gw. Le Duc et C. Sterckx, Les fragments indits de la Vie de saint Goznou , p. 279-280. 71 Cette forme rsulte d'une mauvaise lecture de Letavia, dj donn comme synonyme d'Armorica par Robert de Torigni pour dsigner la minor Britannia (...) ... quae antiquitus Letavia sive Armorica vocata est (Chronique de Robert de Torigni... publie par L. Delisle, t. 1, Rouen, 1872, p. 12). Il est au demeurant extrmement difficile, compte tenu de lhabituelle confusion -u-/-n-, de contrler si les manuscrits des diffrents ouvrages o apparat ce nom ont bien transmis, pour chaque occurrence, la leon correcte : il nous semble en tout cas que les fragments du Livre des faits dArthur dans le cahier de notes qui les a conservs contiennent la forme Letania ; mais la transcription Le Duc donne partout la leon Letavia. 72 P. Le Baud, Histoire de Bretagne, p. 50 : la moindre Bretagne, qui lors estoit appellee Armoricque ou Letavie (recte : Letanie), combien que selon les legendes de sainct Goueznou, sainct Golvin et autres, Letavie (recte : Letanie) estoit seulement la province de Leonie (). Lhypercorrection de Ltavie en Ltanie figure expressment dans lErratum de ldition de 1638. 73 A. de la Borderie, Saint Goulven Texte de sa Vie latine ancienne et indite avec notes et commentaire historique , dans Mmoires de la Socit dmulation des Ctes-du-Nord, t. 29 (1891), p. 220 : Cum igitur quadam vice, navigio adducti, Letaniam (quae nunc est Leonia) in manu valida intravissent(). Le passage concerne une incursion de Scandinaves dsigns par lhagiographe piratae69 70

Daci et Normani.74

Ms Paris, BnF, fr. 22321, p. 723 : Contigit interea cathedralem ecclesiam Letaniae quae nunc est Leonia suo viduari patrono(). Le passage concerne llvation lpiscopat de saint Tnnan qui lhagiographe dans ce passage donne le nom de Tinidorus. Voir infra n. 80 o il est question de lermitage de Tnnan appel en mmoire de lui Lantinidor : il ne sagit pas de Landerneau, comme certains lont cru, mais dun endroit situ un peu plus en aval de lElorn, sur le territoire de Guipavas. A. Le Grand semble

reconnatre dans ces trois textes les uvres dun mme auteur, passionn dtymologie bretonne. La leon dfectueuse Ploecolin pour Plougoulm, donne par Le Baud, est galement celle retenue par Bertrand dArgentr (Ploecelin)75, qui la certainement lue sur le manuscrit de son grand oncle. Pierre DHozier a rectifi en Ploecolm dans lErratum de son dition ; mais cette correction a chapp au P. Toussaint de Saint-Luc qui du coup, dans son Histoire de Conan Mriadec, parue en 1664 76, identifie ce lieu avec la paroisse de Plourin dans le bas Lon et signale, sur la base dinformations manifestement errones, que se voient encore sur place les ruines de ce chteau appel Meriadec, du surnom de ce prince 77. En fait, il faut probablement identifier le lieu appel castrum Meriadoci, ainsi que le nomme lhagiographe de saint Goznou78, avec le toponyme Kermeriadec en Treflaouenan, commune effectivement limitrophe de celle de Plougoulm79, mme si le village actuel ne se situe pas prcisment leurs

identifier (avec raison) Lantinidor avec Ilis-Goelet-Forest (aujourdhui la Fort-Landerneau), alors prieur de Saint-Mathieu de Fine-Terre. 75 A. de la Borderie, Histoire de Conan Mriadec du Pre Toussaint de Saint-Luc , dans Bulletin archologique de lAssociation Bretonne, 20e session (1877), p. 187. 76 Ibidem, p. 117-184. 77 Ibid., p. 157 ; voir aussi p. 131 et 170-171. Cette identification fallacieuse a perdur et dans son ouvrage sur Les fortifications mdivales du Finistre. Mottes, enceintes et chteaux, s.l., s.d. [Rennes, 1997], p. 49, P. Kernvez mentionne, en citant B. Tanguy, Dictionnaire des noms de communes, paroisses et trves du Finistre, Douarnenez, 1990, p. 44, lexistence Brls, ancienne trve de Plourin, dun ouvrage fortifi disparu, connu sous le nom de Castel Meriadec, qui aurait t situ au pied de la hauteur, au bord de lAber-Ildut ; mais force est de constater quil nexiste aucun vestige de ce prtendu chteau . 78 A. de la Borderie, LHistoria Britannica avant Geoffroi de Monmouth et la Vie indite de saint Goznou , p. 228 : Cujus [il sagit de Conan Mriadec] prima sedes fuit juxta fluvium Guilidonam in finibus Plebis Columbe, in loco qui adhuc dicitur Castrum Meriadoci. Notons que lhagiographe ne mentionne pas explicitement un chteau, mais simplement une demeure, situe au lieu qui sappelle encore Castrum Meriadoci (voir note suivante). 79 Kermeriadec est attest sous cette forme ds 1592 (A. Deshayes, Dictionnaire topographique du Finistre, Spzet, 2003, p. 355) ; or, cest lexacte traduction de Castrum Meriadoci, lieu-dit mentionn par lhagiographe de saint Goznou (voir note prcdente). Rien ne parat subsister dune ventuelle forteresse ; mais, comme on vient de le voir, ce chteau aurait t demi ruin dj lpoque o travaillait lauteur du Livre, ce qui permettait lcrivain de contourner le problme. Il a cependant exist, mais ailleurs, un chteau que contrlait, sous le rgne du duc Hol (1066-1084) un certain Mriadec et que Marie de France, dans son lai de Guigemar, localise en bord de mer, proximit des terres des vicomtes de Lon (Lais de Marie de France, traduits, prsents et annots par L. Harf-Lancner. Texte dit par K. Warnke, Paris, 1992, p. 28 et 60-71) ; or, Saint-Jean-du-Doigt, ancienne trve de Plougasnou, portait lorigine le nom de Traon Meriadec, le val de Mriadec , seul vestige toponymique qui a pu garder le souvenir de ce personnage dans la zone dinfluence des vicomtes de Lon au XIIe sicle. Le lai de Guigemar, assorti dun prologue o lauteur prsente avec fiert son oeuvre, occupe ainsi la premire place de la collection de douze lais, qui figurent dans le ms. Londres, British Library, Harley 978 : comme ce manuscrit date seulement de la seconde moiti du XIIIe sicle, lon na pas la certitude quil contient la collection complte des lais composs par Marie ou, linverse, que ces douze lais sont tous sortis de la plume du mme auteur ; cependant, la primaut donne Guigemar semble indiscutable. Ce pome, comme tous ceux qui ont t attribus Marie, se prte diffrentes lectures, ou plus exactement plusieurs types de lecture : aucun deux ne saurait en tout cas disqualifier les autres et une interprtation plus historicisante , telle celle que nous avons privilgie (cf. infra n. 155), nimplique videmment pas que Marie aurait rapport la manire dun vritable chroniqueur la guerra fodale qui opposa, dans le dernier tiers du XIe sicle, les vicomtes de Lon Mriadec ; en revanche, lhistoire damour entre Guigemar et samie, qui donne prtexte lutilisation par Marie de nombreux motifs folkloriques (la chasse

confins. Quant au nom de lElorn, il figure sous la mme forme (Ylorna) dans les vestiges de la vita de saint Tnnan, notamment en ce qui concerne le phnomne de la mare qui remonte la ria80. Vestra lingua dit le pote : il nest donc pas bretonnant. Ainsi, toute sa science de ltymologie bretonne doit tre emprunte la vita de saint Goznou, tant en ce qui concerne Plougoulm et le chteau de Mriadec , que lhydronyme Mungul ; dans la foule, si nous osons dire, il reprend aussi lhagiographe lexplication relative au nom de la civitas Occismorum.

7. (p. 40) Nouvelle citation de lauteur du Livre qui fait le rcit du retour de Conan Rennes et ce faisant sarresta voir le peuple de la rgion quon appeloit Albains ; mais le pays estoit nomm Letavie81 (Et redeundo stetit plebem

speculando venustam/ Indigene plebem tunc appellare solebant/ Albam sed prima Letavia nomen habebat) : ce peuple , qui seoit entre la ville Teudeucle et le fleuve Doenna, au giron des terres dlectables (Inter Teudiclem villa fluviumque Doenam/ Plebs predicta sedet gremio telluris amene) comptait, lpoque o travaillait lcrivain, un grand nombre dhommes que la varit de leurs talents lui permet dquipoller aux anciens philosophes et potes (Et

radiosa viris, que tanto flore Sophie/ Et fame celebri nostris nituere diebus/ Prorsus ut antiquis posses equare poetis). Les autres tapes du voyage sontrapidement numres : Puis passa Conan outre, dlaissant les bois dYone, et alla Montreleix en la terre de Lexoviense, present nommee Trecorense. Et, quand il eut pacifi les discordes, visita Dinan, Nantes et Dol, reformant le pays sous amiable paix et par loy de peine fit cesser les tumultes contraires (Hinc abit

in Trecorum tellurem Monte Relaxo/ Yonis saltu dimissis pace reformans/ Dicordes Dinannum Nannetum post ea Dolum/ Visitat et patria sub amica pace reformans/ Federat hostiles penali lege tumultus).Ce passage correspond aux vers 139-158 et le nom de la plebs alba dont il est question dans sa premire partie, adapt par Le Baud sous la forme peuple Albains , renvoie presque indiscutablement la leon Ploueguen, qui figure notamment dans un acte de donation des

au cerf blanc, lanimal qui parle au chasseur qui la bless, la nef qui vogue sans pilote, ni quipage, etc.), sinscrit parfaitement dans le film des vnements qui se sont drouls lors de cette guerra. A linstar de J.-C. Cassard dans son article Propositions pour une lecture historique croise du Roman dAiquin , Cahiers de civilisation mdivale, 45e anne (2002), p. 111-127, il nous semble que ce type de lecture croise appliqu Guigemar permet de renforcer ce que lon sait de lhistoire des vicomtes de Lon au XIe sicle. 80 Texte du ms Paris, BnF, fr. 22321, p. 723 : Tenennanus () aedificavit cellulam in loco qui ob ejus

memoria Lantinidor appellatur non procul ab alveo Ylorne fluminis quem implet quotidie maris fluxus secundum consuetudinem mari britannica inditam a natura ; texte complt par celui du ms Rennes, ADIV, 1F 1003, p. 47 : Quia ipse occeanus naturali die bis salum ex se in tanta quantitate emictit quasi nauseando certis horis quod omnes valles et lictora stagnare facit usque ad terminum prefinitum adeo (istam) juxta illud psalmiste terminum posuisti quem non transgredientur . Et eisdem horis modico intervallo quasi sitibundo stomacho rehauriens idem sallum sic emissum ad se retrahit epotando cujus rei causa quicquid super hoc sompniaverit Lucanus et alii ethnicorum poethe secundum fidem nostram nota est soli Deo (Transcription communique par Gw. Le Duc). 81 Point ici dhypercorrection de Letavie en Letanie dans lErratum de ldition de 1638.

vicomtes de Lon la naissante abbaye de Daoulas et qui dsigne Plouguin82 : cette leon permettait en effet une telle interprtation, au demeurant fallacieuse83 et, notons-le, absolument distincte dun rapprochement avec le nom de sainte Guen (Alba)84 qui fera par la suite flors pour autant du moins que celui qui en tait lauteur connt le breton ; ce qui, comme il vient dtre dit, ntait certainement pas le cas du pote. On a vu en outre quil avait repris lhagiographe de saint Goznou, de saint Goulven et de saint Tnnan, lidentification de lancienne Letavia ou Letania avec le Lon. Or il prcise que la plebs alba portait primitivement le nom de Ltanie85 : confusion partir de ses sources, et gnratrice son tour de confusion chez les chroniqueurs plus tardifs86 ? Ou bien indication pertinente sur le fait que Plouguin devait tre considre en quelque sorte comme le vritable cur du Lon87 ? On retrouve dans la vita de saint Goznou, propos de la paroisse (disparue) de Ploudiner, le qualificatif Doena pour dsigner, avec Bazlananda, les deux fleuves qui entourent cette paroisse des deux cts, mls aux flots marins 88. Ploudiner ayant implos avant le premier tiers du XIVe sicle pour donner naissance aux paroisses de Lannilis, Landda et Brouennou89, doena et bazlananda sappliquent donc aux deux cours deau qui ont pris depuis le nom de leurs estuaires, respectivement lAber-Vrach et lAber-Benot90. Quant la villa *Teudiclis, inconnue par ailleurs, elle chappe pour linstant nos tentatives de localisation : ce toponyme pourrait avoir t form partir du nom du pre de saint Goznou, Tudogilus91, lequel, selon lhagiographe, stait tabli aux confins de Ploudiner (in finibus plebe Denarii) ; mais il ne correspond pas, comme il a t

Dom Morice, Mmoires pour servir de preuves lhistoire de Bretagne, t. 1, Paris, 1742, col. 669 (acte dat 1167 X 1173) : la donation concerne entre beaucoup dautres biens partem decimarum de Ploueguen et capellam Coetmael. 83 B. Tanguy, Dictionnaire des noms de communes du Finistre, p. 166 : Comme lattestent la forme Ploeken et la prononciation actuelle Plougin, la valeur du gu- dans les graphies Ploueguen est bien celle dun g- dur et non dun gw-. Le nom suppose un second lment ken, correspondant au vieux-breton cain, cin, ken, en moyen-breton ken beau, bon . 84 Nous aurions sinon la leon plebem Albe, linstar de la leon Columbeplebem, qui, comme on la vu, dsigne bien videmment Plougoulm. 85 La prcieuse transcription de Gw. Le Duc nous a paru quelquefois fautive : cest le cas ici ; mais il ny a pas de doute quant au sens, comme le corrobore la traduction de Le Baud. 86 Dans les premires lignes du Chronicon Briocense (dition Le Duc et Sterckx, p. 26-27). on lit que lancienne Armorique, dsigne depuis Petite Bretagne (Britannia Minor nuncupatur), avait dabord t appele Ltavie (Letavia), puis Alidan : B. Merdrignac, Les origines bretonnes dans les leons des brviaires des XVe-XVIe sicles , dans 1991 : la Bretagne, terre d'Europe, s.l. [Brest], 1992, p. 306, qui fait observer que ce dernier nom est certainement une addition du compilateur, suggre de reconnatre ici la leon Albam, qui figure dans le Livre. 87 Plebs speciosa situ medioque diocesis ipso/ Artificum munita manu populata colonis/ Et radiosa viris, etc. (transcription Le Duc). Pour sa part, A. de la Borderie, Histoire de Bretagne, t. 3, p. 390, n. 1, dclare que la situation indique ici au milieu du diocse ne convient nullement Plouguin, mais convient trs bien Plabennec, quon appelait anciennement Plebs Albennoca, forme que notre pote, usant de licence ou si lon veut, dlgance potique, a pu modifier en Plebs Alba . 88 A. de la Borderie, LHistoria Britannica avant Geoffroi de Monmouth et la Vie indite de saint Goznou , p. 232 : quibus parochia illa ex utroque latere circumfluitur, marinus fluctibus intermixtis. 89 B. Tanguy, Et Maxime dbarqua Portus Calvosus , p. 239. Le nom Ploudiner est longtemps rest attach celui de Lannilis, qui est cit pour la premire fois en tant que paroisse vers 1330 de mme que Landda ; la paroisse de Brouennou est plus tardive (XVe sicle ?) 90 Ibidem, p. 240. 91 Gw. Le Duc, LHistoria Britannica avant Geoffroy de Monmouth, dans Annales de Bretagne, t. 79 (1972), n 4, p 828.82

dit parfois, au lieu-dit Lothonou, en Lannilis, qui associe au terme loc- le nom dun saint *Tut(g)nou92, et dailleurs la forme avec villa doit plutt renvoyer un nom breton en kaer. En tout tat de cause, on ne peut pas exclure, chez lauteur du Livre, une confusion gographique entre Ploudiner et Plouguin, le nom de celle-ci donn celle-l, ou au contraire la localisation de cellel attribue celle-ci. Litinraire du retour Rennes est jalonne par diffrentes tapes : le Trgor, puis Dinan, Nantes et Dol. En chacun de ces lieux, Conan contraint les populations la paix ; mais le sens prcis de la formule Monte Relaxo Yonis saltu dimissis reste obscur. Mons Relaxus est attest ds 1128 pour dsigner le chteau de Morlaix, construit au sein du terrouer du Relaix , dont le nom est sans doute emprunt au vieux franais relaix, qui signifie dlaiss, abandonn 93 ; peut-tre faut-il voir dans les vers du pote une allusion aux origines de ce chteau, car cest lune des acceptions possibles du latin dimissus. Quant au bois dYon 94 lui aussi qualifi, en mme temps que Morlaix, de lieu dlaiss, abandonn , ce que vient renforcer la nuance un peu pjorative qui sattache parfois saltus, mme sil ne sagit probablement que dune figure de style, venant recouvrir la ralit conomique dun pays de confins, o dominait alors la fort il pourrait sagir de Boisyvon alias Boison, en Lanmeur, dont le fief, vers la fin du XIIIe sicle, avait pass par alliance au dlgataire local de lautorit ducale95. Dans les deux cas de figure, Morlaix et Boisyvon/Boison il faut souligner quil sagit l de toponymes dont le sens tait donc directement accessible lauteur du Livre et pour lesquels il pouvait ds lors facilement proposer une adaptation latine.

8. (p. 41) (p. 41) Citation de lauteur du Livre, qui lui-mme dclare rapporter le contenu dune missive adresse par Conan Dionotus, roi de Cornouaille : Conan armorican toy Dionote pour present par droit conservateur des Bretons, lesquels tu gouvernes et sont en tes mains, je te mande salut et te expose que la terre de la moindre Bretagne a air serein, champs fructiferes, grandes forests, eaus et poissons, et est pleine doiseaux, de bestes sauvages et privees, et de tres agreable situation, convenable aux laboureurs, aux veneurs et aux volleurs ; et si apte station toutes manieres de navire : car elle est presque toute ceinte et avironnee de la mer (Armoricus Conanus ego tibi mando

salutem/ Conservator nunc presenti jure Britannos/ In manibus Dyonote tuis ipsos que gubernas/ Hoc expono Minor Britannia terra sereno/ Aere frutiferis agris silvisque vetustis/ Piscosisque vadis avium pecudumque ferarum/ Plena situ grata fodientibus apta colonis/ Nobilibusque decens venantibus apta volantum/ .B. Tanguy, Et Maxime dbarqua Portus Calvosus , p. 239. P. Kernvez, Morlaix, bourg castral : du Mons Relaxus la citadelle , dans Mmoires de la Socit dhistoire et darchologie de Bretagne, t. 80 (2002), p. 11. 94 Le pluriel de la traduction de Le Baud ne nous parat pas simposer. 95 A.-Y. Bourgs, Comtes de Lannion et princes de Lanmeur. Deux exemples dun mythme rcurrent dans les gnalogies nobiliaires bretonnes , dans Bulletin de la Socit archologique du Finistre, t. 131 (2002), p. 317-320 : Pierre de Lanmeur, qui avait pous vers 1300 lhritire de la seigneurie de Boison, Levenez, est en effet qualifi, outre seigneur, matre (dominus) et chevalier (miles), de prudhomme (discretus vir) et dsign comme professeur de lois (legum professor), ce qui ne peut manifestement se rapporter qu des fonctions judiciaires exerces au sige de la chtellenie de Lanmeur. A linstar de son illustre contemporain Guillaume de Nogaret, Pierre de Lanmeur, dont la mre appartenait peut-tre la puissante famille des seigneurs de Rostrenen, nen tait pas moins probablement issu, du ct paternel, de la bourgeoisie.92 93

/ Navibus equoreis navis stationibus aptis/ . / Et vallata mari terra nil deficit ista) ; mais cette contre idyllique prsente cependant un srieux manque : Neny a deffaut maintenant fors de sexe feminin pour les nobles et pour les autres tourbes : Pourquoy je te prie, tres-cher Dionote, que tu me vueilles donner en alliance de sacr mariage ta chere fille Ursule qui prefere96 en beaut les autres pucelles de Bretagne, laquelle je desire estre espoux et que tu pourvoyes dautres femmes Bretes decentes notre lignage (Nunc non nobilibus pre clara jugalia

sexus/ Feminei nec non aliis que decentia turbis/ Propter quod donare velis michi federe sacri/ Conjugii natam caram formaque decoram/Ursula nomen habet speciem prelata puellis/ Britigenis ipsi speciosum de secundo jungi/ Provideas igitur generem habere nostra/ De sponsis Britonum celebri de stirpe creatis). Lacitation par Le Baud sachve sur le constat suivant : Car nous refusons user des Gauloises, pour ce quelles ignorent notre coustume et notre langage ; mais cette dernire affirmation est absente du fragment versifi.Ce passage correspond aux vers 159-183 et constitue le dveloppement dune anecdote galement rapporte par Geoffroy de Monmouth. Au-del de laspect politique de la question97, Geoffroy insiste sur la beaut de la fille de Dionotus et sur le dsir quen avait Conan98 ; ce qui renvoie limmense dossier des origines et de dveloppement de la lgende de sainte Ursule et de ses compagnes99. Le nom Dionotus, qui figure dans lHistoria regum Britanniae, est absolument inconnu des autres sources insulaires, notamment de celles qui pourtant doublent la liste des souverains donne par Geoffroy de Monmouth. Mme si un rapprochement avec Dinoot, Dinoth100, a t tent et ne peut pas tre formellement exclu, il est probable que ce nom doit son apparition une lecture fautive du texte de la Passio [BHL 8428-8430]101, dont les versions tardives indiquent au sujet du pre de sainte Ursule : Fuit in Britannia partibus quidam Deonotus tam vita quam nomine 102. Or, on sait qu la charnire des XIe-XIIe sicles le manuscrit consult par Sigebert96 97

Sans doute faut-il lire : prcde . Historia regum Britanniae, dition E. Faral, dans La Lgende arthurienne, t. 3, p. 162 : Voluit [Conanus]

commilitonibus suis conjuges dare, ut ex eis nescerentur heredes, qui terram illam perpetuo possiderent et, ut nullam commixtionem cum Gallis facerent, decrevit ut ex Britannia insula mulieres venirent, que ipsis maritentut. 98 Ibidem : Habebat etiam filiam mirae pulchritudinis, cui nomen erat Ursula, quam Conanus super omnia adoptaverat . Signalons que le ms. Cambridge, University Library, 1706 ne mentionne pas le nom de lafille de Dionotus. Acta Sanctorum, Octobre, t. 9, p. 73-303. Aprs ce premier traitement par les Bollandistes, le dossier hagiographique a fait lobjet dune synthse rudite qui reste ingale, malheureusement assez difficile daccs, par W. Levison, Das Werden der Ursula-Legende, Cologne, 1928, dont on lira un bref mais roboratif CR dans la Revue historique, t. 164 (1930), p. 148-150, sous la plume de M. Bloch. Signalons galement, en franais cette fois, louvrage en 2 tomes de G. de Tervarent, La lgende de sainte Ursule, Paris, 1931, dont le propos est beaucoup moins rudit que celui de Levison, mais qui a nanmoins bnfici de deux CR flatteurs de M. Bloch et de F.-L. Ganshof. 100 Ce nom a t port par un abb de Bangor au dbut du VIIe sicle, dont Bde fait mention dans son Historia ecclesiastica gentis Anglorum, II, 2 : il sagit de saint Dunawd. 101 Acta Sanctorum, Octobre, t. 9, p. 157-163. Ce texte est dsign le plus souvent par son incipit, Regnante Domino ; il a t prcd par une autre Passio [BHL 8427], ddie Gron, archevque de Cologne, mort en 976. Un Sermo in natali antrieur [BHL 8426] ignore encore le nom et le rle dUrsula. 102 Ibidem, p. 157.99

de Gembloux portait encore Deo notus, ou peut-tre mme Dno notus103, en accord avec lesprit du texte ; mais cette leon a galement t interprte un peu htivement par lauteur de la Chronographia, qui en a tir le nom de Nothus pour dsigner le pre dUrsule104.

9. (p. 42) Citation de lauteur du Livre au sujet du passage des vierges de Bretagne sur le continent et de la tempte essuye par les vaisseaux sur lesquels elles avaient embarqu : Si detindrent les vents les nefs legieres et les mena Boreas, qui est contraire Auster, Brest et Legionense. Mais un merveilleux tourbillon dautres vents contraires survint entre les autres nefs tant que la mer murmuroit troublee, ne savant auquel elle obeist : car ils travailloient les elemens et dillaceroient voiles et cordes empeschans de passer outre et deniants le retourner. Adonc furent les vierges espouvantees du tumulte du ciel et de la mer et sescrierent depriants nostre Seigneur quil rompist les tempestes, prosternat le vent et donnast remede leurs ruines ; mais il nest nulle esperance en la mer, les masts napparoient pas es ondes, ains touchoient les nefs la terre et monstroit lOcean ses arennes ; par lesquels orages furent plusieurs nefs froessees aux rochers et les autres plongees en leau. Toutesfois fust Ursule, la fille Dionotus, avec sa noble compagnie, par la violence du pluvieux Auster portee au fleuve du Rin .Ce rcit est plus dvelopp, sinon plus potique, que celui qui figure dans le texte de Geoffroy de Monmouth et son attribution lauteur du Livre ne parat pas faire de doute, dautant quon y trouve lemploi du verbe dilacrer , dilacero, prcdemment utilis par le pote105 ; mais la description de la tempte se retrouve aussi et en des termes trs similaires dans une Vie (en franais) de sainte Ourselle106, crite par un certain Gourmelen, de Ploar107 : peut-tre faut-il identifier ce dernier avec le clbre Etienne Gourmelen, mort en 1594, mdecin Paris, mais natif des plus basses parties de la Basse Bretagne , que Pascal Robin dit avoir consult pour des questions dhagio-toponymie bretonne au sujet de saint Melaine108. Le toponyme Lannourzel (en103

Pour Domino notus : cest la leon qui figure dans le ms. Bruxelles, Bibliothque royale, 7984, le plus ancien contenant le texte du Regnante Domino.

104

Sigeberti Gemblacensis chronica cum continuationibus, edidit G.H. Pertz, Monumenta Germaniae Historica, inde ab anno Christi quingentesimo usque ad annum millesimum et quingentesimum, t. 6, (Chronica et annales aevi Salici), Stuttgart, 1844, p. 310 : filia unica Nothi, nobilissimi et ditissimi Britannorum principis.

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Voir plus haut le n2 de notre analyse. Vie de sainte Ursule , dans A. Le Grand, Histoire des saints de la Bretagne armorique par Fr. Albert Le Grand, avec des notes et observations historiques et critiques par M. Daniel-Louis Miorcec de Kerdanet Brest-Paris, 1837, p. 635, n. 1 : Aprs donc () que cette flotte, cinglant en haute mer, tendist aux havres de lArmorique, incontinent, le vent contraire esmeut si violemment les ondes et tourna si soudain tout le beau temps en tempestes et orages, que les tourbillons et bourrasques enfoncerent et enveloperent souz les vagues ravissantes plusieurs nefs, et les autres sesclaterent et heurterent aux escueils et rochers et peu sen sauva et parvint bord, non sans frayeur et grand danger. Mais la principale nef, qui conduisoit saincte Ourselle, et plusieurs autres, lesquelles avoient vad les roches et sestoient sauves des gouffres, voiles et cordages rompus, furent poussez, par limpetuosit des vents, des flots et des tempestes, dedans lembouchure du Rhin . 107 Ibidem, p. 633, n. 3. 108 Ibid., p. 682, n. 4. Pascal Robin, sieur Du Faux, fut, linstar de son ami Franois de Belleforest, mieux connu, un fcond polygraphe qui a contribu en particulier une somme hagiographique en 3 volumes intitule Histoire de la vie, mort, passion et miracles des saints, parue Paris en 1579 et 1580 : on trouve notamment dans ce recueil lHistoire miraculeuse, contenant le mystre de Notre-Dame du Folgot,

Plougastel-Daoulas) et le patronage de la chapelle Saint-Ourzal (en Porspoder) ont peut tre influenc Gourmelen ; mais la forme sainte Ourselle (pour dsigner sainte Ursule) se retrouve galement dans les Anciennes Cronicques d'Engleterre de Jehan de Wavrin au XVe sicle.

10. (p. 42-43) Allusion la conformit entre ce qui est rapport respectivement par Geoffroy de Monmouth et par lauteur du Livre au sujet de lhistoire des 11000 Vierges et de leur martyre perptr par le roi des Huns, Gwanius, et celui des Pictes, Melga, linstigation de Valentinien. Lauteur du Livre dit aussi ce qui ensuit cy-apres delle : cest savoir que pource quelles ne vouloient se assentir la volonte des tyrans qui les vouloient corrompre, elles furent toutes mises lespee et deservirent les coronnes de palme. Car nostre Seigneur qui est amateur de virginit, delaissant leurs corps Melge, embrassa leurs ames qui regnent avec luy au ciel empiree. Ce sont les unze mille Vierges, lesquelles celuy souverain espoux aima mieux conjoindre luy seul quelles fussent mariees plusieurs : car virginite plaist Dieu sur toustes choses ; pource permist-il quelles fussent occises de glaives et plongees au voraige des eaux .Dans ce passage affleurent une nouvelle fois sous la paraphrase de Le Baud, comme les marques laisses par un texte plus ancien sur un palimpseste, le style109 et les mots mmes110 de lauteur du Livre, qui en outre, comme lavait dj suspect L. Fleuriot, pourrait bien avoir subi ici linfluence du Regnante Domino111

11. (p. 43) Nouvelle allusion la conformit entre ce qui est rapport respectivement par Geoffroy de Monmouth et par lauteur du Livre au sujet de lhistoire des 11000 Vierges. 12. (p. 44) Allusion la conformit entre ce qui est rapport respectivement par Geoffroy de Monmouth et par lauteur du Livre et citation de ce dernier, au sujet de la fin tragique de Maxime, tu par Thodose, et de la destine de ses troupes : Et selon Geffroy, les chevaliers bretons de son exercite qui peurent echapper vindrent leurs compagnons en Armoricque. Aussi le dit lautheur du livre des faits dArtur, quils y furent joyeusement receus et y demeurerent ; et de l en apres fut entreux une volonte et une amour fraternelle .Ces traditions de fraternit entre les Bretons de lle et ceux du continent figurent galement dans la vita de saint Goznou, qui parle explicitement damour fraternel (fraterna dilectio)112.

paraphrase franaise par Robin de la notice en latin de Jean de Langouesnou sur Salan et le miracle marial dont ce dernier avait t le bnficiaire aprs sa mort. 109 Les expressions Amateur de virginit , Qui rgnent avec lui dans le ciel empire et Virginit plait Dieu sur toutes choses doivent rendre le latin Amator virginitatis, Qui cum Eo regnant in coelo empyreo et Super omnia placet Deo virginitas. 110 Voir par exemple le terme voraige , vorago, dj employ par le pote au n 2 de notre analyse, 111 L. Fleuriot, Sur trois textes bretons, en latin, du Xe et du dbut du XIe sicle , p. 24 ; Sur quatre textes bretons en latin , p. 203. 112 A. de la Borderie, LHistoria Britannica avant Geoffroi de Monmouth et la Vie indite de saint Goznou , p. 228-229.

13. (p. 49-50) Le Baud conclut la question de la translation des reliques de saint Mathieu en confrontant plusieurs sources, savoir lhistoire de Paulinus vque de Lon, lacteur du livre des faits dArtur et la lgende de saint Goznou qui saccordent dire que le corps dudit sainct Mathieu, lequel ils creoient estre Salerne, fut longuement gard en la cit de Legionense : mais que apres elle le perdit pour ses pechez et luy fut fortrait par maniere sinistre . Ce passage renvoie aux vers 129-133, que Le Baud navait pas encore utiliss (Hec urbs clara fuit populi Legione Mathei/ Corpus apostoli conservans tempore longo/ Quod tamen amisit urbs bellica forte reatus/ Noxietate sui, substractum sorte sinistra/ Urbi belligere, quod creditur esse Salernis). La scheresse et la formulation mme de ces cinq vers laissent penser que lauteur du Livre na pas consult la Translatio, ni aucun autre texte sur la destine des restes mortels de saint Mathieu ; l encore, il pourrait bien avoir eu recours la seule vita de saint Goznou, dont lauteur avait crit que le corps de lEvangliste tait gard Salerne (quod nunc Salernus habetur) : laffirmation estreprise son compte par le pote qui, cependant, prend quelque distance lgard de sa source en indiquant prudemment que lopinion croit que la relique se trouve Salerne (quod creditur esse Salernis)

14. (p. 50-51) Citation de lauteur du Livre au sujet de lavnement du roi Audren : Audroan estoit lors en un notable chastel situ en une vallee de la region de Trecorense que l'on nomme Herile ; lequel chastel le vulgal appelle encore du nom d'iceluy roy, Chastel Audroan. Et dit semblablement que en celle region y a un lieu aussi comme party en deux par les ondes de deux fleuves qui legierement y decourent du haut, cest savoir Leinf et Trieu : car Leinf qui le circuit dune part estrive l prceder le Trieu et entrer le premier dans la mer. Mais Trieu qui est le plus grand venant de Guinpamp [sic] haste son cours et delaissant la ville que ceux du pais appellent Pont-Trieu, passe impetueusement de lautre part outre et se joint Leinf et illecques assembleement entrent en la mer qui les concorde et appaise, pour laquelle assemblee est ledit lieu dit le ns de deux eaus. Et en ce lieu que les habitants en leur langue appellent Fomandour [correcte : Friandour113] y a un autre chastel moult ancien. Audroan, c'est Aldroenus dans lHistoria regum Britanniae, ou encore Audroenus selon l'auteur du Chronicon Briocense. Ce dernier crivain, qui crivait vers la fin du XIVe sicle, a surtouttravaill partir de louvrage de Geoffroy de Monmouth, lequel lui a appris quAudren fut le quatrime roi de Bretagne continentale114 ; mais lopinion que ce personnage fonda Chtelaudren prs de Guingamp (Iste fecit Castrum Audroeni prope Guingampum)115 ne figurait pas dans lHistoria regum Britanniae et a donc toute chance davoir t emprunte lauteur du Livre : en 1863, A. de la Borderie souligne que cette opinion se montre en effet ds le XIIIe sicle dans le113

Cette correction figure dans lErratum de ldition de 1638 : il sagit de Frinandour ou Frinaudour alias Frynaudour, lieu-dit de la commune de Quemper-Guzennec. 114 Historia regum Britanniae, dition E. Faral, p. 168 : Regnabat tunc in illa [Armorica sive Letavia dicebatur] Aldroenus, quartus a Conano, cui Maximianus regnum illud donaverat, sicut jam praedictum est. Geoffroy nindique pas les noms de ceux auxquels Audren avait immdiatement succd : on sait comment les auteurs de compilations diverses, parmi lesquelles la Chronique des rois bretons armoricains qui figure galement au nombre des sources (disparues) de Le Baud, se sont empresss de remplir ce vide avec les noms de Gradlon et de Salomon, repris par cet crivain. 115 Gw. Le Duc et C. Sterckx Chronicon Briocense, p. 140-141.

Livre des faits dArthur, dont Le Baud nous a conserv sinon les termes du moins le sens, dans unetraduction qui, selon lusage de cet auteur, doit tre fidlement calque sur loriginal 116. Le nom mme de Chtelaudren n'apparat que tardivement dans les chartes, au milieu du XIIe sicle117, et encore n'est-il pas encore dfinitivement fix cette poque118 . Le chteau de Frinaudour, dont on ne voit plus que des vestiges dans lactuelle commune de Quemper-Guzennec, venait dentrer au dbut du XIVe sicle dans le patrimoine de la famille de Kergorlay, laquelle il tait vraisemblablement venu de la maison dAvaugour, mme sil nest pas absolument assur que la dame de Guergoull , mentionne en 1294 pour sa terre de Triguier dans le Livre des Ostz119 o figure galement Jean de Kergorlay120 tait bien Alix dAvaugour, comme le veulent la plupart des gnalogistes121. Cette dame de Kergorlay mourut la fin de 1302

A. de la Borderie, Chtelaudren et Lanleff , dans Revue de Bretagne et de Vende, 2e srie, t. 3 (1863), p. 465. 117 Ibidem, p. 468-469 : une charte de 1148 rappelle les donations antrieurement faites, mais des dates qui ne sont pas prcises, par un certain Eudo Pontius et son fils Trihan l'abbaye Saint-Magloire de Lhon : on y rapporte que ledit Eudo dit Pontius (Eudo Pontius cognomine) avait donn aux moines de Lhon un terrain aux abords des portes de Chteau Audren (portarum Castelli Audroeni) ainsi que le tiers de la dme de Plouagat (tertiam partem decimae de Ploagat) et une exploitation agricole sur l'le de Brhat (unam villam terrae in Brihiat) ; et qu'ensuite Trihan ajouta ces donations l'glise Sainte-Marie de Lanleff (ecclesiam Sanctae Mariae de Lanlem) avec les deux tiers des dmes du lieu, la dme du march, et enfin la dme que Trihan possdait dans l'glise de Brhat. Cette charte a galement t publie par J. Geslin de Bourgogne et A. de Barthlemy, Anciens vchs de Bretagne, t. 4, p. 358-359. 118 Une autre charte qu'il convient de dater plus probablement vers 1170/1174 que du milieu du XIIe sicle, charte donne comme la prcdente par le comte Henri, fils du comte Etienne et son hritier pour la partie occidentale (Guingamp et le Trgor) de l'apanage de Penthivre, fait quant elle mention de l'glise Saint-Magloire de Chteau Trehan (ecclesiam Sancti Maglorii de Castello Trehanni). La date que nous proposons se dduit du fait que la charte en question est donne par le comte Henri avec l'assentiment de trois de ses fils, Alain, Etienne et Conan, lesquels doivent donc tre en ge de consentir une donation : or leurs pre et mre, le comte Henri et Mahaut de Vendme, se sont maris en 1151 ; le terminus ad quem de cette charte est quant lui fourni par la prsence de l'vque de Trguier, Guillaume, qui meurt en 1174. Cette seconde charte, galement publie par les auteurs des Anciens vchs de Bretagne (t. 4, p. 359-360), leur a paru douteuse justement parce qu'elle donne la forme Castellum Trehanni qui n'est connue que par cet acte ; nous la croyons au contraire trs sre et antrieure aux prtentions de la maison de Penthivre-Gollo-Avaugour descendre du roi Audren. Comme la indiqu R. Couffon, Quelques notes sur les origines de Chtelaudren , dans Mmoires de la socit dmulation des Ctes-du-Nord, t. 65 (1936), p. 147-148, propos dEudo dit Pontius, ce surnom ne sappliquant vraisemblablement pas plusieurs grands fodaux bretons de la seconde moiti du XIe sicle, lon peut, semble-t-il, avoir la quasi-certitude que cest le mme personnage qui souscrivit, immdiatement aprs le comte Budic, une charte de labbaye Saint-Georges de Rennes, date de 1061. Or, prcisment dans cet acte, il est qualifi fils dAudren . Nous avons montr quil tait possible de remonter encore une gnration de la dynastie des seigneurs du lieu : A.-Y. Bourgs, Aux origines de Chtelaudren dans Trgor Mmoire vivante, n 4 (1er semestre 1993), p. 75-77. 119 F. Morvan, Le Livre des Ostz (1294). Un clairage sur les rapports du duc avec la noblesse bretonne la fin du XIIIe sicle , dans J. Kerherv [dir.], Noblesses de Bretagne du Moyen ge nos jours. Actes de la journe dtude tenue Guingamp le 22 novembre 1997, Rennes, 1999, p. 81. 120 Ibidem, p. 83. 121 R. Couffon, Quelques notes sur les seigneurs dAvaugour , dans Mmoires de la Socit dmulation des Ctes-du-Nord, t. 65 (1933), p. 100 Malgr la modestie de son titre et la date de sa parution, le travail de R. Couffon reste encore ltude de rfrence sur la gnalogie de ce rameau des Eudonides.116

ou au dbut de 1303 et Jean de Kergorlay, pour sa part, figure encore dans un acte de procdure en date du 11 avril 1313, avec la qualit de chevalier122 : il est donc le contemporain du pote.

15. (p. 52) Deux citations de lauteur du Livre. La premire, au sujet du discours tenu par Audren Guethelin, larchevesque de Londres , quand il dcline de devenir roi de lle et prfre limiter ses ambitions la conduite des destins du seul royaume dArmorique : Mon ge, dist-il, ne requiert pas que mainenant je prenne les armes, qui suis grev et travaill par les batailles, qui au temps pass jay faites contre les Gaulois. Car combien que mes ayeuls ayent jadis gouvern les Bretons, toutesfois ma teste chauve, les rides de ma vieillesse et mes yeux caligineux me prohibent dentreprendre gouverner si grand royaume, dont je me dueil, triste chevalier, car le courage desire plus que la main ne permet . Dautre part, au sujet de la bataille livre par le frre dAudren, Constantin, pour mriter la couronne : Toutesfois, dit lacteur du livre des faits dArtur, quapres ce que par la vertu nostre Seigneur, et par la force et laudace de Con