Le christianisme, une religion de liberté .« Lève-toi, Yahvé, dans ta colère, dresse-toi contre

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  • Le christianisme, une religion de libert ?

    Thomas dAquin fait sienne et dveloppe cette ide tonnante, que le

    christianisme est une religion de libert, quand il se demande si la loi nouvelle est plus onreuse que la loi ancienne1. Mais, pour mieux comprendre sa rponse, il est bon de lire larticle o il divise la loi divine en loi ancienne loi contenue dans lAncien Testament , et loi nouvelle celle de lvangile. Elles ne sont pas despce diffrente, comme le buf et le cheval, dit-il ; elles diffrent, dans la mme espce, comme limparfait diffre du parfait, lenfant de ladulte (Ia-IIae, q. 91, a. 5).

    Le pdagogue fait marcher lenfant en utilisant les punitions et les

    rcompenses. Les punitions surtout, car il est plus difficile de supporter la douleur que de sabstenir du plaisir2 . La loi ancienne retient la main, cohibet manum ; la loi nouvelle retient lesprit, cohibet animum. Saint Augustin tranche, en deux mots, la question de la diffrence entre la loi ancienne et la loi de lvangile : crainte et amour timor et amor (Ibid.). Un thologien plein desprit a dcrit le Dieu de lAncien Testament comme tant le Dieu des armes ; celui du Nouveau Testament, le Dieu dsarm .

    I. La loi de crainte de lAncien Testament

    Le Dieu de lAncien Testament est souvent appel Dieu des armes

    Dieu Sabaot (Psaume 80 (79), quatre fois ; Yahv Sabaot (Psaume 84 (83), quatre fois. Jrmie se sent en scurit, car le Seigneur est avec lui comme un guerrier redoutable (20, 11). On lit dans le psaume 3, 8 : Lve-toi, Yahv ! Sauve-moi, mon Dieu ! Tu frappes la joue tous mes adversaires, les dents des impies, tu les brises. On est loin de lvangile, o il est dit : Si on te frappe sur la joue droite, prsente la gauche. Allons au psaume 7, 7 : Lve-toi, Yahv, dans ta colre, dresse-toi contre les excs de mes oppresseurs.

    1. Prescriptions qui donnent la chair de poule Timor, a dit saint Augustin. On a le choix des exemples, car ils

    abondent. En voici quelques-uns. Alors que les Isralites taient dans le

    1 Somme thologique, Ia-IIae, q. 107, a. 4. Je ne rpterai pas Somme thologique chaque fois. 2 Aristote, thique Nicomaque, Classiques Garnier, 1961, III, chap. IX.

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    dsert, on surprit un homme qui ramassait du bois le jour du sabbat. Ceux qui lavaient surpris lamenrent Mose, Aaron et toute la communaut. [] Yahv dit Mose : " Cet homme doit tre mis mort. Que toute la communaut le lapide hors du camp. " Elle le fit sortir hors du camp et le lapida jusqu ce que mort sensuivit (Nombres 15, 32-36).

    En lisant : Yahv dit Mose , il ne faut pas se mprendre ; Yahv

    na rien dit Mose. Serviteur de Dieu, Mose tait cens transmettre aux Isralites la volont de Dieu, quil ntait jamais sr de connatre : Vos penses ne sont pas mes penses, et mes voies ne sont pas vos voies (Isae 55, 8). Nagure, au Qubec et ailleurs, on disait avec saint Paul que tout pouvoir vient de Dieu , que le chef remplace Dieu, que sa volont est la volont de Dieu. Cest de cette manire que Yahv parlait Mose. La couverture du livre de Jean-Paul II, Entrez dans lesprance, mentionne : Au seuil du troisime millnaire, par la voie chaleureuse de Jean-Paul II, cest Dieu lui-mme qui inlassablement nous dclare son amour. Il est os daffirmer : Cest Dieu lui-mme , car ce nest pas Dieu mais le remplaant du Christ la tte de lglise, son vicaire, et le vicaire ne doit jamais tre pris ni se prendre pour le cur.

    Dautres exemples. Un jour, Yahv dit Mose : Aprs-demain,

    Yahv descendra aux yeux de tout le peuple sur la montagne du Sina. Gardez-vous de gravir la montagne et mme den approcher le bord. Quiconque touchera la montagne, homme ou bte, sera lapid ou perc de flches (Exode 19, 11-13). Un peu plus loin dans lExode, on trouve dautres cas o un buf sera lapid : sil encorne une personne et cause sa mort, il sera lapid ; si un buf donnait dj de la corne, et que le propritaire, averti de ce fait, ne la pas surveill, si ce buf cause la mort dun homme ou dune femme, il sera lapid et son propritaire sera mis mort (Exode 21, 28-32). Lapider un buf, admettez que cest vache.

    Aprs lpisode du veau dor, Yahv, furieux, dit Mose : Jai vu ce

    peuple : cest un peuple la nuque raide. Laisse-moi ; ma colre va senflammer contre eux, et je les exterminerai. Mose argumente : Pourquoi, Yahv, ta colre senflammerait-elle contre ton peuple que tu as fait sortir dgypte par ta grande force et ta main puissante ? Les gyptiens vont se moquer. Yahv trouve les arguments de Mose pleins de bon sens et il se calme (Exode 32, 1-14).

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    En route dans le dsert, le peuple perdit patience et maugra contre Dieu et contre Mose : Pourquoi nous avez-vous fait monter dgypte pour mourir en ce dsert ? Car il ny a ni pain ni eau ; nous sommes excds de cette nourriture de famine. Dieu envoya alors contre le peuple des serpents brlants dont la morsure fit prir beaucoup de monde en Isral. Se situe ici lpisode du serpent dairain plac sur un tendard. Ceux qui avaient t mordus par les serpents brlants taient guris en regardant le serpent dairain sur ltendard (Nombres 21, 4-9).

    Les fils dAaron, Nadab et Abihu, prirent chacun son encensoir. Ils y

    mirent du feu sur lequel ils posrent de lencens, et ils prsentrent devant Yahv un feu irrgulier, quil ne leur avait pas prescrit. De devant Yahv jaillit alors une flamme qui les dvora (Lvitique 10, 1-2). En quoi ce feu tait-il irrgulier ? En note, la Bible de Jrusalem tente une explication : Peut-tre que les deux hommes ntaient pas prtres ou que le feu avait t prsent hors du temps prescrit. Quoi quil en soit, on reste avec limpression que Yahv tait prendre avec des pincettes.

    On nen finirait plus dnumrer les cas o la peine de mort tait

    impose. Quiconque saccouple avec une bte sera mis mort (Exode 22, 18). Lhomme qui commet ladultre avec la femme de son prochain devra mourir, lui et sa complice (Lvitique 20, 10). Lhomme qui couche avec la femme de son pre, ou avec sa belle-fille, ou avec un homme comme on couche avec une femme, ou lhomme qui prend pour pouses une femme et sa mre, on les brlera, lui et elles, ou lhomme qui couche avec une bte, ou la femme qui sapproche dun animal quelconque pour saccoupler lui , tout ce beau monde devra mourir (Lvitique 20, 10-17).

    Moi, Yahv, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis la faute des

    pres sur les enfants, les petits-enfants et les arrire-petits-enfants pour ceux qui me hassent, mais qui fais grce des milliers pour ceux qui maiment et gardent mes commandements (Exode 20, 5-6). Punir jusquaux petits-enfants et aux arrire-petits-enfants, cest punir jusqu la troisime et la quatrime gnration (Exode 34, 7). Il se qualifie quand mme de Dieu de tendresse et de piti, lent la colre (Exode 34, 6) et il prescrit : Tu ne te vengeras pas et tu ne garderas pas de rancune envers les enfants de ton peuple (Lvitique 19, 18). Pas facile comprendre. On voit bien que la Bible a t rdige par plusieurs auteurs et diffrentes poques.

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    Aprs que le peuple se fut livr la prostitution avec les filles de Moab, la colre de Yahv senflamma et il ordonna Mose : Prends tous les chefs du peuple et empale-les la face du soleil (Nombres 25, 1-4). Quel spectacle ! Empaler, cest faire subir le supplice du pal, longue pice de bois ou de mtal, aiguise par un bout, et quon enfonait dans le fondement du condamn, sans lavoir enduit de vaseline, la plupart du temps ! Bien au contraire : si le pal tait de mtal, on pouvait le rougir au feu ; sil tait constitu dune branche, on pouvait laisser des petits nuds. En langage familier, le fondement, cest lanus.

    Avant une bataille, Yahv rassura Josu : Naie pas peur car, demain,

    la mme heure, je les donnerai tous [tes ennemis], transpercs, Isral. Tu couperas les jarrets de leurs chevaux et tu incendieras leurs chars (Josu 11, 6). On ne peut pas imaginer que Yahv ait vraiment dit Josu, le successeur de Mose la tte du peuple hbreu, de couper les jarrets des chevaux. Josu en rend Yahv responsable, mais cet ordre manait de lui, Josu, conformment aux murs barbares de lpoque.

    Le moins que lon puisse dire, cest que la vie humaine ne valait pas

    cher sous lAncien Testament. Ctait, sans conteste, le rgne de la terreur. Pourtant, on lit dans Isae : Cieux, criez de joie, terre exulte, que les montagnes poussent des cris, car Yahv a consol son peuple, il prend en piti ses affligs. Sion avait dit : " Yahv ma abandonne, le Seigneur ma oublie ". Une femme oublie-t-elle son petit enfant, est-elle sans piti pour le fils de ses entrailles ? Mme si les femmes oubliaient, moi, je ne toublierai pas (Isae 49, 13-15). On trouve des propos semblables dans Isae 43 : Ne crains pas, car je tai rachet, je tai appel par ton nom : tu es moi. Tu comptes beaucoup mes yeux, tu as du prix et je taime.

    2. Prescriptions plutt amusantes pour les infidles

    Les prescriptions de la loi ancienne ne donnent pas toutes la chair de poule : plusieurs sont amusantes pour les infidles que nous sommes. Je pense dabord la circoncision. Pour participer aux crmonies lgales, un Juif devait tre circoncis. Partant, la circoncision jouait, dans lAncien Testament, le rle du baptme dans le Nouveau. Tous les adultes mles sortis dgypte taient morts dans le dsert, mais on navait pas circoncis les enfants mles ns dans le dsert. Avant lentre dans la terre promise, Yahv dit Josu : Fais-toi des couteaux de silex et circoncis tous ces hommes sur le Tertre des Prpuces. Ils restrent sur place jusqu la gurison (Josu 5, 1-9). La

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    traduction Bayard parle de la colline des prpuces. Ce tertre, ou cette colline, ou ce monticule tait form des dizaines de milliers de prpuces tranchs sur ordre de Yahv. froid, sil vous pl