Langues et Littératures , Université Gaston Berger de Saint-Louis ...

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  • Langues et Littratures , Universit Gaston Berger de Saint-Louis, Sngal, n 13, janvier 2009 PROPOSITIONS POUR UNE PISTMOLOGIE DU TEXTE LITTRAIRE Boubacar CAMARA* Rsum Cet article rpond aux questions que pose une discipline toute pistmologie digne de ce nom. A quelles conditions une interprtation rpond-elle aux exigences de la thorie ? Faut-il interprter un texte littraire. Jusquo peut-on interprter un texte littraire ? Quest-ce quun texte ? Cette dernire question peut ainsi reformule : Quest ce qui peut tenir office de preuve pour uune interprtation valide ? Abstract This paper is an answer to questions that any epistemology may ask to a disciplin. In what conditions an interpretation can meet the requirements of theory? Can a literacy text be interpreted? What is a text? This last question can be reformulated in the following terms : what can be used as proof for a valid interpretation ? * Charg denseignement en littrature franaise, Universit Gaston Berger de Saint-Louis. Introduction Le but poursuivi dans cet article, comme le titre lindique du reste, est de jeter les bases dune pistmologie du texte littraire. En fait, nous ne faisons ici que systmatiser (sans que ce soit lissue dune dduction ncessaire) des principes dgags par les diffrentes thories de la littrature. Mais il nous semble que si on parle naturellement dpistmologie propos des autres disciplines, la littrature est comme frappe dinterdit dpistmologie. On peut justifier cette attitude par le fait que lactivit critique semble inobjectivable. La science (que ce soit le cognitivisme ou la psychologie) ne peut pas entrer dans ce qui semble fonctionner comme une bote noire dont il est impossible, par des moyens exprimentaux, dexposer les diffrentes oprations. A ce fait objectif sajoutent des raisons mtaphysiques que nous passerons en revue avant de proposer des thormes qui sont censs encadrer linterprtation du texte littraire dfini comme production passant par le canal de lcrit.

  • I. Pralables pistmologiques

  • Dans une bonne pistmologie, toute enqute doit commencer, comme le dit Paul Valry, par le nettoyage, laseptisation de la situation verbale qui installe des dispositifs smiotiques (des lieux communs), des habitus, des schmes descriptifs, des raccourcis argumentatifs quil faut, au pralable, interroger, dconstruire afin dy relever les prsupposs mtaphysiques : Quant moi, crit Paul Valry, jai la manie trange et dangereuse de vouloir, en toute matire, commencer par le commencement (c'est--dire, par mon commencement individuel), ce qui revient recommencer, refaire toute une route, comme si tant dautres ne lavaient pas trace et parcourue Cette route est celle que nous offre ou que nous impose le langage. En toute question, et avant tout examen sur le fond, je regarde au langage ; jai coutume de procder la mode des chirurgiens qui purifient dabord leurs mains et prparent leur champ opratoire. Cest ce que jappelle le nettoyage de la situation verbale. [] Je prtends quil faut prendre garde aux premiers contacts dun problme avec notre esprit. Il faut prendre garde aux premiers mots qui prononcent une question dans notre esprit. Une question nouvelle est ltat denfance en nous ; elle balbutie : elle ne trouve que des termes trangers, tout chargs de valeurs et dassociations accidentelles ; elle est oblige de les emprunter. Mais par l elle altre insensiblement notre vritable besoin. Nous renonons, sans le savoir, notre problme originel, et nous croirons finalement avoir choisi une opinion toute ntre, en oubliant que ce choix ne sest exerc que sur une collection dopinions qui est loeuvre.1 1 Posie et pense abstraite in Varit (OEuvres, tome 1. Paris : Gallimard, Bibliothque la Pliade, 1957, p. 1316. Aussi nos propositions pour une pistmologie du texte littraire seront-elles prcdes dune gnalogie des notions traditionnelles insuffisamment lucides qui, en raison de leurs prsupposs mtaphysiques, condamnent lhermneutique moderne positiviste la sous-interprtation voire la msinterprtation. Sous prtexte de scientificit (car important les mthodes des sciences exactes dans le domaine littraire), cette hermneutique, si tant est quon peut utiliser, dans le cas despce, un tel concept, napprhendant que la littralit (la lettre du texte disait-on au Moyen Age) se condamne des analyses empiriques2. Elle ne fait que produire de volumineuses monographies3, trs rudites mais extraordinairement coteuses4. Cest le mme problme quon rencontre dans les relevs de figures de style chez des poticiens comme Pierre Fontanier (Des figures autres que tropes (1827)) et, plus rcemment, chez Michel Patillon (lments de rhtorique classique, Nathan, 19915 ). Tout au contraire une interprtation doit tre une thorie. En premire approximation on peut appeler ainsi, avec

  • 2 Tout le contraire de la thorie (qui est systmatique) la dmarche empirique est ainsi dfinie par Andr LALANDE : (oppos systmatique). Ce qui est un rsultat immdiat de lexprience, et ne se dduit daucune loi ou proprit connue. in Vocabulaire technique et critique de la philosophie. Paris : PUF, collection Quadrige, 1926. 3 Une monographie ne traite que d'un seul sujet ou d'un groupe d'objets associs: elle se distingue ainsi des encyclopdies et des synthses. Elle n'est pas ncessairement crite par un seul auteur, et prend souvent place dans une collection de monographies portant sur une srie d'objets comparables (un corpus) qui permettra de dfinir des types, de proposer des classifications, des interprtations, et une synthse. Par extension, on parle aussi de monographie pour des documents exclusivement descriptifs, sans aucune interprtation, limit rassembler des faits sans prtendre une interprtation. La gographie, l'ethnologie, la philologie ou l'archologie universitaires se sont caractrises, jusqu'au dbut du XXe sicle, par une grande quantit de monographies, ce qui leur est actuellement reproch par l'pistmologie. En effet, la description qui parat la plus immdiate est dj une conceptualisation dont il faut aussi rendre compte. 4 Par exemple la thse au titre significatif (Les inspirations et les sources de loeuvre dHonor dUrf. Lille : 1980, 760 pages) de Maxime Gaume est divise en ces 3 parties suivantes : I. Loeuvre reflet de lcrivain et de son milieu (avec comme chapitre 4 : Les confidences dHonor dUrf dans son oeuvre, II. La pense et en III. Les pastorales et les posies (qui consistent en des dveloppements systmatiques sur les sources de loeuvre et dans lanalyse des procds romanesques traditionnels). 5 Il suffit de comparer ce texte Laide-mmoire de rhtorique de Roland Barthes in Laventure smiologique Andr Lalande, Une construction spculative de lesprit, rattachant des consquences des principes , c'est--dire quil faut doter le commentateur6 doutils, de concepts tout le moins opratoires. Ces concepts, de prfrence, devront appartenir la langue naturelle. On nexclut pas, bien entendu, le recours des schmas. Parce que les notions du langage commun sont trop charges, trop souilles, on choisira des termes dont la signification sera la plus vidente et la moins ambigu possible7. Un concept, rappelons le, est la compression de plusieurs oprations pratiques, cest larte dune ou de plusieurs argumentations. Autrement dit un concept est un moment dune mthode (du latin methodus (chemin)). Do il dcoule quune thorie est un systme de concepts (descriptifs, explicatifs). Selon lexcellente expression dYves Delgue une thorie est une machine faire du sens8, une usine, ou, mieux encore, une fabrique dinterprtation textuelle dont les units de production sont constitues par des concepts. Une explication9 , comme nous le dit Carl Hempel dans la citation ci-dessous, relie systmatiquement les termes loigns dune suite dquations :

  • 6 Le lecteur, de la mme manire, comme lhomme du commun, na pas besoin de connatre les lois de la pesanteur pour vivre, de la mme manire le lecteur na pas besoin de thorie pour lire.

  • 7 Ainsi on reproche certaines thories dtre trop pdantes.

  • 8 Les machines du sens. Fragments dune smiologie mdivale. Paris : ditions des Cendres, 1987.

  • 9 Il va sans dire le mot explication ne sera pas pris au sens de lhistoire littraire : Partons des deux thses en prsence. La thse intentionnaliste est familire. L'intention d'auteur est le critre pdagogique ou acadmique traditionnel du sens littraire. Sa restitution est, ou a longtemps t, la fin principale, ou mme exclusive, de l'explication de texte. Suivant le prjug ordinaire, le sens d'un texte, c'est ce que son auteur a voulu dire. L'avantage principal de l'identification du sens l'intention est de rsorber le problme de l'interprtation littraire : si on sait ce que l'auteur a voulu dire, ou si on peut le savoir en faisant un effort - et si on ne le sait pas, c'est qu'on n'a pas fait un effort suffisant -, il n'y a pas lieu d'interprter un texte. L'explication par l'intention rend donc la critique littraire inutile (c'est le rve de l'histoire littraire). De plus, la thorie elle-mme devient superflue : si le sens est intentionnel, objectif, historique, plus besoin non seulement de critique mais non plus de critique de la critique pour dpartager les critiques. Il suffit de travailler un peu plus, et on aura la solution. in Quest-ce quun auteur ?

  • http://www.fabula.org/compagnon/auteur1.php consult le 28/01/2009 [] soutenir quune bonne explication scientifique doit, en un sens plus ou moins prcis, oprer une rduction du familier, ne rsiste pas un examen approfondi. Tout dabord, cette conception semblerait impliquer lide que les phnomnes qui nous sont familiers nont pas besoin ou peut-tre ne sont pas susceptibles dtre expliqus scientifiquement : alors quen fait la science cherche expliquer les phnomnes familiers , comme la succession rgulire du jour et de la nuit ainsi que des saisons, les phases de la Lune, lclair et le tonnerre, la gamme d