Labarriere P.-j. - Le Dieu Du Hegel

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    Article

    Pierre-Jean LabarrireLaval thologique et philosophique, vol. 42, n 2, 1986, p. 235-245.

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    URI: http://id.erudit.org/iderudit/400238ar

    DOI: 10.7202/400238ar

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    Le Dieu de Hegel

  • Laval thologique et philosophique, 42, 2 (juin 1986)

    LE DIEU DE HEGEL Pierre-Jean LABARRIRE

    La religion (...) est considrer tout aussi bien comme procdant du sujet et se trouvant en lui que, objectivement, procdant de l'Esprit absolu, qui comme Esprit est dans sa communaut.

    z.,554

    LA CONTROVERSE ne date pas d'hier : elle est contemporaine de la production j mme de l'uvre de Hegel. C'est en effet de son vivant et au cours des annes qui suivirent sa disparition que l'on voit se fixer des positions extrmes qui ne manqueront pas de diviser jusqu' nos jours les interprtes de cette pense : d'une part ceux qui prennent acte de l'vidente rupture vcue et prne par Hegel par rapport l'univers des reprsentations religieuses ; d'autre part ceux qui, tel son disciple et ami Karl Rosenkranz, ne cessrent d'affirmer qu'il resta bon luthrien et croyant convaincu. Il avait engag son enseignement universitaire Ina, en 1800, alors que Fichte venait de devoir quitter cet Eldorado de la philosophie sous l'accusation d' athisme . Ce dont il se vit lui-mme accus, au fil des ans, de la part des tenants d'une tradition orthodoxe fut moins de nier la ralit du divin que d'installer l'homme lui-mme sur le trne de l'Absolu. Il s'en tonne encore le 19 septembre 1830, un an de sa mort, lorsqu'il signe une courte prface la troisime dition de son Encyclopdie des Sciences philosophiques ; il s'en tonne, et ne trouve d'autre rponse que de se dresser contre cette tentative indiscrte de contester la qualification chrtienne qu'il se reconnat lui-mme : On a fait une philosophie rcente le reproche infamant qu'en elle l'individu humain se pose comme Dieu ; mais en regard d'un tel reproche [relevant] d'une consquence fausse, c'est une toute autre prtention effective que de se comporter en juge du monde, de poser un jugement contestant aux individus leur christianit et de prononcer du mme coup sur eux la rprobation la plus intime '.

    L'poque, il est vrai, connaissait de telles divisions en ce domaine qu'il tait bien difficile d'chapper aux critiques croises de l'un ou de l'autre des camps. Hegel avait

    1. Enz., Vorwort zur dritten Ausgabe, d. Friedhelm Nicolin et Otto Pggeler, Felix Meiner, Hamburg 1959, 24/24-30. Trad. Bernard Bourgeois, Vrin 1970, p. 140.

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  • PIERRE-JEAN LABARRIERE

    tant souffert de l'ultra-objectivisme dogmatisant de ses matres de Tiibingen qu'il ne sera jamais plus tent de leur reconnatre quelque crdit ; mais il ne trouva pas davantage de vrit dans la vogue du savoir immdiat qui tenta de s'imposer au dbut du sicle, soit sous forme philosophique2, soit sous la modalit plus religieuse qui s'affirma dans les cercles pitistes de l'heure. Ce qui n'est pas dire que, rejetant l'un et l'autre de ces extrmes, il ait choisi de n'tre d'aucun lieu ; il prend acte avant tout de l'exigence de libert qui rcuse en premire instance l'ide et la ralit d'un systme achev, qui s'imposerait par lui-mme et pour lui-mme en forme d'objec-tivisme ; par consquent, que place soit faite au principe protestant et sa consquence : ce que j'appellerais la domiciliation subjective du savoir religieux. Aprs avoir pos le principe de l'quiparit entre ces deux dimensions la religion (...) est considrer tout aussi bien comme procdant du sujet et se trouvant en lui que, objectivement, procdant de l'Esprit absolu, qui comme Esprit est dans sa commu-naut 3 Hegel prcise en effet : Que de nos jours l'on sache si peu de Dieu, que l'on se tienne si peu prs de son essence objective, mais que l'on parle d'autant plus de la religion, c'est--dire de son inhabitation dans le ct subjectif, et que ce soit elle, et non la vrit comme telle, qui soit requise, implique au moins cette dtermination juste que Dieu comme Esprit doit se trouver saisi dans sa communaut 4.

    Affirmation complexe et nuance. Elle nous redit ce que nous tenterons de comprendre que le lieu de l'affirmation de Dieu et de son enracinement subjectif est la communaut religieuse, entendue comme figure politique de la subjectivit. Hegel voit l un acquis prcieux de la modernit. Mais ce point ne doit pas faire oublier que le mouvement de la rvlation objective, correctement entendu, est capital si l'on veut lester cette subjectivit d'un poids authentiquement essentiel. Ce qui n'est point tenter de maintenir un quilibre plus ou moins fragile entre deux dimensions des choses qui demeureraient antagonistes, mais s'efforcer de les honorer l'une et l'autre dans cette forme de tension dialectique qui dit leur identit dans la prsupposition de leur inadmissible diffrence : o thologie et mystique se trouvent soustraites leur possible unilatralit oppositive pour donner naissance une perspective authentiquement philosophique, tenue pour seule capable de rendre compte spculativement et historiquement de l'essence du religieux.

    CRITIQUE DU DIEU-SUBSTANCE

    J'ai voqu plus haut les lments de la biographie hglienne qui donnent la mesure de quelques-unes des ruptures qu'il dut oprer au temps de sa formation premire et dans les annes de prceptorat qu'il passa par aprs Berne et Francfort. C'est alors qu'il donna dfinitivement cong un Absolu de type reprsentatif, tel qu'il se trouve prsuppos dans une problmatique traditionnelle. On peut dire que Hegel s'attacha ds lors pratiquer une dsontologisation du

    2. Enz. 61 sq. : Troisime position de la pense relativement l'objectivit. 3. Enz. 554. 4. Enz. 554, rem.

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  • LE DIEU DE HEGEL

    Dieu de tous les dogmatismes, et tendit inclure son potentiel spirituel ici fig dans un authentique mouvement de cration apprhend au travers de ses procdures logiques. Ce qui, ses yeux, ne donnait aucunement prise un athisme quelconque, puisqu'au contraire se trouvaient ainsi menes leur terme la signification concrte et la puissance d'effectivit comprises dans le savoir de foi5.

    La critique d'un Dieu-substance est coextensive au mouvement de sa pense. Elle s'amorce logiquement avec la mise en cause de l'objectivisme conscientiel au dbut de la Phnomnologie de l'Esprit, et reprsente, ainsi que nous le verrons plus loin, l'une des clefs de cet ouvrage et de sa structure. Un problme complexe, puisque, une nouvelle fois, Hegel refuse ce propos le simple jeu d'alternance ou de bascule qui instituerait la subjectivit, en son unilatralisme oppositif, comme principe de substitution. L'autoconscience n'est elle-mme que lorsqu'elle parvient avoir tre l'unit de soi-mme dans son autre ; alors le sujet se trouve arrach tout solipsisme possible. Je, qui est l'ob-jet de son concept, n'est en fait pas ob-jet, mais l'ob-jet du dsir est seulement [comme] indpendant, car il est la substance universelle indestructible, l'essence fluide gale soi-mme6. Point tournant pour la conscience : elle n'est pas plus livre l'apparence colore de l'en de sensible (objectivisme conscientiel) qu' la nuit vide de l'au-del suprasensible (subjec-tivisme autoconscientiel)7.

    Ds lors, place est faite une libre expression du rapport structurel qui articule toujours d'entre de jeu l'intriorit et l'extriorit. Non pourtant sans que cette mme proposition critique, assure de la sorte niveau de conscience, ne se soit dite nouveau, en elle-mme et pour elle-mme, sur le plan du principe. Car l'originalit de la Phnomnologie, parmi tous les ouvrages philosophiques, est de ne livrer son "ide" que comme simple et double la fois, laissant tout dire sous une forme nouvelle dans "la Science", sans pourtant rien laisser qui n'ait dj t dit, mais un lecteur en qui n'tait pas encore suscit le pouvoir de le saisir dans sa radicale unit 8. C'est pourquoi la logique objective oprera une nouvelle transition d'une absoluit prsuppose, par le jeu de sa dconstruction essentielle, sa figure d'effectivit historique, tandis que la logique subjective dira comment l'intriorit du concept, par le mouvement de son objectivation mdiatrice, vient se dterminer comme plnitude idelle, lourde en elle-mme de toute ralit. Deux vecteurs de sens contradictoires, mais exactement coextensifs du point de vue de leur porte spcula-tive. La logique, crit Hegel, doit tre saisie comme le systme de la raison pure, comme le royaume de la pense pure. Ce royaume est la vrit elle-mme, telle qu'elle

    5. Cf. Pierre-Jean LABARRIHRH, L'Esprit absolu n'est pas l'absolu de l'Esprit : De l'ontologique au logique, In Hegels Logik der Philosophie, herausgegeben von Dieter Henrich und Rolf-Peter Horstmann, Klett-Cotta, Suttgart 1984, pp. 35 sq. Cf. aussi L'idalisme absolu de Hegel: de la logique comme mtaphysique, in Aquinas, Rivista Internazionale di Filosofia, Hegel 1831-1981, a cura di A. Molinaro, XXIV 2-3, maggio-dicembre 1981, pp. 406 sq. (spcialement pp. 413 sq. : Critique de l'objectivisme).

    6. Ph. G. d. Bonsiepen/Heede, Fe