La relève apprivoisée

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Un article de la revue Cité libre portant sur la jeunesse et la constestation. Juillet-août 1991...

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  • Manning, ce Le Pen de l'ouest. Toutes proportions gardees.Le verbe du Canadien, piu tot anodin, n'a bien sur rien de laverve du demagogue francais. C'est au contra ire par samodes tie ostentatoire et bien protest ante que PrestonManning charme ses auditeurs. Devant le micro il hesite,sciemment. Sa voix tremble d'une sincerite qu'il pratiquesans doute devant son miroir. Masque ou pas, une tellereserve n'en rend pas moins l'attaque fort difficile, Des amis amoi, autrement raisonneurs, m'assurent que "Preston" est"sympa'', comme s'ils le connaissaient personnellement.

    Ce doux enfant de choeur table sur la xenophobic quicouve au sein de la population canadienne. Et il compte bienl'attiser. La vision politique qu'il propose a ses concitoyensdechaine l'enthousiasme de certains d'entre eux. Aaah! voirsurgir un Canada uni, unilingue, u-n-i-f-o-r-m-et Un Canadasans le Quebec, bien entendu. Ce qui est moins evidenttoutefois c'est que ce soi-disant New Canada, ampute de soncoeur, sera amoindri sinon mourant.

    Manning a tout de merne du montrer patte blanche. 11achas e les extremistes de son temple. On n'a pourtant qu'alire son programme pour en constater la teneur raciste. Lerejet du multiculturalisme de bon aloi s'accompagne d'unecritique severe de la politique d'immigration actuelle, quideja, n'est pas sans faute. Par un tour de passe-passe typique,Manning tout en accusant le Quebec d'avoir fausse le jeu del'immigration avec des cri teres racistes (entendons les loislinguistiques), rassure par ailleurs sa clientele a lui: seulsseront admis au royaume de l'avenir ceux que le sacro-saintmarche aura trie.

    ]'avoue, tout comme de nombreux Albertains,regretter vivementles sommes que le gouvemement federaldepense en folklore pour acheter des votes. Les immigrantsdoivent s'assimiler a la culture hate, a Edmonton comme aMontreal. C'est un truisme de la sorte justement, que PrestonManning sait superbement manier.

    ,

    Mais cette manipulation politiquene prendra pas."Rouge" selon la presse de Calgary, Edmonton est au moinslegerem ent rose. Les sondages l'affirment : les n eo-dernocrates formeront les prochains gouvernements de laSaskatchewan et de l'Alberta d'ici la fin de l'annee. C'estque le Canadien d'aspiration britannique qui constitue legros des troupes du Reform Party est minorttaire depuislongtemps dans ces deux provinces. En outre, nombreuxsont les parents anglophones de routes origines qui ontimmerge leurs enfants dans des bains de francais, avec unsucces mitige peut-etre, mais qui n'en demeure pas moinsl'expression on ne peut plus convaincante de leurs reves et deleurs aspirations. Quant a la population autochtone, dont lesrevendications sont souvent legitimes, ce n'est pas la voixangelique de Manning qu'elle ecoute,

    Tout cela pour dire qu'il est sans doute possible qu'unemajorite de Canadensis occidentalis ne se reconnaissent pasdans l'image que Preston Manning lui tend.. Une telle'eventualite risque de decevoir ceux au Quebec

    -qui, eux, s'y reconnaissent. Ceux qui bloquent la reforme. t@'

    NOTES1 ."bull pen": l'enclos des boeufs, ou des joueurs de baseball

    La releve. .",a.p'pr iVOlseeJEAN-PAUL MURRAY

    ]e ne puis louer une vertu fuyarde et cloftree,sans entrafnement ni souffle, qui jamais ne sortaffronter l'adversaire, mais s' esquive loin de

    cette course OU l'enjeu, Cl travers la poussiete etla sueur, est la Couronne de l'immortalite.

    Nous n'apportons certes pas l'innocence dansle monde, mais bien plutot l' impurete: c'estl'epreuve qui nous purifie, or qui dit epreuve

    dit opposition 1

    Ne a Schefferville, eleve a Trois-Rivieres, Jean-Paul Murray, qui est iige cle 31 ans, reside aHull. Titulaire d'une maftrise en etucles canadiennes et joumalisrne cle l'Universire Carleton, ilest recherchiste parlementaire a la Chambre clesCommunes.

    T ou~e s~ciete desireuse d'evoluer et de se renouvelerdolt necessairement se remettre en question; elles'expose sinon a l'inertie, a la sclerose, et sombrefinalement dans une decrepitude lamentable.

    Le role principal, dans ce processus, revient a la jeunesse,dont les prises de position vigoureuses et enthousiastes, surdes questions qui touchent l'ensemble de l'humanite, doiventinfluer sur les decisions politiques, et notammentrevendiquer et instaurer un niveau superieur de justicesociale.

    Le choc des generations est salutaire, car il interdit a lasociete toute velleite de complaisance, et lui impose unperpetuel questionnement de ses fondements, afin que ceux-ci reverent un caractere autre que celui de simple prejuge,

    . Que la jeunesse s'avere soit outrancierernent obnubileepar la tentation materialiste, soit convaincue qu'espererexercer un impact sur le processus politique est une utopie,un leurre, et la societe perd, de facon redhibitoire, unimportant agent de renouveau.

    Dans les annees soixante, les jeunes ruaient dans lesbrancards et revaient de changer le monde: "A bas l'injustice,la tyr an n ie , l'hypocrisie, haro sur l'oppression et lamanipulation", scandait-on a grands cris. Or, force est deconstater que cette generation s'est essoufflee, et que lescontestataires d'autrefois, fatigues sans doute, se sont derobes,de guerre lasse, face a des objectifs qu'ils s'etaient eux-rnemesfixes, renoncant de la sorte prernaturement a accomplir latache, certes enorme, qui les attendait. Plus grave: cettetonitruante cohue de revolut ionnaires est devenuel'establishment d'aujourd'hui, et ne semble plus se

    CITE lIBRE:juillet-ooOt 199119

  • preoccuper que de sa propre reussite, La nouvelle generation,quant a elle, demeure camouflee, sans hardiesse mais avec uncertain talent de carneleon, dans le decor, et ne se manifesteguere. La releve est done vacante: nul n'est desorrnais enmesure d'assumer ce role d'aiguillon susceptible de remettreen question les valeurs que nous transmet la societe, et desoumettre a la rigueur de l'analyse et du doute methodiqueles manoeuvres opportunistes des politiciens. Bref,l'activisme semble dernode, et la soif de justice tombe endesuetude.

    Un brin d'esprit contestataire arnenerait les jeunes, parexemple, a s'elever contre le comportement suspect desgouvemements, au lieu de s'evertuer a de vains partenariats.Ils pourraient ainsi denoncer l'hypocrisie du gouvemementfederal, qui affirme le besoin imperieux de dormer a la

    Plus grave: cette tonitruante. cohue de revolutionnaires estdevenue /'establishmentd'aulourcl'hui, et ne semble plus sepreoccuper que de sa proprereussite.jeunesse canadienne une education solide, tout en effectuantdes compressions budgetaires de $486 millions dans lespaiements de transfert aux provinces des tines a l'educationpost-secondaire, ce qui represente une diminution de 21,6%par rapport a l'an dernier'. Ils denonceraienr aussi, parailleurs, l'obscurantisme et le cynisme d'un gouvernementqui, sous pretexte d'incontoumable equilibre budgetaire,sabre sans merci dans les programmes sociaux. Et qui reduitde 15,9% les impots sur le revenu des societes au cours desexercices 1990-1991 et 1991-1992, alors que I'impot sur lesparticuliers croit pour sa part de 22,5%3. Voila bien unexemple flagrant d'injustice sociale.

    Les brasseurs de cages, helas, se font plutor rares, et leconservatisme aigu triomphe sur tous-les fronts, comme lemontrait un recent sondage Decima. Cette etude revelait eneffet que les jeunes sont "loin d'etre les creatures en colere,rebelles et tetues qui causerent le grabuge il y a unegeneration, et que la plupart d'entre eux sont etonnammentconservateurs et traditionnels, voire rneme dociles'".

    Cette attitude regrettablement conformiste de lageneration des 20-30 ans est en outre decrite, de facon aussisardonique que perspicace, dans un livre int.i tule"Acceptation globale'". En n'hesitant pas a les qualifier delaquais regardant leur televiseur "avec la placidite bonassedes vaches qui admirent le passage des trains", les auteursdressent un portrait peu flatteur des jeunes d'aujourd'hui.Selon eux, seule la volonte de combattre ceux qui sedeclaraient "contre" pousse les jeunes a devenir desproselytes du "pour", et a adopter une attitude resolumentpragmatique qui ignore le discours du "refus globaliste". Lacapacite de survivre, voire de mieux-vivre, voila ce que cesjeunes privilegient avant tout. Lorsque la jeunesse faitpreuve d'un tel opportunisme, d'un tel cynisme, il devient aprop os de se demander jusqu'a quel point la societe va a vau-

    l'eau.Exemple eloquent de ce cynisme devastateur: le Forum

    jeunesse de la Commission Belanger-Carnpeau, qui fut le.theatre de debordements scandaleux, et proches de l'incestepolitique. Passe encore que, sur la cinquantained'intervenants, on ne compte qu'un carte de federalistes.Mais que les quarante et quelques autres, piu tot qu'a unveritable debar sur une question aussi capitale que celle del'avenir du Quebec, choisissent de se livrer a une orgie deslogans ineptes proriant "la seule option valable:l'independance", voila qui laisse sceptique. Des exemples? Ilssont legion. Participant a titre d'observateur a ce forum, j'eusa subir un chapelet d'absurdites aussi ahurissantes que "...entant que jeunes quebecois, nous ne pouvons etre citoyens apart entiere puisqu'il ne nous est meme pas permis de devenirdes champions sport ifs canadiens, les autres etant toujoursfavorisesf l)", "...le federalisme canadien a dix provinces n'estplus une voie d'avenir pour le Quebec ... "7 ou "de par sanature, le federalisme tend a detruire l'autonomie des Etatsmembres, ce qui ne repond pas aux attentes du Quebec'".Penible litanie. Sacrifier ainsi le Canada sur l'autel del'arrivisme, de la complaisance, et de la sainte nation, nere ve le ni propension a lor ig inal ite, ni capaci te decontestation, ni esprit critique.

    Alors qu'autrefois l'activiste [erry Rubin nous conseillaitde ne jamais fa ire confiance aux plus de trente ans,aujourd'hui la devise de l