La petite cloche monotone - art- petite cloche   Ton visage vient lentement Au devant

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  • N 1 LA PETITE CLOCHE MONOTONE

    Sur une note jai chant

    Sur une note un peu fle

    Sur une note tant de choses

    Grises ou roses

    Ou par la lumire irises

    Que ma voix semble un peu fle

    Jai chant lamour et la mort

    Et lesprance et le remords

    Et la paix du soleil qui dort

    Sur la mer vague

    Et les jeux de leau sur le sable

    O la vague poursuit la vague

    Insaisissable

    Lombre tremblante et veloute

    Sous la pleur de lolivier

    Du clair de lune qui divague

    Et sur le sol roux et brouill

    Par le dur soleil inclines

    Les colonnes agenouilles-

    Et les jours gris et les jours roses

    Tendres et courts tristes et lents

    Et les navires indolents

    Qui sen vont sur la mer morose

    Pour chanter lclat de la neige

    Ou les moissons couleur de miel

    Pour grener tous les arpges

    De larc-en-ciel

    Jai lanc ma voix simplement

    Comme la cloche quon suspend

    Sur la valle

    Quand la joie du ciel lbranlait

    Ou que la pluie faisait tinter

    Sa note grle et mutile

    Tout enroue Arguel - dc 1956

  • N 2

    MYSTERE

    Oh! qui dira le charme du mystre

    Les doux lointains sous les cieux nuancs

    Le bruissement de lheure solitaire

    Et le frisson du bois crpusculaire

    O sattnuent les contours effacs ?

    Oh! qui dira le charme du mystre

    Le bruissement de lheure qui sveille

    Envol pensif dune tremblante abeille

    Amour subtil quun long rve a berc

    (mai 1929)

    -----------

  • N 3

    Leau court en gazouillant comme un enfant qui jase

    Tantt mtal terni dans lombre et brusquement

    Serpent de feu sous un soleil de diamant

    Mouchet de saphir de perle et de topaze.

    Transparente et lgre ainsi quun flot de gaze

    Ou cachant un secret dans ses reflets dargent

    Cest le miroir fidle et cher du ciel changeant

    Qui vient sy contempler et sy perdre en extase ?

    Mon coeur est comme leau : son ciel cest ton regard;

    Quand tu souffres mes yeux se voilent dun brouillard

    Et lorsque tu souris tout en moi sillumine.

    O mon coeur ! Lac profond sous le ciel de tes yeux

    Mon pauvre coeur tincelant ou nuageux

    Selon que son soleil resplendit ou dcline !

    -----------------

  • N 4

    Le souvenir hlas! est comme le bonheur.

    Il glisse comme lui se ternit et sefface

    On voudrait le fixer mais pendant quon lembrasse

    Il se disperse et fuit vain mirage trompeur!

    Jaurais voulu pouvoir conserver dans mon coeur

    Le drobant aux lois du temps et de lespace

    Mon fragile pass que javais cru vivace

    Mais du temps ou de moi qui sera le vainqueur?

    Tous les mots sont en moi comme inscrits dans un livre

    Mais qui leur donnera laccent qui seul dlivre

    Et fait un cri damour dun long balbutiement!

    Qui rendra leur nuance aux teintes confondues

    Qui rendra leur ardeur aux caresses perdues

    Et mme la douleur sa force et son tourment!

    ---------------

  • N 5 CONVALESCENCE

    Ce lit sage frais et blanc

    Charg de mon corps malade

    Drive bateau tremblant

    A labri de quelque rade.

    Il memporte au gr du vent

    Doucement chaque vague

    Et mon esprit va rvant

    Sur ce rythme lent et vague.

    O calme du coeur berc

    Par le mouvement des brises

    Clapotis o vont glisser

    Les heures molles et grises.

    Je recueille tous les sons

    Epars dans le grand silence

    Bruits de cloches et chansons

    Fragiles que lair balance...

    Est-ce la paix des lus?

    Dtente moments suprmes

    Les voil donc rsolus

    Les insolubles problmes!

    Accorde lunivers

    Plus de trouble ma pense

    Sur de clairs horizons verts

    Voltige comme apaise.

    Hlas! il faut aborder

    A quelque rive lointaine

    Chercher dans limmensit

    Sa pauvre place incertaine !

    Oh! Demeurer, courte trve

    Sur ce doux bateau glissant

    Qui drive au fil du rve

    Et memporte en me berant

    (2 Juin 1943)

    -----------

  • N 6

    Lor sommeille

    Sur les eaux

    Fin rseau

    De losanges

    Dans tes mailles

    Quel oiseau

    De soleil

    Vient se prendre

    Filet blond qui ne recueilles

    Que facettes cailles

    Des rves parpills !

    (dc 1954)

    ---------

    N 7

    Le soleil sous la mer trane comme un filet

    Filet ple o samassent les songes.

    Pcheur secret scrutant la profondeur de londe

    Qui pourrait ramener dun lent geste inlassable

    Ce butin prisonnier des jeux ensorcels

    De leau dansante sur le sable?

    (16 Fvrier 1955)

  • N 8

    Pourquoi mavoir condamne

    A ne chanter quen silence

    Des pomes que jamais

    Ton coeur ne viendra surprendre ?

    Des pomes lumineux

    Comme un soleil qui se lve

    Sur la colonne dont rve

    Ce tronc dolivier noueux

    (Arguel 11 dc 1956)

    N 9

    Ton visage vient lentement

    Au devant de mon visage

    Comme de leau monte une image

    Trouble

    Quand mes lvres veulent y boire.

    Est-ce la tienne est-ce la mienne

    Cette image confondue

    Cette image disparue

    Quand si proche de moi je cesse de la voir ?

  • N 10 EVOCATION

    Dans mon coeur se lve ce soir

    Un clair de lune calme et tendre

    Et les voix qui se font entendre

    Sont des voix damour et despoir.

    Viens prs de moi plus prs encore

    Si tu veux bien les percevoir

    Et nous referons ce voyage

    Au cher et merveilleux rivage

    O ton coeur dcouvrit mon coeur!

    Un navire nous emportait

    Comme ceux que lon voit en rve

    Le clair de lune nous suivait

    Et sa route allait jusquau ciel

    Te souviens-tu de la douceur

    Du grand jardin plein dherbes folles

    Et tout peupl de chants berceurs

    O tu ne songeais qu maimer

    O je ne pensais qu te plaire

    A la fois inquite et fire

    De sentir dans mon coeur pousser des fleurs plus belles

    Que toutes celles que lon rve

    De cueillir ou de respirer ?

    Ce grand jardin montait si haut quil me fallait

    Pour y grimper ta main tremblante dans la mienne

    Tes pas sur les alles rsonnaient dans mon me

    Et je ne distinguais la splendeur de la flamme

    Dont brlait le soleil en glissant dans les flots

    Qu travers tes yeux en extase...

  • Quand je marchais si prs de toi

    Que nos ombres nen faisaient quune

    Sous le soleil couchant ou dans le clair de lune

    Tout ce qui tenchantait prenait racine en moi.

    Enfin javais cess pour toi dtre inconnue

    Tout coup jtais devenue

    Ton parfum ta douceur ton objet prcieux

    Lenfant que lon cajole et quon berce et quon calme 1

    Les feuillages lgers sur nous joignaient leurs palmes

    Pour mieux protger notre amour

    Lembaumer des parfums dAfrique

    Tracer autour de lui ce grand cercle magique

    O le soir gardait en ses plis

    Le reflet du soleil et de notre tendresse.

    Comme autrefois mon coeur a soif de tes caresses

    Prends-moi simplement dans tes bras

    Pose ton front sur mon front las

    Et nous referons ce voyage

    Au cher et merveilleux rivage

    O mes pas ont suivi tes pas

    (Arguel - Besanon Dc 1956)

  • N 11

    A LA MANIERE DE MALLARME

    Ade arien du soir

    Lparpillement de la nue

    Au caprice de ta venue

    Ne peut seul au nant surseoir.

    Ou bien contraint au ciel tasseoir

    Nes-tu donc si ne tvertues

    Que scintillation venue

    Doscillant et vague encensoir ?

    Ton rve ploy se dissipe

    Flots contredits mouvant Euripe!

    Rira demain le rythme pur

    Quand dvtu le froid espace

    Sabolira vide et fugace.

    Nes tu donc quune absence Azur!

    (oct 1954)

  • N 12 DELPHES (printemps 1933)

    O temple dApollon demeure prophtique

    Voix de Zeus dchirant le monde lieu sacr

    Peupl dinquitude et de trouble mystique

    O lhomme du destin demandait le secret.

    Je pntre mon tour dans ce grand sanctuaire

    Thtre du combat cleste et glorieux

    O le soleil ravit sa puissance la terre

    Et dtruisit Python le serpent tnbreux.

    Lentement je gravis la route sinueuse

    Quornrent les prsents des hros et des rois

    Et voudrais tvoquer foule tumultueuse

    Connatre tes dsirs tes espoirs tes effrois.

    Mais ceux qui demandaient au dieu son assistance

    Ne furent pas exempts de trouble ambition

    Le calcul se mlait au respect et loffense

    Aux vaincus ternissait le plus gnreux don.

    Centre du monde ! Effort sublime et fltrissure

    Rivalit sanglante et noble passion

    Tout sunit en ce lieu tu ne peux tre sre

    O clart! daffermir ta domination.

    Aujourdhui tout sest tu la brise au loin memporte

    Que le chant du coucou dans les bls calcins

    Les trophes somptueux les monuments ruins

    Gisent dans lherbe sche et la Pythie est morte.

    Sous des cieux apaiss peut-il tre un chagrin?

    Si sur laire obscurcie o son vol se projette

    On voit glisser avec lenteur un gypate

    Ce nest plus un signal de Zeus ni du destin.

  • N 13

    SUR LE THEME DALCESTE

    Ton souvenir en moi

    (Baudelaire)