La langue malt,aise un carrefour REMMM.pdf La langue malt,aise un carrefour linguistique Pendant...

download La langue malt,aise un carrefour REMMM.pdf La langue malt,aise un carrefour linguistique Pendant longtemps

of 17

  • date post

    24-Mar-2021
  • Category

    Documents

  • view

    0
  • download

    0

Embed Size (px)

Transcript of La langue malt,aise un carrefour REMMM.pdf La langue malt,aise un carrefour linguistique Pendant...

  • Martine Vanhove

    La langue malt,aise

    un carrefour linguistique

    Pendant longtemps les linguistes se sont interrogés sur la disparition de toute trace d'une langue précédente, punique, latine ou grecque, dans la topo- nymie maltaisel. De même, les archéologues se sont étonnés de l'absence de restesde la période arabe à Malte, les plus anciens vestigesremontant à l'époque où les Normands avaient déjà repds l'Archipel aux Arabes. La récente décou- verte de Joseph Brincat (1991) semble enfin lever le voile sur ces mystères : dans l'édition à Beyrouth du dictionnaire géographique (1975 : 520) de al- Himyarî (m. 900/1494) il est en effet mentionné que l'île de Malte fut vidée de sa population à la suite de la conquête arabe et repeuplée seulement par les musulmans et leurs esclavesà partir de 440/1048-49 (J. Brincat, 1991 : 2). Le récit de al-Himyarî apporte de quoi mettre définitivement un terme à toutes les spéculations qui eurent cours jusqu'auXIXe siècledans le milieu des grammairiens quant à une origine phénicienne, punique ou "cananéenne" de la langue maltaise, et qui a encore aujourd'hui les faveurs d'une grande par- tie de la population maltaise, tant les préjugés contre tout ce qui peut avoir un lien avec la religion musulmane sont fortS dans ce pays profondément catholique. Il paraît possible que l'Archipel ait été repeuplé à partir de la Sicile (J.Brincat, 1991 : 8). Les musulmans2 auraient donc régné sans partage sur l'archipel Maltais pendant 42 ans seulement, jusqu'en 1090, date à laquelle le comte normand Roger reconquit l'île pour la chrétienté. Plus d'un siècle et

  • 168/ Martine Van!Jo/le

    demi plus tard, l'empereur Frédéric II expulsera, en 1249, les derniers musul- mans, peut-être encore majoritaires selon une estimation datant de 1241 (B. Blouet, 1984: 37)3.

    Ces deux siècles de présence musulmane ont jté déterminants pour l'his- toire linguistique de Malte, puisque c'est encore une variété d'arabe qui y est parlée, proche vraisemblablement de celle des vieux dialectes citadins de Tuni- sie (D. Cohen, 1988: 106). Lavanœe des études sur l'arabe de Sicilepermettra peut-être de préciser lesliens linguistiques entre les deux îles méditerranéennes.

    Les conditions du mélange linguistique

    Pratiquement huit siècles de coupure quasi totale d'avec le monde arabo- musulman au profit de liens étroits avecle monde chrétien voisin (avec encou- ragement à l'émigration des ltaliens4,voireparfois déportations de population5), ont natUrellement ouvert la voie à bien des apports étrangers dans la langue. Celui du sicilien d'abord jusqu'au XVIIesiècle, puis de l'italien toscan, peut- être par l'intermédiaire aussi d'une linf,U1franca6, enfin de l'italien moderne et de l'anglais, mais à une date beaucoup plus récente pour ce dernier, son influence réelle sur la langue maltaise datant du milieu du xxe siècle. Le sici- lien, l'italien, et dans une bien moindre mesure l'anglais, ont laissé leur empreinte sur tous lesplans de la langue, tant phonétique que morphologique, lexical ou syntaxique, à des degrés divers, mais pas au point qu'il soit impos- sible de reconnaître immédiatement un dialecte arabe. Par contre, ce qui confère au maltais un statut particulier, héritage de ces contacts, c'est l'adop- tion d'un alphabet en caractères latins, proposé en 1921 par l'Association des écrivains maltais (/-Ghaqda tal-Kitti~ba Malfin) et officialisé par le gouverne- ment en 19347. De plus, le maltais est devenu la séule langue nationale de l'Archipel, cas unique pour un dialecte arabe, ainsi que la langue officielle, conjointement avec l'anglais.

    Si les apports siculo-italiens, puis anglais, ont été importants, il n'en reste pas moins que le maltais ne s'est pas contenté d'emprunts bruts et qu'il a sou- vent su les adapter à sespropres struCtureslinguistiques héritées de l'arabe. C'est en cela qu'on peut parler de "carrefour". Toutefois il ne faudrait pas négliger, bien qu'il soit extrêmement difficileà évaluer,le rôle conservateur qu'a pu avoir la présence d'esclaves arabo-musulmans en grand nombre sur l'île O. Cassar- Pullicino, 1992 : 68-79). C'est ainsi qu'à la fin du XVIIIesiècle, le grammai- rien et lexicographe maltais M. A. Vassalli(1796 : XVII)pouvait écrire à pro- posdu dialectede LaValetteet desbourgsvoisins:ccl'influencede l'arabe [est] asseznette, à cause peut-être du trop grand nombre de prisonniers musulmans» (traduction G. Puech 1994 : 173). On sait aussi que l'arabe classique fut enseigné à Malte dès 1632, d'abord dans les ordres religieux à des fins prosé- lytiques, puis dans le système universitaire et scolaire au cours du XIxesiècle avec des succès inégaux (D. Agius, 1990). On saisit ainsi mieux l'influence de

  • La languI! IIIllltaÙI!.un carrefour linguistiqul! 1 J69

    l'arabe sur les intellectuels maltais et sur la littérature maltaise dont les débutS,

    à la fin du XIXesiècle et au début du ){Xe,ont été fortement marqués par une tendance dite "sémitisante"qui conduisit à la création de nombreux néologismes tirés de l'arabe, dont bon nombre sont devenus incompréhensibles. Mais cette influence, limitée et désormais caduque, n'a évidemmènt rien eu à voir avec les effetS actuels de koïnisation qu'exerce l'arabe standard sur les dialectes contemporains.

    Mono- et multilinguisme : histoire et état actuel

    Si l'on excepte une cantilène de vingt versdatant du xvesiècle (cf. D. Cohen et M. Vanhove, 1991), quelques poèmes et un recueil de sermons entre le XVIIe et le XIXesiècle (M. Vanhove, 1987: 284-5), le maltais est resté pendant des siècles un moyen de communication oral. Ce sont d'abord le latin et le sici- lien qui servirent de langues administratives; elles furent supplantées dans ce rôle par l'italien toscan à partir du XVIesiècle et c'est en italien que les écri- vainsmaltaissexprimentdu XVIIeau début du){Xesiècle,même si, au XIXesiècle, commence à se développer une littérature en l:ingue maltaise. Sous la domi- nation britannique, l'italien restera la langue officielle jusqu'en 1934, date à laquelle, en raison de la montée du fascisme, maltais et anglais devinrent les deux langues officielles de l'Archipel.

    Il est difficile de dire dans quelles proportions la population ~altaise a été soumise à un bilinguisme maltais-italien,mais on sait que l'italien a été la langue d'enseignement jusqu'au XIXesiècle et la langue de relation parmi les couches cultivées. Même si l'on peut soupçonner que l'influence du siculo-italien fut moindre sur le parler des habitantS de Gow et des paysans analphabètes vivant à l'écart des grands centres urbains que sur celui des citadins, il est clair que des liens étroits avec la Sicile ont continué d'avoir cours sous la domination

    des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem et que des administrateurs, com- merçantS, artisans, marins et pêcheurs parlant le sicilien et l'italien ont afflué dans les îles Maltaises au m des siècles, relayés au XIXesiècle par l'émigration des exiléspolitiques italiens encouragée par les Britanniques. Mais il a certai- nement fallu pour le moins un grand prestige du sicilien et de l'italien, dou- blé d'une bonne dose de bilinguisme, même avec des degrés de maîtrise dif- férentSselon les locuteurs, pour expliquer la part très important~ des élémentS d'origine siculo-italienne en maltais. M. A Vassalli (1796 : XVI-XVII)s'insur- geait déjà à la fin du XVIIIesiècle contre'le snobisme de certains habitantS de La Valette qui truffaient leurs discours de motSet d'expressions siciliennes, ita- liennes, en les "maltisant".

    Actuellement, Malte connaît un bilinguisme maltais-anglais quasi généra- lisé, favorisé par le système scolaire et la presse écrite. Tous les examens, à l'exception du maltais, se déroulent en anglais, mais les élèvesont le choix de la langue pour la religion, l'histoire de Malte et les sciences sociales, et aucune

  • J 70 / Martin~ Vanhov~

    règle n'a été édictée quant à la langue à utiliser comme moyen d'instruction, d'où un recours abondant au discours mélangé (A. Camilleri, 1994: 432-3), qù on retrouve souvent en dehors de la classe.Mais pour lesgénérations de plus de 50 ans, et pour toutes dans des hameaux reculés.}la connaissance de l'anglais est plus limitée, voire extrêmement rudimentaire. Outre une presse en langue maltaise, il existe aussi des quotidiens et hebdomadaires en langue anglaise de grande diffusion et la chaîne de télévision nationale propose de nombreux pro- grammes en anglais.Toutefois, l'empreinte de l'anglais sur le maltais, bien réelle, est pour l'instant sans commune mesure avec les influences siciliennes et ita- liennes.

    Par ailleurs, le trilinguisme maltais-anglais-italien est fréquent chez les Mal- tais et une très grande parcie de la population possède encore une bonne maî- trise de l'italien, même si son succès scolaireest moindre que celui de l'anglais. rimpact des chaînes de télévision italiennes qui sont facilement captées dans l'Archipel et très regardées, est considérable.

    Pour mémoire, il convient aussi de faire allusion à la tentative d'introduc- tion d'un enseignement obligatoire de l'arabe dès le secondaire et à l'univer- sité par le Gouvernement travailliste. Elle;"est soldée par un échec quasi com- plet, en grande partie à cause des préJugés religieux mentionnés plus haut. A quelques raresexceptionsprès, le niveauatteint par lesétudiants fut extrêmement faible,et sa suppression par le Gouvernement nation~iste en 1987 fut accueillie avec soulagement.

    Les changements phonétiques

    Lorsqu'on dresse le tableau phonologique d