La Guerre Asymétrique - Jacques Baud

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TITRES PARUS Jean Chagniot, Le Chevalier de Folard. Michel Debidour, Les Grecs et la Guerre. Éric Denécé, Forces spédales, l'avenir de la guerre? Patrick Facon, Le Bombardement stratégique. Lawrence H. Kee1ey, Les Guerres préhistoriques. François Kircher, Les 36 stratagèmes. Yann Le Bohec, Histoire militaire des guerres puniques. Yann Le Bohec, César, chef de guerre. Philippe Masson, L'Homme en guerre, de la Marne à Sarajevo. (Prix Raymond Poincaré, 1998.) Jacques Sapir, La Mandchourie oubliée. Splendeur et limites de l'art de la guerre soviétique. Martin van Creveld, La Transformation de la guerre. Martin van Creveld, Histoire critique de la force israélienne de défense. Martin van Creveld, Les Femmes et la guerre.

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La Guerre Asymétrique - Jacques Baud

Transcript of La Guerre Asymétrique - Jacques Baud

  • TITRES PARUS

    Jean Chagniot, Le Chevalier de Folard.

    Michel Debidour, Les Grecs et la Guerre.

    ric Denc, Forces spdales, l'avenir de la guerre?

    Patrick Facon, Le Bombardement stratgique.

    Lawrence H. Kee1ey, Les Guerres prhistoriques.

    Franois Kircher, Les 36 stratagmes.

    Yann Le Bohec, Histoire militaire des guerres puniques.

    Yann Le Bohec, Csar, chefde guerre. Philippe Masson, L'Homme en guerre, de la Marne Sarajevo. (Prix

    Raymond Poincar, 1998.)

    Jacques Sapir, La Mandchourie oublie. Splendeur et limites de l'art de la guerre sovitique.

    Martin van Creveld, La Transformation de la guerre. Martin van Creveld, Tsaha~ Histoire critique de la force isralienne de dfense. Martin van Creveld, Les Femmes et la guerre.

  • L )tri le fa ([jueure Collection cre et dirige par Christine Lorin de Grandmaison

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  • DU MME AUTEUR

    Warsaw Pact Weapons Handbook, Paladin Press, Boulder, 1989 Encyclopdie des terrorismes, Lavauzelle, Paris, 1999 Encyclopdie du renseignement et des services secrets (3 dition),

    Lavauzelle,Paris,2002 Les Forces spciales de l'organisation du trait de Varsovie 1917-2000,

    L'Hannattan, Paris, 2002 LAC

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    LA GUERRE ASYMTRIQUE OU LA DFAITE DU VAINQUEUR

    I.:Art de la Guerre

    DITIONS DU ROCHER Jean-Paul Bertrand

  • illustration couleur (couverture): Intifada, AP/Laurent Rebours Illustration de la couverture et de la page 3 {noir et blanc} : Rgne d'Assurbanipal- 669-631 av. J.-C., Ninive. La lionne mourante se trane sur les pattes postrieures dans un ultime haltement de vie. Londres, British Museum. Photo A. Lorenxini, dimdia.

    Tous droits de traduction, de reproduction et d'adaptation rservs pour tous pays.

    ditions du Rocher, 2003

    ISBN: 2 268 04499 8

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    INTRODUCTION

    Le plus grand ennemi de la connaissance n'est pas l'ignorance, c'est l'illusion de la connaissance.

    Stephen Hawking

    Les vnements du 11 septembre 2001 n'ont pas marqu le dbut d'une guerre. lis n'ont t qu'une tape - ou qu'une bataille dans une guerre qui tait engage depuis plusieurs annes dj, mais dont la ralit n'avait pas t reconnue. Une guerre de nature asymtrique, obissant des mcanismes nouveaux, une logique stratgique diffrente qui bouleverse les notions de la stratgie traditionnelle.

    La supriorit militaire et technologique ne dissuade plus, mais contraint l'emploi de mthodes nouvelles. Non seulement cette supriorit, issue de la logique capacitaire de la guerre froide et base sur l'quilibre de la terreur, n'est plus capable d'impres-sionner, mais elle est devenue symbole d'arrogance et alimente les ressentiments contre l'Occident. Paralllement - ou asymtrique-ment devrait-on dire - ce rflexe de supriorit tend enfermer l'Occident dans une vision technologique, propre et impersonnelle de la guerre. Cette supriorit alimente un ethnocentrisme exa-cerb qui estompe les ralits des autres civilisations. Ce syndrome n'est d'ailleurs Pas une spcificit militaire, mais peut tre constat dans toute la socit occidentale, y compris (peut-tre mme: et surtout) travers nos efforts vouloir faire fonctionner des socits loignes selon des principes occidentaux.

    Les rapports de forces traditionnels peuvent tre contourns grce une nouvelle organisation du monde en rseaux, qui

  • 10 LA GUERRE ASYMTRIQUE

    volue quotidiennement. De nouveaux rapports de forces et de nouvelles hirarchies s'tablissent dans des espaces diffrents de ceux o s'exercent les rapports de forces traditionnels, contre. lesquels l'tat est impuissant.

    La stratgie amricaine du big stick 1, qui anime la politique trangre amricaine depuis Theodore Roosevelt est applique avec des rsultats toujours plus alatoires. Autrefois gnratrice de paix, elle engendre aujourd'hui le chaos. Plus que jamais, les conflits, qu'ils soient au niveau global, rgional, voire local, font partie du choc des civilisations 2 . Les rapports de forces qui taient autrefois garants de la stabilit internationale deviennent sources d'instabilit.

    Apparue au dbut des annes 90, peu de temps aprs l'chec de l'action militaire en Somalie, la notion de conflit asymtrique s'est rapidement impose. Elle est abondamment utilise pour dcrire des phnomnes aux facettes multiples, mais sa significa-tion reste floue et on y rattache souvent tout ce qui n'appartient pas aux conflits conventionnels et classiques. Le terrorisme, la gurilla, les meutes, la guerre de l'information y sont souvent entasss ple-mle Elle constitue ainsi un conteneur pratique pour caser des stratgies dont on n'a pas vraiment compris tous les mcanismes et un refuge pour expliquer l'inefficacit de l'action scuritaire.

    Les critres le plus souvent noncs pour dfinir la guerre asy-mtrique sont l'emploi de mthodes dloyales et/ou diriges contre les, populations civiles, la disproportion des moyens uti-liss , les diffrences technologiques entre les belligrants , et 1' exploitation des vulnrabilits de l'adversaire . On y inclut volontiers la guerre de l'information (Information War/are IW), la guerre des rseaux informatiques (Netwar) et l'emploi d'armes de destruction massive.

    Mais, l'emploi de missiles de croisire ou de bombardiers B-52 contre l' Mghanistan est-elle loyale? Certes, les armes occiden-tales ne s'attaquent gnralement pas dlibrment aux popula-tions civiles (avec des exceptions notables lors de la guerre du

    1. galement appele politique de la canonnire. 2. Voir Samuel Huntington, Le Choc des civilisations, Paris, ditions Odile

    Jacob,1997.

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    INTRODUCTION

    Vietnam ou en Isral), mais les subtilits d'un CEP 1 ou d'un dommage collatral sont-elles comprises comme telles par les populations touches? Quant aux diffrences technologiques, o commencent-elles et o finissent-elles? La guerre mene par l'Italie en Abyssinie (3 octobre 1935-5 mai 1936) tait certaine-ment dissymtrique, mais tait-elle asymtrique? L'exploitation des faiblesses de l'adversaire n'est-elle pas un des principes fonda-mentaux de toute stratgie depuis la nuit des temps? Peut-on ds lors parler d'asymtrie?

    Le point commun de tous ces lments de dfinition, est de donner une image statique de l'asymtrie, qui conduit un constat, mais ne permet pas de trouver les solutions doctrinales et strat-giques adquates.

    Guerre du faible contre le fort, la guerre asymtrique est sou-vent une confrontation entre des systmes politiques, sociaux, cultu-rels, organisationnels obissant des logiques diffrentes. Les stratgies asymtriques apportent une dimension nouvelle dans l'art de la guerre. Alors que dans les conflits symtriques, la vic-toire se construit de manire quasi linaire sur ses propres succs tactiques, dans les conflits asymtriques, le succs stratgique se construit sur les succs tactiques de l'adversaire.

    Depuis le Moyen ge, les armes occidentales se sont dveloppes dans la logique pe-cuirasse fonde sur les rapports de forces. L'arme nuclaire apporte une rupture et modifie les quilibres stra-tgiques en ce que le basculement dans l'horreur est plus immdiat et la porte de tous. Elle implique de nouvelles manires de raisonner. Ainsi, apparat la stratgie dite du faible au fort, pr-ne par la France, et qui fixe les quilibres non plus en fonction de la force effective des armes, mais en fonction de la volont d'une nation de lier sa propre destruction celle de son adversaire. Cette stratgie - asymtrique avant la lettre - tend rompre avec une logique traditionnelle base sur la prservation des forces et la notion de supriorit. Elle trouve son point culminant dans la stra-tgie amricaine appele ironiquement MAD (Mutual Assured Destruction) o les deux superpuissances se seraient dlibrment engages dans un processus calcul de destruction mutuelle.

    1. CEP: Circular EmJr Probable. Unit de mesure qui dtermine le niveau de prcision d'une arme balistique.

  • 12

    III

    LA GUERRE ASYMTRIQUE

    La guerre froide opposait des adversaires qui se situaient dans des systmes de logique semblables, mais avec des ambitions dif-frentes. La gestion des conflits modernes - et particulirement les conflits asymtriques - obit de nouveaux principes. Elle requiert une meilleure coute de l'adversaire et une analyse soi-gneuse de sa stratgie. La crdibilit du systme scuritaire ne dcoule plus des rapports de forces, mais de sa facult d'adapta-tion. Il ne s'agit plus de disposer de forces suprieures, mais d'avoir la capacit d'opposer un adversaire de manire imm-diate et fluide des moyens militaires et/ou non-militaires, de manire cohrente dans des espaces diffrents.

    De la guerre asymtrique on peroit gnralement les effets et les manifestations les plus spectaculaires, comme le terro-risme, mais on comprend malle fonctionnement . Bruce Hoffmann, expert amricain du terrorisme, pose les questions suivantes:

    Parmi les questions qui n'ont pas trouv de rponse: Cil Pourquoi les terroristes n'utilisent-ils pas plus rgulirement des missiles antiariens pour attaquer des avions civils? .. Pourquoi les terroristes n'emploient-ils pas des armes plus simples et facilement accessibles comme des lance-roquettes antichars pour attaquer des avions au dcollage ou l'atterrissage? Cil Pourquoi les terroristes n'utilisent-zls pas des drones sans pzlote ou des appareils ultra-lgers pour attaquer par les airs des cibles fortement dfendues et dont l'accs par le sol est trop di/fictle? .. Pourquoi les terroristes ne se sont-ils pas engags plus souvent dans des attaques massives simultanes avec des armes simples et destructrices comme des voitures-bombes? .. Pourquoi les terroristes n'ont-ils pas utilis des tactiques visant l'effondrement masstf de moyens de transport et de communication (cyberattaque)? Pourquoi les terroristes n'ont-ils pas effectu plus d'attaques

    contre des objectifs maritimes, spcialement des navires de croistere ou des cargos transportant des matires dangereuses (comme du gaz naturel liqufi) ? .. Pourquoi les terroristes ne s'attaquent-ils pas au btai~ considrablement plus facile attaquer que des humains, avec des armes biologiques?

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    INTRODUCTION

    Pourquoi les terroristes n'ont-ils pas utilis davantage l'norme potentiel psychologique des armes chimiques, biologiques ou nuclaires et des attaques dans le cyberespace plus souvent? Pourquoi les terroristes ne se sont-ils pas attaqus des centres industriels ou chimiques avec des armes conventionnelles, en tentant de rpter une catastrophe de Bhopal, causant des milliers de morts et handicaps permanents? Et finalement, pourquoi - l'exception du Il septembre semblent-ils tant manquer de l'imagination qui/oisonne chez les producteurs d'Hollywood, les auteurs de romans policiers, etc. l ?

    Poser ces questions illustre la perception occidentale et conven-tionnelle du terrorisme, encore trs attache des critres quantita-tifs. Dans les guerres asymtriques, le succs n'est pas associ un nombre de morts, mais la raction provoque par les destructions.

    La guerre asymtrique n'a ni visage, ni solution uniques. Nous tenterons donc id simplement de fournir une cl de lecture du phnomne, afin d'en identifier les mcanismes souvent subtils. Nous examinerons 1'asymtrie sous son angle dynamique, et nous attacherons dmontrer que la guerre asymtrique est une forme de guerre qui se fonde sur des logiques et des principes nouveaux. Cette approche doit permettre la conception de stratgies plus efficaces, qui se situent le plus souvent en amont des solutions actuellement appliques par les forces occidentales.

    1. Bruce Hoffmann, Rethinking Terrorism and Counterterrorism since 9/11 (

  • I. NOUVEAUX PARADIGMES

    Le symbole du systme de la Guerre/roide tait un mur qui nous divisait tous. Le symbole du systme de la mondialisation est le World Wide Web 1 qui nous unit tous.

    Thomas 1. Friedman

    LES PARADIGMES STRATGIQUES

    La mondialisation - Nouvelle extension du monde

    Si la disparition du mur de Berlin constitue l'lment marquant de la fin du XX" sicle, et remet en cause les relations stratgiques entre l'Est et l'Ouest, elle n'est cependant qu'un lment au cur d'une convergence de facteurs. L'volution technologique, la baisse du cot des communications, les mcanismes d'intgration conomique, la dlocalisation industrielle et l' (imparfaite) harmo-nisation sociale qui en rsulte, donnent naissance la notion de village global aux interdpendances croissantes. L'effet papil-Ion dcrit par Edward Lorenz sort du domaine mtorologique pour toucher l'ensemble de la socit: Le battement d'ailes d'un papillon Tokyo cre un ouragan dans le golfe du Mexique.

    La mondialisation n'est pas seulement un phnomne cono-mique, elle est avant tout une attitude mentale, une philosophie.

    1. En franais: la Toile, qui n'est qu'une partie d'Internet.

  • 16 LA GUmASYMTIUQUE

    Elle dcrit un ensemble complexe d'interactions, qui couvre tous les aspects de la socit moderne, de la culture aux changes commerciaux, en passant par la production industrielle. Elle modle la socit moderne en un rseau d'acteurs la fois partenaires et adversaires.

    Alors que le systme de la guerre froide fonctionnait autour de l'tat-nation, le systme de la mondialisation place l'individu, les entreprises et les tats sur une mme base. Le dveloppement des organisations non-gouvernementales (ONG) et de leur influence dans la gestion des crises est sans doute une illustration de cette nou-velle rpartition des pouvoirs dans le monde. Ainsi, par exemple, la lutte contre les mines antipersonnel, qui stagnait dans le pro-cessus de la confrence du dsarmement de l'ONU, a reu une impulsion dcisive des ONG, qui a abouti au trait d'Ottawa en 1997, bouleversant tous les principes de la diplomatie classique.

    La mondialisation succde au systme de la guerre froide et replace les antagonismes bipolaires en un vaste systme d'antago-nismes plus subtils, o la notion d' adversaire se confond avec celle de concurrent . En synergie avec l'volution technolo-gique, la mondialisation est le systme du mouvement et de l'ubi-quit, alors que la guerre froide tait essentiellement un systme statique, symbolis par la notion de blocs .

    La rticulation - Nouvelle organisation du monde

    Alors que les caractristiques de la guerre froide tiraient leur essence de la notion de division , celles de la mondialisation sont issues de la notion d'intgration. Le symbole du systme de la guerre froide tait un mur, qui nous divisait tous. Le symbole du systme de la mondialisation est le World Wide Web, qui nous unit tous 1.

    1. Thomas L. Friedman, From supercharged financial markets to Ousama Ben Laden, the emerging global order demands an enforcer. That's America's new burden. (

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    NOUVEAUX PARADIGMES

    La convergence d'intrts globaux, des possibilits offertes par la technologie et de complmentarits plantaires, se traduit par une restructuration du monde en rseaux. Les individus peuvent communiquer et s'associer dans l'espace virtuel autour de thmes et intrts communs. Les groupes de discussion ont gnr des communauts d'intrts, qui constituent une dimension nouvelle des rseaux informatiques, comme Internet, mais galement dans les relations internationales. La particularit de ces communauts d'intrts est de constituer des couches qui s'affranchissent des clivages sociaux et ont une extension mondiale.

    Les surfaces de ces couches constituent des clivages trans-versaux le long desquels peuvent se dvelopper des conflits. Ces clivages prsentent deux caractristiques principales: a) ils sont fonds sur une stratification thmatique, qui dpasse les divisions nationales ou rgionales (protection de l'environnement, extrme droite, antismitisme, antimondialisation, etc.) et b) ceux qui adhrent ces couches y participent travers une dmarche volontaire, et peuvent appartenir simultanment plusieurs strates.

    L'interpntration des cultures, facilite par la mobilit des indi-vidus et leur capacit communiquer, donne ces strates des dimensions mondiales. C'est le cas du mouvement antimondiali-sation, des mouvements extrmistes contre l'avortement ou pour la protection des animaux, des sectes, comme la scientologie ou les rseaux islamistes.

    Les rseaux ont chacun leur identit propre, leur culture et leur mode de fonctionnement. Le rseau terroriste n'a pas les mmes caractristiques que le rseau mafieux. Le rseau Al-Qada, par exemple, reste encore largement incompris, car son mode de fonc-tionnement chappe la rationalit occidentale. li en rsulte que les oprations militaires contre le rseau ont permis de capturer des combattants, mais n'ont probablement rduit en rien l'effica-cit - et surtout la combativit - du rseau.

    :ets to Ousaroa , America's new Laden, l'ordre ~ l'Amrique),

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    Conllits sociaux dans le pays X

    Dure

    Douce

    Micro-criminalit

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    LA GUERRE ASYMTRIQUE

    Pays X, YelZ

    Conflit international entre les pays X etY

    Conflits entre groupes d'intrts (groupes antimondialisation 1cologistes et industrie,

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    Figure 1 Les nouvelles zones de friction (symbolises par les flches)

    Structura1ion

    Rseaux de corruption

    Figure 2 - Structuration des rseaux criminels 1

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    L D'aprs Nicolas Giannakopoulos, Criminalit organise et corruption en Suisse, Berne, Haupt, 2001, p. 14.

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    NOUVEAUX PARADIGMES

    L'information - Nouvelle perception du monde

    Depuis le dbut des annes 60, avec le dveloppement successif des mdias et de l'informatique, monde est entr dans l're de l'information. La guerre du Vietnam a t la premire guerre tl-vise. L'image a t suivie de l'interactivit. La rvolution des annes 90 vient du caractre dynamique de l'information: la com-binaison de structures rticules et de plates-formes qui tendent converger, lui confre une vitesse de circulation toujours plus grande. Non seulement elle est accessible, mais elle peut tre exploite instantanment et permet alors une vritable circulation du savoir.

    Les effets de l'information se manifestent quatre niveaux: lit La technologie de l'information induit un effet de proxi-mit. La notion de distance disparat et place l'vnement dans la proximit immdiate des opinions publiques. Elle rend les conflits visibles sur l'ensemble du globe, mais elle est aussi trompeuse, car elle ne les restitue que superficiellement et par-tiellement, et ouvre ainsi la porte la dsinformation. lit Lien dterminant entre le politique et le militaire, la commu-nication est devenue le terrain de la victoire ou de la dfaite. Les notions de perception et de lgitimit sont ainsi troite-ment lies et dterminent irrvocablement non seulement la volont stratgique d'agir, mais aussi la nature mme des strat-gies adoptes, avec un impact direct sur l'efficacit opration-nelle de forces scuritaires. lit L'information et le renseignement sont des substances parentes, dont la possession - et la matrise - confrent une supriorit souvent dcisive. Dans un monde ouvert, l'information et le renseignement tendent se confondre et l'avantage est donn celui qui possde les moyens ( la fois technologiques et institu-tionnels) pour l'exploiter plus rapidement. La technologie de l'information permet la dcentralisation des processus de conduite, et la distribution des oprations dans le monde. Ce qui vaut pour les puissances occidentales prtes intervenir dans le monde, vaut galement pour les orga-nisations criminelles, subversives ou terroristes.

  • 20 LA GUERRE ASYMTRrQUE

    r:atomisation de la technologie Alors qu'autrefois les menaces (et la scurit) dpendaient de

    technologies qui taient l'apanage des grandes puissances, elles empruntent prsent des technologies disponibles universelle-ment. La technologie des armes nuclaires ou des armes chimiques est aujourd'hui largement rpandue. La Toile offre aujourd'hui aux organisations criminelles un moyen de conduite de porte mondiale. I.:informatique permet non seulement aux criminels de communiquer mais galement d'chapper aux systmes d'inter-ception lectronique. Le cartel de Cali, par exemple, change des informations en utilisant les techniques les plus modernes de la cryptologie, originellement mises au point par et pour des services de renseignements.

    Les plates-formes de communication tendent s'uniformiser La diversit des moyens de communication des annes 80 tend

    se recentrer autour de l'Internet, rendant ainsi la notion de confidentialit toujours plus prcaire, et fournissant aux terroristes et criminels un espace de communication dans lequel ils peuvent oprer manire anonyme.

    Les plates-formes de communication ont une extension universelle Les communications tlphoniques de Paris Bruxelles peu-

    vent transiter par New York. Une opration terroriste en Grande-Bretagne peut tre pilote en temps rel depuis les tats-Unis. L'Arme zapatiste de libration nationale au Mexique, doit sa notorit sa vaste campagne de propagande sur Internet, ds jan-vier 1994. Les vecteurs d'information sont devenus thtres de guerre.

    Les technologies de l'information deviennent interdpendantes mdias, la tlphonie, les communications militaires et

    d'autres formes de communication sont lies entre elles par des plates-formes logicielles semblables. La compatibilit et l'interop-rabilit des systmes sont amliores, mais cette interdpendance accrot galement la vulnrabilit globale des systmes, et renforce le pouvoir mondial de quelques fabricants de logiciels.

    La combinaison de ces caractristiques fait de la technologie de l'information un enjeu et l'objet d'une course la supriorit.

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    NOUVEAUX PARADIGMES

    Trop souvent cependant, cette supriorit s'exprime en termes de nombre d'ordinateurs disponibles. En fait, la supriorit de l'in-formation est donne par la rapidit avec laquelle l'information peut tre intgre un processus de dcision.

    Au-del de sa dimension technologique, l'information a acquis son importance dans les champs immatriels. Par essence, les socits dmocratiques, o l'information circule librement et o les technologies de l'information sont accessibles tous, sont plus sensibles l'influence de l'information. L'information donne aux vnements les plus tnus une dimension globale. Les dysfonc-tionnements rgionaux gnrent des proccupations mondiales, et des problmes de dimensions continentales. Le conflit du Timor Oriental, longtemps demeur ignor, a soudain surgi au centre des proccupations de l'Occident.

    La surabondance d'information asphyxie l'individu, qui n'est pas en mesure de l'absorber. Le tri des informations, et le regard critique qui devrait en rsulter, est de plus en plus rserv une lite. TI en rsulte une vulnrabilit qui ouvre la porte la manipu-lation. Ainsi, sur un plan anecdotique, les affirmations fallacieuses selon lesquelles, le 11 septembre 2001, les employs juifs du World Trade Center auraient t absents de leur lieu de travail ou encore qu'aucun avion ne se serait cras sur le Pentagone ont-elles eu prise sur l'opinion publique et continuent tre voques. Dans le mme ordre d'ide, mais plus srieusement , l'amal-game peine voil entre le rgime irakien et le terrorisme islamiste exploit par l'administration Bush tmoigne de la vulnrabilit d'une socit amricaine surinforme, mais dont la majorit est dpourvue de la capacit critique correspondante.

    Peu aprs les dramatiques attentats du 11 septembre 2001, le terrorisme est mont dans l'chelle des proccupations des Franais, alors que les routes de France font chaque anne trois fois plus de victimes que ce jour-l ...

    GUERRES, CONFLITS, CRISES ET VIOLENCES

    La notion mme de guerre, privilge de l'Etat, tend s'atomiser. Durant la guerre froide, les blocs maintenaient une certaine

  • 22 LA GUERRE ASYMTRIQUE

    forme d'ordre mondial travers la menace nuclaire et en s'affron-tant par ailleurs sur des thtres priphriques, par factions inter-poses. La violence, au service d'une stratgie globale, tait matrise de manire plus ou moins stricte, et gre par un petit nombre d'acteurs privilgis, parmi lesquels les deux supergrands, les tats-Unis et l'Union sovitique. La disparition de l'antago-nisme bipolaire, associe au dsengagement stratgique des grandes puissances envers le tiers-monde, au profit de nouveaux acteurs vocations diverses et aux intrts parfois divergents, a libr la violence et sa convergence stratgique a disparu. La notion mme de guerre s'inscrit aujourd'hui dans des perspectives diff-rentes. Alors que l'Occident voit dans la fin de la guerre froide l'aboutissement (temporaire) d'un processus d'ajustement histo-rique, de nombreuses rgions du monde non occidental y voient le point de dpart de leurs propres mcanismes d'ajustement politique, social, territorial, ethnique, etc.

    l'approche rationnelle de la notion de guerre de la guerre froide, s'opposent aujourd'hui des notions plus floues de conflit, de violence et de crise, avec des significations trs diverses selon les rgions du monde, entre lesquelles on glisse de manire fluide.

    De la guerre au conflit

    La guerre froide prsentait une confortable plate-forme commune pour la comprhension des conflits, qui se rsumait en l'affrontement entre deux systmes politiques et des systmes mili-taires symtriques. Et ce, en dpit des divergences idologiques et des invitables dissymtries technologiques. Les armes de l'OTAN et du Pacte de Varsovie taient construites sur la mme logique.

    Le monde tait alors comme une succession d'chiquiers, o les superpuissances, comme les grands matres, jouaient simultan-ment plusieurs parties, avec des stratgies parfois diffrentes, mais avec une finalit globale cohrente. La guerre tait alors un mlange de stratgies directes et indirectes qui visait asseoir la suprmatie de l'un des deux Grands. Ces affrontements entre les deux Grands sont alors des jeux subtils, qui vitent la confrontation

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  • 23

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    NOUVEAUX PARADIGMES

    directe. Ainsi, le 16 avril 1986, peu avant l'attaque arienne contre Tripoli, les tats-Unis informent l'Union sovitique, afin que ses avions puissent tre retirs avant l'attaque 1. Avec la fin de la guerre froide, les pions ont t abandonns leur sort, et condamns poursuivre leurs objectifs dans des luttes parfois ingales. La coh-rence globale de l'action disparat, la violence apparat comme dsordonne, spontane et difficile matriser. Les aspirations dues des peuples sont prives de garde-fous.

    Dans l'hmisphre Nord, consquence de l'atomisation des acteurs, l'industrie et les enjeux conomiques sont devenus les moteurs des relations internationales, et on observe un glissement des antagonismes du niveau politique au niveau conomique. mcanismes d'intgration et d'harmonisation politiques, encore (trs) imparfaits, cachent des rivalits conomiques et industrielles profondes, qui opposent de manire parfois virulente les deux cts de l'Atlantique.

    Dans l'hmisphre Sud, le recentrage du rle des superpuis-sances a pour consquence la mise nu de conflits autrefois ma-triss et exploits au profit d'intrts politiques. Les conflits issus de la reconnaissance ou non des frontires, des nationalits ou d'une suprmatie ethnique apparaissent comme des conflits intra-ta-tiques. Toutefois, au-del de leur dimension gographique, ces conflits se situent au niveau humain et socital et n'acceptent plus toujours les solutions rationnelles des organisations internationales ou des pays occidentaux. Ils revtent une dimension motionnelle, influence par l'Histoire, la culture, la religion et l'volution sociale, dont la comprhension est imparfaite en Occident. Plus que des pays, ce sont des nations qui s'affrontent.

    Les deux hmisphres ne sont cependant pas des entits spa-res. Le processus de mondialisation, et son cortge de dlocalisa-tions industrielles, de migrations et de recentrage des valeurs s'est traduit par un accroissement des surfaces de contact entre civi-lisations. C'est le long de ces bordures, o s'affrontent modernit et tradition, technologie et spiritualit, mondialisme et identit,

    1. L'opration Eldorado Canyon a t lance aprs une suite de provocations libyennes dans le golfe de Syrte et aprs un attentat dans la discothque La Belle Berlin, le 5 avril, qui avait bless 63 militaires amricains, et dont la paternit avait t attribue aux services spciaux libyens.

  • 24 LA GUillffiEASYMTIllQUE

    valeurs conomiques et valeurs morales que se dvdoppent les ten-sions et les conflits. Les auteurs des attentats du 11 septembre 2001 taient des individus intgrs dans la socit occidentale, issus de familles aises et souvent elles-mmes occidentalises.

    Le processus toujours plus marqu de mondialisation et d'inter-pntration des peuples s'oppose l'affirmation toujours plus radicale des identits nationales. La politique ou l'idologie ne sont plus ncessairement les forces instigatrices de la violence. Bien plus dterminantes sont les forces plus impalpables, mais plus profondes et plus fortes, issues de la notion d'identit cultu-relle, religieuse, morale, etc. Ds lors, le caractre rgional des conflits tend dborder des frontires des hmisphres pour prendre des dimensions mondiales.

    Certaines formes de conflits elles-mmes, comme le terrorisme, n'obissent plus aux rgles qui prvalaient durant la guerre froide. Non seulement le profil des acteurs a chang, mais leur dialectique mme s'est modifie. Leur lgitimit s'est souvent altre, impo-sant un changement dans leur stratgie d'action, comme pour le terrorisme corse ou latino-amricain. La criminalit organise, dont les formes s'tendent de manire continue entre la criminalit en col blanc et l'insurrection arme, n'hsite pas adopter des mthodes rdevant du terrorisme. Les mthodes du terrorisme moderne pourraient aller de l'emploi d'armes de destruction mas-sive l la cyberterreur.

    Du conflit la violence

    En Europe, la notion de guerre s'est estompe pour faire place celle plus large de violence. Cette dernire n'est videmment pas un phnomne nouveau en soi, mais sa forme, son extension, son intensit et son impact stratgique lui donnent une importance nouvelle.

    Alors que la guerre tait vue de manire assez froide et bureaucratique , comme une combinaison d'intentions, d'op-portunits et de capacits, la violence moderne apparat comme

    1. Voir Le superterronsme, p. 57.

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    NOUVEAUX PARADIGMES 25

    un phnomne plus profond, mais aussi plus spontan et moins prvisible, en un mot plus humain. La violence n'apparat plus comme un lment priphrique des interactions humaines, mais un lment intgral de la socit. Relaye par les mdias, elle est visible et s'affiche souvent de manire provocatrice, voire prend frquemment un caractre ludique. Elle se banalise. Ce phno-mne n'est probablement pas tranger au fait que si le nombre d'attentats terroristes tend diminuer, le nombre de victimes qu'ils engendrent et leur caractre spectaculaire croissent.

    L'closion de la violence prend des formes diverses, dont les causes, le dveloppement et les manifestations ont en commun une rationalit difficilement prhensible. la logique rationnelle du conflit Est-Ouest, se sont substitues des formes de violences animes de passions culturelles, ethniques ou criminelles, souvent caractrises par la brutalit et la cruaut. Dpassant le stade de l'affrontement doctrinaire, la violence clt au sein des popula-tions elles-mmes et dpasse bien souvent la volont politique. Elle apparat profondment ancre dans les populations, mme si, simultanment, celles-ci en paient un lourd tribut humanitaire. Cette dimension motionnelle, souvent difficile matriser, amne parfois la communaut internationale user maladroitement de la force pour contrler une violence mal comprise.

    En outre, on constate une interaction croissante entre la vio-lence organise, la violence socitale et la violence individuelle. Distinctes, mais pas ncessairement exclusives, elles tendent crer un continuum de la violence qui va de l'individu l'tat.

    @ncesoci~

    Cohsion

    Valorisation de l'action individuelle

    Reconnaissance sociale

  • 26 LA GUERRE ASYMTRIQUE

    La violence individuelle est souvent une rponse une socit qui s'aseptise, se bureaucratise et noie l'individu dans l'anonymat. Les formes les plus dramatiques de cette violence sont les mas-sacres de Zoug (27 septembre 2001 - 14 morts), de Nanterre (27 mars 2002 8 morts) ou d'Erfurt (27 avril 2002 13 morts), mais de nombreuses autres formes plus bnignes de la violence, comme les incendies de voitures et autres incivilits relvent vraisemblablement de la mme volont de certains individus de marquer leur existence dans la socit.

    La violence organise instrumentalise la violence dans un sys-tme la fois conomique et social de porte rgionale, nationale ou internationale. Ici, la violence a un rle fonctionnel et contri-bue maintenir et consolider la corporate lentity de l'entit crimi-nelle, mais elle est aussi la manifestation exacerbe de la concurrence et de la comptition conomique. Cette dimension visible de la violence organise s'accompagne d'activits plus obs-cures, lies la corruption, au blanchiment d'argent, etc., souvent la limite de la lgalit, qui minent les dmocraties et mettent en cause la lgitimit mme des systmes tatiques.

    La violence socitale transcende les rivalits sociales chres au marxisme, pour rcrire une histoire perdue ou rtablir une ralit ethnique ou raciale. Elle recentre des conflits sur des dimensions ethniques, culturelles, religieuses. Ce n'est plus la pauvret ou l'ac-cession la richesse, mais l'affirmation d'une identit qui devient le moteur de la violence. Cette volont identitaire ne s'applique plus seulement aux communauts nationales, mais touche aussi les communauts d'ides, religieuses ou ethniques, rendant les conflits entrelacs et souvent inextricables.

    TI en rsulte l'effacement de la distinction entre guerre et conflit. Les conflits ethniques, religieux, nationaux ou rgionaux prennent souvent l'aspect de guerres larves que l'actualit mdiatique tend souvent oublier.

    Paradoxalement, l'heure o l'Occident industriel cherche surmonter les barrires rgionales afin de rationaliser l'espace mondial en un vaste champ d'action conomique - voire politique -les conflits ont des enjeux rgionaux, voire locaux.

    Les conflits ont souvent une dimension intrieure - autonomiste ou sparatiste - qui s'inscrit dans une perspective ethnique, reli-gieuse ou culturelle. considrations rationnelles (conomiques,

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  • 27

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    NOUVEAUX PARADIGMES

    politiques, militaires, criminelles, etc.) ne sont pourtant pas tou-jours exclues, mais ont -le plus souvent - un caractre plus instru-mental (ou capacitaire) que finalitaire. Ainsi, une particularit des conflits modernes est leur connexion avec des activits criminelles - frquemment de nature mafieuse - destines soutenir financi-rement leur effort de guerre. li en rsulte que ces conflits ont des prolongements souvent inattendus, qui exigent des rponses transnationales.

    L'effacement du rle des grandes puissances dans le pilotage des conflits de l'aprs-guerre froide se traduit par de nouvelles activits des mouvements violents. Violence socitale et organise voluent de manire parallle. On a assist depuis le dbut des annes 90 une criminalisation de la violence socitale (notam-ment le terrorisme nord-irlandais, basque et corse) et une drive terroriste de la criminalit organise (attentat contre le juge Borsellino en Italie et dveloppement du narcoterrodsme), pour trouver bien souvent une symbiose des deux types de violence (financement de la guerre en Tchtchnie par la mafia tchtchne, association entre les mouvements de gurilla colombiens et les narcos, mouvement Abou Sayyaf aux Philippines, etc.).

    Alors que les affrontements entre communauts montrent une violence toujours plus brutale et meurtrire, on observe dans les pays occidentaux un refus croissant des victimes - de quelque ct qu'elles soient. Paradoxalement, alors que la rvolution dans les affaires militaires 1 tend mettre en vidence l'importance de la technologie dans la conduite de la guerre, et ainsi loigner le plus possible le combattant du champ de bataille, que les conflits modernes eux-mmes semblent descendre au niveau de l'in-dividu.

    Contrairement une opinion rpandue en Occident, la valeur de la vie dans le reste du monde n'est pas moindre. Au fil des sicles, la socit occidentale, dont le dveloppement industriel a t largement influenc par le protestantisme, s'est lentement organise autour d'une haute valeur ajoute de l'individu. Dans ce processus convergent l'volution de la science, de la mdecine, de l'urbanisation et de la structure du travail. L'enfant devient un

    1. Revolution in MilitiJry A/fairs (RMA).

  • 28 LA GUERRE ASYMTRIQUE

    cot social et n'est plus source de revenu familial. La vie prend une valeur conomique. Dans les socits prindustrielles, en revanche, auxquelles se rattachent une grande partie des socits du 1ers-monde, la valeur de la vie reste relative. n'est ni moins appr-cie, ni moins respecte, mais elle est envisage en fonction de l'environnement. Repousse de faon toujours plus vidente par l'esprit occidental, la mort fait en revanche partie intgrante de l'en-vironnement culturel de nombreuses socits qui l'acceptent comme un phnomne inhrent la vie. Ainsi, le recours la violence et l'acceptation du sacrifice de sa propre sont bien souvent une dmarche naturelle, perue comme dicte par les conditions rieures, mal comprise par l'esprit occidental, qui rejette la fatalit.

    Cette lecture de la vie et de la mort influence - entre autres -notre comprhension de certaines mthodes de guerre, que la rationalit occidentale saisit avec difficult. Il en est ainsi des attentats-suicides que l'esprit occidental analyse en termes de dsespoir, alors qu'il est peru en termes de sacrifice par les mouvements islamistes. Cette diffrence smantique n'est pas seu-lement une manifestation de divergences culturelles. Elle fait partie d'une vritable guerre de l'information, et permet d'attri-buer aux mouvements islamistes des mthodes de lavage de cer-veau , les discrditant ainsi davantage aux yeux de l'opinion publique mondiale et les isolant du reste du monde islamique. De fait, le suicide est proscrit dans l'islam. Mais on joue sur les mots, car c'est le suicide, comme chappatoire une situation difficile, qui est proscrit ce qui s'opposerait d'ailleurs la notion mme de Jihad. En revanche, se sacrifier pour une cause, mme si cette dmarche est dicte par une situation dsespre, ne relve pas d'une logique de dmission.

    De la violence la crise

    La crise apparat comme une anomalie dans le droulement des vnements. Toutefois, la guerre et le conflit ne deviennent une crise que lorsqu'ils obtiennent une couverture mdiatique suf-fisante pour faire raliser l'Occident qu'il est concern. li en est ainsi du Timor Oriental, en guerre depuis plusieurs dcennies, qui

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    NOUVEAUX PARADIGMES

    apparat tout coup comme un foyer de crise parce que quelques Occidentaux sont touchs. Il en est ainsi du banditisme aux Philippines, du terrorisme, etc. Ici, l'information devient de facto la courroie de transmission qui fait de l'vnement une crise.

    Alors que les notions de guerre et de conflit ont une dimension objective, la crise, elle, tend donc tre grandement tributaire de sa perception par les opinions publiques. Un facteur dterminant de cette perception est l'accs l'image. L'effet CNN , en atti-rant le regard de l'opinion publique sur une rgion du monde, force l'action et devient le moteur de la dcision.

    De la crise la guerre

    Le bon fonctionnement de la socit occidentale moderne est bas sur un quilibre d'interdpendances croissantes, dont la com-plexit donne la notion de crise une signification trs large, aux implications souvent imprvisibles. Jamais le battement d'ailes du papillon de Tokyo n'a plus rapidement eu des effets New York. Un attentat, une dfaite au championnat du monde de football, peuvent provoquer des fluctuations boursires susceptibles de dboucher sur des crises financires, conomiques ou politiques, indpendamment d'une activit conomique relle stable.

    La crise est souvent lue dans une perspective capacitaire, dans le contexte d'une qute de pouvoir, de richesse et d'influence. Ben Laden, le multimillionnaire terroriste, n'est souvent compris que comme une sorte de Dr Folamour des montagnes afghanes, avide de pouvoir et de richesse. Ds lors, pour combattre Al-Qada, on recherche des hirarchies structures, des flux de capitaux sophisti-qus, des postes de commandement pourvus de haute technologie, et les moyens mis en uvre deviennent dmesurs et inadapts.

    En novembre 2001, la rponse militaire amricaine contre l'Afghanistan a rapidement suscit la rprobation dans tout le monde islamique et a plac, pour quelques semaines au moins, le gouvernement du prsident Mousharraf en difficult face son opinion publique. Le risque de drapage de la situation tait rel et seul le dplacement de la visibilit de l'action sur l'Alliance du Nord a permis d'attnuer la perception de l'intervention occidentale

  • 30 LA GUERRE ASYMTIUQUE

    et de calmer les esprits. Avec la situation dj tendue au Jammu-Cachemire, le risque de passer de la crise la guerre tait concret.

    LES PARADIGMES OPRATIONNELS

    La matrise de la guerre

    Les mcanismes traditionnels de matrise des conflits, qui s'taient construits autour de la logique rationnelle de la guerre froide sont de moins en moins efficaces sur des conflits dpourvus de rationalit. La guerre est passe d'une logique capacitaire une logique finalitaire. Ce changement de logique n'est pas seulement une vue de l'esprit, mais suppose l'emploi de nouvelles combinaisons d'instruments politiques, diplomatiques, sociaux, militaires, etc.

    Au plan stratgique, cela implique de traiter les conflits trs en amont. Le rle d'anticipation du renseignement prend ici une place centrale.

    Une consquence oprationnelle des nouvelles formes de vio-lence est une troite complmentarit entre les forces armes et les forces de police. Conues pour la dfense militaire contre une agres-sion extrieure, les forces armes pouvaient traditionnellement s'appuyer sur une claire rpartition des tches avec les forces de police. L'ventail des risques modernes tend dplacer les frontires de cette complmentarit, qui deviennent souvent floues et forte-ment teintes par une perception culturelle de l'emploi de la force. Ainsi, l'emploi des forces armes pour le service d'ordre ou dans le cadre du contre-terrorisme a souvent donn lieu des drives.

    Cette guerre [dJAlgrieJ tait trs complexe: elle avait des aspects la fois politiquesJpoliciersJsociaux et conomiques. Mais l aimeJrais qu on vite de mettre Farme franaise en accusation. On lui a impos une mission dsagrable} le rtablissement de Fordre} elle Fa effectue du mieux quJelle a pu 1.

    1. Gnral Massu. Propos recueillis par Florence Beaug, Le Monde, 23 novembre 2000.

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  • 31

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    NOUVEAUX PARADIGMES

    Alors que dans les pays occidentaux, l'organisation et la struc-ture des forces de police permettent de faire face une partie au moins du spectre de la violence, il en va autrement dans les pays dans lesquels les forces armes sont engages pour rtablir une situation de droit (oprations de maintien de la paix, par exemple). Dans ce cas, l'absence de structures policires, judi-ciaires, voire politiques, confre aux forces de maintien de la paix des rles qui dpassent l'emploi de la force.

    n en rsulte que l'application de la force doit s'effectuer avec subtilit. nne suffit plus au chef militaire de connatre la doc-trine militaire de l'adversaire, mais d'apprhender avec doigt les sensibilits d'un environnement souvent complexe. Les dcisions se prennent bien souvent dans un espace de libert restreint, avec des contraintes extrieures beaucoup plus importantes que dans la priode de la guerre froide. Cette constatation devrait avoir un impact sur la slection des cadres militaires, par exemple, or il n'en est souvent rien.

    L'troite imbrication d'actions militaires tactiques, opratives ou stratgiques dans l'espace oprationnel moderne tend estomper les distinctions entre les niveaux de conduite. L'importance d'une compagnie dploye dans les Balkans revt un caractre la fois politique et stratgique, alors que son action effective se situe au niveau tactique. nen rsulte la tentation d'une intrusion perma-nente de l'chelon stratgique dans les processus oprationnels, qui amoindrit les capacits de raction. Le massacre de Srebrenica 1 et l'incapacit de ragir du dtachement nerlandais des Nations unies sur place sont en grande partie dus ce problme.

    volution de la notion d'espace

    Au niveau stratgique, l'espace dans lequel se droule l'action militaire se caractrise en premier lieu par l'volution des relations de causalit entre les conflits, les phnomnes sociaux, cono-miques et la politique intrieure des tats et, en second lieu, par

    1. Massacre de 7000-8000 civils bosniaques par des units serbes de Bosnie entre le 6 et le 11 juillet 1995. La scurit de l'enclave de Srebrenica tait alors assure par un contingent nerlandais de 110 hommes. Submerg par prs de

  • \

    32

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    LA GUERRE ASYMTRIQUE

    l'volution technologique et des moyens d'information, qui tend diminuer, voire annihiler, l'effet de distance. Chaque point du globe est aujourd'hui atteignable instantanment, ce que traduit l'expression de village global. Les mouvements rvolutionnaires peuvent piloter leur action d'un continent l'autre, tandis que les infrastructures informatiques sont vulnrables une action qui prend naissance l'autre bout du monde. La notion d'espace devient indissociable de celle de temps . Instantanit et ubi-quit se rpondent.

    Au plan oprationnel, le champ de bataille a cd la place l'espace oprationnel, qui peut tre dfini comme le volume dans lequel les oprations militaires et scuritaires sont menes. TI englobe l'espace tridimensionnel traditionnel, o les oprations sont menes physiquement, mais il comprend aussi l'espace hert-zien (

  • 33

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    NOUVEAUX PARADIGMES

    de simplicit analytique, chacune de ces couches peut tre singula-rise, dans la ralit, elles forment ensemble un continuum. Mais ce continuum n'est pas seulement vertical, car chaque couche a une porte diffrente. La bavure du militaire est presque instantanment relaye au niveau stratgique par l'infosphre et devient un problme stratgique. Ainsi, au final, l'action politique et l'action tactique sont troitement lies et interdpendantes.

    Chacun de ces espaces a ses propres rgles, ses propres moyens d'action et ses propres acteurs, mais tous sont interdpendants. De plus, les rgles applicables dans un espace ne peuvent pas tou-jours tre appliques dans un autre. li en est ainsi, par exemple, de l'infosphre, o l'approche doit tre subtile et soigneusement dose sous peine d'avoir des effets imprvisibles sur l'auteur mme de l'action.

    li s'agit, dans chacun de ces espaces, de dtecter la nature des acteurs, leurs interactions dans un rseau d'activits. li appartient ensuite la conduite de concevoir une ou des stratgie(s) qui per-mette(nt) une action cohrente travers tous ces espaces pour converger vers un but commun.

    a) r:espace humain L'espace humain est celui dans lequel voluent l'homme et la

    socit, avec ses dimensions culturelles et sociales, o se dveloppe la violence. C'est l'espace de l'action humaine o se tissent les rseaux, s'tablissent les hirarchies et se forgent opinions, volonts et dterminations. Id circulent les flux conomiques et sociaux qui conduisent aux actions politiques. C'est l'espace o les interactions sont les plus complexes. Gnralement ignor dans la guerre conventionnelle, sa comprhension est la cl pour la ma-trise d'un conflit asymtrique.

    Faonn par d'innombrables facteurs, dont l'Histoire, la cul-ture, la religion et la gographie, la nature de l'espace humain est relativement inlastique: sensible aux influences de court terme, il revient sa configuration initiale relativement rapide-ment. Des changements profonds dans l'espace humain ne sont gnralement que le rsultat de tendances de long tenne. Les pre-mires manifestations du conflit d'ex-Yougoslavie ont t les exhu-mations de fosses communes de la Seconde Guerre mondiale, en

  • 34 LA GUERRE ASYMTRIQUE

    Slovnie et en Croatie, en 1991-92. Les antagonismes entre Oustachis et Cetniks, qui avaient hibern sous Tito, se sont alors rveills.

    La structure de l'espace humain est complexe et faite de cel-lules dont l'interaction est l'objet de codes qui rsultent d'volu-tions rgionales. La famille constitue l'une de ces cellules de base, mais elle peut tre complte, voire remplace, par d'autres struc-tures telles que le clan ou la famille (

  • 35

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    NOUVEAUX PARADIGMES

    avec les pratiques animistes, o les structures gouvernementales sont systmatiquement doubles par des structures et des hi-rarchies coutumires, aux intrts et objectifs parfois contradic-toires, mais que les individus savent exploiter alternativement en fonction des opportunits.

    Ces systmes de valeurs diffrents se manifestent aux yeux de l'Occident par des problmes tels que les mutilations sexuelles, les pratiques religieuses ou paramdicales , mais concernent aussi des problmes plus stratgiques au niveau rgional et souvent transfrontalier. Anims d'intentions humanitaires, les Occidentaux tentent - avec des succs variables - d'radiquer des pratiques barbares pour imposer des normes occidentales plus compati-bles avec leur conception des Droits de l'Homme. Ce faisant, tou-tefois, ils crent souvent de nouveaux dsquilibres culturels l'intrieur mme de ces socits, difficiles grer et gnrateurs de tensions.

    Alors que l'esprit occidental peroit la socit comme un empi-lement de strates sociales horizontales, force est de constater que dans de nombreux pays en voie de dveloppement, la stratification est verticale et que les subdivisions de la socit tendent se ganiser selon des critres ethniques. Ainsi, bien souvent, les cli-vages politiques suivent les clivages ethniques et non les clivages horizontaux des classes sociales . Ainsi, la dmocratie parti unique s'oppose la notion europenne de la dmocratie, alors qu'en Afrique, elle constitue l'un des moyens de rassembler des tribus souvent antagonistes sous un seul drapeau.

    Lespace humain s'est modifi depuis le dbut des annes 80. Les flux migratoires qui ont accompagn la dpolarisation du monde ont non seulement boulevers la comprhension occiden-tale des soft systems qui animaient les socits, mais ont aussi gnr des tensions et antagonismes nouveaux. Ce sont moins les phnomnes migratoires en eux-mmes qui sont en cause, que leur soudainet, et la difficile gestion qui leur est associe. La ges-tion des flux migratoires n'est pas leur interdiction, mais une action holistique sur l'ensemble du phnomne, qui comprend les causes, les mouvements eux-mmes (souvent encourags par la criminalit organise), l'accueil et l'intgration des immigrs et finalement la gestion de cultures et visions du monde diffrentes au sein d'une communaut donne.

  • 36 LA GUERRE ASYMTRIQUE

    Les enqutes qui ont suivi les attentats du 11 septembre 2001 ont mis en vidence de vritables enclaves islamistes dans un grand nombre de pays europens (

  • 37

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  • .38 LA GUERRE ASYMTRIQUE

    on a pu le voir durant la guerre contre l'Irak (1990), contre la Serbie (1999) et contre l'Mghanistan (2001). Mettant profit leur allonge suprieure, les armes high-tech peuvent ainsi frapper distance, sans risque de riposte possible. Cette impossibilit de rpondre de manire quilibre et adquate, associe au senti-ment d' injustice de ce type de frappe, conduit les belligrants employer des stratgies asymtriques pour y rpondre. L'action militaire isralienne en 2001-2002 n'a eu pour effet que de sti-muler les actes terroristes, et cette occasion, les commentateurs ont frquemment compar les kamikazes palestiniens une forme archaque de missiles de croisire. Au-del de la lgitimit de l'action elle-mme, la comparaison rpond une certaine ra-lit. fait est que l'action arienne distance est souvent perue comme une lchet et lgitime les rponses les plus meur-trires.

    Depuis le 11 septembre 2001, l'espace arien a acquis une nou-velle dimension. La transformation d'appareils de ligne en vri-tables missiles de croisire place le trafic arien civil comme une menace potentielle permanente. Sa matrise doit pouvoir tre possible sans toutefois provoquer des catastrophes dramatiques. Le dilemme qui peut conduire abattre un avion civil en vol pour prserver des vies humaines au sol doit aujourd'hui faire partie des rflexions, voire des scnarios.

    Dans cette perspective, ce type d'attaque peut tre considr comme asymtrique car une parade est trs difficile adopter et justifier politiquement. quel moment doit-on (peut-on) abattre un avion de ligne souponn d'tre utilis comme une bombe volante? Le remde ne rlsque-t-il pas d'tre plus meurtrier que le mal? Ces questions sont faciles a posteriori, mais trs complexes ex ante.

    d) I:ther L'espace hertzien ou lectromagntique est l'espace dans lequel

    oprent les appareils de transmission et l'instrumentation lectro-magntique. Son extension dpend de la porte technique des appareils utiliss.

    Dans cet espace est mene la guerre lectronique, qui vise per-turber, brouiller, protger les missions lectromagntiques des

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  • 39

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    moyens de conduite, de l'instrumentation radar, etc. Avec l'infor-matisation croissante des appareils, l'ther tend se confondre toujours davantage avec le cyberespace. Toutefois, l'espace hert-zien reste un espace avec ses rgles propres et reste un champ de bataille privilgi. On gardera en mmoire l'incident du Lockheed EP-3 Orion, en avril 2001, qui a oppos la Chine et les Etats-Unis durant de longues semaines, et qui aurait pu prendre des propor-tions dramatiques.

    Les plates-formes de communication tendent s'uniformiser. Dans un conflit conventionnel, avec des systmes de transmission hertziens utilisant des rseaux spcifiques, il est relativement simple d'identifier certains rseaux et de les couter en fonction d'un objectif particulier. Durant la guerre froide, dans les struc-tures des rseaux de transmissions des forces armes du Pacte de Varsovie, il tait possible d'identifier les diffrents tats-majors des forces et les diffrents niveaux de conduite en explorant des plages de frquences dtermines. Ainsi pouvait-on surveiller de manire slective les sous-marins nuclaires, les mouvements ariens ou les manuvres des forces sovitiques, en coutant leurs rseaux respectifs de l'tat-major de la marine, de l'tat-major gnral ou du thtre des oprations occidental. Aujourd'hui, la situation est bien diffrente. Les acteurs des menaces modernes (comme le terrorisme ou la criminalit organise) utilisent les mmes plates-formes de communication (internet ou tlphone mobile) que les honntes citoyens. L'homme d'affaires utilise les mmes moyens que les parrains de la mafia. TI en rsulte, pour les services de renseignements, que la surveillance et l'identification des criminels ne peuvent plus se limiter la surveillance des rseaux, mais impliquent souvent un accs au contenu des messages changs.

    Ces caractristiques font que la surveillance des nouvelles menaces implique une capacit de collecte du renseignement qui se situe la fois verticalement dans l'intimit des menaces et horizontalement l'chelle de la plante. Ainsi, le systme Echelon l, mis en uvre par les services de renseignements anglo-saxons, qui s'est greff sur les rseaux de renseignements lectro-niques existants, constitue-t-il une rponse logique l'volution

    1. Voir Annexe 2, p. 206 et suiv.

  • 40 LA GUERRE ASYMTRIQUE

    technologique des menaces. La raison de l'existence d'chelon n'est donc pas a priori l'espionnage des entreprises europennes (bien que cette technologie le permette - et qu'il soit vraisembla-blement pratiqu), mais constitue une tentative d'exploitation de l'ther pour accder l'intimit du processus de dcision terroriste ou criminel.

    e) 1:infosphre 1'infosphre est l'espace dans lequel est vhicule l'information

    non-numrique. Elle recouvre des supports d'information varis (rumeurs, tracts, journaux, mdias, etc.), qui sont gnralement hors du contrle de l'tat. Elle est troitement associe l'espace humain et s'tend bien au-del du champ de bataille tradi-tionnel, pour couvrir essentiellement l'hmisphre Nord. C'est dans cet espace que sont influences les opinions publiques, qui auront un impact dcisif sur les dcideurs politiques.

    Dans les conflits asymtriques, l'infosphre est l'espace central dans lequel se droule la bataille. C'est un espace complexe et subtil, qui interagit en troite symbiose avec l'espace humain. 1'infosphre s'tend cependant bien au-del de l'espace humain concern par un conflit, et permet d'agir indirectement sur un conflit en influenant les opinions publiques priphriques au conflit, pour crer des pressions politiques sur les belligrants. L'infosphre, par exemple, a jou un rle dterminant sur le conflit du Vietnam, en influenant les opinions publiques interna-tionales, afin de faire pression sur le gouvernement amricain.

    C'est aussi l'espace des manipulations - volontaires ou non. C'est l'espace des mdias, mais c'est aussi l'espace du pouvoir. Or, mdias et pouvoir ne partagent pas toujours les mmes objectifs. Sous le couvert des droits dmocratiques et du contre-pouvoir, la presse dfend des intrts industriels: elle cherche vendre son produit. Or, l'tat dfend les intrts de nature poli-tique, culturelle, socitale et lgale. Cette divergence d'intrt se manifeste le plus souvent par la cration d'un systme de cen-sure. Or, ce dernier se place souvent en contradiction avec les objectifs dmocratiques de l'tat et dpend trs largement de la perception, et donc de la lgitimit, du conflit dans la population civile.

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  • 41

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    NOUVEAUX PARADIGMES

    L'infosphre est donc l'espace dans lequel est transforme et dif-fuse l'information sur des vnements qui ont pris naissance dans les autres espaces. Cette relation entre l'infosphre et les autres espaces est souvent subtile. Le terrorisme ayant par dfinition vocation d'intimider, il est avant tout un moyen de communication.

    f) Le cyberespace Le cyberespace est l'espace virtuel dans lequel l'information

    numrique circule et permet l'interaction des acteurs. TI est princi-palement constitu des rseaux informatiques. Les actions dans le cyberespace influencent la circulation des donnes, et peut - en thorie - toucher le fonctionnement d'infrastructures critiques, voire remettre en cause le fonctionnement de la socit.

    la diffrence de l'infosphre, l'information qui circule dans le cyberespace interagit avec les infrastructures, et les actions menes dans le domaine virtuel peuvent avoir des effets destructeurs - et meurtriers - de nature physique. La nature rticule des infra-structures et la dpendance croissante de la socit moderne vis--vis des rseaux informatiques, qui grent le trafic arien, l'appro-visionnement en nergie, le systme bancaire, etc., tendent donner l'image d'une vulnrabilit croissante de la socit. En outre, alors que porter la guerre dans les autres espaces requiert des moyens relativement importants, la guerre dans le cyberespace n'exige - du moins en thorie - ni structures complexes, ni moyens dmesurs; quant au savoir ncessaire, il est gnralement largement rpandu.

    Une autre diffrence entre l'infosphre et le cyberespace est que ce dernier implique une dmarche active du destinataire de l'infor-mation, alors que dans l'infosphre, l'information tend se diriger automatiquement vers son client. Celui qui recherche une infor-mation dans le cyberespace peut appartenir l'un de ces groupes d'intrts qui tend ses rseaux travers le monde. Tous les inter-nautes ne consultent pas le site Internet du Hezbollah, et seuls ceux qui ont un intrt pralable ce sujet iront chercher l'infor-mation sur ce site.

    Les interactions et, partant, les possibilits de conflits dans le cyberespace sont complexes et ont des aspects paradoxaux. L'troite interpntration des systmes informatiques gnre des

  • 42 LA GUERRE ASYMTRIQUE

    vulnrabilits: 90 % des ressources en nergie et des moyens de tlcommunications utilises par le gouvernement amricain sont grs par des systmes privs 1. Toutefois, cette interconnexion et cette interdpendance des systmes lient aussi entre eux les rseaux et les conomies des divers belligrants, rendant toute agression dans le cyberespace risque pour l'attaquant lui-mme. Mme les mouvements terroristes, ou rvolutionnaires, qui font aujourd'hui reposer une part importante de leur communication sur Internet, et utilisent Internet pour leurs transmissions strat-giques se retireraient un prcieux instrument en portant le conflit dans le cyberespace.

    Les oprations menes par des hackers du Hezbollah contre des sites israliens - et vice-versa - relvent davantage de la gurilla informatique que d'une guerre proprement parler. En ralit, cyberterrorisme et cybercriminalit sont trs proches. Malgr l'extension et les ramifications des rseaux, la menace est essentiellement ponctuelle et ne peut tre efficace que si elle est cible sur une partie clairement dfinie d'un rseau.

    Deux caractristiques de l'infosphre et du cyberespace restent cependant dtenninantes dans la planification d'une cyberguerre:

    les effets finaux d'une action dans ces espaces sont difficile-ment totalement prvisibles. 41!> Par son caractre global, l'action malveillante peut s'affran-chir des contraintes de l'espace et du temps et pose la question de l'adquation des instruments scuritaires des tats, qui res-tent limits par les frontires nationales, voire rgionales, dans le meilleur des cas.

    L'espace et le temps

    La valeur du temps a, lui aussi, acquis une dimension nouvelle. D'une part, la technologie permet de raccourcir les processus de dcision et d'apporter des rponses plus prcises et plus rapides

    1. Florian Rtzer, Schlimmer aIs Pearl Harbor, www.heise.de/tp/deutsch!spe-cial/info/6339/1.html, 10 dcembre 1998.

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  • 43

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    NOUVEAUX PARADIGMES

    sur des objectifs. D'autre part, la nature des conflits modernes suppose une action - et un succs - dans la dure. L'action tac-tique, immdiate, brutale et spectaculaire, sert des objectifs long terme et souvent difficilement perceptibles.

    Dans la guerre conventionnelle, l'action et ses effets sont trs directement lis et observables (bombardements, assauts, etc.) Dans la guerre asymtrique, l'action dans un espace (par exemple, une bombe dans une ville) aura des effets parfois diffrs et un autre espace (faire connatre une cause). On se situe dans une autre perspective temporelle. TI ne s'agit pas de coordonner l'ac-tion elle-mme, mais ses effets dans des espaces discontinus. Cela implique une vision la fois exhaustive et synthtique d'une situa-tion qui se dveloppe dans les diffrentes couches de l'espace, la fois au niveau local et de la plante.

    La difficult ne rside plus seulement dans le fait de rpondre rapidement une menace ou un risque, mais dans la capacit a) d'apporter rapidement une rponse adquate (pas ncessairement militaire) et b) de faire voluer cette rponse travers toute la palette des instruments disponibles et dans l'ensemble de l'espace oprationnel.

    Or, cette matrise ne dpend pas seulement de l'adaptabilit des instruments scuritaires (police, forces armes, etc.), mais gale-ment de l'ensemble des instruments de l'tat (politique trangre, sociale et conomique), dans un plan d'action qui s'tend dans l'espace et dans le temps.

  • II. LMENTS DE STRATGIE

    Il n'est pas ncessaire d'attendre une situation rvolutionnaire: elle peut tre cre.

    Che Guevara,

    La guerra de guerillas (1961)

    Qu'elle soit symtrique ou asymtrique, la guerre se construit autour d'un certain nombre d'lments relativement immuables dans leur nature. La violence politique n'est gnralement pas gra-tuite et vise une finalit. La comprhension des mcanismes de l'asymtrie passe donc par la comprhension de la nature des objectifs poursuivis, puis par l'identification des logiques qui peu-vent y conduire.

    Les parties un conflit, quelle que soit leur stratgie globale d'action, construisent cette dernire autour de trois dimensions: la finalit de l'action (renversement d'un rgime, mise en place d'un nouveau pouvoir, etc.), les ressources disponibles (finances, per-sonnels, quipements, etc.) et la voie slectionne pour atteindre l'objectif (par la force, par la politique, etc.). Ces trois dimensions sont combines - souvent de manire intuitive - par itration les unes par rapport aux autres pour obtenir un optimum, qui deviendra la dcision stratgique.

    L'objectif atteindre est au cur de la conception stratgique, mais reste difficile dfinir avec prcision tant que les deux autres dimensions ne sont pas connues. Ainsi, troitement lis, ces trois facteurs se dfinissent l'un par rapport l'autre de manire itra-tive. Si au niveau tactique leur intgration est relativement aise, il n'en est pas de mme au niveau stratgique, o la complexit de

  • 46 LA GUERRE ASYMTRIQUE

    Objectifs (Aims)

    Figure 4 - Les dimensions de la conception stratgique

    chaque facteur rend une vision d'ensemble - et donc l'itration-souvent difficile.

    LA FINALIT DE L'ACTION

    Le point de dpart de l'itration qui permettra de dterminer la stratgie est certainement la dfinition de l'objectif atteindre. Au niveau stratgique, cette dfinition s'exprime dans les tats finaux politique et militaire recherchs. Elle procde de l'identification des lments dimensionnels de l'action stratgique (centre de gra-vit, points dcisifs et points nvralgiques), dont on a - au pra-lable dgag les interactions et les liens de causalit.

    Ainsi, les armes utilises par un mouvement terroriste et la manire de les utiliser - sont videmment lies ses objectifs. Un mouvement terroriste sparatiste ou indpendantiste, par exemple, utilisera peu vraisemblablement des armes nuclaires de destruction massive.

    Les objectifs de l'action terroriste sont de deux catgories prin-cipales: les objectifs finalitaires, lis l'atteinte de l'objectif strat-gique de la guerre (tablissement d'une nouvelle socit, etc.), et les objectifs tactiques \ lis la constitution de la capacit opration-nelle du mouvement (prises d'otages, attaques main arme, etc.),

    1. En anglais: enabling objectives.

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    LMENTS DE STRATG

    L'action terroriste est souvent plus complexe qu'elle n'apparat au premier abord. Outre les objectifs lis la finalit mme du conflit (par exemple, pour les mouvements palestiniens des annes 70, faire connatre la cause palestinienne), qui sont dfinis le long de la ligne stratgique, on observe frquemment des actions parallles, sans connexion directe avec la ligne stratgique, comme le dtour-nement d'avion pour faire librer des combattants et/ou terroristes incarcrs. Ainsi, les attaques de banques menes par la Rote Armee Fraktion J avaient une dimension purement fonctionnelle, mme si une couleur politique leur tait donne, et s'inscrivaient davan-tage dans la stratgie des moyens que la finalit de l'action .

    Le centre de gravit

    La prsence d'un point duquel dpend la force d'un adver-saire est identifie la fois par Clausewitz et par Jomini. Ce der-nier le dcrit comme un point dcisif stratgique, tandis que Clausewitz n'hsite pas employer l'expression centre de gravite qui reflte bien le lien mcanique qui lie les divers fac-teurs de la guerre en une entit complexe, la fois forte et fragile. C'est cette dernire expression qui restera dans le langage militaire jusqu' nos jours.

    [' ..J le centre de toute puissance et de tout mouvement, dont tout dpend,' la caractristique, la capacit ou l'emplacement dont les forces ennemies et amies dgagent leur libert d'action, leur force physique ou leur volont de combattre3

    1. Les principales attaques de banques de la RAF ont t: 15 janvier 1971 Kassel, 21 fvrier 1972 Kaiserslautern, 27 juillet 1973 Berlin.

    2. [.. .] ein gewisser Schwerpunkt, ein Zentrum der Kraft und Bewegung bilden, von welchem das Ganze abh'ngt- und au! diesen Schwerpunkt des Gegners muft der gesammelte 5toft aller Krii/te gerichtet sein;;, Karl von Clausewitz, Vom Kriege, Achtes Buch, Berlin, Dmmlers Verlag, 1832.

    3. The hub of all power and movement upon wruch everything depends; that characteristic, capability, or location from whlch enemy and friendly forces derive their freedom of action, physical strength, or the will ta 6ght. Glossary, FM 100-5 (en allemand: 5chwetpunkt) on trouve galement: ... characteristic(s),

  • 48 LA GUERRE ASYMTIllQUE

    Le centre de gravit est la cl de vote de l'difice strat-gique. Sa suppression provoque l'effondrement ou la destruction de l'ensemble. C'est donc contre le centre de gravit d'un adver-saire ou d'une situation donne que l'action stratgique est dirige prioritairement.

    TI se retrouve dans tous les types de conflits, mais sa nature varie selon la nature de ce dernier. Dans un conflit conventionnel, le centre de gravit stratgique se situera souvent dans les domaines immatriels, comme l'opinion publique, par exemple. On peut constater que dans les conflits de l'aprs-guerre froide, les centres de gravit sont souvent associs des personnes, pour ne pas dire des personnalits, qui catalysent les ressentiments et servent de point de rfrence des conflits souvent anciens. Qu'il s'agisse de Saddam Hussein, de Slobodan Milosevic, du Mollah Omar, d'Abou Sayyaf ou d'Ousama Ben Laden, le centre de gravit est ponctuel et d'autant plus difficile combattre qu'il a une dimension mythique qui peut subsister aprs son ventuelle disparition.

    Le centre de gravit prsente un certain nombre de caractris-tiques: 1\ Chacune des parties impliques dans le conflit en a au moins un. Savoir s'il peut y en avoir plusieurs, ou si chaque niveau de conduite en a, sont des questions souvent acadmiques, non dpourvues d'intrt, mais dans lesquelles nous n'entrerons pas. 1 TI est la principale source de succs de l'adversaire (

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    49

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    LMENTS DE STRATGIE

    li rsulte de ces caractristiques que: L'analyse du centre de gravit de l'adversaire doit s'accompa-gner de l'analyse du propre centre de gravit et de l'identifica-tion, pour les deux parties, des facteurs critiques. La surveillance des centres de gravit (des deux parties) doit s'accompagner d'une adaptation permanente de la planification de combat. L'action contre le centre de gravit est mene dans toute la palette des moyens oprationnels et des types d'oprations.

    Le caractre ambigu du centre de gravit peut tre illustr par l'importance de Zinedine Zidane au sein de l'quipe de France de football. li est la fois le point fort de l'quipe, dont la prsence est indispensable une victoire, mais il est galement son point vulnrable, car son absence accrot les risques de dfaite.

    Les facteurs critiques centre de gravit est un conglomrat de trois catgories de

    facteurs qui interagissent entre eux et qui donnent au centre de gravit la fois son caractre de force et de faiblesse!.

    Le centre de gravit se compose donc de trois catgories de facteurs: El Les fonctions critiques, qui sont les lments fonction-nels ncessaires l'atteinte des objectifs fixs (par exemple la reconnaissance) . '" Les ressources critiques, qui sont les moyens ncessaires pour la mise en uvre des fonctions critiques, et qui sont donc les moyens indispensables l'atteinte des objectifs (par exemple les rseaux de transmissions). '" Les vulnrabilits critiques sont les vulnrabilits dans les processus, les moyens matriels ou dans la nature mme de l'action, qui peuvent compromettre l'atteinte des objectifs (par exemple l'absence de redondance des rseaux de transmis-sions).

    1. il est une discussion rcurrente sur le fait de savoir si le centre de gravit doit tre combattu en tant que source de force de l'adversaire, ou en tant que faiblesse potentielle, car indispensable l'action de l'adversaire.

  • 50 LA GUERRE ASYMTRIQUE

    Ainsi, si le centre de gravit est une personne, Ului faut gnra-lement des moyens afin d'exercer son rayonnement, et l'action contre le centre de gravit ne peut rsulter que d'une analyse soi-gneuse des facteurs critiques. Par exemple, le gouvernement sud-africain jugeait prfrable de maintenir Nelson Mandela en captivit plutt que de 1' liminer et ainsi transfrer son aura sur sa femme ou d'autres dirigeants plus extrmistes de l'Aftican National Congress (ANC).

    Ces trois facteurs sont interdpendants et tous lis l'objectif recherch. Dans une action offensive contre un adversaire, l'action peut se diriger sur une catgorie de facteurs critiques, afin d'at-teindre son centre de gravit. l'inverse, afin de prserver notre propre libert de manuvre, l'analyse de nos propres centres de gravit doit conduire un concept qui protge ces trois catgories.

    La vision sovitique du centre de gravit Dans l'optique - et dans la dialectique - marxiste-lniniste, la

    guerre tait un phnomne global, qui s'intgrait dans un pro-cessus historique et touchait tous les aspects de la socit, puisque guid par la lutte des classes. Ceci est illustr par la dfinition de la guerre donne par l'Encyclopdie militaire sovitique (SVE):

    Phnomne sociopolitique, continuation de la politique par la force. [' ..J Afin d'atteindre des objectifs politiques dans la guerre on a recours la force arme comme moyen principal et dcisif ainsi qu'aux moyens de combat conomiques, diplomatiques, idologiques et autres 1.

    Paraphrasant apparemment la pense de Clausewitz, le concept marxiste-lniniste allait, en fait, plus loin et comprenait l'ensemble de la politique, alors que Clausewitz n'envisageait que la politique trangre. Ainsi, alors que l'esprit occidental ne voyait dans la guerre que le prolongement arm d'un conflit intertatique, l'esprit marxiste-lniniste y voyait une phase de l'volution de la lutte des classes.

    La vision marxiste-lniniste apportait ainsi la dfinition de la

    1. Sovyetskaya Voyennaya Entsiklopediya (SVE), Moscou, Voyenizdat, 1977, article Vona (Guerre).

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  • 51

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    yenizdat, 1977,

    LMENTSDESTRATG

    guerre des lments plus profonds que la simple divergence de vue entre tats. C'est ainsi qu'apparat la notion de corrlation des forces, qui devient l'objet central de la guerre.

    Le concept mme de corrlation des forces tait mal compris en Occident. Souvent traduit par quilibre des forces ou rap-port des forces , il n'tait appliqu qu'au domaine militaire et, la plupart du temps, limit au domaine quantitatif. Or, dans la pense sovitique, la corrlation des forces tait un phnomne la fois plus large et plus subtil:

    Plusieurs critres existent pour l'valuation de la corrlation des forces. Dans le domaine conomique, les facteurs habituellement compars sont le produit national brut par tte d' habitant, la productivit du travail, la dynamique de la croissance conomique, le niveau de la production, industrielle, particulirement dans les secteurs de pointe, l'infrastructure technique de l'instrument de production, les ressources et le degr de qualification de la force de travail, le nombre de spcialistes et le niveau de dveloppement des sciences thoriques et appliques. Dans le domaine militaire, les facteurs compars sont la quantit et la qualit des armements, la puissance de feu des forces armes, les qualits de combattant et morales des soldats, le niveau d'instruction des tats-majors, l'organisation des troupes et leur exprience au combat, le caractre de la doctrine militaire et les mthodes de la pense stratgique, oprative et tactique. Dans le domaine politique, les facteurs qui entrent en considration sont la largeur de la base sociale de l'autorit de l'tat, son organisation, la procdure constitutionnelle des relations entre le gouvernement et les organes lgislatifs, la capacit de prendre des dcisions oprationnelles et le degr et le caractre du soutien du peuple la politique intrieure et trangre. Finalement, en regard de l'valuation de la force du mouvement international, les facteurs pris en considration sont sa composition quantitative, son influence auprs des masses, sa position dans la vie politique de chaque pays, les principes et normes des relations entre ses composantes et le degr de leur cohsion 1.

    1. G. Shakhnavzarov, On the problem of Correlation of Forces in the World, Kommunist, nO 3 (fvrier 1974), p. 86.

  • 52 LA GUERRE ASYMTRIQUE

    La corrlation des forces constituait ainsi une forme globale et complexe du centre de gravit dfini par Clausewitz, sortant du domaine militaire et en cohrence avec la dfinition marxiste de la guerre. TI n'est pas dfini en termes quantitatifs, mais comme un quilibre {corrlation} entre plusieurs facteurs. Or, ce centre de gravit pouvait tre dtruit par des stratgies directes (la guerre ouverte classique , conventionnelle ou nuclaire) ou par des stratgies indirectes (la subversion et ce que l'on appellera plus tard la guerre de l'information).

    Le principe de la coexistence pacifique s'intgrait parfaite-ment son tour dans cette conception globale de la guerre, ainsi qu'en tmoigne la SVE:

    La coexistence pacz/ique est une mthode importante pour assurer des conditions favo