La fraude via les médias sociaux

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  • La fraude via les mdias sociaux

    Nancy Ryan, Pierre-Eric Lavoie, Benoit Dupont & Francis Fortin

    Note de recherche no. 13

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    Benot Dupont, Ph.D. Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en scurit, identit et technologie, Universit de Montral Francis Fortin, M.Sc. Direction du renseignement et des enqutes criminelles, Division de l'analyse stratgique, Sret du Qubec Pierre-Eric Lavoie, Candidat la Matrise cole de criminologie, Universit de Montral Nancy Ryan, Candidat la Matrise cole de criminologie, Universit de Montral Cette recherche a t entreprise grce au soutien financier du Conseil de Recherches en Sciences Humaines du Canada et du Programme des chaires de recherche du Canada, ainsi quen partenariat avec la Sret du Qubec. La Chaire de recherche du Canada en scurit, identit et technologie de lUniversit de Montral mne des tudes sur les pratiques dlinquantes associes au dveloppement des technologies de linformation, ainsi que sur les mcanismes de contrle et de rgulation permettant dassurer la scurit des usagers. Elle collabore pour cela avec des organismes gouvernementaux et des entreprises. Prof. Benot Dupont Centre International de Criminologie Compare (CICC) Universit de Montral CP 6128 Succursale Centre-ville Montral QC H3C 3J7 - Canada benoit.dupont@umontreal.ca www.benoitdupont.net Fax : +1-514-343-2269 Chaire de recherche du Canada en scurit, identit et technologie 2011

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    Faits saillants Les mdias sociaux ont connu ces dernires annes une croissance exponentielle. Facebook, le plus populaire dentre eux, revendiquait ainsi plus de 500 millions de membres au dbut de lanne 2011. Tout comme les autres innovations technologiques survenues avant eux, les mdias sociaux prsentent des opportunits intressantes pour les fraudeurs qui peuvent exploiter la confiance liant les usagers de ces services en ligne. Afin de mieux comprendre la nature et la structure de ces risques, une base de donnes dincidents criminels associs des sites de socialisation en ligne a t constitue partir de comptes-rendus mdiatiques. Lchantillon global comprend 1301 cas recueillis sur une priode de vingt-quatre mois (octobre 2008 septembre 2010), dont 10,1% (131 cas) concernent des affaires de fraude. Il est possible de classer celles-ci en deux grandes catgories : les fraudes labores qui se divisent en quatre sous-catgories (la fraude par abus de confiance, la fraude de location immobilire, la fraude par usage de faux et loffre de services sans permis) et le vol didentit. Les fraudes labores (76,3%) reprsentent un volume trois fois plus important daffaires dans notre chantillon que les vols didentit (23,7%). eux seuls, les abus de confiance (29,8%) et les locations immobilires fictives (24,4%) sont responsables de plus de la moiti des fraudes perptres par le biais des mdias sociaux. La grande majorit des incidents rapports par les mdias se sont produits sur Craigslist (77,9%) alors quune minorit dentre eux sont survenus sur Facebook (13%). Presque tous les vnements de fraude labore se sont drouls sur des sites dannonces classes (93%) alors que les vols didentit se commettent majoritairement sur les sites de rseautage social (71%). Concernant lge des suspects et des victimes, les rsultats montrent que les fraudeurs sont un peu plus jeunes en moyenne (29,7 ans) que les victimes (33,3 ans). De plus, les fraudeurs labors (34,6 ans) seraient plus gs que les voleurs didentit (24 ans). Comme pour la majorit des crimes commis sur le web 2.0, les suspects de fraudes sont presque tous de sexe masculin (80%). Il faut toutefois noter que le vol didentit semble attirer une plus forte proportion de suspects de sexe fminin (26,3%) que les fraudes labores (17,1%).

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    Les rsultats montrent galement que les victimes de fraudes commises sur le web 2.0 sont rparties plutt galement selon le sexe. En effet, sur les 71 victimes identifies, 49,3% sont de sexe masculin. Lingnierie sociale est la technique de prdilection des fraudeurs sur les mdias sociaux, devant les comptences informatiques, ce qui limite lefficacit des solutions technologiques pour prvenir ce type de dlinquance.

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    Introduction La fraude est un crime qui se prsente sous divers aspects. Il sagit dun terme large qui englobe tout acte illgal qui utilise la tromperie, la falsification ou limposture, afin de se procurer des biens, des bnfices financiers, ou des privilges au dpend dindividus ou dorganisations prives ou publiques. La fraude existe sous diffrentes formes : contrefaon, vol didentit, abus de confiance, dtournement de fonds, rclamation mensongre aux assurances, fraude pyramidale ou encore vasion fiscale. Avec le dveloppement des moyens de communication en ligne, les fraudeurs ont accs un bassin de victimes toujours plus grand. La dmocratisation de lInternet sest accompagne de diverses formes de fraudes comme les lettres nigrianes, lhameonnage, les fraudes impliquant la vente fictive dune automobile, les combines offrant des opportunits daffaires ou la possibilit de travailler domicile, les fraudes davances de fonds et les arnaques romantiques. Il est donc peu surprenant que le passage vers une deuxime gnration dapplications Internet prsente de nouvelles opportunits pour les fraudeurs. Cette note explorera la fraude associe au web 2.0. Les donnes utilises furent recueillies dans le cadre dune vigie mdiatique qui compile, depuis octobre 2008, diffrents articles de presse concernant des comportements dviants impliquant une interaction avec le web 2.0. Ces donnes furent recueillies laide du logiciel Yahoo! Pipes qui met la disposition de lutilisateur des outils permettant de filtrer et de structurer de grandes quantits dinformations. En liminant le tri manuel, Yahoo! Pipes permet de couvrir quotidiennement 87 sources mdiatiques (Dupont, Lavoie et Fortin, 2010). En date du 9 mars 2011, lchantillon comportait 1301 cas, permettant lidentification de 1087 suspects et de 670 victimes de crimes commis sur le web 2.0.

    La fraude observe sur le web 2.0 Tout comme les outils de communication qui lont prcd, le web 2.0 prsente des opportunits intressantes pour les fraudeurs. Dune part, le web 2.0 ouvre la porte aux fraudes reposant sur des abus de confiance. En effet, les informations diffuses par le biais des mdias sociaux ne proviennent gnralement pas des fournisseurs de services tels que Facebook ou Twitter, mais plutt des autres utilisateurs avec qui la victime partage des intrts ou entretien des liens damiti. Lutilisateur du web 2.0 postule donc par dfaut la bonne foi de la personne lorigine des informations, sur la base dinteractions pralables. Cette confiance est toutefois exploite par les fraudeurs qui vont par exemple prendre illgalement le contrle dun compte Facebook et personnifier lami de lutilisateur afin de soutirer de largent ce dernier. Un autre peut adopter lidentit dun individu clbre sur Twitter et mettre des messages qui vont profiter de la rputation de la victime pour recruter des victimes potentielles. Le

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    vendeur sur Craigslist, un site gratuit de petites annonces, fera miroiter aux chasseurs daubaines des transactions des tarifs trs avantageux qui se rvleront irralistes. Les rsultats de lanalyse des 1301 affaires de dlinquance associes des mdias sociaux dmontrent que la fraude constitue 10,1% (n=131) des cas composant notre chantillon, ce qui semble peu pour un tel type dactivit dlinquante et est certainement partiellement attribuable sa sous-reprsentation mdiatique. Il est possible de classer les affaires de fraude en deux grandes catgories : les fraudes labores et le vol didentit. Les fraudes labores se divisent en quatre sous-catgories : la fraude par abus de confiance, la fraude de location immobilire, la fraude par usage de faux et loffre de service sans permis. Distribution des fraudes

    Types de fraudes Frquence Pourcentage

    Fraudes labores 100 76,3%

    Fraude par abus de confiance 39 29,8%

    Fraude de location immobilire 32 24,4%

    Fraude par usage de faux 23 17,6%

    Offre de service sans permis 6 4,6%

    Vol d'identit 31 23,7%

    Total 131 100%

    Il ressort de ces rsultats que les fraudes labores sont plus frquemment prsentes dans les mdias que les vols didentit. En effet, alors que les fraudes labores constituent 76,3% (n=100) des nouvelles portant sur la fraude, seulement 23,7% (n=31) relvent du vol didentit. Il nous est impossible de savoir si cette faible prsence du vol didentit reflte une sous-reprsentation attribuable un biais mdiatique (en raison par exemple de la prolifration de telles affaires ou des faibles montants financiers extorqus aux victimes), ou si les fraudeurs ngligent effectivement le vol didentit pour se focaliser sur des pratiques frauduleuses plus rentables et exigeant moins defforts. Le type de fraude labore le plus commun dans les mdias est la fraude par abus de confiance, suivi de la fraude de location immobilire. Les rsultats montrent effectivement que 29,8% (n=39) des affaires de fraude constituent de la fraude par abus de confiance et que 24,4% (n=32) impliquent de la location immobilire.

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    Les diffrentes formes de fraudes commises laide du web 2.0

    La fraude labore

    La fraude labore constitue un acte de tromperie commis dans le but de raliser un gain, et ce, sans vol didentit. La fraude labore serait plutt commise par des suspects de sexe masculin. En effet, 82,9% des suspects identifis seraient des hommes. Les victimes de fraudes labores sont galement rparties entre les hommes et les femmes (n=50).

    Fraude par abus de confiance

    Ce type de fraude implique que larnaqueur abuse de la confiance accorde par un acheteur dans un contexte de transaction ralise en ligne, en ne donnant pas le bien ou le service att