La finance islamique : fondements, théorie et réalité .Banque islamique de développement...

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    L'Actualit conomique

    La finance islamique : fondements, thorie et ralit

    Andr Martens

    Volume 77, Number 4, dcembre 2001

    URI: id.erudit.org/iderudit/602361arDOI: 10.7202/602361ar

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    Publisher(s)

    HEC Montral

    ISSN 0001-771X (print)

    1710-3991 (digital)

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    Cite this article

    Martens, A. (2001). La finance islamique : fondements, thorieet ralit. L'Actualit conomique, 77(4), 475498.doi:10.7202/602361ar

    Article abstract

    The practice of 0 10 1rib ("usury" or "interest" in Arabic) isforbidden by Islam. This prohibition is inscribed in IslamicLaw originating during the Middle Ages in The Arab Peninsula.It is at the core of what is called "Islamic finance", having hada remarkable expansion in the second part of the twentiethcentury. This article focuses on the origin of 0 10 1rib prohibition,the problems facing Islamic finance at the eve of the thirdmillennium and the development prospects of Islamicfinancial institutions.

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    rudit is a non-profit inter-university consortium of the Universit de Montral,Universit Laval, and the Universit du Qubec Montral. Its mission is to promoteand disseminate research. www.erudit.org

    Tous droits rservs HEC Montral, 2001

    https://id.erudit.org/iderudit/602361arhttp://dx.doi.org/10.7202/602361arhttps://www.erudit.org/en/journals/ae/2001-v77-n4-ae2765/https://www.erudit.org/en/journals/ae/https://apropos.erudit.org/en/users/policy-on-use/

  • L'Actualit conomique, Revue d'analyse conomique, vol. 77, n 4, dcembre 2001

    LA HNANCE ISLAMIQUE : FONDEMENTS, THORIE ET RALIT*

    Andr MARTENS Dpartement de sciences conomiques et Centre de recherche et dveloppement en conomique (C.R.D.E.) Universit de Montral

    RSUM - L'Islam interdit le rib **, mot arabe signifiant la fois usure et intrt. L'inter-diction du rib figure dans la loi islamique, ne dans l'Arabie du Moyen ge. Elle est la base de la finance islamique qui connut une expansion remarquable durant la deuxime moiti du XXe sicle. Nous nous interrogeons sur les origines de cette interdiction, sur les problmes que connat actuellement la finance islamique et sur ses perspectives d'avenir.

    ABSTRACT -The practice of rib ( usury or interest in Arabie) is forbidden by Islam. This prohibition is inscribed in Islamic Law originating during the Middle Ages in The Arab Peninsula. It is at the core of what is called Islamic finance , having had a remark-able expansion in the second part of the twentieth century. This article focuses on the origin of rib prohibition, the problems facing Islamic finance at the eve of the third millennium and the development prospects of Islamic financial institutions.

    INTRODUCTION

    Lorsque le prsident d'une socit savante comme la ntre doit choisir le thme de la confrence qu'il fera ses membres, il a essentiellement trois options devant lui :

    lancer une ide nouvelle qu'il a teste ou qu'il suggre de tester;

    faire une synthse de l'tat de l'art dans son domaine de spcialisation;

    ou encore, prsenter une problmatique qui l'intresse et qui, du moins l'espre-t-il, sera susceptible d'intresser ses collgues.

    * Confrence prsidentielle, 41e congrs de la Socit canadienne de science conomique, Qubec, les 16 et 17 mai 2001. Une grande partie du matriel qui servit l'laboration de ce texte a t rassemble, au Caire, en 1999, lors d'un sjour que je fis au Forum pour la recherche conomique dans les pays arabes, l'Iran et la Turquie. Je remercie galement mes collgues Abraham Hollander, Fethy MiIi et Franois Vaillancourt, ainsi que Glyn R. Berry, du Haut commissariat du Canada au Pakistan, et mon ancien tudiant, Marc Bellemare, d'avoir attir mon attention sur des sources docu-mentaires additionnelles qui me furent fort utiles.

    ** Les mots arabes crits en italiques dans le texte respectent le systme de translittration de l'arabe au franais adopt par VEncyclopdie de l'Islam (Editions G.-P. Maisonneuve et Larose, Paris, 1994).

  • 476 L'ACTUALIT CONOMIQUE

    En dcidant de vous parler aujourd'hui de la finance islamique, de ses fonde-ments, de sa thorie et de sa ralit, j 'ai clairement retenu la troisime option.

    Mon intrt pour la finance islamique remonte la fin des annes soixante-dix, poque laquelle j'avais cr, l'Universit de Montral, le cours d'conomie du monde arabe. Une partie du syllabus, qui fut ultrieurement publi sous forme d'ouvrage, tait en effet consacre l'influence de l'Islam sur l'activit conomique (Martens, 1983 : chapitre T). Depuis cette poque, le phnomne de la finance islamique a pris suffisamment d'ampleur pour que quiconque s'intressant de nos jours l'conomie internationale et du dveloppement ne puisse plus se permettre de l'ignorer. Finalement, l'histoire de la finance islamique, elle-mme, ne manque pas de charme, puisqu'elle nous permettra de faire une brve incursion dans l'Arabie du Moyen ge. ces diverses raisons, qui dictrent mon choix, s'en ajouta une autre, de nature plus anecdotique, que je ne peux m'empcher de par-tager avec vous.

    En avril 1999, lorsque mes collgues, Marcel Boyer et Georges Dionne, m'offrirent, au nom du conseil d'administration de la Socit Canadienne de Science conomique, de prendre la prsidence de cette dernire, j'tais en cong sabbatique au Moyen-Orient et reus la nouvelle par tlcopieur dans le petit appartement que mon pouse et moi occupions au Caire. Rticent accepter de nouvelles responsabilits, je dclinai tout d'abord cet honneur. Mes collgues ne se laissrent pas abattre par ce refus et Marcel Boyer, faisant preuve de son nergie proverbiale, me tlphona de Montral pour me faire changer d'ide. Dans son effort pour me convaincre, il me dit deux choses. La premire tait que le congrs de la Socit que je devrais organiser, en mai 2000, Montral, ne me demanderait que peu de travail. C'tait videmment une reprsentation tout fait fausse de ce qui m'attendait, comme peuvent en tmoigner deux de mes collgues ici prsents, Jean-Marie Dufour, qui organisa le congrs de 1999, et Marc Van Audenrode, organisateur du congrs qui nous runit aujourd'hui. La deuxime chose que me dit mon ami Marcel est que je serais aussi dans l'obligation de prononcer le discours prsidentiel du congrs de 2001. Mais, qu' cela ne tienne, ajouta-t-il, ce que tu fais actuellement au Caire intressera srement les partici-pants . Or, Marcel ne savait absolument pas ce que je faisais ce jour-l dans la capitale gyptienne. J'aurais trs bien pu tre occup lire les Quatrains du Persan Omar Kayym ou me rgaler de quelque vers truculent du pote abasside Abou Naws, ce qui vous aurait valu ce soir un discours aux effluves erotiques et mme enivrantes. Mais pour votre malheur, j'tais tout simplement plong dans la lec-ture d'un entretien, sur lequel nous reviendrons, qu'avait accord un professeur d'universit gyptien un chercheur franais, sur les motifs qui l'avaient pouss placer une partie de son pargne dans une banque islamique du Caire... J'accep-tai la prsidence de notre Socit.

    1. LA HNANCE ISLAMIQUE L* AUBE DU TROISIME MILLNAIRE

    Les indices de l'importance actuelle de la finance islamique (FI) sont nombreux.

  • LA RNANCE ISLAMIQUE : FONDEMENTS, THORIE ET RALIT 477

    La valeur des actifs des institutions de financement islamique (IFI) tait d'environ cinq milliards de dollars US en 1985 (Iqbal, 1997). Elle est estime, l'aube du troisime millnaire, 100 milliards de dollars, ce qui, titre de compa-raison, reprsente prs du quart de la dette extrieure court terme des pays en dveloppement (Banque mondiale, 2000 : 79).

    Au dbut des annes quatre-vingt, deux pays ont introduit officiellement grande chelle les pratiques de la FI : l'Iran, de manire presque draconienne, le Pakistan, d'une faon plus graduelle (Khan et Mirakhor, 1990; Anwar, 1992). Ces dernires annes, les IFI se sont multiplies dans les pays majoritairement musul-mans : en Arabie Saoudite, au Bahren, au Bangladesh, au Brunei, en Egypte, aux Emirats arabes unis, en Jordanie, en Malaisie, au Sngal, au Soudan et mme en Turquie o l'attachement la lacit, du moins au plan officiel, est bien connu (tableau 1). L'Irak et la Syrie, o gouverne un parti farouchement laie, le barat_Ji, ou parti socialiste arabe, sont les exceptions qui confirment la rgle.

    Les IFI ont aussi fait leur apparition dans des pays non musulmans, mais o vit une minorit musulmane relativement importante et en expansion : au Danemark, aux Etats-Unis, particulirement dans la rgion de Dtroit et en Californie, en Grande-Bretagne, aux Philippines et aussi au Canada. Montral, une socit islamique de financement hypothcaire fonctionne depuis 1991 (Vogel et Hayes, 1998 : 22-23; Shepherd, 2000). Certaines des IFI ont en outre choisi d'installer leur sige ou d'effectuer une partie de leurs oprations dans des places financires internationales connues pour leur respect du secret bancaire et leurs avantages fiscaux, comme les les Anglo-Normandes, le Luxembourg et la Suisse.

    S'inspirant des modles prcurseurs de la banque Amanah aux Philippines, en 1973 (Ariff, 1988), et de la Citibank au Bahren, en 1996 (Iqbal, 1997), des banques occidentales n'ont pas hsit, ces dernires annes, ouvrir dans le monde musulman des succursales o coexistent deux guichets de dpt et d'emprunt : l'un conventionnel, c'est--dire de type occidental, l'autre islamique. Plusieurs banques locales ont fait de mme.

    Signe de respectabilit, la FI a ses propres revues scientifiques : depuis plu-sieurs annes, le Jou