La déportation des députés à la Guyane, leur évasion et leur retour en France

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Auteur : Isaac-Etienne de La Rue / Ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des Antilles et de la Guyane. Bibliothèque Alexandre Franconie, Conseil Général de la Guyane.

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  • MANIOC.orgBibliothque Alexandre Franconie

    Conseil gnral de la Guyane

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  • Hliog.Dujardin Imp. Ch Wittmann

    Le chevalier de Larue D'aprs une miniature de Dubois

    E.PLON.NOURRIT & Cie Edit

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    Conseil gnral de la Guyane

  • L A

    DPORTATION DES DPUTS A L A G U Y A N E

  • Ce volume a t dpos au ministre de l'intrieur (section de la librairie) en janvier 1895.

    PARIS. T Y P . D E E . P L O N , N O U R R I T E T C I E, R U E GARANCIRE, 8. 109.

  • H I S T O I R E D U D I X - H U I T F R U C T I D O I

    LA

    DPORTATION DES DPUTS A LA G U Y A N E

    L E U R V A S I O N E T L E U R R E T O U R E N F R A N C E

    PAR

    L E CHer DE L A R U E

    P A R I S L I B R A I R I E P L O N

    E. P L O N , N O U R R I T ET C i e, I M P R I M E U R S - D I T E U R S RUE GARANCIRE, 1 0

    1895

  • AVIS DES DITEURS

    Les Mmoires que nous prsentons au public sont extraits d'un ouvrage paru en 1821, en deux volumes, sous un titre au got du temps : Histoire du Dix-Huit Fructidor ou Mmoires contenant la vrit sur les divers vnements qui se rattachent cette conjuration, prcds du tableau des factions qui dchirent la France depuis quarante ans, et termins par quelques dtails sur la Guyane considre comme colonie, par le Chevalier de Larue, l'un des Dputs dports Sina-mari au 18 fructidor. Paris, Demonvilla, Imprimeur-libraire, rue Christine, n 2 ; Potey, libraire, rue du Bac, n 46; 1821.

    Au-dessous du titre, cette pigraphe : ... Quque ipse miserrima vidi, Et quorum pars magna fui.

    VIRG., nid., liv. 2. Ces deux volumes sont devenus aujourd'hui

    presque introuvables. Il nous a sembl que ce qu'on peut appeler, proprement parler, l'histoire du Dix-Huit Fructidor, c'est--dire le rcit de l'arrestation des dputs, de leur dportation, de leur sjour Sinnamari et de leur

  • V I

    vasion, dont les dramatiques incidents sont peu connus, mritait d'tre remise au jour. Tente tout d'abord par la Revue hebdomadaire, cette publication y a t assez remarque pour attirer l'attention de critiques comptents (1), et pour que ce succs nous encourage complter l'ensemble de ces articles et leur donner la forme du volume.

    Beau-frre du clbre baron H y d e de Neuville et du comte Paul Hyde de Neuville (2), c o m m e eux, royaliste ardent et dtermin, le chevalier Isaac-tienne de Larue avait t n o m m dput au Conseil des Cinq-Cents par le dpartement de la Nivre en 1795. Il y prit tout de suite une attitude nette et dcide. Le parti royaliste prparait alors, par les voies constitutionnelles, sa revanche de l'chec qu'il avait subi le 13 vendmiaire an IV. O n sait qu'il y russit,

    (1) O n peut citer notamment les articles de M . Eugne Lautier dans le Temps du 10 aot et de M . Paul Perret dans la Libert du 26 aot 1894.

    (2) O n verra plus loin (page 90) quel fut le dvouement du jeune comte Paul H y d e de Neuville et quels prils il s'exposa pour secourir les dports, lors de leur embarquement Rochefort. C e courage et cette fermet ne devaient d'ailleurs jamais se dmentir. D e quatre ans plus jeune que le baron Guillaume H y d e de Neuville, Paul H y d e de Neuville fut ml de bonne heure aux entreprises et aux preuves de son frre. Arrt une premire fois, en 1800, la suite de la dcouverte de l'Agence secrte dirige par le chevalier de Coigny et le baron H y d e de Neuville, il subit un emprisonnement de quatre mois au Temple, suivi d'une rigoureuse surveillance de la police qui dura jusqu'en 1806. A cette poque, il se dcida rejoindre son frre en Amrique. Rappel en France en 1808 par la mort de sa mre, il fut arrt de nouveau, ds son retour, La Charit-sur-Loire, conduit au Chteau-d'If, les menottes aux mains, et n'en sortit qu'en 1810, aprs deux ans et demi de captivit.

  • VII

    et que, peu aprs, les lections de l'an V amenrent dans le Corps lgislatif une majorit contre-rvolutionnaire. Barb-Marbois devint alors prsident du Conseil des Anciens, et l'on porta la prsidence du Conseil des Cinq-Cents le gnral Pichegru dont l'accord tait fait depuis plusieurs mois avec les princes exils. L e chevalier de Larue fut n o m m , avec Pichegru et quelques amis politiques, m e m b r e de la C o m mission des inspecteurs du Conseil des Cinq-Cents, situation qui a quelque analogie avec celle des questeurs de nos Assembles d'aujourd'hui. Et la lutte entre le Directoire et les Conseils prit aussitt un caractre aigu.

    L e Directoire tait divis : d'un ct, Barthlemy, que la raction venait de n o m m e r en remplacement de Letourneur, m e m b r e sortant, et dont les inclinations royalistes taient bien connues ; de l'autre, Rewbell et Larevellire - L-peaux, rpublicains dclars, rsolus dfendre la cause de la Rvolution m m e par la force, et, avec eux, Barras, dconsidr, s'occupant d'affaires et de plaisirs plus que de politique, mais gagn par ses deux collgues et ralli ce que de Larue appellera la conjuration du triumvirat directorial .

    Carnot se tenait l'cart des uns et des autres. Les deux partis sollicitrent son appui : il le refusa l'un et l'autre, ne voulant ni s'allier aux royalistes ni s'associer des mesures qu'il regardait c o m m e inconstitutionnelles. Les Mmoires du chevalier de Larue sont tout fait probants sur ce point et, c o m m e on

  • VIII le verra, d'une g r a n d e i m p o r t a n c e historique.

    M a i s o n y verra aussi q u e , lorsque le plan f o r m par les trois directeurs, Barras, R e w b e l l et Larevellire - L p e a u x , p o u r rduire leurs adversaires et a n n u l e r les lections d e plus d e cinqu a n t e d p a r t e m e n t s , fut c o n n u d a n s les Conseils, l'nergie ncessaire la rsistance, c'est l'expression m m e d u chevalier d e L a r u e , se co n c e n t r a d a n s u n e trs petite majorit . A u s s i les royalistes n e purent-ils rien e m p c h e r ; la force t r i o m p h a , et le P o u v o i r Excutif vainquit les Conseils (18 fructidor a n V 4 sept e m b r e 1 7 9 7 ) .

    Il apparat bien, d'aprs le rcit d u chevalier d e L a r u e , q u e cette majorit contre-rvolutionnaire sortie d e s lections d e l'an V n e portait p a s e n elle l'unit d e v u e s et d e s e n t i m e n t s qui l'et faite puissante.

    Elle avait d e s craintes plutt q u e d e s desseins arrts, et savait m i e u x c e qu'elle n e voulait p a s q u e ce qu'elle voulait. Ainsi constitue, elle devait temporiser, hsiter d e v a n t l'action, disputer sur les m e s u r e s p r e n d r e : elle m a n q u a d e coh s i o n , et ce fut la s o u r c e d e sa faiblesse.

    M a i s le chevalier d e L a r u e appartenait, lui, la minorit d e cette majorit, il tait a u p r e m i e r r a n g d u petit g r o u p e entreprenant et rsolu qui ess a y a d e l'entraner e n avant et d e la p o u s s e r agir : il s'effora e n toute o c c a s i o n d e d m a s q u e r les m e n e s d u triumvirat directorial, il aurait v o u l u les d e v a n c e r . C e fut lui qui, d a n s la s a n c e d u 2 0 juillet, rendit c o m p t e d e s r p o n s e s vasives faites par le Directoire sur la m a r c h e

  • I X

    des troupes qui, sous la conduite du gnral Hoche, s'avanaient vers Paris ; et ce fut encore lui qui, le 4 aot suivant, prsenta u n rapport sur ce sujet et sur tous les complots dirigs contre le Corps lgislatif : il demandait que le Directoire en ft connatre et poursuivre tous les auteurs.

    O n comprend qu'ayant pris une si grande part aux mouvements qui prcdrent la journe du 18 Fructidor, il ne pouvait chapper aux proscriptions qui suivirent le triomphe du Directoire. Arrt ds le matin de ce jour par Auge-reau, avec Pichegru et un certain nombre de ses collgues, il fut dport la Guyane.

    N o u s n'avons pas raconter ici ces vnements ; il en sera lui-mme le narrateur dramatique et passionn. Ajoutons seulement, pour complter en ce qui le concerne cette courte notice, qu'aprs son vasion et son retour en Angleterre, o il avait t prsent au comte d'Artois, il accompagna Pichegru en Allemagne pour le compte des princes ; puis revint en France o il s'associa aux entreprises et aux prils de son beau-frre H y d e de Neuville (1)

    (1) Mmoires et Souvenirs du baron Hyde de Neuville, 3 vol. in-8. Paris, E . Pion, Nourrit et Cie, diteurs.

    D e son mariage avec Marie-Suzianne H y d e de Neuville, le chevalier de Larue avait eu trois enfants, dont l'un mourut trs jeune, en 1806, de la petite vrole Bilbao. Le second, Thodore-tienne de Larue, vicomte de Saint-Lger, et plus tard marquis de Bemposta-Subserra en Portugal, naquit en 1799. Officier de la garde royale, il suivit Louis XVIII Gand, fit avec le duc d'An-goulme la campagne d'Espagne en 1823, fut attach l'tat-major du gnral Maison en Grce (expdition de More, 1828),

  • X

    pour la cause royale. Bientt poursuivi par la police consulaire, oblig de se cacher pendant un certain temps et m m e de se rfugier Bilbao, le dpartement de la Nivre lui fut enfin assign c o m m e rsidence, et il y fut tenu en surveillance jusqu'en 1814. Larue fut alors cr chevalier de la Lgion d'honneur par le gouvernement de la Restauration qui lui devait bien cela. E n 1816, il fut n o m m chevalier de Saint-Louis, et conservateur des Archives de France, en remplacement de Daunou, et garda cet emploi jusqu' la rvolution de juillet 1830, que suivit de prs sa mort. Il mourut dans les premiers jours d'aot 1830. Il tait officier de la Lgion d'honneur depuis 1824.

    l'ambassade du duc de Raguse en Russie, et, en 1831, env