Jean Wahl Existence Humaine Et Transcendance

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  • TRE ET PENSER SIXIME CAHIER

  • LES CIRCONSTANCES ONT EMPCH L'AUTEUR DE REVOIR LES PREUVES DU PRSENT OUVRAGE. L'DITEUR s'EXCUSE DONC DES ERREURS QUI POURRAIENT NE PAS AVOIR T COR RIGES ET DES INITIATIVES QU'IL A D PRENDRE SANS L'AGRMENT DE

    L'AUTEUR,

  • TRE ET PENSER C A HIERS DE P HI L OS O P HIE

    JEAN WAHL

    EXISTENCE IIUMAINE ET

    TRANSC_ENDANCE

    JUIN 6 1 9 44 DI TI ONS DE L A B A C ONNIRE - NEUC HA TEL

  • Tous droits rservs pour traduction, reproduction ou adaptation par les ditions de la Baconnire Boudry (Suisse).

  • PRFACE

    Peut-tre n'est-il pas tout fait exact, bien que l'observation porte loin et fasse rflchir, de dire avec Jaspers que le XIXe sicle a vu se former une nouvelle sorte, dirons-nous une nouvelle race ? de penseurs , celle des potes-penseurs , de Nietzsche et de Kierkegaard. Ce n'est pas tout fait exact ; car un Pascal, un Lucrce, peut-tre un Dante, pour ne pas faire appel des noms plus anciens , sont galement des potes-penseurs . Et il ne serait pas tout fait exact non plus de dire que la philosophie de l'existence est ne au XIXe sicle. Un Pascal est la toujours vivante rfutation d'un pareil jugement. Et la philosophie de Platon n'est-elle pas troitement unie la mditation d'un existant qui fut Platon sur deux existants qui furent Platon et surtout Socrate. La philosophie de Platon est rflexion sur la vie, la condamnation, la mort de Socrate.

    Il n'en reste pas moins que peut-tre les cadres de la philosophie ont clat en ce milieu, en cette fin du XIXe sicle, comme d'ailleurs un peu les cadres de tous les genres. Il n'est plus beaucoup de peintres purs (si tant est qu'il y en ait jamais eu) . Un Courbet , un Manet furent peut-tre les derniers grands peintres. Un Van Gogh, un Czanne, c'est autre chose. Quel penseur avant Kierkegaard avait pris pour centre de sa mditation son exprience la plus personnelle et sa propre histoire ? Pour trouver

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    des cas analogues , c'est plutt vers des potes comme N erval ou Rimbaud qu'il faudrait nous tourner.

    Mais ce n'est pas seulement le fait qu'ils sont les potespenseurs 1 , ni mme cet autre fait qu'ils ont de communs adversaires : l'historien et le professeur de philosophie, ni mme le fait qu'en face de l'unit du monisme, ils dressent l'unicit de l'Unique et du surhomme 2 ; et ce n'est pas seulement parce que tous deux, ils suspendent l'thique , ni parce qu'ils opposent la rflexion philosophique 3, l'un la croyance, l'autre, la volont de puissance, ce ne sont pas toutes ces raisons qui expliquent la parent profonde, la concidence d'opposs, qui unit Kierkegaard et N ietzsche. A partir de la constatation : Dieu est mort, qu'ils prennent d'ailleurs en un sens oppos (pour l'un la mort de Dieu, d'un Dieu qui se rvle Dieu par sa mort, tant notre salut ; pour l'autre, notre salut tant la mort de Dieu, d'un Dieu qui par sa mort cesse d'tre Dieu) , ils poursuivent leur mditation qui est une recherche de l'ternit dans l'instant, dans l'instant de la rptition et de la rsurrection, vcu

    1 Remarquons aussi que tous deux, Nietzsche et Kierkegaard, doutent en mme temps qu'ils affirment et savent en mme temps qu'ils doutent. II s'agit moins chez eux d'affirmations dogmatiques que de passion et de volont (Cf. sur ce point ce qu'a crit Jaspers sur Nietzsche).

    Tous deux ont fait d'eux-mmes des problmes. De sorte qu'il y aurait tudier le rapport entre les potes-penseurs et les hommes problmatiques, entre la posie et le doute.

    2 C'est en ce sens que Lowith a dit que Hegel est le dernier grand philosophe.

    3 II serait intressant de suivre la lutte des philosophes de la fin du XIXe sicle et de ceux du XX8 sicle contre la philosophia perennis, qui peut-tre sait maintenant que comme les civilisations dont parle Valry, elle est mortelle : lutte contre Platon, contre une certaine conception, mon avis fausse, de Platon, lutte mene par Nietzsche, par Kierkegaard, par Bergson, par James, par Heidegger ; lutte contre Descartes, mene surtout par Heidegger et Jaspers ; lutte contre Spinoza (James) ; contre Leibniz (Russell).

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    par l'Unique pour Kierkegaard, dans l'instant de l' ternel retour, vcu par le surhomme pour Nietzsche. L'instant nietzschen comme l 'instant kierkegaardien est fusion de ce que Heidegger appellera les trois extases du temps, dans ce qu'il appellera , car sur ce point sa mditation ne fait que continuer celle de Nietzsche et de Kierkegaard , la dcision rsolue.

    L'un pose une immanence qui serait capable de nous craser autant que la transcendance, si nous nous laissions crser ; l 'autre une transcendance qui nous effraie et nous console. Tous deux placent l'homme devant un abme ; et c' est deux d-;;igts de sa perte, dans l'angoisse et le dchirement, qu'il se relve et se reprend.

    Par les paradoxes en face desquels ils se trouvent (naissance et mort de Dieu, ternel retour) , par les paradoxes qu'ils sentent en eux et qu'ils sont eux-mmes, en tant que vivant leurs discordances, l 'Unique kierkegaardien, le surhomme nietzschen aiguisent leur individualit.

    C'est partir de l que Nietzsche et Kierkegaard construisent leur dialectique existentielle, qu'ils se construisent, en tant qu'ils sont union des opposs, et pour reprendre l'antique mot d' Hraclite , accord du discordant. Ils sont dialectique vivante, sentie, non pas dialectique qui va de la thse l'antithse, puis la synthse, mais dialectique qui de la thse va une thse et une antithse, pour aller vers une thse non pose, non posable, et qui est comme un vanouissement de la conscience dans l 'extase de Sils Maria 1 ou dans la mditation religieuse.

    1 Les contradictions de Nietzsche, nous dit Jaspers, doivent chaque fois nous orienter vers un .centre indicible par leur rapport avec lequel elles acquirent leur sens profond.

    La pense de l 'ternel retour est destructrice et constructive : destructrice, elle affirme l 'absurde ; constructive, elle r-affirme l ' tre et tablit la

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    Par opposition la dialectique hglienne (thse-antithsesynthse) et mme la dialectique platonicienne (dialectique ascendante, contemplation, dialectique descendante) , on peut concevoir une dialectique existentielle qui irait de la prsence la dialectique, et de la dialectique l' extase par un jeu d'antithses qui se dtruisent pour cder la place cette dernire. De l'extase de la perception, ontologie positive, l'extase du mystre , ontologie ngative, de la plnitude du rel la vacuit apparente de l'tre sur-rel on va par cette dialectique, ce va-etvient de la pense et ce dchirement d'antithses.

    Courtes chanes dialectiques entre deux moments o le dialogue cesse, du moins le dialogue apparent, pour laisser la parole, si je puis dire, au silence. Silence de la perception par laquelle l 'esprit se nourrit des choses, silence de l' extase o il se fond avec le plus haut point de lui-mme et du monde.

    Entre les deux, cette tension, cette intensit qui dfinit l'existence place entre l'immanence transcendante de la perception et la transcendance immanente de l ' extase.

    Ces derniers mots nous montrent que mme en ces moments de cessation du dialogue, le dialogue continue, que ds que la rflexion s'attache elles, il y a une dialectique de la perception et une dialectique de l' extase 1.

    Cette tension entre les antithses, nous la trouverons tout

    valeur infinie de l 'instant. L'art de Nietzsche consiste faire de la plus grande insatisfaction la plus grande satisfaction, du devenir absurde un tre accompli fait d'instants divins, de la dcadence la porte qui mne la plus riche et la plus hardie des cultures.

    1 Un Platon, un Damascius, un Hegel, un Kierkegaard ont su nous faire sentir cette jonction quasi ineffable du rapport et du non-rapport, de l 'immanence et de la transcendance. L'absolu est donn dans son rapport avec le subjectif et pourtant ne peut jamais tre donn dans ce rapport. Situation qui est la situation aussi de la personne et mme de la chose.

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    moment, que nous prenions l'ide d'tre qui se scinde en son aspect obj ectif et son aspect subj ectif, en rsistance et en achvement, en indpendance et en communion, ou l'ide d'absolu qui se scinde en un absolu transcendant et en un absolu immanent, en l 'absolu de Damascius et en l'absolu de Bradley, en heurt et en plonge, en dchirure et en union. S'il y a une vrit qui paraisse j aillir de ces tudes, c ' est celle de cet indicible, duquel part le discours, auquel revient le discours, sans que ce soit le mme indicible, duquel il sort et vers lequel il va.

    La dialectique hglienne mne la vision d'une totalit, et il en tait de mme de la dialectique platonicienne. La dialectique que nous entrevoyons reste dans le partiel, et se rattache une logique de la qualit o le plus n'est pas plus que le moins , et qui, parfois, nous orienterait non vers une vue plus riche de l'univers , mais vers un contact plus nu, avec certaines parties de l'univers , avec ces particuliers infimes dont parle un Blake et auxquels pense un Nietzsche.

    L'ineffable auquel nous arriverons pourra tre mis au pluriel ; il y aura des ineffables, des uns multiples, chacun infini, des limits-illimits. L 'absolu n'est pas la totalit (en tout cas , n'est pas la totalit qui serait un ensemble et un englobement) . Il est intensit ou densit. Il s 'agit pour nous d'un absolu senti, et qui peut tre senti dans telle chose toute petite.

    *

    Rarement on put voir aussi fortement l'uvre la dialectique immanente aux systmes que dans le droulement de la pense contemporaine ; l'idalisme de Royce appelle en quelque

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    sorte le no-ralisme de Perry ; et le no-ralisme appelle le ralisme tout diffrent, tout oppos, de Strong et de Santayana. Husserl qui prfigure dans sa philosophie l'tre-dans-le-monde heideg