Intime, Le Poete Vierge. (Oneirocritée)

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Intime, Le Poete Vierge. (Oneirocritée)

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  • ^^m

  • Charles BaudelaireINTIME

  • DTAIL DU TIRAGE

    I exemplaire unique sur papier de Chine.

    20 exemplaires sur papier du Japon, numrots de a 21.

    250 exemplaires sur papier vlin d'Arches, numrotsde 22 271.

    ]\fo 222

  • NADAR ]jp.sul.;;;\

    Charles BaudelaireINTIME

    LE POTE VIERGE

    Dposition Documents Notes Anecdotes

    Correspondances Autographes et Dessins

    Le Cnacle La Fin

    PARIS ^>

  • A Jacques CRPET

    Poursuivant l'oeuvre paternelle, vous tmoignez vail-lamment que votre gnration ne garde pas fidlit

    moins pieuse la grande mmoire du pote dont jefus l'ami-

    Et votre zle est mme venu relancer le tardif hommagede ces pages ds longtemps jaunies que tout l'heure,

    sans l'encouragement de votre coopration offerte, mes

    quatre-vingt-huit ans laissaient derrire eux, feuilles

    mortes...

    Acceptez-en la ddicace qui vous est due.

    NADAR

  • Cherchez la femme ! a-Non dit. L'adages'impose ici premier.

    ^Joici donc tout d'abord celle qui prit telle

    place dans la Vie du pote, celle que l'ceuVre

    treint tant de pages, surtout par les colres

    et imprcations, la Voici telle que le hasard

    nous la fit connatre aVant de rencontrer

    Baudelaire lui-mme.

    Assez mal commode nous sera de retrou-Ver aujourd'hui, par ce Paris bouscul oGomboust aVec son plan ne se repreraitplus, la place de notre premire Vision de

    Jeanne DuVal. Essayons.

    *

  • >?ers 1839-40, sauf erreur, pas loin en

    tout cas, RiVe Gauche. Les grands bou-

    levards Saint-Michel, Saint-Germain n'exis-

    tent pas encore. Par les boues d'un inextri-

    cable lacis d'artrioles, Cluny touffe, em-

    mur. Des tronons de colonnes, des gar-

    gouilles en dbris jonchent son jardin. Dansun foisonnement de lierres et de mousses

    un petit garni borgne, l' Htel des Thermesde Jules Csar , rien que cela! a

    pouss en parasite sur l'un de ses flancs. Duquai del'Htel-Dieu, Vers son Petit Pont ,

    partent en jets de fuses sur le montant de

    Sainte-GeneViVe les deux rues troites et

    Visqueuses l'enVi de Saint-Jacques et de

    La Harpe (V/

  • Au tiers peine de la monte jumelle, une manire de repos en intersection sur la

    droite, une petite place pans asymtriques

    qui a nom le Clotre Saint-Benoist. DeVant

    nous, une antique btisse dont la stature

    noircie se dtache des masures Voisines

    un ou deuK tages en pltras : l'ancienne

    glise des Cordeliers, depuis longtemps

    dsaffecte , c'est le cas de le dire. Son

    club fut clbre l'heure des Jacobins.

    Pour aujourd'hui la Vieille basilique estdevenue thtre : le Thtre du Panthon. Le

    choeur dfonc, planchi, aVec pratica-

    bles , est la scne ; le rideau s'agraffe, la

    herse s'allume entre les ogiVes. Au-deVant

    de l'abside coupe par des cloisonnages, leVaisseau appartient la salle et au;c con-

    trles. Aux bas-ctes du choeur, qui sont de

    trs hauts cts, le long des pais piliers en

    points d'attache se dressent les montants et

    portants de sapin o s'appuie, assist de la

  • toile de fond, un dcor peinturlur par un

    pinceau ingnu : Ciceri ni Rub ne travail-lent pour les croquants de tel endroit. Cedcor surmen, caill, raill qui nous futdj tant de fois serVi, reprsente un salon

    bourgeois, et tout est en place pour la pre-

    mire d'un nouveau leVer de rideau, le

    S;^stme de mon Onch, Vaudeville en un

    acte ml de couplets, qui prcdera ce soir,

    tout l'heure, la quatre-vingt-huitime de

    L'J-^ocaUMubd { Loubet dj II! ) drameen cinq actes par "MV. Eugne Labiche,"Kai'c "Kichel et Auguste Lcfranc, grand suc-

    cs de quartier, succs inou : depuis trois

    mois, L'^S>ocat Loubd tient l'affiche, et a

    n'a pas l'air de Vouloir finir. Le futur auteur

    de La Cagnolk, du Chapeau de paille d'Italie, de

    LAffaire de la rue de Loureine, etc., faitVerser torrents les pleurs.

    Mais si nous sommes ce soir plus qu'exact notre place d'orchestre accoutume, ce

  • n'est pas pour L'^oal que nous savonspar cur, c'est en coup double pour la

    petite premire et un dbut annonc.

    Nous ne saurions, en effet, plus longtemps

    celer que, malgr notre ge d'innocence,

    nous aVons t agr la Re^ua d Gazdkdes fbfrcs de Lireujc pour rendre compte

    s'entend quand il y a place de reste

    des trois petits thtres de la riVe gauche.

    Panthon, Luxembourg, ce Bobino des

    tudiants, et Saint-H'arcel, cher auK tanneurs,

    rendez-Vous de la mgisserie du quartier.

    Et, modeste en notre gloire, nous nous

    acquittons de la tche aVec toute la scrupu-

    leuse conscience, le srieux du nophyte.

    Ne sommes-nous pas l'heure de la roman-tique formule en mot d'ordre sacramentel :

    L'Art est un sacerdoce I

    C'est pourquoi sincrement je souffre

    quand mon confrre et habituel Voisin, par

    trop insuffisamment sacerdotal, n'est pas

  • encore son poste pour changer et corro-

    borer nos impressions, car son exprience a

    sur moi autorit. Il est mon ancien :

    Vingt-quatre ans au moins, lui ! et il fait

    en bouche-trou au Sicle pour "K. "Katharel

    de Tiennes I "Kais il a Vraiment trop

    l'habitude de se faire attendre...

    Enfin, le Voici ! Et justement, les troiscoups frapps, le rideau se lVe...

    Une houle, un hourVari subit d'bahisse-ments, d'effarements dans la salle : quel-

    ques-uns, au fond, se dressent debout sur

    les banquettes... Il y a de quoi !

    En tenue consacre de soubrette, le petit

    tablier et le bonnet rubans flottants, une

    grande, trop grande fille qui dpasse d'une

    bonne tte les proportions ordinaires, sur-tout dans l'emploi, c'est dj quelque chosepour surprendre. Ce n'est rien : cette sou-

    brette d'extradimension est une ngresse,

    une ngresse pour de Vrai, une multresse

  • 7 .

    tout au moins, incontestable : le blanc

    crase paquets n'arriVc pas plir le cuiVre

    du Visage, du cou, des mains.

    La crature est belle d'ailleurs, d'une

    beaut spciale qui ne s'enquiert de Phidias,

    spcial ragot pour raffins. Sous le foi-

    sonnement endiabl des crespelures de sa

    crinire au noir d'encre semblent plus noirs

    encore ses -yeux grands comme des sou-

    pires ; le nez petit, dlicat, aux ailes et na-

    rines incises aVec finesse exquise ; la bou-

    che comme Eg^ptiaque, quoique des An-

    tilles, bouche de l'Isis de Pompi,

    admirablement meuble entre les forteslvres de beau dessin. Tout cela srieux, fier,

    un peu ddaigneux mme. La taille estlongue en buste, bien prise, ondulante comme

    couleuvre, et particulirement remarquable

    par l'exubrant, invraisemblable dveloppe-

    ment des pectoraux, et cette exorbitance

    donne non sans grce l'ensemble l'allure

    penche d'une branche trop charge de

  • fruits. Rien de gauche, nulle trace de ces

    dnonciations simiesques qui trahissent et

    poursuivent le sang de Cham jusqu' l'pui-sement des gnrations. Enfin la Voix est

    sympathique, bien timbre, mais dans les

    notes graves inusites chez les Dorine.

    L'inaccoutume personne se meut en

    toute rsolution sur les planches comme si

    elle n'aVait jamais fait qu'voluer devantune lucarne de souffleur. Mais quel que soitl'vident, imperturbable Vouloir d'entrer

    dans la peau du rle , comme prononcera

    Bignon pour le lexique des Coquelinires

    futures, le srieux, le hautain de la physio-

    nomie et ce timbre en contralto se refusentnet l'emploi. "H"on sige de critique est

    tt fait : il Y en a l pour les trois dbuts, et

    tout juste.

    Je demande l'aVis du confrre. Mais leconfrre est pour l'heure moins que jamais son (( Sacerdoce non plus qu' la pice

  • ^f':-..fegj^

  • * 11 o

    ni l'artiste : il n'a Vu, il ne Voit que la

    femme qu'il a du premier coup d'ozil dcla-re fort intressante , et aVec celui-l on

    sait ce que parler Veut dire : JLa bvk est

    partie...

    J'ai hsit longtemps... Le trs cher est

    pour moi l, toujours en sa chaste,tressaillante rserVe de sensitiVe, sa rpu-

    gnance native, son horreur de tout stupre,

    comme tenant par del la mort son rideau

    baiss...

    Et pourtant il nous faut ds l'abord remuer

    les impurets, toucher des cendres, puis-

    que c'est de l que doit se rvler un Bau-

    delaire inattendu, insouponn, pour nous

    avr : le Pote >?ierge.

    A nous donc (telle l'inscription prmo-2

  • -^ 12

    nitoire du fabliau : Ce que >?ierge ne doit

    lire ), nous d'aViscr la dlicatesse du

    lecteur, de le prmunir deVant tels dtailsscabreux que Viendra nous imposer la sanc-

    tion de notre thse, et d'ejccuser d'abord notre

    prsentation force de l'incongru mais essen-

    tiel personnage qui fut notre initial et dter-

    minatif indicateur. Pas de recul ! le dossier

    rclame toutes ses fiches et, plus amonceles

    au creuset les scories, mieux au prcipit

    s'aggraVcra la somme de nos dductions.

    Ce confrre tait alors un long garon sans

    fin^ maigre en diable et dgingand^ quel-

    que chose comme une ficelle aVec des

    nuds, merillonn, toujours en quted'aVenture, le plus grand chasseur de filles

    devant l'Eternel qu'on pt rencontrer. Ce

    n'est pas le gibier, c'est lui qui tait toujoursde passage et, bien que myope comme sang-

    sue, sans gal, l'escogriffe, pour tomber

    juste tout arrt. Indiscutablement laid, de

  • * 13

    tenue suffisamment modeste sinon parfois

    dlabre pour d