Hommage à Paul Ricoeur (1913-2005); de l'identité narrative ? Bref, on pourrait...

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    (1313-200$)

  • V

    Les ides et les opinions exprimes dans ce livret sont celles des

    auteurs et ne refltent pas ncessairement les vues de l ' U N E S C O . Les

    appellations employes dans cette publication et la prsentation des

    donnes qui y figurent n'impliquent de la part de l ' U N E S C O aucune

    prise de position quant au statut juridique des pays, territoires, villes

    ou zones ou de leurs autorits, ni quant leurs frontires ou limites.

    Publi en 2006 par :

    Organisation des Nations Unies pour l'ducation, la science et la culture

    Secteur des sciences sociales et humaines

    7, place de Fontenoy, 75350 Paris 0 7 SP

    Sous la direction de Moufida Goucha, chef de la Section Scurit

    humaine, dmocratie, philosophie

    Assiste de Mika Shino, Feriel Ait-Ouyahia, Kristina Balalovska,

    Valrie Skaf.

    UNESCO Imprim en France

  • Sommaire

    Avertissement 5

    Ricur sceptique ? 7

    Olivier Abel

    Paul Ricur et la question de la volont 41

    Pll Sklason

    Reconnaissance RiciuARicur et la reconnaissance 63

    Peter Kemp

    Ricur ou la qute d'une rationalit transculturelle 75

    Smou Path Gueye

    Ricur, penseur systmatique 93

    Pll Sklason

  • La persistance de la mmoire. Rflexions sur la notion

    d'identit sociale et de mmoire collective partir

    de Paul Ricur 101

    Jeffrey Andrew Barash

    L'engagement associatif de Paul Ricur 125

    Jean Ferrari

    Vise thique et qute d u sens chez Paul Ricur 135

    Maria Villela-Petit

    4

  • Avertissement

    Lors de la Troisime journe mondiale de la philoso-phie (jeudi 18 novembre 2004), l'Institut international de philosophie a organis quatre confrences sur l'uvre de Paul Ricur.

    Lors de la Quatrime journe mondiale de la philo-sophie (jeudi 17 novembre 2005), le Conseil international de la philosophie et des sciences humaines, la Fdration internationale des socits de philosophie, l'Institut international de philosophie ont tenu rendre h o m m a g e Paul Ricur, disparu le 20 mai 2005.

    Nous reproduisons ci-dessous le texte de deux confrences qui ont eu lieu au sige de l ' U N E S C O le jeudi 18 novembre 2004.

    Nous reproduisons galement le texte de deux confrences qui ont eu lieu au sige de l ' U N E S C O le jeudi 17 novembre 2005, ainsi que quatre interventions prises de la table ronde runie le m m e jour.

    5

  • C e volume a pu voir le jour grce au concours du

    secteur des sciences sociales et humaines de F U N E S C O .

    Nous remercions en particulier M . Pierre San, sous-

    directeur gnral pour les Sciences sociales et humaines,

    M a d a m e Moufida Goucha, chef de la Section de la phi-

    losophie et des sciences humaines, M a d a m e Mika Shino,

    spcialiste de programme, M a d a m e Feriel Ait-Ouyahia,

    spcialiste adjointe de programme.

    Paris, le 16 janvier 2006

    Catherine Champniers

    directrice des services administratifs

    de l'Institut international de philosophie

    6

  • Ricur sceptique ?

    Olivier Abel

    La question est paradoxale, car on ne voit pas d ' e m -ble la ressemblance entre la pense de Ricur et le scep-ticisme antique, celui de Pyrrhon ou de Sextus Empiricus, si marqu par les formes du souci de soi ; non plus qu'avec le scepticisme classique, celui de Montaigne, avec son lger conservatisme ironique et son refus de s'engager dans les disputes de son temps. D'ailleurs le m o t sceptique est un m o t excessif et instable, car d'une part est-on jamais assez sceptique, ne portons-nous pas toujours d'incroyables navets ? Mais d 'un autre ct, pour tre compltement sceptique, ne faut-il pas tre un brin sceptique l'gard du scepticisme m m e ? C'est ici l'antienne d'un vieux dbat entre la philosophie naissante ou renaissante, et ce qui ds lors cesse de croire possible aucune philosophie, et se tourne vers la sapience de la mdecine, du droit, ou de l'anthropologie. E n quel sens Ricur serait-il donc sceptique ? Quel sens faut-il donner ce m o t pour qu'il puisse s'appliquer une

    7

  • pense aussi approbatrice ? Qu'est-ce que ce si discret

    scepticisme ?

    N o u s avons un premier indice dans la superbe discus-

    sion entre Lvi-Strauss et Ricur, o l'anthropologue se

    reconnat volontiers dans les formules que propose le phi-

    losophe pour le caractriser, celle d 'un kantisme sans sujet

    transcendantal , et celle d'une forme extrme d'agnosti-

    cisme qui correspond bien au pyrrhonisme radical qui

    reprsentera probablement l'tat dernier de m a pense1 . La

    diffrence entre les deux penseurs ne rside pas dans la

    croyance l'autonomie de la philosophie, car le retourne-

    ment hermneutique dmantle cette croyance en un

    point de vue de surplomb, initial ou rcapitulatif. Elle ne

    rside pas non plus dans la croyance en un excs du sens

    sur la structure, au moins pas c o m m e quelque chose cach

    derrire, puisque le sens se dploie principalement pour

    Ricur en aval, dans le m o n d e refigur par le signifiant au

    travers de ce qu'il appelle le schmatisme mtaphorique2,

    1. Voir Esprit janvier 2004, entretien Marcel Hnaffavec Claude Lvi-Strauss, p. 89 sq. ; et le dbat de 1963, p. 169 sq.

    2. U n schmatisme sans concept, bien sr, mais pas sans rigueur, et pas non plus sans effet subjectif, c o m m e si la mtaphore ouvrait un schmatisme indit, une capacit subjective insouponne (voir La mtaphore vive, Paris, Seuil, 1975, p. 264). Je tente ici de discuter la belle analyse propose par Michael Foessel, du symbolique au sen-sible , ibid., p. 193 sq.

    8

  • et qui ouvre une figure d u sujet aprs le sujet, d u sujet

    second de la rception. O n y reviendra, elle rside

    dans le fait que Ricur pourrait accorder qu'il faut faire

    crdit la pense mythique, et que les humains pensent

    toujours bien3 (il n'a cess, contre la critique scienti-

    fique de l'opinion, de demander aux sciences humaines

    d'adopter cette posture quant la crdibilit des expres-

    sions humaines), et que cependant il estime que l'erreur,

    l'ignorance, le prjug, et sans doute plus encore le m e n -

    songe, mais aussi bien le refus d'entendre le tmoignage,

    font des diffrences examiner attentivement. O r ce

    dbat est dj celui de Platon avec Gorgias, abrit derrire

    Parmnide, dans Le Sophiste. L'enjeu serait donc de savoir

    o se trouve le vritable examen du doute sceptique, chez

    le sage, ou chez le philosophe ? C h e z celui qui estime que

    l'on peut toujours chercher, on ne sortira pas du labyrin-

    the, ou chez celui qui estime que le doute est insparable

    de la confiance, et que la traverse dialectique laisse un

    esprit moins crdule, mais plus confiant.

    Mais recommenons autrement. La question est

    paradoxale, ensuite et justement, parce qu'il existe bien

    des grands discours de Ricur, solidement composs,

    et qui constituent sa rponse des grandes questions philo-

    sophiques. O est le scepticisme l-dedans ? Le traducteur

    3.1bd.,p. 198.

    9

  • des Ideen n'est-il pas u n des premiers phnomnologues

    franais, celui qui a tent une magistrale phnomnolo-

    gie de Faction volontaire ? Ricur, tte de file de l'cole

    hermneutique en France (mais c'est son hermneutique

    qui l'chelle mondiale a pris le pas sur celle de

    Gadamer ) , n'a-t-il pas propos une hermneutique cri-

    tique, u n discours de la distance dans l'appartenance qui

    est u n grand discours de la mthode pour tout ce qui

    concerne les sciences de l'histoire, le droit, l'exgse, etc. ?

    Ricur n'est-il pas galement celui qui, travaillant le

    temps, le mal et le sujet, a introduit la narration parmi

    les grands thmes philosophiques, depuis le rcit

    mythique, pique ou tragique jusqu'aux promesses et aux

    pardons de l'identit narrative ?

    Bref, on pourrait qualifier la philosophie de Ricur

    c o m m e reflexive, phnomnologique, hermneutique,

    narrative ou potique. Mais justement, s'il y a chez lui

    plusieurs grands discours , u n peu c o m m e chez

    Platon, il est difficile de savoir o se trouve rellement sa

    pense. Ses ouvrages sont composs de lectures successi-

    ves, aucune ne pouvant se prtendre la dernire, et ils

    comportent des apories, des voies longues , des

    dtours par le mythe ou la littrature, des dialectiques

    sans synthse, des inachvements. Ces traverses de dis-

    cours et de lectures mises en scne rebrousse poil les

    unes des autres, semblent faites dessein pour en faire

    10

  • sortir l'aportique, le problmatique, le discutable. S'il

    en est ainsi, l'enjeu de la philosophie de Ricur, juste-

    ment dans sa faon d'aller chercher d u non-philoso-

    phique, serait justement de penser la possibilit de la phi-

    losophie elle-mme quand elle rencontre autre chose que

    soi - or la philosophie n'est rien toute seule. E n quoi la

    philosophie nat-elle et renat-elle sans cesse d 'un bran-

    lement qui laisse c o m m e un embarras, un doute, u n brin

    de scepticisme, une interrogation intime ? E n quoi le

    pyrrhonisme est-il une faon d'vacuer ou d'viter cette

    situation branlante ?

    deux reprises nous venons de parler de Platon.

    C'est ici un premier n u d , dont l'exposition suffira

    finir d'introduire notre question. Car il m e semble que

    l'on peut trouver des indices conducteurs de cette attitu-

    de dans la lecture d