Histoire Royaume D'Alger

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HISTOIREDU ROYAUME

DALGERAvec ltat prsent de son gouvernement, de ses forces de terre et de mer & de ses Revenus, Police, Justice Politique & commerce.

PAR

Mr. LAU GI ER D E TA S S YCommissaire de la Marine pour SA MAJEST TRS CHRTIENNE, En Hollande.

A AMSTERDAM, Chez HENRI DU SAUZET M. DCC. XXV

Livre numris en mode texte par : Alain Spenatto. 1, rue du Puy Griou. 15000 AURILLAC. Dautres livres peuvent tre consults ou tlchargs sur le site :

http://www.algerie-ancienne.com

Ce site est consacr lhistoire de lAlgrie. Il propose des livres anciens (du 14e au 20e sicle) tlcharger gratuitement ou lire sur place.

MONSIEUR D U R A N D D E BO N N E L , CONSUL DE LA NATION FRANAISE, RSIDENT POUR LE ROI ALGER.

Cest assez la coutume des Auteurs de ddier leurs ouvrages des Puissances, dont ils sont quelques fois peine connus, ou des personnes riches que la fortune a levs de brillants Emplois. Ces

M

ONSIEUR,

PTRE Auteurs nont dautres but que de se donner du relief, ou de sattirer quelque rcompense, par les louanges & les atteries quils talent dans lptre Ddicatoire. Pour moi, MONSIEUR, jai cr ne pouvoir mieux faire que de ddier mon livre un bon ami, que jestime inniment; & je nai eu en cela dautre vue que de suivre les sentiments de mon cur. Si louvrage est approuv, mon amiti sera satisfaite ; & sil est dfectueux, Vous le connatrez mieux que personne, & vous aurez sans doute, lattention de me faire part de vos observations, pour les mettre prot dans loccasion. Il nest pas ncessaire que je vous prvienne en aucune chose, sur le Livre que je vous prsente : votre long sjour Alger & votre exprience vous en feront juger sainement. Quoique vous soyez ennemi des louanges & de tout ce qui sappelle faons, je ne puis mempcher en cette

PTRE occasion, de rappeler le jour que vous me laisstes Alger, pour aller en Candie, do la Cour vous retirera bientt pour lutilit du service. Je ne saurais oublier combien les diffrentes Nations qui habitent cette Ville furent sensibles votre dpart, & lempressement avec lequel elles vous le tmoignrent publiquement en vous accompagnant la Marine, les uns par leurs regrets & les autres par leurs larmes. Je me souviens fort bien que M. manquant seul la nombreuse compagnie qui vous conduisit bord du Navire, sur lequel vous ftes voile, Bekir Ras Amiral, qui lavait remarqu, men parla mon retour, & me dit avec chagrin, que M. avait bien tort dtre le seul dans Alger qui ne vous eut point accord cette marque destime & de distinction. Cela prouve assez, MONSIEUR, que le mrite se fait remarquer par tout, mme parmi les Nations les moins civilises. Et quoique votre Caractre bienfaisant, ofcieux,

PTRE gnreux, franc & sincre soit toujours prsent ma mmoire, je nen parlerai point, an de ne pas blesser votre modestie. Il me suft de dire, pour faire votre loge, que Vous tes, dans lEmploi que vous exercez, un digne successeur de M. Durand votre frre, & de M. de Clairembault votre beau-frre. Je suis avec beaucoup destime & une amiti sincre, MONSIEUR, DAmsterdam ce 20 dcembre 1724 Votre trs humble & trs obissant Serviteur, LAUGIER DE TASSY.

P R FA C E . OMME on na aucune Relation exacte de ce qui se passe actuellement dans la Barbarie, limpression de ce livre pourra faire quelque plaisir aux personnes qui souhaitent de sen instruire. Javais compos ces Mmoires pour mon utilit particulire, & ils nauraient jamais vu le jour, si des amis que je considre ne meussent conseill de les donner au public. La guerre que les Provinces-Unies des Pays-bas ont avec la Rgence dAlger, fournit souvent la matire des conversations dans ce Pays. On parle des Algriens, mais on les connat aussi peu que les nations les plus loignes de notre continent. Je ne donne quun abrg, ou pour mieux dire une ide de lanciennet de ce Royaume & de ses rvolutions ; je ne me suis attach qu ltat de son gouvernement prsent, en crivant ce que jai vu, ce que jai appris sur les lieux, & ce que jai trouv dans les mmoires que jai recueillis dans les maisons chrtiennes qui y sont tablies. Jai insr dans cet ouvrage quelques

C

PRFACE. aventures ou historiettes, qui ont du rapport aux sujets qui y sont traits. Il y en a dont jai t tmoin, & dautres de si frache date, & dont la vrit est si positivement afrme par les habitants du pays, quon ne saurait les rvoquer en doute, sans pousser trop loin lincrdulit. Pour celle des amours dAroudj Barberousse avec la Princesse Zaphira, il y a peu de personnes qui la sache dans le pays mme. Elle pourrait passer pour un roman, & je ne voudrais pas tre garant de sa vracit. Je lai mise telle quon la traduite dun manuscrit en Vlin, qui est entre les mains de Sidi Ahmed ben Haraam, marabout du territoire de Constantine, qui prtend descendre de la famille du Prince Arabe Selim Eutemi, mari de Zaphira. Ceux qui voudront sinstruire plus au long de lancien tat de ce pays, peuvent se satisfaire en lisant les histoires & les descriptions exactes quen ont faites Esebruardi Schravardensem, savant auteur Arabe, Ibnu Alraquik, historien Africain, Grammaye, Louis de Marmol, Pierre Davity, Jean Leon, dit lAfricain, Diego de Haedo & Dapper, qui a fait une compilation trs soigneuse de toutes les

PRFACE. meilleures histoires & anciennes descriptions, qui ont parues de lAfrique. Les prjugs de la plupart des chrtiens sont si terribles contre les Turcs & les autres mahomtans, quils nont point dexpressions assez fortes pour faire voir le mpris & lhorreur quils en ont. Cest souvent sur la foi de quelques moines Espagnols, qui dbitent mille fables, pour faire valoir les services quils rendent au public en allant dans la Barbarie, faire le rachat des esclaves, ou sur des contes supposs que font de prtendus esclaves qui courent le monde en gueusant, avec des chanes quils nont jamais portes en Afrique, mais qui se servent adroitement de quelque certicat des religieux de la Rdemption des captifs, quun vritable esclave rachet leur aura donn ou vendu. Pour en juger sainement, on verra dans le chapitre XVI, la manire dont les esclaves sont traits. Plusieurs personnes ne font point de diffrence entre les habitants de Barbarie & les Brutes, & les nomment simplement des btes, imaginant que ces gens-l nont ni raison, ni sens commun, quils ne sont capables de rien

PRFACE de bon & mme que les animaux sont plus estimables queux. Quelques-uns mont demand aussi si ces peuples avaient quelque notion de Dieu. Les noms de Turcs, de Mahomtans, dArabes & de Maures sufsent ces sortes de personnes pour leur inspirer de telles opinions. Mais je suis persuad que si ces mmes personnes pouvaient converser, sans le savoir avec des mahomtans qui neussent point de turban, & qui fussent habills la manire des chrtiens, ils trouveraient dans eux ce quon trouve dans les autres peuples. Mais sils avaient le turban, cela sufrait pour les faire opinitrer dans leurs prventions. Il faut avouer que parmi toutes les nations nous reconnaissons lhomme dans sa nature, telle quelle est dnie par le judicieux Mr. De la Bruyre ; cest dire, sa duret, son ingratitude, son injustice, sa ert, lamour de lui-mme & loubli des autres, & tout ce que nous appelons vices et vertus nen sont que des modications, qui diffrent suivant les lieux, lducation, les Lois, lusage et le temprament. Cela est si vrai, que ce qui est vice dans un pays est une chose louable dans un autre.

PRFACE Les chapitres II, III, VII, & VIII, peuvent servir aux personnes que je viens dindiquer, dtruire leurs prjugs, & leur faire voir, que parmi leur nation, il y en a qui ne sont gures plus civilises que quelques-uns des peuples dont nous parlons, & qui ont des usages aussi ridicules, sils y veulent faire quelques rexions. Il nest pas tonnant de voir tant de personnes qui ont lesprit fascin par des prjugs contre ces peuples, puisquil suft beaucoup de gens dtre dune religion & dun pays diffrent des autres pour les avoir en aversion, sans vouloir convenir quils puissent avoir quelque bonne qualit, ni sclaircir sur ce qui pourrait les rendre euxmmes raisonnables & sociables. Cest ainsi que plusieurs fuient le grand jour & la vrit, & restent toute leur vie dans des opinions, qui nont que lerreur & le mensonge pour fondement. Examinons nous donc nous-mmes avec attention, & nous y trouverons bientt les mmes vices que nous imputons aux autres nations. Do vient que les voyageurs sont plus raisonnables & plus modrs que ceux qui

PRFACE restent dans leur pays ? Cest quils sont obligs de voir les diffrentes nations, de conserver avec les trangers ; ils en ont besoin, ils traitent avec eux, ils dcouvrent ncessairement leurs bonnes & leurs mauvaises qualits, & sont fort souvent tonns de les reconnatre tout diffrents de lide quils en avait conue. Je ne parle point de ces voyageurs de caprice, ou que leurs pres arrachent de leur foyer pour leur faire voir le monde. La plupart courent le pays, & ne le voient que par lcorce. Boufs dorgueil, enivrs damour-propre pour eux-mmes & pour leur nation, & prvenus contre tous les autres, ils commencent par condamner & mpriser sans discernement dans les pays trangers tout ce qui ne saccorde point aux modes, aux coutumes & aux usages du leur. On ny sert pas Dieu leur manire, on sy habille, on y mange, on y est log, on se rcre tout diffremment : un esprit de la trempe de ces voyageurs scrie dabord, Ha le misrable pays ! Les misrables gens ! Ils nont pas le sens commun ! Je parle de ces voyageurs que le bon sens & la raison guident ; de ces personnes qui cherchant sinstruire & instruire

PRFACE les autres, mettent tout prot, examinent, & font un bon usage du temps quils emploient, pntrent les causes & les raisons de