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  • Histoire de la ranimation no-natale *

    par Franois DUCHATEL

    Je ne sais point si je rclamais la vie, avant d'tre, mais pr-sent que je vis, tout m'est d.

    Andr GIDE.

    La mdecine infantile fut longtemps intgre l'art obsttrical. E n effet,

    le premier trait des maladies des enfants est d au gnie de Soranus,

    d'Ephse (98-138), qui en fit la troisime partie de son livre sur les Maladies

    des Femmes. Ce fut le Sudois Nils Rosen von Rosenstein (1706-1773), de

    Upsal qui, le premier, crivit en 1764 un trait pdiatrique, plus particu-

    lirement ax sur l'alimentation infantile et le nouveau-n. Cependant, les

    accoucheurs conservrent le privilge des soins et de la surveillance des

    nouveau-ns et des nourrissons : tous les traits d'obsttrique, jusqu'au

    premier tiers du X X e sicle, comportrent une importante partie consacre

    aux maladies des enfants nouveau-ns et aux soins leur administrer.

    La premire mention relative la ranimation se trouve dans l'Ancien

    Testament, au Livre II des Rois, chapitre IV, versets 32 35 :

    Elise donc entra dans la maison, et voil, l'enfant mort tait couch sur son lit.

    Et tant entr, il ferma la porte sur eux deux, et fit sa prire l'Eternel.

    Puis il monta et se coucha sur l'enfant, mit sa bouche sur la bouche de

    l'enfant, et ses yeux sur ses yeux, et ses paumes sur ses paumes, et se pencha

    sur lui, et la chair de l'enfant fut chauffe.

    Puis il se retirait et allait par la maison, tantt dans un lieu, tantt dans un autre, et il remontait et se penchait encore sur lui ; enfin l'enfant ternua par sept fois, et ouvrit les yeux.

    De tout temps, matrones, sages-femmes et accoucheurs se sont proccups de l'enfant n en tat de dtresse.

    * Communication prsente la sance du 28 avril 1979 de la Socit franaise d'histoire de la mdecine.

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  • La premire relation d'une ranimation no-natale se trouve dans le livre

    d'une sage-femme du XVII e sicle, Louyse Bourgeois (1563-1636) dite Boursier,

    femme d'un chirurgien-barbier apprenti d'Ambroise Par.

    Sage-femme assistant Marie de Mdicis lors de la naissance Fontainebleau du futur Louis XIII, le 27 septembre 1601, jour de Saint C m e et Sain Damien, elle nous a laiss le tmoignage de la ranimation de ce dernier. L'enfant tait n dans un tel tat de faiblesse, aprs un travail long de 22 heures et quart que, sur l'ordre de Henri IV, Louyse fit c o m m e pour tous les autres enfants et mit du vin dans sa bouche qu'elle souffla dans celle du jeune Dauphin : A l'heure m m e , crit-elle, il revint et savoura le vin que je lui avait donn.

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  • Les procds visant faciliter ou provoquer les mouvements respi-ratoires des nouveau-ns furent empiriquement utiliss de tout temps : la flagellation, l'alternance de bains chauds et froids en sont les tmoins. Les traits d'obsttrique du XVIII e sicle contiennent les m m e s conseils et tous les accoucheurs insistent sur la ncessit de rchauffer l'enfant.

    Marshall Hall (1790-1857) publia dans The Lancet, en 1856, sa ready method , premier essai de ranimation raisonne du nouveau-n. Il se proposait de provoquer les mouvements inspiratoires du thorax par des phnomnes purement mcaniques. Le nouveau-n tait couch sur la face, la poitrine soutenue avec un linge et la tte avec ses bras croiss au-dessous d'elle. Hall faisait alors pivoter l'enfant afin qu'il se trouve sur le ct et m m e un peu au-del, puis il le ramenait rapidement la face en bas ; la manuvre tait ensuite recommence du ct oppos et ainsi de suite, une quinzaine de fois par minute.

    Ce procd, en vogue dans les pays anglo-saxons, fut repris et redcrit en Allemagne par Otto Spiegelberg ( ? -1881) en 1864.

    E n 1858, Henry Robert Silvester (1828-1908), en Angleterre, fit paratre une mthode de ranimation pour adultes applicable aux enfants nouveau-ns. Ce procd fut longtemps le plus rpandu ; l'enfant tait couch sur le dos, la tte un peu surleve ; on saisissait les membres suprieurs au niveau des avant-bras et on les levait aussi haut que possible au-dessus de la tte et ensuite, on les abaissait le long du tronc en les rapprochant. Le premier mouvement avait pour but de provoquer une inspiration, et le second, une expiration.

    Bernhard Sigmund Schultze (1827-1919) d'Ina, en 1877, proposa une mthode comprenant plusieurs mouvements. L'accoucheur, debout, tenait l'enfant par les paules et le haut des bras, puis le soulevait assez violemment en avant et en haut, de telle manire que l'enfant faisait une sorte de culbute et que la flexion de la colonne vertbrale et de l'abdomen ralisait une compression des viscres abdominaux propre provoquer l'expiration. Le nouveau-n tait alors remis dans sa situation premire, favorable l'inspi-ration.

    Cette mthode fut trs peu utilise en France o, cependant, Rivire de Bordeaux, dans sa thse de 1895, proposa un procd trs voisin. L'enfant tait saisi par les jambes, la face regardant en avant ; on soulevait ensuite ce dernier en lui faisant dcrire un arc de cercle de telle sorte que le sige soit plus haut que la tte, la face regardant toujours en avant ; on ramenait enfin l'enfant sa premire position. Ce mouvement, rpt 10 12 fois par minute, c o m m e dans la mthode de Schultze, permettait l'alternance d'inspirations et d'expirations artificielles, de m m e que l'expulsion des mucosits encombrant l'arbre respiratoire.

    John Harvie Dew, en 1893, prconisa un nouveau procd ayant les m m e s vises. L'oprateur saisissait le nouveau-n avec la main gauche sous les paules, la tte retombant en arrire, de la main droite il soutenait les genoux ; en abaissant la main droite, l'enfant tait plac en hyperlordose

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  • lombaire pour provoquer une inspiration, puis on repliait l'enfant sur lui-

    m m e de sorte que le contenu de l'abdomen et du thorax ft comprim,

    ralisant alors une expiration complte et force.

    En cette fin du X I X e sicle, d'autres mthodes de soulvement de la poitrine furent proposes qui, peu diffrentes des prcdentes, ne furent gure utilises. Il en fut ainsi des mthodes de Pacini et de Bain, drives de celle de Silvester ; quant la mthode d'Howard, par pression sur la base du thorax, elle fut surtout applique aux adultes, car elle s'avra vite dangereuse chez le nouveau-n.

    Ds 1911, Frdric Ahlfeld (1843- ? ) de Leipzig, s'rigea contre la brutalit de ces mthodes et fit beaucoup pour leur disparition de la thrapeutique obsttricale.

    Laborde, en France, fit connatre l'Acadmie de mdecine, les 5 juillet 1892 et 7 novembre 1893, une mthode de ranimation du nouveau-n par tractions rythmes sur la langue, et fit construire cet effet une pince qu'il prsenta le 4 dcembre 1894. Ce procd avait pour but d'exciter le rflexe respiratoire grce l'action mcanique sur la base de la langue ; il reut la conscration de l'Acadmie de mdecine en 1894, et fut jug intressant par Tarnier, Gueniot et Pinard qui mirent cependant des rserves, que l'avenir confirma, sur la supriorit de la mthode par rapport l'insufflation instrumentale.

    Pour exciter le rflexe respiratoire, quelques auteurs pensrent utiliser l'lectricit. Cette mthode fut recommande pour le traitement de l'asphyxie du nouveau-n par Boehr de Berlin, en 1863, puis, la m m e anne, par Ludwig Pernice. Edouard Lauth de Strasbourg, en 1873, se fit le dfenseur de ces procds en vanta les mrites du courant induit.

    Cependant, en raison des grands dangers lis ces mthodes, elles furent rapidement dlaisses.

    Dans les annes 1870, diverses techniques furent proposes pour faciliter la respiration des nouveau-n, prcurseurs des procds actuels de ventilation artificielle. Le premier, Eugne Woillez (1811-1882) mit au point un spiro-phore , puis Pros, de La Rochelle, dcrivait un insufflateur pour les nouveau-ns. Leur utilisation fut de courte dure.

    E n effet, ces essais furent rapidement dlaisss, et il fallut attendre 1952 avec le Danois Henry C.A. Lassen qui, au cours d'une pidmie de polio-mylite, inaugura la ventilation artificielle grce un appareil du type de celui mis au point quelques annes auparavant par le Sudois Cari Gunnar Engstrom (1912- ? ). Cette technique fut rapidement adapte au nouveau-n aprs que l'intubation endotrachale eut t introduite dans la pratique de la ranimation no-natale.

    A ct de ces techniques destines permettre les mouvements thoraciques propres engendrer les premiers mouvements respiratoires du nouveau-n, E. Ward, en Angleterre, en 1920, conseilla la pratique du massage cardiaque

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  • externe pour permettre la circulation sanguine et l'oxygnation crbrale.

    Il fut peu suivi cette poque et nous vorrons son ide ultrieurement

    modifie et adopte.

    Ces mthodes de ranimation no-natale artificielle qui connurent une vogue certaine dans les pays germaniques et anglo-saxons furent bouds en France o l'on prfra de tout temps l'insufflation instrumentale.

    Le premier, Franois Chaussier (1746-1828) prsenta, le 26 juin 1804, un tube insufflateur laryngien dj dcrit la Socit royale de mdecine en 1780-1781. Ce tube conique mtallique de 18 20 centimtres de long, aplati transversalement, pntrant dans l'ouverture de la glotte (diapositive 10) permettait de projeter l'air dans les poumons ; il fut modifi en 1845 par Jean Depaul (1811-1882) qui s'en fit l'ardent dfenseur et fit adopter la mthode. Ultrieurement, Adolphe Pinard (1844-1934) tenta de le modifier encore sans beaucoup de rsultats ; puis, Gairal, vers 1875, dcrivit un arophore qui n'apportait rien et fut peu utilis.

    Alban Alphonse Ambroise Ribemont-Dessaignes (1847-1940), le 4 septembre 1877, fit prsenter par Tarnier l'Acadmie de mdecine un tube insufflateur s'opposant au reflux de l'air et ne pouvant quitter le larynx pour pntrer dans l'sophage. Il en donn