Henri-Frédéric Amiel... du Journal intime au Web

download Henri-Frédéric Amiel... du Journal intime au Web

of 21

  • date post

    05-Jan-2017
  • Category

    Documents

  • view

    222
  • download

    2

Embed Size (px)

Transcript of Henri-Frédéric Amiel... du Journal intime au Web

  • 1

    Atelier-Salle de lectures, d'images et d'critures du monde 8, rue du Belvdre - 1203 Genve

    Henri-Frdric Amiel... du Journal intime au Web

    I - L'criture et l'dition Anne Cottier-Duperrex a particip l'dition intgrale des 16840 pages du Journal intime, de 1977 1993. II - La lecture et la rflexion Louis Vannieuwenborgh est un lecteur assidu d'Amiel qui partage ses dcouvertes et interrogations par des publications, prives ou publiques. Les textes du Journal seront lus par Claude Goy. III - La transmission et la communication Jean-Marc Cottier utilise Internet pour mettre la disposition des amateurs ce qui concerne l'oeuvre et la vie d'Amiel.

    Mercredi 4 mai 2005 20.00 h. Entre libre - Accueil ds 19.30 - Chapeau la sortie

    Organisateur-responsable : Jean-Louis Peverelli

  • 2

    I - L'criture et l'dition

    Anne Cottier-Duperrex

    Aprs la seconde guerre mondiale, Vladimir Dimitrijevic, un trs jeune yougoslave, a quitt son pays pour gagner l'Europe occidentale. Il arriva en Suisse. Or, il avait appris dans le Journal de Lon Tolsto que ce dernier, vers la fin de sa vie, ne lisait plus que deux livres: la Bible, et le Journal intime d'Henri-Frdric Amiel. Aussitt arriv Lausanne, Vladimir Dimitrijevic se rendit dans une librairie pour acheter les Fragments de Journal intime d'Amiel. A sa grande stupfaction, il apprit que cette dition tait puise depuis longtemps. Au commencement des annes 70, Vladimir Dimitrijevic, ayant fond la maison d'dition L'ge d'Homme, se proposa de publier le Journal d'Amiel, estimant qu'il devait figurer in extenso dans la bibliographie suisse. Il se renseigna et apprit que le manuscrit tait conserv la Bibliothque Publique et Universitaire de Genve, qu'il comptait 16.840 pages (environ 180 cahiers) , et ne serait pas publi avant le centenaire de la mort d'Amiel, qui devait tomber en 1981. Cet embargo avait t dcrt par un comit de surveillance constitu par un reprsentant des hritiers d'Amiel, un professeur de la facult des lettres, et le directeur de la Bibliothque.

    Par testament, Amiel avait confi son Journal, sa correspondance, ses cours manuscrits et ses souvenirs de jeunesse l'une de ses amies, Fanny Mercier, tandis qu'il destinait ses posies indites une autre amie, Berthe Vadier. Les papiers de famille et quelques autres documents churent ses surs Fanny Guillermet et Laure Stroehlin. Vers la fin de sa vie, Amiel avait appris de la bouche de sa sur Fanny qu'elle avait dtruit toutes les lettres qu'il lui avait crites, ainsi que d'autres correspondances familiales, aussi a-t-il d viter dans la mesure du possible que ses papiers n'chouassent entre ses mains, de peur qu'elle ne les dtruist. Jules Guillermet a cependant lgu des cahiers du Journal d'Amiel la BPU en 1917. Les dispositions testamentaires successives prises par Amiel, jamais

    remanies, mais ajoutes les unes aux autres, se rvlrent peu claires et parfois contradictoires. Il avait dsign comme excuteur testamentaire son ancien tudiant Charles Ritter, avec lequel il tait rest en relation amicale jusqu' sa mort; mais Ch. Ritter se rcusa, vex qu'il ne lui aie pas lgu ses papiers, et c'est Joseph-Marc Hornung, son ancien camarade d'tudes, qui se dpensera avec dvouement pour faire aboutir les intentions du dfunt. Berthe Vadier, galement due, car elle avait soign Amiel avec dvouement jusqu' sa mort et l'avait beaucoup aid dans la publication de ses derniers recueils de pomes, se retira galement de l'entreprise. Quant la famille d'Henri-Frdric, elle fut d'abord irrite d'avoir t carte du projet, mais elle excuta honntement les dernires volonts d'Amiel. Fanny Mercier a extrait du Journal intime 400 500 pages de rflexions esthtiques et philosophiques, qu'elle envoya Paris Edmond Scherer, snateur, critique littraire du Temps, avec lequel Amiel avait gard des liens d'amiti. Sceptique, il mit des mois avant d'y jeter un coup d'il. Mais, en les lisant, il fut frapp de la profondeur de vue et de la rigueur de pense de l'crivain et accepta de les faire publier. En 1882 et 1884 ont paru les deux petits volumes des Fragments d'un Journal intime prfacs par Edmond Scherer, qui furent rimprims 13 fois jusqu' en 1919.

  • 3

    Ce travail achev, !e manuscrit devait retourner la famille; mais Fanny Mercier - qui connaissait les rticences d'Amiel quant au traitement que les proches rservent souvent aux hritages, surtout intimes comme un journal, russit en 1917, aprs de longues tractations, signer une convention avec le neveu d'Amiel, le Dr Jules Guillermet, et le Conseil Administratif de la ville de Genve, par laquelle ils faisaient don la BPU des manuscrits d'H.-F. A.., ce qui permettrait de les conserver dans les meilleures conditions et donnait galement la possibilit de les mettre un jour en valeur. Ils ne pourraient tre rendus publics qu'en 1950. En 1938, la commission de surveillance dcida de prolonger l'embargo sur le Journal jusque en 1981, 100 ans aprs le mort d'Amiel, vu son caractre intime, pour viter l'indiscrtion. Bernard Bouvier, neveu de Fanny Mercier et hritier aprs elle de tous les papiers d'Amiel qu'elle dtenait encore, devenu professeur de littrature l'universit de Genve tablit son tour une dition d'extraits du Journal comportant trois tomes, publie en 1923, rdite en 1927 et il fit connatre des essais critiques et de nombreuses pages de la correspondance. Vladimir Dimitrijevic crivit Genve au professeur Marcel Reymond, pour lui demander s'il accepterait de participer une dition intgrale. Le professeur Reymond, dj la retraite, adressa lui-mme cette requte Philippe Monnier, conservateur des manuscrits de la BPU, qui avait dj publi en 1973 une dition intgrale du Journal couvrant la priode de janvier juin 1854, pour la " Bibliothque romande ", une collection groupant une trentaine d'uvres du XVIe au XXe sicle, assure en commun par les ditions Rencontre et Payot. Philippe Monnier accepta cette tche, sous rserve d'en recevoir l'autorisation du comit de surveillance constitu par un professeur de littrature franaise, le directeur de la Bibliothque et un reprsentant des hritiers. Ce comit de surveillance, constitu par le professeur Jean Starobinski, par Philippe Monnier, dlgu par le directeur de la B.P.U. Marc-Auguste Borgeaud, et une tierce personne, dcida d'autoriser la publication de ce manuscrit. Philippe Monnier entreprit aussitt des dmarches pour trouver les moyens de concrtiser ce projet. Une rencontre au caf Lyrique, Genve, runit alors l'diteur Vladimir Dimitrijevic, le professeur honoraire Marcel Reymond, le directeur de la B.P.U. M.A.. Borgeaud, le professeur Jean Starobinski et Mme Lise Girardin , alors conseillre administrative de la ville de Genve, charge du Dpartement de la culture, auxquels Philippe Monnier avait eu l'ide d'adjoindre le professeur Bernard Gagnebin, doyen de la facult des lettres qui, dirigeant dj de nombreuses ditions, apporterait l'exprience ncessaire pour mener bien cette entreprise. Bien introduit auprs de la section des sciences humaines du Fonds national suisse de la recherche scientifique, le professeur Gagnebin obtint l'aide de cette institution afin de financer ce travail de longue haleine. C'est ainsi qu'un poste d'assistant a t attribu cette recherche pour trois ans, renouvelable. Pierre Dido, mon prdcesseur, a occup ce poste ds le 1er mai 1974. Philippe Monnier et lui fixrent tout d'abord un certain nombre de rgles d'dition, conscients qu'elles les engageaient pour la dure de la publication, alors que ni l'un ni l'autre n'avait lu le journal dans son entier. En avril 1977 j'ai succd Pierre Dido pour 16 ans et 6 mois. Durant un mois il m'a initie la tche que j'aurais continuer. L'tablissement de cette dition a donc pris 19 ans et demi au total.

  • 4

    II - La lecture et la rflexion

    Louis Vannieuwenborgh Les textes du Journal sont lus par Claude Goy

    Approcher Amiel, en moins dune heure, est-ce possible? Oui : par le truchement de Claude Goy, qui lui prtera sa voix, nous tablirons le contact avec Henri-Frdric Amiel, n Genve en 1821. Mieux que moi, vous savez ce qua pu tre votre ville au XIXme sicle, sur les plans religieux, scientifique, littraire, universitaire. Au point de vue des rapports entre les citoyens cette poque, la lecture du Journal intime dAmiel mincite aligner quelques clichs : la tonalit des relations tait plutt svre, critique, conformiste. Le contrle social tait pesant. Genve, disait-il, tait un glacier de critique, on y pratiquait la charit, mais pas la bienveillance. A l'inverse, comment ses concitoyens voyaient-ils Amiel? Pour un regard extrieur, qui tait-il? Il tait orphelin. L'hritage paternel lui a permis d'tudier, d'abord au Collge de Genve, puis de voyager en Italie et dans l'Europe du nord. Il s'est form en Allemagne, de 1843 1848, luniversit de Heidelberg mais surtout celle de Berlin. Berlin tait alors la capitale de la pense occidentale. L'idalisme allemand venait de connatre son apoge. Trs vite et trs schmatiquement : la philosophie percevait une analogie entre le monde matriel et le monde spirituel. Tout en excluant une divinit personnelle, les romantiques croyaient le monde structur par l'Esprit. Pour Schelling, la nature est l'esprit visible, et l'esprit la nature invisible. Les rapports entre l'univers et, peu importe les mots, Dieu, ou l'Esprit, ou encore l'Ame du Monde, peuvent tre mis au jour par la science. Lalliance de lidalisme et du progrs scientifique avait quelque chose d'lectrisant pour la pense. Dans cette optique, qui restera la sienne, Amiel sera un observateur prcis. Il n'lude pas les aspects droutants ou choquants de la ralit, notamment en matire sexuelle. Il est raliste par exigence d'idalisme. Il est convaincu que l'observation scientifique est indispensable la comprhension unitaire de l'univers. Cette conception du monde entrane trois consquences que nous retrouverons au lo