Henri Bergson - La Pensee et Le Mouvant 1903-1923

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Henri Bergson La Pensee Et Le Mouvant 1903-1923

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2. Henri BERGSON (1859-1941)LA PENSE ETLE MOUVANT ESSAIS ET CONFRENCES.(Articles et confrences datant de 1903 1923) http://krimo666.mylivepage.com/ 3. La pense et le mouvant Essais et confrences.Avant-propos Le prsent recueil comprend d'abord deux essais introductifs que nous avons crits pour lui spcialement, et qui sont par consquent indits. Ils occupent le tiers du volume. Les autres sont des articles ou des confrences, introuvables pour la plupart, qui ont paru en France ou l'tranger. Les uns et les autres datent de la priode comprise entre 1903 et 1923. Ils portent principalement sur la mthode que nous croyons devoir recommander au philosophe. Remonter l'origine de cette mthode, dfinir la direction qu'elle imprime la recherche, tel est plus particulirement l'objet des deux essais composant l'introduction. Dans un livre paru en 1919 sous le titre de L'nergie spirituelle nous avions runi des essais et confrences portant sur les rsultats de quelques- uns de nos travaux. Notre nouveau recueil, o se trouvent groups des essais et confrences relatifs cette fois au travail de recherche lui-mme, sera le complment du premier. Les Delegates of the Clarendon Press d'Oxford ont bien voulu nous autoriser reproduire ici les deux confrences, si soigneusement dites par eux, que nous avions faites en 1911 l'Universit d'Oxford. Nous leur adressons tous nos remerciements. H. B.http://krimo666.mylivepage.com/ 4. La pense et le mouvant Essais et confrences.IIntroduction (premire partie) Croissance de la vrit.Mouvement rtrograde du vrai. De la prcision en philosophie. Les systmes. Pourquoi ils ont nglig la question du Temps. Ce que devient la connaissance quand on y rintgre les considrations de dure. Effets rtroactifs du jugement vrai. Mirage du prsent dans le pass. De l'histoire et des explications historiques. Logique de rtrospection. Ce qui a le plus manqu la philosophie, c'est la prcision. Les systmes philosophiques ne sont pas taills la mesure de la ralit o nous vivons. Ils sont trop larges pour elle. Examinez tel d'entre eux, convenablement choisi : vous verrez qu'il s'appliquerait aussi bien un monde o il n'y aurait pas de plantes ni d'animaux, rien que des hommes ; o les hommes se passeraient de boire et de manger ; o ils ne dormiraient, ne rveraient ni ne divagueraient ; o ils natraient dcrpits pour finir nourrissons ; o l'nergie remonterait la pente de la dgradation ; o tout irait rebours et se tiendrait l'envers. C'est qu'un vrai systme est un ensemble de conceptions si abstraites, et par cons- quent si vastes, qu'on y ferait tenir tout le possible, et mme de l'impossible, ct du rel. L'explication que nous devons juger satisfaisante est celle qui adhre son objet : point de vide entre eux, pas d'interstice o une autre explication puisse aussi bien se loger ; elle ne convient qu' lui, il ne se prte http://krimo666.mylivepage.com/ 5. qu' elle. Telle peut tre l'explication scientifique. Elle comporte la prcision absolue et une vidence complte ou croissante. En dirait-on autant des thories philosophiques ?Une doctrine nous avait paru jadis faire exception, et c'est probablement pourquoi nous nous tions attach elle dans notre premire jeunesse. La philosophie de Spencer visait prendre l'empreinte des choses et se modeler sur le dtail des faits. Sans doute elle cherchait encore son point d'appui dans des gnralits vagues. Nous sentions bien la faiblesse des Premiers Principes. Mais cette faiblesse nous paraissait tenir ce que l'auteur, insuffi- samment prpar, n'avait pu approfondir les ides dernires de la mcanique. Nous aurions voulu reprendre cette partie de son uvre, la com- plter et la consolider. Nous nous y essaymes dans la mesure de nos forces. C'est ainsi que nous fmes conduit devant l'ide de Temps. L, une surprise nous attendait. Nous fmes trs frapp en effet de voir comment le temps rel, qui joue le premier rle dans toute philosophie de l'volution, chappe aux mathmati- ques. Son essence tant de passer, aucune de ses parties n'est encore l quand une autre se prsente. La superposition de partie partie en vue de la mesure est donc impossible, inimaginable, inconcevable. Sans doute il entre dans toute mesure un lment de convention, et il est rare que deux grandeurs, dites gales, soient directement superposables entre elles. Encore faut-il que la superposition soit possible pour un de leurs aspects ou de leurs effets qui conserve quelque chose d'elles : cet effet, cet aspect sont alors ce qu'on mesure. Mais, dans le cas du temps, l'ide de superposition impliquerait absurdit, car tout effet de la dure qui sera superposable lui-mme, et par consquent mesurable, aura pour essence de ne pas durer. Nous savions bien, depuis nos annes de collge, que la dure se mesure par la trajectoire d'un mobile et que le temps mathmatique est une ligne ; mais nous n'avions pas encore remarqu que cette opration tranche radicalement sur toutes les autres oprations de mesure, car elle ne s'accomplit pas sur un aspect ou sur un effet reprsentatif de ce qu'on veut mesurer, mais sur quelque chose qui l'exclut. La ligne qu'on mesure est immobile, le temps est mobilit. La ligne est du tout fait, le temps est ce qui se fait, et mme ce qui fait que tout se fait. Jamais la mesure du temps ne porte sur la dure en tant que dure ; on compte seule- ment un certain nombre d'extrmits d'intervalles ou de moments, c'est--dire, en somme, des arrts virtuels du temps. Poser qu'un vnement se produira au bout d'un temps t, c'est simplement exprimer qu'on aura compt, d'ici l, un nombre t de simultanits d'un certain genre. Entre les simultanits se passera tout ce qu'on voudra. Le temps pourrait s'acclrer normment, et mme infiniment : rien ne serait chang pour le mathmaticien, pour le physi- cien, pour l'astronome. Profonde serait pourtant la diffrence au regard de la conscience (je veux dire, naturellement, d'une conscience qui ne serait pas solidaire des mouvements intra-crbraux) ; ce ne serait plus pour elle, du jour au lendemain, d'une heure l'heure suivante, la mme fatigue d'attendre. De cette attente dtermine, et de sa cause extrieure, la science ne peut tenir compte : mme quand elle porte sur le temps qui se droule ou qui se droule- ra, elle le traite comme s'il tait droul. C'est d'ailleurs fort naturel. Son rle est de prvoir. Elle extrait et retient du monde matriel ce qui est susceptible de se rpter et de se calculer, par consquent ce qui ne dure pas. Elle ne fait ainsi qu'appuyer dans la direction du sens commun, lequel est unhttp://krimo666.mylivepage.com/ 6. commencement de science : couramment, quand nous parlons du temps, nous pensons la mesure de la dure, et non pas la dure mme. Mais cette dure, que la science limine, qu'il est difficile de concevoir et d'exprimer, on la sent et on la vit. Si nous cherchions ce qu'elle est ? Comment apparatrait-elle une conscience qui ne voudrait que la voir sans la mesurer, qui la saisirait alors sans l'arrter, qui se prendrait enfin elle-mme pour objet, et qui, spec- tatrice et actrice, spontane et rflchie, rapprocherait jusqu' les faire concider ensemble l'attention qui se fixe et le temps qui fuit ?Telle tait la question. Nous pntrions avec elle dans le domaine de la vie intrieure, dont nous nous tions jusque-l dsintress. Bien vite nous recon- nmes l'insuffisance de la conception associationiste de l'esprit. Cette conception, commune alors la plupart des psychologues et des philosophes, tait l'effet d'une recomposition artificielle de la vie consciente. Que donnerait la vision directe, immdiate, sans prjugs interposs ? Une longue srie de rflexions et d'analyses nous fit carter ces prjugs un un, abandonner beaucoup d'ides que nous avions acceptes sans critique ; finalement, nous crmes retrouver la dure intrieure toute pure, continuit qui n'est ni unit ni multiplicit, et qui ne rentre dans aucun de nos cadres. Que la science positive se ft dsintresse de cette dure, rien de plus naturel, pensions-nous : sa fonction est prcisment peut-tre de nous composer un monde o nous puissions, pour la commodit de l'action, escamoter les effets du temps. Mais comment la philosophie de Spencer, doctrine d'volution, faite pour suivre le rel dans sa mobilit, son progrs, sa maturation intrieure, avait-elle pu fermer les yeux ce qui est le changement mme ?Cette question devait nous amener plus tard reprendre le problme de l'volution de la vie en tenant compte du temps rel ; nous trouverions alors que l' volutionnisme spencrien tait peu prs compltement refaire. Pour le moment, c'tait la vision de la dure qui nous absorbait. Passant en revue les systmes, nous constations que les philosophes ne s'taient gure occups d'elle. Tout le long de l'histoire de la philosophie, temps et espace sont mis au mme rang et traits comme choses du mme genre. On tudie alors l'espace, on en dtermine la nature et la fonction, puis on transporte au temps les conclusions obtenues. La thorie de l'espace et celle du temps se font ainsi pendant. Pour passer de l'une l'autre, il a suffi de changer un mot : on a remplac juxtaposition par succession . De la dure relle on s'est dtourn systmatiquement. Pourquoi ? La science a ses raisons de le faire ; mais la mtaphysique, qui a prcd la science, oprait dj de cette manire et n'avait pas les mmes raisons. En examinant les doctrines, il nous sembla que le langage avait jou ici un grand rle. La dure s'exprime toujours en tendue. Les termes qui dsignent le temps sont emprunts la langue de l'espace. Quand nous voquons le temps, c'est l'espace qui rpond l'appel. La mtaphysique a d se conformer aux habitudes du langage, lesquelles se rglent elles-mmes sur celles du sens commun.Mais si la science et le sens commun sont ici d'accord, si l'intelligence, spontane ou rflchie, carte le temps rel, ne serait-ce pas que la destination de notre entendement l'exige ? C'est bien ce que nous crmes apercevoir en tudiant la structure de l