HEGEL ET LA MATIÈRE

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  • HEGEL ET LA MATIRE : LE PHILOSOPHE ALLEMAND A-T-ILENCORE QUELQUE CHOSE NOUS DIRE ?

    Bertrand Quentin

    P.U.F. | Les tudes philosophiques

    2006/4 - n 79pages 537 556

    ISSN 0014-2166

    Article disponible en ligne l'adresse:--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

    http://www.cairn.info/revue-les-etudes-philosophiques-2006-4-page-537.htm--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

    Pour citer cet article :--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

    Quentin Bertrand , Hegel et la matire : le philosophe allemand a-t-il encore quelque chose nous dire ? , Les tudes philosophiques, 2006/4 n 79, p. 537-556. DOI : 10.3917/leph.064.0537--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

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  • HEGEL ET LA MATIRE :LE PHILOSOPHE ALLEMAND A-T-IL ENCORE

    QUELQUE CHOSE NOUS DIRE ?

    Lopinion daujourdhui considre le plus souvent les philosophescomme rsidant dans l abstrait , alors que les scientifiques travailleraient,eux, sur du concret , sur la matire. Un philosophe comme Hegel se voit,de plus, affubl du qualificatif honteux d idaliste , avec lide confuse etfantastique dun systme o la matire serait engendre par lesprit.

    La position de Hegel par rapport la matire, bien des gards, nestpourtant pas plus idaliste que la position des physiciens daujourdhui.La matire au XXIe sicle nest plus envisage que comme un objet mer-geant grande chelle. Elle nest que la rsultante dune procdure limitedobjectivation des phnomnes, acceptable au niveau macroscopique parapproximation.

    Nous allons constater que, dune faon analogue, la matire va trepense chez Hegel comme un objet mergeant au sein dune lecture de laralit greve des insuffisances de la reprsentation. Contre la physique clas-sique, contre une mtaphysique substantialiste ou contre des habitudes depense ancres dans lopinion, Hegel va nous aider dsontologiser lamatire : dsontologiser , cest procder au travail inverse de celui dunecertaine ontologie substantialiste qui consiste dfinir ce qui est vraiment(du grec : to n, tou ontos) comme ce qui est immobile, ce qui est ternel. Dsontologiser va donc consister montrer comme processus ce quenous sommes habitus penser comme rifi, comme source de stabilit.La tendance lontologisation consiste se figer sur certaines fixationsapparentes. La dsontologisation1 consiste faire effort pour exhiber lesprocessus dans ce qui parat fig.

    Les tudes philosophiques, no 4/2006

    1. Nous utilisons ce terme pour insister sur ce que le systme hglien peut avoir despcifique par rapport aux ontologies rifiantes de lhistoire de la philosophie. On peut nan-moins, avec Andr Doz, estimer que le systme hglien est une ontologie en un sens pluslev. Bernard Bourgeois voquera le terme de noologie (discours sur lesprit) (Le vocabu-laire de Hegel, Paris, Ellipses, 2000, p. 38).

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  • Un travail de dsontologisation de la matirequi commence par les dterminationspar lesquelles on cherche usuellement lapprhender

    Les dterminations de la pense font partie de ce que nous considronssouvent comme des donnes fixes, figes, qui correspondraient des rali-ts fixes, figes. La reprsentation, lentendement ont naturellement ten-dance rifier. La quantit est par exemple une des dterminations privi-lgies des sciences positives dans leur rapport la matire. Hegel va tudierspculativement la quantit, ce qui signifie dj arriver laborer les condi-tions dintelligibilit du concept de quantit, sans rien prsupposer delapproche quen ont les sciences positives.

    Dsontologisation (dans la Science de la logique)des dterminations de quantit et de qualit

    Remarquons, ds le dbut, que dans lanalyse qui prend ici place avecHegel, nous ne partons pas, contrairement la plupart des disciplines, dunobjet dj construit. Lobjet va se construire devant nous. Nous ne pou-vons pas nous aider de la reprsentation, qui se situe au niveau dobjetsdj construits. Do laridit des analyses hgliennes de la Science de lalogique et en mme temps leur ncessit : cest un passage oblig pour suivrelautomotricit du Concept1. Si nous partions dobjets prsupposs, cetarbitraire initial remettrait en question lide dune vritable ncessit dudiscours. La ncessit du discours hglien repose en effet sur sa patienteautoconstitution.

    En 1812, dans la premire partie de la Science de la logique consacre llment de l tre 2, Hegel va procder une dsontologisation de cescatgories que nous croyons stables et autonomes. Hegel commence par desanalyses sur la dtermination de qualit ( Qualitt ). Il sagit ici de la1re section de la Doctrine de ltre 3. Hegel montre dj son originalit encommenant par la qualit, l o dautres veulent commencer par la quantit

    538 Bertrand Quentin

    1. Nous mettons une majuscule au terme de concept lorsquil a son sens hglien.2. G. W. F. Hegel, Wissenschaft der Logik, erster Band, erstes Buch : Sein, Nrnberg,

    Schrag, 1812 ; trad., prsent. et notes par P.-J. Labarrire et G. Jarczyk, La science de la logique,1er tome, 1er livre : Ltre , d. de 1812, Paris, Aubier-Montaigne, 1972 (not dsormais Sc-logiq, Ltre ).

    3. En 1812, Hegel donne Ltre comme titre au 1er livre du 1er tome de la Science de lalogique. En 1813, il va modifier dj son optique ditoriale, puisque le 2e livre ne va pas treappel LEssence mais La Doctrine de lEssence . Lorsque, en 1831, le philosophe alle-mand met la dernire main une nouvelle dition du 1er livre du 1er tome de La science de lalogique, il va lintituler La Doctrine de ltre . Quand on voit la mention : Ltre , il sagitdonc de ldition de 1812 et pour la mention Doctrine de ltre de celle de 1832, cest--dire de la version dfinitive.

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  • (ex. : Kant dans la Critique de la raison pure). Il observe que la variation qualita-tive transforme la nature du rel. Le domaine du qualitatif est donc celui dela dtermination diffrenciante : la seule faon pour ltre qualitatif de chan-ger, cest de passer dans ltre-autre et la diffrence. On ne peut passer durouge au bleu sans quil y ait un saut. Cest donc ainsi que peut se manifesterla qualit.

    Passons maintenant la dtermination de quantit ( Quantitt ) et la 2e section de La Doctrine de ltre . La spcificit de la variationquantitative est celle qui va amener le concept dindiffrence ( Gleichgltig-keit ). La variation quantitative laisse le rel tre ce quil est (alors que lavariation qualitative en transforme la nature). Hegel fait de la variabilit lanature mme du quantitatif. Loin de dissoudre la dterminit comme ctaitle cas dans la sphre de la qualit, le changement est ici constitutif ducontenu mme de la dterminit (quantit pure). Quand on est dans le rouge , le changement quantitatif amne une intensit plus ou moinsgrande du rouge . Le plus ou moins ne modifie pas la qualit qui est derester rouge . Nous nous apercevons au passage que nous voquons ladtermination de quantit en ladossant la dtermination de qualit. Cestsur fond de qualit que la quantit sexprime : autre faon de se rendrecompte que la dtermination de quantit ne peut se penser seule, comme sielle tait une ralit en soi, mais doit se penser en relation avec la qualit .Do la formule forte de Hegel :

    La vrit de la qualit elle-mme est la quantit. 1

    La quantit, rsultant du dpassement de la qualit par son automouve-ment, est le moment de ltre mdiatis : celui-ci est caractris parlindiffrence la dterminit. Cette indiffrence signifie que la dtermina-tion quantitative est extrieure ltre auquel elle sapplique. Ce typedextriorit caractrise prcisment les mthodes mathmatiques en cequelles peuvent indfiniment dcomposer et recomposer la ralit.

    Hegel va alors critiquer la reprsentation qui fait de la nature matrielleun tout homogne o toute transformation serait progressive. La tentativede mathmatisation intgrale des sciences de la nature relve ainsi duneapproche scientifique essentiel