Graphisme en france 2013

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    IIINDEX DES lIEuX

    A

    AubussonII B 52AlpesII B 47AmsterdamII A 16AvionII B 37

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    BesanonII B 52BostonII Ab 28BusanII B 52

    C

    CasselII B 51, 52ChambordII B 37ChaumontII B 52II C 54CoreII B 52

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    Europe centraleII B 40

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    GrenobleII B 35

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    ItalieII A 11

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    La DfenseII B 44, 45La Plaine-Saint-DenisII B 42Le HavreII B 39, 40II C 54Les Eyzies-de-TayacII B 44LilleII C 54LimogesII B 46, 47LisieuxII B 46LorientII C 54LyonII B 42

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    MetzII B 52, 53MilanII Ab 28MontralII B 49

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    NantesII B 35NgrepelisseII B 49New YorkII A 21II Ab 28Nord-Pas-de-CalaisII B 37

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    Ourcq (canal de l)II B 49

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    PantinII A 13II B 48, 49ParisII A 11, 12, 13, 16, 17 19, 21II Aa 23II B 46, 47, 49II C 54Paris Rive-GaucheII B 49Pays de MeauxII B 44Pays de Vienne et MoulireII B 46, 47

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    Rio de JaneiroII C 54RoissyII B 47

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    Saint-NazaireII A 20SantiagoII A 16So PauloII Aa 22, 23, 25, 26SuisseII B 49

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    ToulouseII B 49

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    Val-de-MarneII B 42, 43VienneII B 40, 41Villeneuve-dAscqII B 37VilleurbanneII B 40Vitry-sur-SeineII B 43

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    Yverdon-les-BainsII B 49

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    ZurichII B 40, 42, 52

  • cETTE dIx-NEUvIME dITIoN dE Graphisme en France AboRdE LA QUESTIoN dE LA SIGNALTIQUE, QUI EST UN doMAINE INvESTI PAR dE NoMbREUx GRAPHISTES ET doNT LES APPLIcATIoNS SoNT SPcIFIQUES ET PLURIELLES.

    LES SocIoLoGUES JRME dENIS ET dAvId PoNTILLE PARTAGENT LEURS RFLExIoNS SUR LES ENJEUx dE LA SIGNALTIQUE dANS LESPAcE URbAIN ET SUR LES PRobLMATIQUES SoULEvES PAR LAccUMULATIoN dES SIGNES. EN coNTREPoINT, RAFAEL SoARES GoNALvES NoUS cLAIRE SUR LExPRIENcE MENE PAR LA vILLE dE So PAULo QUI A PRoMULGU EN 2006 UNE LoI INTERdISANT LAFFIcHAGE PUbLIcITAIRE dANS LA vILLE. ENFIN, LExEMPLE dE LUTILISATIoN dE LA TyPoGRAPHIE HELvETIcA PoUR LA SIGNALTIQUE dU MTRo dE NEw yoRk EST voQUE.

    vANINA PINTER, JoURNALISTE ET ENSEIGNANTE, A PoUR SA PART INTERRoG dE NoMbREUx GRAPHISTES SUR LEUR PRATIQUE dANS LE doMAINE dE LA SIGNALTIQUE. ELLE dRESSE UN PANoRAMA dExPRIENcES dIvERSES ET RESTITUE LE PoINT dE vUE dE GRAPHISTES QUI oNT ExPRIMENT cES RALISATIoNS dANS LESPAcE.

    cETTE NoUvELLE dITIoN dE Graphisme en France A T cRE PAR ANNA cHEvANcE ET MATHIAS REyNoIRd, dE LATELIER ToUT vA bIEN, dIPLMS dE LcoLE EURoPENNE SUPRIEURE dART dE bRETAGNE-RENNES. EN SAPPUyANT SUR dES TyPoGRAPHIES, dES FoRMATS

    ET dES PAPIERS dIFFRENTS, ILS oNT LAboR UNE SIGNALTIQUE dIToRIALE PLUSIEURS NIvEAUx ET oNT, PoUR LA MISE EN PAGES, AdoPT UNE oRGANISATIoN dES INFoRMATIoNS TRS codE.

    ENFIN, LE cALENdRIER PRSENTE LES NoMbREUx vNEMENTS PRoGRAMMS EN 2013 ; ILS TMoIGNENT dU dyNAMISME dES LIEUx dE dIFFUSIoN ET dES coLES QUI PoRTENT ANNE APRS ANNE dES PRoJETS dE dIFFUSIoN ET dE RFLExIoN dANS LE doMAINE dU dESIGN GRAPHIQUE. LE cNAP PoURSUIT PoUR SA PART LAccoMPAGNEMENT dE cE doMAINE dE LA cRATIoN coNTEMPoRAINE PAR LE dvELoPPEMENT RGULIER dE PRoJETS QUI SINScRIvENT dANS LENSEMbLE dE SES dISPoSITIFS dINTERvENTIoN ET dE SES MISSIoNS.

    RIcHARd LAGRANGEdIREcTEUR dU cENTRE NATIoNAL dES ARTS PLASTIQUES

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    I GRAPHISME EN FRANcE 2013 SIGNALTIQUES

    dIToRIAL

    RoNd-PoINT dE LEURoPE, vILLEURbANNE

    SoMMAIRE

    INdEx dES LIEUx

    coLoGIE GRAPHIQUE ET SIGNALTIQUE URbAINE

    UNE LoI PoUR UNE vILLE PRoPRE

    HELvETIcA ET LE MTRo dE NEw yoRk cITy

    INdEx dES NoMS

    INdEx dES STRUcTURES

    LA SIGNALTIQUE, PoINTS dE vUE dES GRAPHISTES

    bIoGRAPHIES dES AUTEURS

    INdEx dES dATES

    cALENdRIER 2013

    PUbLIcATIoNS 2012

    PRIx obTENUS PAR dES GRAPHISTES FRANAIS

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    cHEMIN dE FER

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    IIINDEX DES lIEuX

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    AubussonII B 52AlpesII B 47AmsterdamII A 16AvionII B 37

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    BesanonII B 52BostonII Ab 28BusanII B 52

    C

    CasselII B 51, 52ChambordII B 37ChaumontII B 52II C 54CoreII B 52

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    Europe centraleII B 40

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    GrenobleII B 35

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    ItalieII A 11

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    La DfenseII B 44, 45La Plaine-Saint-DenisII B 42Le HavreII B 39, 40II C 54Les Eyzies-de-TayacII B 44LilleII C 54LimogesII B 46, 47LisieuxII B 46LorientII C 54LyonII B 42

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    MetzII B 52, 53MilanII Ab 28MontralII B 49

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    NantesII B 35NgrepelisseII B 49New YorkII A 21II Ab 28Nord-Pas-de-CalaisII B 37

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    Ourcq (canal de l)II B 49

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    PantinII A 13II B 48, 49ParisII A 11, 12, 13, 16, 17 19, 21II Aa 23II B 46, 47, 49II C 54Paris Rive-GaucheII B 49Pays de MeauxII B 44Pays de Vienne et MoulireII B 46, 47

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    Rio de JaneiroII C 54RoissyII B 47

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    Saint-NazaireII A 20SantiagoII A 16So PauloII Aa 22, 23, 25, 26SuisseII B 49

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    Val-de-MarneII B 42, 43VienneII B 40, 41Villeneuve-dAscqII B 37VilleurbanneII B 40Vitry-sur-SeineII B 43

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    David Pontille

    COlOGIE

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    IIAvEC lESTHTIQuE :REPRSENTATION ET ACTION

    Dans les espaces urbains, de nombreuses inscriptions jouent sur la dimension expressive des lments graphiques. Formes et couleurs, mots et formules ont pour vocation doffrir un paysage graphique composite : projet dembellissement de certaines faades, projection des passants vers dautres horizons ou encore marquage de certains sites dune prsence institutionnelle particulire (telle figure emblmatique du pass ici, telle autorit administrative l). Lpigraphie mdivale et contemporaine est particulirement riche de ce type dinscriptions. Armando Petrucci a soulign les modalits politiques du dveloppement de ces formes scripturales qui ornent certains monuments au fil des priodes historiques, documentant leurs variantes typographiques successives et leurs formes dexpression attendues ->1.

    Tout projet de signaltique est travers par des enjeux esthtiques : llgance dune typographie, la mise au point dune gamme de couleurs, lagencement des mots et des pictogrammes, etc., constituent autant dtapes cratrices tournes vers linstauration dun ordre expressif singulier. Dans les conditions idales dune telle ralisation, criture et architecture sont voues tre penses ensemble, investies dans un mme mouvement tendu vers la production dune esthtique globale qui, tout en revendiquant ses propres lignes dinnovation, prend place le plus harmonieusement possible dans lenvironnement urbain. Le succs dune ralisation est alors synonyme dun haut degr de cohrence, par laquelle caractristiques architecturales et proprits graphiques dotent le lieu dune identit visuelle.

    Pour autant, la signaltique nest pas guide uniquement par un principe expressif. Les diffrents lments graphiques dont est compos tout systme de signes directionnels sont simultanment destins produire de lintelligibilit. En prenant place au sein dune configuration architecturale, ils visent en donner des clefs de lecture, en proposer de possibles

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    1. Armando Petrucci,Jeux de lettres.Formes et usages de linscription en Italie, xi e- xx e sicles,Paris, EHESS, 1993.

    Les lieux publics constituent de vritables cologies pour les signes : affiches, enseignes, panneaux publicitaires, inscriptions, graffiti, autocollants, marquages, crans sont autant despces graphiques qui les peuplent et y pullulent. Ces espces coexistent parfois dans une sorte de respect mutuel, chacune se voyant attribuer une place par rapport lautre. Dautres se rpliquent dans lespace de manire organise et sont mises en correspondance par une typographie commune. Elles peuvent aussi se succder dans un mme site. Dans ce cas, si elles ne sont pas retires au profit des nouvelles, il arrive que les versions cohabitent un moment, les plus anciennes seffaant progressivement avec le temps, laissant la place aux dernires arrives. Il est galement possible que la comptition soit plus affirme : les espces graphiques entrent alors directement en lutte pour loccupation dun mme territoire, les unes recouvrant parfois les autres. Lorsque cette lutte prend une tournure officielle, voire juridique, elle sactualise en un incessant cycle de nettoyage et de rinscriptions.

    Parmi ces espces graphiques, la signaltique occupe une place particulire. Instrument daccessibilit, elle vise sadresser au plus grand nombre en occupant un lieu aux caractristiques architecturales extrmement diversifies. Charge de donner une forme dintelligibilit au lieu quelle quipe, elle est cense assurer une part de sa cohrence. La signaltique quipe galement des personnes. Les mots, les formes graphiques, les couleurs quelle expose apportent des indications de position et de direction. Elle offre des prises pour se reprer dans un milieu gnralement complexe, quil sagisse dun espace relativement clt comme un muse, une gare ou un aroport, ou dun espace beaucoup plus ouvert tels une autoroute, un parc ou une ville.

    La conception dune signaltique est donc particulirement dlicate : outre ses dimensions esthtiques et visuelles, elle a une dimension doublement fonctionnelle dont elle ne peut se dprendre : dun ct, elle constitue un outil dorientation des personnes et de gestion des flux, de lautre, elle est un dispositif dordonnancement de lespace particulirement puissant.

  • interprtations, en guider lexprience : en exposer matriellement, sinon un mode demploi, au moins les principales modalits de circulation. Quil sagisse de muses, daroports, de gares ou de stations de mtro, la signaltique met la disposition de celles et ceux qui se tournent vers elle des repres graphiques destins la mobilit urbaine.

    La puissance de ces ensembles graphiques intrigue et fascine tout la fois, portant ainsi rgulirement aux nues leurs crateurs. Mais elle peut aussi irriter et conduire des dnonciations de la froideur des lieux : leur intelligibilit ne serait dlgue qu des panneaux au dtriment des changes entre tres humains. On comprend assez facilement quelle serve de terreau aux analyses smiologiques, focalises sur ltude des relations entre cette multitude de signes et les jeux de rfrences croises quils oprent. La signaltique est toutefois compose dlments graphiques qui ne cadrent pas totalement avec la tradition smiologique. Le reprage dans les lieux dots de panneaux directionnels nest pas uniquement de lordre de la signification. Les mots, les pictogrammes et les flches sont constamment pris en tension entre deux rgimes particuliers.

    Le premier est celui de la reprsentation. De mme que les multiples inscriptions produites dans les administrations ou les laboratoires scientifiques sous la forme de listes, de tableaux ou de cartes, les lments de la signaltique sont constitus en fidles reprsentants graphiques dune portion du monde. La reprsentation concerne ainsi le nom de certains lieux : cest en suivant les multiples occurrences dun nom inscrit sur un panneau (par exemple sortie , ou le nom dune gare de chemin de fer ou dune station de mtro) quon peut se retrouver dans le lieu quil dsigne en fin de parcours. Les lments graphiques de la signaltique peuvent galement reprsenter, sinon un nonciateur en particulier bien identifi, au moins lautorit institutionnelle qui gre les lieux, telle la RATP dans le cas de la signaltique des transports parisiens, et tout spcialement du mtro.

    Le second rgime est celui de laction. Les diffrents composants graphiques des panneaux directionnels ne sont pas seulement des reprsentants, ce sont galement ce que Gilles Deleuze et Flix Guattari appellent des mots dordre : des signes totalement tourns vers laction ->2. Dans les panneaux accompagnant le dplacement, certains composants font

    signe autant quils font faire. Ce statut de signe a-reprsentationel est parfaitement endoss par la flche, un lment graphique qui faonne la continuit du mouvement. Scandant inlassablement la mme injonction ( cest par ici , prendre par l ) chacune de ses occurrences, elle indique le sens de la marche en pointant vers une direction. Laction de la flche est interne sa forme graphique mme ->3.

    Les tensions entre ces deux rgimes sexpriment diffremment dune ralisation lautre. Par exemple, lors du renouvellement de sa signaltique dans les annes 1990, la RATP sest engage dans un important processus de standardisation des lments graphiques au nom dune homognisation des espaces de transport. Simultanment, lentreprise a command Jean Franois Porchez une typographie spcifique, la Parisine, dessine non seulement pour faciliter la lisibilit et la visibilit des indications, mais aussi, comme son nom lindique, pour marquer lidentit parisienne. Elle fut adapte, bien plus tard, toute la communication institutionnelle de lentreprise. Lorsque Pierre di Sciullo ralise la signaltique du Centre national de la danse Pantin en 2004, il cre une typographie faite de nombreuses ondulations, le Minimum, destine entretenir un dialogue soute nu avec le lieu architectural et lactivit quil accueille. Plus rcemment, la commmoration nationale des attentats du 11 Septembre a donn lieu une situation exceptionnelle dans le mtro new-yorkais : au lieu de saligner sur les standards en vigueur qui promeuvent lusage exclusif de la typographie Helvetica en blanc sur fond noir, plusieurs stations sont dsormais quipes de panneaux directionnels spcifiques o les indications en Helvetica cohabitent avec dautres qui pointent en direction du 9/11 Memorial avec la typographie Gotham en blanc et bleu ->4. Ces diffrentes ralisations visent, chacune leur manire, rhabiliter le rgime de la reprsentation au sein de signaltiques directionnelles qui, en privilgiant la clart et luniformit typographiques, mettent laccent sur le rgime de laction.

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    2. Gilles Deleuze et Flix Guattari, Mille plateaux, Paris, Les ditions de Minuit, 1980.

    3. Gillian Fuller, The Arrow DirectionalSemiotics : Wayfinding in Transit ,

    Social Semiotics, vol. 12, n 3, 2002, p. 231-244.

    4. http://cityroom.blogs.nytimes com/ 2011/10/28/911- memorial-leaves-its-mark-on-the-subway-all-rights-reserved/

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  • DISCIPlINER lES CORPS

    Les projets de signaltique voient rarement le jour dans leur forme initialement prvue : face aux plaintes et aux critiques adresses, au nom de la lisibilit, aux options chromatiques et typographiques retenues, les graphistes sont rgulirement amens modifier leur projet initial. De tels contretemps renseignent en creux sur un autre aspect de la tension entre reprsentation et action qui traverse toute signaltique. Dispositif daccessibilit universelle, chaque signaltique est confronte limpossibilit de prendre en considration lensemble des usagers et de leurs particularits cognitives, motrices ou culturelles.

    Dans les lieux publics, et plus particulirement dans les sites traverss par dimportants flux (aroports, gares, mtros), les choix typographiques accordent gnralement une importance de premier plan la visibilit, associe lharmonisation et la standardisation des couleurs. Les signaltiques des aroports dAmsterdam Schiphol et de Paris-Charles-de-Gaulle, respectivement conues par Benno Wissing en 1967 et Adrian Frutiger en 1977, sont des exemples canoniques qui ont marqu lhistoire dans le domaine. La typographie ponyme de ce dernier est reconnue pour ses subtiles corrections optiques qui permettent chaque lettre dtre lue partir de diffrents angles. Loptimisation de sa lisibilit tient galement dans la sobrit dune gamme de deux couleurs fortement contrastes (le noir et le jaune) afin de retenir lattention. Lobjectif est dobtenir un systme signaltique qui soit la fois simple et lisible, tout en tant reconnaissable rapidement par des personnes de langues diffrentes, qui traversent ces lieux bien souvent dans lurgence.

    Habitus, occasionnels, novices, touristes les catgories de personnes qui traversent des espaces urbains sont nombreuses et dclinables volont. Bien quon puisse les regrouper dans des classes insistant sur leurs diffrences, elles prsentent toutes, pour les responsables des lieux, le risque de comporter une horde de barbares aux comportements dsordonns, voire dangereux ->5. Tous les lieux publics requirent, de la part de leurs usagers, des formes daction spcifiques, certaines attitudes tant attendues, juges particulirement appropries ou convenables, dautres tant proscrites,

    voire considres comme dviantes. Dans cette perspective, les panneaux indicateurs peuvent tre rigs au rang de vritables outils de discipline des corps et des foules. Au mme titre que dautres instruments, procdures, techniques, etc., ils font partie de la gamme des micro- dispositifs de pouvoir mis en vidence par Michel Foucault ->6. Ils visent encadrer et canaliser le plus fermement possible les dplacements en faonnant au plus prs les comportements.

    cet effet, les concepteurs anticipent les manires dont les usagers des lieux devront se mouvoir, laborent des projections des futurs flux de circulation et inscrivent dans les lments graphiques des faons convenables dinteragir avec eux. Dans les jalons thoriques poss par Roger Tallon et Henri-Pierre Jeudy propos dune signaltique commune la RATP et la SNCF en 1980, qui na finalement jamais t totalement dploye, ce travail dinscription des usagers dans les lments graphiques est particulirement explicite : lusager doit fournir un effort minimal aussi bien pour lapprentissage que pour la lecture et la comprhension de ces signes. [] Il sagit de rduire les carts possibles dans la pratique de lusager entre la perception et toute activit cognitive ->7 . De telles formulations tmoignent de vritables thories, qui portent aussi bien sur lusage des lieux publics que sur celui des lments de signaltique en tant que tels. Elles soutiennent des programmes daction, ce que Madeleine Akrich nomme des scripts , qui sont directement intgrs dans les composants graphiques de la signaltique ->8.

    Pour quune signaltique devienne un vecteur fort de mobilit, ses concepteurs et designers investissent ainsi dans les signes de plusieurs manires. Les options typographiques (empattements, espacements entre chaque lettre),

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    7. Roger Tallonet Henri-Pierre Jeudy, Signalisation,signaltique, la diffrence ? , Communication et langages, vol. 36, n 1, 1977, p. 32-43.

    8. Des complments sur cette approche dveloppe en socio-logie des techniques dans : Madeleine Akrich, Comment dcrire les objets techniques ? , Techniques et culture, n 9, 1987, p. 49-64.

    5. Sebastin Ureta, Waiting for the Barbarians : Disciplinary Devices on Metro de Santiago , Organization ( paratre).

    6. Michel Foucault, Surveiller et punir, Paris, Gallimard, 1975.

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  • Les diffrentes zones se rptent de station en station et produisent, malgr les disparits architecturales, une srie de lieux types.

    Linstallation dune signaltique ne consiste donc pas en un simple ajout dlments graphiques un monde dj ordonn. Au contraire, le processus mme dinstallation dun systme signaltique transforme le monde en y installant un ordre particulier. La stabilisation de lenvironnement, associe une forte diffrenciation des espaces, transforme un agencement architectural en territoire de circulation. Sans aucune inscription, lespace urbain resterait un lieu larchitecture plus ou moins complexe, laspect plus ou moins labyrinthique. La prsence dune signaltique fait bien plus quy apporter un paysage graphique : elle oriente lespace, le transforme en un vecteur propice au dplacement. Repres de la mobilit, les composants graphiques stabilisent donc la fois les personnes dont le statut de passants ou de flneurs est transform tantt en passagers ou voyageurs, tantt en visiteurs ou touristes, tantt en excursionnistes ou plerins et les lieux.

    Tels de vritables gardiens de lordre produit par leur prsence mme, les signes de la signaltique tiennent littralement le lieu. En tant que dispositif dordonnancement graphique de lespace, la signaltique urbaine est loin, cependant, dtre toute puissante. Son milieu, la ville, prsente de nombreuses contraintes.

    Les conditions architecturales reprsentent dabord un dfi permanent. La position des btiments et lagencement particulier des lieux constituent des lments tangibles, souvent pralables lintervention des designers graphiques, avec lesquels ils ont continuellement composer. Cest en sen accommodant quils laborent des crations ajustes chaque situation, limage des ralisations de lautobus imprial ou de Tra-cration (ex-Thrse Troka) qui placent ce travail de conciliation entre architecture et graphisme au cur de leur dmarche. Mais il arrive aussi que certains aspects du programme architectural soient modifis au fil des travaux, par exemple la suite dun renouvellement de lquipe responsable de la rnovation ou de la construction dun lieu. Les dcisions qui en dcoulent alors ont parfois des consquences directes sur le systme signaltique envisag, les transformations architecturales conduisant les designers abandonner divers composants de leur projet initial.

    les formes smantiques, les ventuelles abrviations, les caractristiques des pictogrammes, la gamme des couleurs ou encore la rpartition des lments sur chaque panneau ne sont pas uniquement conues pour aboutir un systme de signes cohrents les uns par rapport aux autres. Lenjeu est galement doffrir une palette dusages. La signaltique de la RATP est un exemple typique de ces tentatives dinscription dusages contrasts dans les signes directionnels. Certes, quelques modules se prsentent toujours comme des textes lire et visent avant tout diffuser des messages auprs des usagers. Cest le cas de certaines plaques qui indiquent les horaires de circulation des trains, ou que telle entre est rserve aux voyageurs munis dun titre de transport. Mais de nombreux autres lments sont davantage destins tre aperus qu tre dchiffrs. Par exemple, un simple coup dil peut suffire pour constituer les flches et les icnes standardises en repres pertinents afin de choisir entre plusieurs options un embranchement. De mme, les couleurs des diffrentes lignes ont fait lobjet dune intense rflexion pour tre aperues facilement de loin dans un espace sombre et engendrer ainsi des quasi-automatismes. Et les mots eux-mmes ne sont pas faits pour tre uniquement lus, notamment lorsquils indiquent la direction dune ligne : crits en capitales et bas de casse et en caractres de petit corps, la reconnaissance de leur forme distance est facilite.

    Destine laccessibilit des lieux publics, toute signaltique rsulte de la mise en uvre de principes thoriques et doptions graphiques qui, mme sils ne constituent pas des instruments de discipline coercitifs, privilgient certaines actions possibles au dtriment dautres relations des usagers aux lments graphiques. Do les inluctables plaintes de ceux qui se sentent lss face au corps des lettres minuscules de la RATP, quils jugent trop petit.

    La porte de la signaltique ne se rduit cependant pas ses effets sur les usagers et sur leur circulation. Sa force pragmatique concerne galement le milieu mme de son dploiement. Tout ensemble signaltique est vou faonner lenvironnement qui laccueille, participant la production dun territoire plus ou moins stabilis.

    Les modules de signaltique prennent galement place dans une vritable cologie des rglementations. Les lois et les rglements qui encadrent la circulation des personnes sont trs nombreux : le droit fixe notamment les rgles de scurit spcifiques chaque lieu ou btiment, les institutions disposent de leur propre rglement intrieur Ces rglementations sont de plus en plus nombreuses avec laugmentation des flux de personnes et la monte de la menace terroriste. Elles sont galement marques par une forte instabilit : elles font lobjet de mises jour et damnagements rguliers (par exemple lobligation dafficher linterdiction de fumer au sein des lieux publics ou de jalonner dans chaque btiment un parcours vers les issues de secours) qui obligent les concepteurs de signaltique revoir rgulirement aussi bien les caractristiques graphiques et informationnelles de leurs systmes que les emplacements de chaque module dans les lieux quils quipent.

    Et, comme nous le rappelions en introduction, lorsque la signaltique prend place en ville, un milieu dense o se ctoient des crits publicitaires, des enseignes de magasins, des graffiti, des affiches, des autocollants, etc., les conditions de son intgration sont dlicates. Elles passent par de vritables luttes graphiques et une forme de matrise des autres espces qui dborde largement le seul travail du graphiste.

    Par ailleurs, la signaltique elle-mme est objet de matrise et de critiques, certains la dnonant comme participant la saturation informationnelle des espaces publics. Sa prsence dans les espaces urbains se joue alors dans ladoption dune position subtile, entre prgnance et saillance. Lenjeu est de rconcilier une forme de modestie dun systme graphique qui nencombre pas lespace public, avec une volont domniprsence, moteur de la mission dordonnancement du dispositif. Le dfi nest pas mince, les demandes des collectivits ntant pas toujours compatibles avec ces termes. Par exemple, la signaltique peut tre mobilise des fins de marquages nonciatifs lheure o les instances susceptibles de sidentifier dans les lieux publics se multiplient.

    ORDONNANCER lES ESPACES

    Plus quun simple jeu dlments pertinents, la signaltique agence un ensemble de composants graphiques en un systme modulaire et hirarchis au sein duquel chaque lment ne prend sens que dans ses troites relations avec les autres. La typographie, les couleurs, les flches, les pictogrammes permettent une grande varit de combinaisons qui se dcline dun panneau lautre. La redondance de ces diffrentes formes graphiques assure une relation de contigit des inscriptions, ddie la production de parcours au fondement du principe de mouvement et de la mobilit urbaine. Au fil de ces parcours, les panneaux sont envisags dans leurs relations rciproques, lments formant une chane ininterrompue de rfrences qui faonnent un lien dans lespace.

    Par le truchement de cette rptition doccurrences renvoyant les unes aux autres sinstalle une cohrence spatiale particulirement puissante. Dun ct, la prsence des divers composants du systme dlimite les seuils qui font pleinement exister un lieu en tant que tel. Assurment, au-del, nous ne sommes plus dans le mme lieu. Le cas des rseaux ferrs (trains ou mtros) lillustre bien : les panneaux de signaltique quipent chaque station selon des modalits identiques, de sorte que, quel que soit le point du rseau de transport par lequel on entre, les caractristiques graphiques de lenvironnement demeurent similaires. De ce point de vue, contrairement la tendance qui caractrise les aroports internationaux, le mtro parisien se distingue trs nettement dautres mtros, tout comme il se dtache du rseau ferroviaire de la SNCF avec lequel il partage pourtant certains espaces.

    De lautre, les multiples faons dagencer les composants entre eux participent dun dcoupage de lespace et faonnent un vritable quadrillage. Par exemple, lchelle du seul mtro parisien, la stricte division des lieux va bien au-del de la rpartition des stations dans lespace urbain ->9. Avec la signaltique, lenvironnement se trouve organis en rgions nettement distinctes et divis en zones spcifiques : des halls dentre avec un plan du rseau et un plan de quartier ; des couloirs avec des flches, des numros de lignes et des noms de directions ; des quais avec des plans du rseau, des correspondances, des noms de stations et des noms de sorties.

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    9. Jrme Denis et David Pontille, Petite Sociologie de la signaltique. Les coulisses des panneaux du mtro,

    Paris, Presses des Mines, coll. Sciences sociales , 2010.

  • linverse, les questions de pollution visuelle sont aujourdhui cruciales et les signaltiques institutionnelles peuvent difficilement se permettre dajouter la cacophonie graphique des villes [voir Une loi pour une ville propre , II Aa 23].

    Les rglementations en ce sens sont double tranchant pour les projets de signaltique : elles les protgent en partie de l invasion despces graphiques indsirables, mais les contraignent dans leurs conditions dexistence esthtique, matrielle et gographique.

    Lensemble de ces caractristiques en appelle directement la responsabilit du graphiste : en proposant des systmes de signes ddis lorientation, celui- ci ne fait pas ququiper fonctionnellement ou esthtiquement des lieux. Il contribue trs directement faonner laction des personnes qui les traversent et il participe ainsi aux modes dexistence des espaces publics contemporains. Tout projet de signaltique saccompagne de ce fait de la production, quelle soit volontaire ou non, dun objet minemment politique.

    ImPlICATIONS

    La signaltique est donc un dispositif graphique trs particulier, qui contraste fortement avec dautres types dobjets que les graphistes sont amens concevoir. Les spcificits voques ici ont trois types dimplication pour lactivit de cration.

    Elles soulignent dabord limportance du travail en quipe. Traiter les multiples contraintes de la signaltique ne peut se faire sur le modle de la crativit lancienne , dans lequel un auteur prendrait en charge la plus grande partie du processus. Une quipe pluridisciplinaire est essentielle au succs de ce type de projets. Dans ces configurations, la question de lattribution finale est particulirement dlicate. Avec les nouvelles technologies de la chane graphique et la division des tches entre plusieurs sites de travail,

    auxquelles sajoutent parfois des commanditaires qui estiment tre en droit de revendiquer la paternit de tel ou tel projet, la dissolution de lauteur se profile comme un risque non ngligeable.

    Les organisations au sein desquelles les projets de signaltique prennent place constituent un autre aspect essentiel prendre en considration. Comme le montre ltude remarquable de Paul Shaw propos de la signaltique du mtro new-yorkais, la difficult occuper une position adquate parmi les services qui sont concerns en interne par le projet est relle [voir Helvetica et le mtro de New York City , II Ab 28].

    Cest pourtant cette position, non plus dans lcologie graphique des lieux mais dans lcologie organisationnelle des institutions, qui assure en grande partie la russite du projet, de la rdaction des premiers documents techniques jusqu linstallation effective du dernier panneau. Les diffrences sont flagrantes de ce point de vue dans lhistoire des signaltiques parisienne et new-yorkaise. Tandis que la typographie jouait un rle essentiel New York, porte par la volont dUnimark de gnraliser lusage de la Standard, puis de lHelvetica, elle a eu beaucoup de mal simposer au dpart dans la mise en place du nouveau systme. linverse, Paris, la typographie tait pense comme un composant parmi dautres de la signaltique, commande un typographe extrieur lquipe de conception initiale, mais en revanche destine par ses spcificits des enjeux identitaires forts.

    Enfin, lenjeu est de trouver, malgr tous ces lments qui sont autant de contraintes et de dfis dans lunivers parfois trs ouvert du graphisme, des espaces de crativit et doriginalit. La conception dun systme signaltique doit pouvoir engager de vritables perspectives dinnovation tout la fois esthtiques et matrielles, au risque sinon de tomber dans une fonctionnalisation smiotique des espaces totalement dsincarne.

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    uNE lOI POuR uNE vIllE PROPRE

    Rafael Soares Gonalves

    Lamnagement urbain de la mtropole de So Paulo, structur autour dun rseau de circulation particulirement dense, a eu dimportantes retombes sur lcologie graphique de la ville ->1 : dimmenses panneaux et dinnombrables affiches publicitaires ainsi que des enseignes commerciales gigantesques sy sont toujours disput lespace urbain. Plusieurs tentatives ont t mises en place pour organiser la publicit extrieure, au nom notamment de la scurit des automobilistes qui, parmi cette foule dinscriptions, distinguaient mal les panneaux de signalisation routire.

    La plus rcente de ces initiatives est la loi pour une ville propre, promulgue au mois de septembre 2006, qui a non seulement interdit laffichage publicitaire mais a aussi limit de faon drastique lespace consacr aux enseignes commerciales. Lors des dbats lgislatifs pour la promulgation de cette loi, la mairie a affirm que lexpansion dsordonne des affiches et des enseignes maculait le paysage de la ville et contribuait une vritable pollution visuelle. Les diffrents lments qui composaient ce paysage graphique taient dpourvus de relation formelle, ce qui entranait un chaos visuel qui [confondait] le piton sans structurer lespace public ->2 .

    La loi sest alors traduite par un mouvement dampleur consacr lenlvement des panneaux, enseignes et autres inscriptions en place. Lextrme varit des caractristiques graphiques des panneaux publicitaires et des enseignes commerciales a conduit la mairie procder une valuation pralable. Lobjectif tait de trancher entre les lments quil fallait enlever et ceux qui seraient pargns, en raison notamment de leur pleine intgration dans le paysage urbain ou de leur anciennet. Certains types dannonces jouissaient toutefois dun statut spcial et eurent, sous certaines conditions, droit de cit : cette faveur sappliquait aux annonces immobilires, culturelles ou ducatives (thtres, muses), ainsi quaux campagnes daffichage lectoral. Outre cette tolrance, ladministration municipale a stimul dautres faons dattirer lattention des clients potentiels par les commerants. Plusieurs utilisent

    ainsi des peintures murales, des graffiti ou des photographies sur les faades de leurs tablissements. Ces formes, qui ne sont pas soumises aux contraintes imposes par la loi, sont acceptes par la municipalit condition quelles ne contiennent ni textes, ni logos de produits ou dentreprises.

    Le succs de lapplication de cette loi sexplique en grande partie par la simplicit et lampleur de ses dispositions. Elle a dabord impos une forte uniformisation de la taille des lments graphiques et des espaces destins aux enseignes de sorte quils soient facilement reprs par les commerants, la population et les agents de la voirie chargs de contrler lapplication de la loi. Celle-ci a ensuite rig des contraintes spcifiques pour la dnomination et les logos des htels, lobjectif explicite tant doffrir un paysage graphique particulier, destin en priorit au tourisme daffaires de la ville. La mairie a galement favoris une reformulation graphique des plaques de rues de manire ce quelles soient plus lisibles pour les automobilistes : avec la loi, la dnomination officielle des rues a intgr le nom vernaculaire usuel dsormais inscrit en premier et en plus gros caractres, ainsi que lemploi des couleurs pour diffrencier les diffrentes zones de la ville, et lindication de la distance entre la rue et le centre-ville.

    La loi pour une ville propre a donc consist en un projet graphique municipal dampleur susceptible dimposer une nouvelle lecture de lespace urbain. En dautres termes, la police de caractres des crits exposs occupe dsormais une place centrale dans la configuration urbaine et est devenue un aspect crucial de la politique urbaine So Paulo. Luniformisation de ces espaces graphiques diffuse finalement, malgr leurs contenus, le label pour une ville propre .

    1. Jrme Denis et David Pontille, Petite Sociologie de la signaltique. Les coulisses des panneaux du mtro, Paris, Presses des Mines, coll. Sciences sociales , 2010.

    2. Lettre du maire Gilberto Kassab aux conseillers municipaux du 8 juin 2006. Archives du conseil municipal de la ville de So Paulo, dbats lgislatifs du projet de loi n 379/06, 2006, p.1-2.

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    HElvETICA ET lE mTRODE NEW YORK CITY

    Jrme Denis et David Pontille, propos de louvrage Helvetica and the New York City Subway System de Paul Shaw (mIT Press, 2011)

    Lorsquon aborde la question des liens entre signaltique et typographie, une quation simpose gnralement trs vite, comme une vidence : Helvetica et le mtro de New York. La police de caractres suisse est en effet devenue emblmatique du rseau de transport de la ville, et sa prsence dans les couloirs et sur les quais du mtro est donne en exemple partout dans le monde, considre comme lingrdient principal de la russite de la signaltique new-yorkaise, tant sur le plan esthtique que sur le plan fonctionnel. Mais quand remonte cette relation privilgie ? A-t-elle toujours t vidente ? Dans un ouvrage magnifique, Paul Shaw traite directement de ces questions. Au fil des multiples entretiens quil a mens et dun remarquable travail darchives, il retrace lhistoire tortueuse de la signaltique du mtro de New York, dmlant un a un les fils qui ont abouti ce vritable mythe typographique, dont il montre quil est finalement trs rcent.

    Loin dtre le fruit dune volution naturelle, linstallation de lHelvetica dans le mtro new-yorkais sinscrit dans un processus complexe de standardisation qui, sil a dmarr au milieu des annes 1960 comme pour dautres mtros emblmatiques tels celui de Boston, le premier afficher de lHelvetica sur ses panneaux, ou celui de Milan , na vritablement abouti que trente ans plus tard. Le projet dfendu par Massimo Vignelli et Bob Noorda, les deux reprsentants dUnimark New York, sest consolid par -coups, au gr dvnements plus ou moins heureux qui en disent long sur les conditions de ralisation effectives dun travail si ambitieux. Ces prgrinations sont tout sauf anecdotiques : elles donnent voir la complexit de lcologie organisationnelle au sein de laquelle le renouvellement de la signaltique a vu le jour. Les coupes budgtaires ont par exemple priv Unimark de la possibilit de dvelopper les premires prconisations labores ds 1966, et il a fallu attendre 1970 pour que la charte graphique (le fameux New York City Transit Authority Graphics Standard Manual) soit publie, prnant cette poque lusage de la Standard Medium. Entre-temps, le renouvellement

    des quipes internes, les incomprhensions des premiers documents, lacunaires, le cot des outils et le refus du puissant Transit Authoritys Bergen Street Sign Shop dabandonner ses pratiques artisanales de fabrication aboutissent des modifications marginales sur le rseau et ce que Vignelli qualifiera de real mess .

    Une fois les premiers standards diffuss, les choses, l non plus, ne se font pas dun seul coup et le chemin est long entre le document dtaillant les normes de forme, de contenu et demplacement et linstallation effective des panneaux dans les lieux labyrinthiques de limmense mtro new-yorkais. Dix ans plus tard, les journaux parlent encore du chaos qui rgne entre anciens et nouveaux panneaux et de lapparent dsordre du systme dorientation dans son ensemble, sans compter larrive massive des graffiti qui changent tout lcologie graphique du mtro. la fin des annes 1970, plusieurs lments vont nouveau changer la donne : un nouveau plan du rseau est command Michael Hertz et la couleur des signes sur les trains est normalise ; pour amliorer leur lisibilit (et pas tant, contrairement ce quavancent certains, pour lutter contre les graffiti), les panneaux adoptent un lettrage blanc sur fond noir ; enfin, linformatisation aidant, les techniques de fabrication des panneaux changent galement. En 1980, la charte des standards est ainsi rvise. On y trouve une note propos de la lettre J identifiant les trains pour laroport Kennedy qui marque la premire apparition de lHelvetica sur le rseau.

    Cest en dcembre 1989, dans une troisime rvision de la charte labore par Michael Hertz Associates, que la police de caractres devient officiellement lie au mtro de New York, et mme, pour la premire fois dans le manuel, au systme de transport unifi de la ville. Et ce nest quen 1992 quun programme de rnovation des stations, et donc de dpose des anciens panneaux, est mis en place grande chelle.

    Dans son remarquable ouvrage, Shaw montre trois choses majeures : la force dun projet de signaltique normalise (le premier projet de Noorda et Vignelli dpos en 1966 a, malgr les transformations et les ajustements, t incroyablement solide et durable), la place importante, mais pas centrale, quy tient la typographie, et les carts perptuels, invitables entre les documents standardiss du designer et le monde, toujours chaotique, quil cherche transformer.

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    IIII INDEX DES STRuCTuRES

    A

    Agence dArchitecture Philippe Prost (AAPP)II B 42APRR (Autoroutes Paris-Rhin-Rhne)II B 47Aroport Amsterdam SchipholII A 16Aroport de VienneII B 40, 41Aroport KennedyII Ab 28Aroport Paris-Charles-de-GaulleII A 16II B 47Atelier de cration graphiqueII B 35, 36, 47Ateliers Jean NouvelII B 39, 40Atelier ter Bekke & BehageII B 46Autoroutes des AlpesII B 47Autoroutes du Sud de la FranceII B 47

    B

    BnF (Bibliothque nationale de France)II B 40Boscher signaltiqueet imageII A 14, 15

    C

    Carmel de LisieuxII B 46Centre de sociologie de linnovationII C 54Centre hospitalier Saint-Joseph-Saint-Luc II B 42Centre national de la danseII A 13II B 48, 49Centre PompidouII B 47Centre Pompidou MetzII B 46, 52Cinmathque franaiseII B 40Cit des congrs de NantesII B 35Cit des SciencesII B 35Civic CityII B 49CNIT (Centre des nouvelles industries et technologies)II B 44, 45CNRS (Centre national de la recherche scientifique)II C 54

    INDEX DES NOmS

    A

    Akrich, MadeleineII A 16Artires, PhilippeII C 54

    B

    Baldinger, AndrII B 47Brabant, StphanieII B 40Baur, RuediII B 35, 40, 49Behage, DirkII B 35, 44ter Bekke, EvelynII B 44Bernard, PierreII B 35, 36, 52Benzrihem, ClaudeII B 35Bilak, PeterII B 40Boekraad, HughesII B 52Bruneau, MarieII B 52Burkart, SimonII B 40

    C

    Cecchin, EdoardoII B 49Chamaret, SandraII B 46Cheval, JulietteII B 40Cimola, ThomasII B 42Crouwel, WimII B 35

    D

    Denis, JrmeII A 10, 17, 19II Aa 23II Ab 28II C 54Deleuze, GillesII A 13Donnot, KvinII B 52Draaijer, FokkeII B 35Duzelier, OlivierII B 40

    D

    Documentation franaiseII B 47

    E

    cole suprieure dart et design Le Havre-RouenII C 54cole suprieure dart et de design dOrlans II C 54EDGAR (Exposer le Design Graphique, Actes et Recherche)II C 54ducation nationaleII B 40EHESS (cole des hautes tudes en sciences sociales)II A 11II C 54

    G

    GallimardII A 16Grand ensembleII B 46, 47Grand PalaisII B 46Graphiquants (les)II B 46GrapusII B 35

    H

    Heins & LaFargeII A 28HelmoII B 46, 52

    I

    Intgral Ruedi BaurII B 37, 40, 41, 42, 52, 53

    K

    K-architecturesII A 20

    L

    Laboratoire ESADHaRRecherche II C 54Laboratoire LAVUEII C 54Laboratoire LeMetroII C 54Laboratoire LEUSII C 54Laboratoire SEDETII C 54La BriqueterieII B 42, 43

    E

    Esser, DavidII B 40

    F

    Fiedler, MarcoII B 52Foucault, MichelII A 16Frutiger, AdrianII A 16Fuller, GillianII A 13

    G

    Gay, liseII B 52Genier, BertrandII B 52Gineste, JulienII B 46Girard, NicolasII B 44, 45Guattari, FlixII A 13Guerche, MaudII B 42, 43

    H

    Hertz, MichaelII Ab 28Hervy, tienneII B 52II C 54

    J

    Jeudy, Henri-PierreII A 16

    K

    Kassab, GilbertoII Aa 23Kramer, FrisoII B 35Kubinyi, EvaII B 40, 42, 52

    LaMII B 36, 37Lars Mller PublishersII B 40, 42, 52lautobus imprialII A 19, 20II B 37, 39, 40La VilletteII B 35Le CargoII B 35Les ditions de MinuitII A 13Les Bains des docksII B 39, 40LetroisimepleII B 52LHarmattanII C 54LM communiquerII B 42, 49

    M

    Michael Hertz AssociatesII Ab 28Mines ParisTechII C 54Ministre de la Culture et de la CommunicationII B 40MIT PressII Ab 28Muse de la Grande Guerre du Pays de MeauxII B 44Muse dOrsayII A 14, 15II B 37, 47Muse GuimetII B 37Muse national de PorcelaineAdrien DubouchII B 46Muse national de PrhistoireII B 44

    P

    P.arc Itten Brechbhl Baumschlager EberleII B 42Parc national de ChambordII B 37Parcs nationaux de FranceII B 35, 36Parc Saint-LgerII B 44Philharmonie de ParisII B 40PolygraphikII B 40Presses des MinesII A 19, 23II C 54PyramydII B 52

    L

    Ledowski, WanjaII B 40Lejault, MarieII B 49Lion, YvesII B 35Lionni, PippoII B 47Lu, ZhangII B 52

    M

    Madrelle, LaurenceII B 42Marc, SandrineII B 44, 45Martin, JulienII B 49Mellier, FanetteII B 42Monnier, BrigitteII B 46, 47Moulin, FlorenceII B 35, 37Mller, FlixII B 40

    N

    Noorda, BobII Ab 28

    P

    Parent, GuillaumeII B 37Petrucci, ArmandoII A 11Phong L, ThanhII B 49Pinter, VaninaII B 34, 54Plnacoste, GrardII B 44, 45Pontille, DavidII A 10, 17, 19II Aa 23II Ab 28II C 54Porchez, Jean FranoisII A 13Poth, ChristinaII B 40Prost, PhilippeII B 42

    R

    Reichert, AchimII B 52Ronteix, ValrieII B 35, 37Roszkowska, MariaII B 40Rouard-Snowman, MargoII B 47Rubin, PatrickII B 42

    Q

    Quartier des spectacles de MontralII B 49

    R

    RATP (Rgie autonomedes transports parisiens)II A 12, 13, 16, 18Runion des muses nationauxII B 46

    S

    SNCF (Socit nationale des chemins de fer)II A 16

    T

    Telecom ParisTechII C 54Tra-crationII A 14, 15, 19II B 36, 37Thtre de Saint-NazaireII A 20Thtre national populaireII B 40Thrse TrokaII A 14, 15II B 35, 36, 37Total DesignII B 35Transit Authoritys Bergen Street Sign ShopII Ab 28

    U

    Unibail-RodamcoII B 45UnimarkII A 21II Ab 28Universit catholique de Rio de JaneiroII C 54Universit de Paris-VIIII C 54

    V

    Vier5II B 51, 52

    Z

    Znith de LimogesII B 47

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    GRAPHISTES

    Le prsent texte rsulte dune enqute effectue auprs de graphistes. Interrogs sur leur pratique de la signaltique, travers les projets emblmatiques ayant marqu leur parcours, ils tmoignent de la multiplicit de la discipline. La signaltique est un terme gnrique induisant une terminologie plurielle, preuve quelle est un champ dapplication graphique gomtrie variable (signaltique daroport, signaltique vnementielle, systme dorientation dans un btiment public, langage directionnel dune exposition). Le contexte ou les chelles des projets, les extensions temporelles ne sont pas comparables. Certains graphistes se confrontent la signaltique de faon ponctuelle, dautres en font une spcialit. Les propos recueillis soulignent aussi la ncessit pour les graphistes de travailler, dans ce domaine, en collaboration, avec un architecte et un designer. Au fur et mesure se constitue un rpertoire de projets voquant lampleur des ralisations dj menes, leur pertinence (ou impertinence), leur force et leur potentiel.

    Jappartiens la premire gnration de graphistes qui a sorti la signaltique de son invisibilit smiotique, qui a contribu laffirmer comme un lment dcisif de lespace et de lidentit. Cette histoire a commenc dans les annes 1980 alors que le lien entre architecture et graphisme se recrait. Ruedi Baur remarque, ce moment, une ouverture entre ces deux disciplines. La signaltique est devenue un champ fort dapplication et dexpression du graphisme. De cette relation particulire larchitecture, le graphiste voque la finesse. Il faut une extrme entente, une complicit pour transposer les intentions architecturales dans des intentions graphiques. Dans cette transdisciplinarit rside la force de la discipline. La signaltique croise les questions didentification territoriale, dorientation et de mise en scne. Nous sommes entre le signe, lobjet et lespace. Travailler au sein de ce triangle est passionnant.

    la fin des annes 1980, la signaltique requestionne les signes graphiques. Alors que lagence nerlandaise Total Design ->1 dveloppe la signaltique de la Cit des sciences, Pierre Bernard, membre de Grapus en charge de lidentit visuelle de La Villette (1984-1986), dcouvre la spcificit de la discipline. Il explique que la signaltique oblige comprendre le fonctionnement psycho-social du public, tudier les flux, apprhender la faon dont le public saccaparera lespace. Le graphiste doit pouvoir imaginer comment son travail sera vu et reu, linstar dune affiche . Par la suite, lAtelier de cration graphique ->2 intgre lquipe de larchitecte Yves Lion pour sa premire signaltique la Cit des congrs de Nantes (1993). Les graphistes apportent aux architectes leur culture typographique et leur expertise des signes. Pour les Parcs nationaux de France (1986-1996), la signaltique est intgre au projet didentit graphique, cest un systme presque neutre, linverse de ce que lon propose habituellement . Latelier a mis en place un systme lger et conome qui saccorde la ralit budgtaire du projet. La signaltique participe lesprit du lieu. Elle doit autant sensibiliser la perception des signes que faire sens.

    Pour beaucoup de graphistes, la question signaltique est ne dans le cadre dune identit visuelle. Notre premire relation la signaltique date de la maison de la culture de Grenoble, le Cargo (1989-2000). Nous avons rflchi de manire ce que la communication et la signaltique soient identiques et logiques , se souviennent les Thrse Troka ->3.

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    3. Studio dirig (jusquen juin 2012) par Valrie Ronteix, Florence Moulin et Claude Benzrihem.

    2. Cr par Pierre Bernard, Dirk Behage et Fokke Draaijer.

    1. Cre en 1963 par Wim Crouwel, Benno Wissing et Friso Kramer.

  • 4. Voir la loi sur le handicap date de 2005.

    5. Avec lautobus imprial.

    6. Muse dart moderne, dart contemporain et dart brut de Villeneuve-dAscq.

    7. Qui ont cr Tra-cration en juillet 2012.

    Depuis, nous nous sommes spcialises dans la signaltique parce que dautres marchs graphiques, notamment ceux des produits imprims, se sont amenuiss. Lambition dun graphisme dutilit publique demeure. Nous nous retrouvons sur ce territoire assez naturellement, car il promet un vrai contenu, de vrais enjeux : les liens avec un public, la question de laltrit. Au fil des annes, le public est davantage au cur des proccupations des institutions ainsi que la ncessit de prendre en compte les diffrents handicaps ->4. Il y a de plus en plus de public. Pour ce faire, il est impratif de dcoder les lieux, les plans, se concentrer sur cette fonction daccueil et tre les premiers visiteurs . En vingt-cinq ans, les Thrse Troka se sont confrontes toutes sortes despaces et ont constat lvolution des techniques. Auparavant, nous travaillions exclusivement avec la srigraphie. Chaque jour, des milliers de visiteurs suivent les orientations des Thrse Troka : au muse Guimet (2000-2001) ->5, au dpartement des antiquits gyptiennes du Louvre (1993-1997) et, tout dernirement, dans le ramnagement du pavillon Amont au muse dOrsay (2010-2011), inventant chaque fois des narrations diffrentes. Si le studio parle toujours avec engouement

    de cette aventure, les graphistes pointent ses failles. Nous ne sommes pas payes hauteur de lambition et du travail que nous dployons. Lessence mme de la signaltique est contradictoire. La prennit dune signaltique fait peur, on a besoin quelle sancre dans le temps et que son emprise visuelle ne soit pas trop forte, quelle soit renouvelable. En tant quobjet volutif, elle ncessiterait une extension de la commande pour tre amnage rgulirement. Au LaM (2008-2010) ->6, le studio a russi rendre visible cette contradiction. Dans un muse, savoir se perdre est indispensable ; linsouciance de la promenade est possible car il est ais de sy retrouver . Larchitecte du premier btiment du LaM, Roland Simounet (1983), souhaitait cette perte de repres. La signaltique, trs technique et discrte, simplante dans les angles et sincarne dans un fil mtallique blanc, une ligne guide . Chaque pice du dispositif, ralise avec le designer Guillaume Parent, est unique, les joints en creux permettent dajuster facilement les informations si les parcours changent. Une famille complte dobjets a t cre, mais est en partie reste ltat de dessins. Nous avons beaucoup dides qui nont pas encore pu se concrtiser , constatent Valrie Ronteix et Florence Moulin ->7. Un sentiment partag par beaucoup de graphistes.

    Le design est au cur de la pratique de Ludovic Vallognes, la tte de lautobus imprial (cr en 1997). ses dbuts, il collabore, en tant que designer indpendant au sein de latelier Intgral Ruedi Baur, la signaltique du Parc national de Chambord (1995-1999) que ses concepteurs considrent comme une commande phare, en raison de son envergure et de la prennit du mobilier constitu. Au fil des projets, Ludovic Vallognes sest affranchi des strotypes comme les panneaux ou les flches. Du contexte ou de larchitecture merge toujours un objet qui se positionne naturellement. Ainsi de ce commissariat de police Avion (Nord-Pas-de-Calais, 2011) dont la signaltique ralise dans le cadre

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  • du 1 % artistique ->8 est confectionne dans des cussons duniforme et recourt au textile et une typographie cousue qui ddramatise le lieu . Au complexe aquatique Les Bains des docks des Ateliers Jean Nouvel au Havre, en 2008, le studio coule une typographie originale dans le joint des mosaques blanches. Un grand nombre des projets de lautobus imprial sont dvelopps avec des graphistes indpendants (parmi les ralisations en cours, la signaltique de la Philharmonie de Paris ->9, avec Juliette Cheval ->10). Au Thtre national populaire de Villeurbanne, latelier met en place, avec Flix Mller, un systme de pinces qui permettent de changer les feuilles au fil des jours et des reprsentations. On se doit dtre original pour faire voluer les regards, tre en constante invention.

    En matire de signaltique, nombre de projets nont pas vu le jour ayant t bauchs dans le cadre de concours avec des architectes ou, sils ont t accepts, leur ralisation ne correspond pas la proposition initiale. Ils nen demeurent pas moins des exemples influents. Ainsi de la Cinmathque franaise (2004-2006) ->11 dont le dessein tait pertinent et prometteur et lapplication effective, anecdotique. Ce projet montre la limite que peut prendre la signaltique dans un tablissement sil ny a pas dintrt au quotidien de la soigner et de la faire vivre. Quand leffort de maintenance manque, cela interroge , confie Ruedi Baur. Pour se dployer, une signaltique doit tre soutenue pas une ambition dpassant le stade de la commande.

    Associe latelier Intgral Ruedi Baur depuis 1998, Eva Kubinyi rappelle que la signaltique, mme prenne, a une dure de vie compte ; elle est prise entre le temps politique du dcisionnaire (et ses changements dquipes), le temps de la fonctionnalit (les flux, les fonctions, les usages changent toujours) et la dure de vie des matriaux. Le facteur temps est un lment essentiel de la conception. En charge, au sein de lagence, du programme dorientation de laroport de Vienne (2004-2012) ->12, Eva Kubinyi souligne la ncessit dune mthodologie rigoureuse et de comptences plurielles pour rpondre la complexit dun tel lieu. Comprendre et se conformer aux fonctionnalits et, ces contraintes, ne pas se soumettre, pour pousser au maximum lapport artistique, essayer daller jusqu lutopie , prcise-t-elle. Sopposant cette vision de laroport comme non-lieu , Ruedi Baur le pose comme une entre dans un territoire, la carte de visite dun pays ->13 . Le recours la typographie de Peter Bilak, le Fedra Sans, permet de singulariser lidentit et de disposer de tous les accents des langues dEurope centrale. La signaltique simpose en transparence et en blanc

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    8. Cette loi impose aux matres douvrages publics de rserver 1 % du cot de leurs constructions pour la commande ou lacquisition dune ou plusieurs uvres dart spcialement conues pour le btiment considr. Dabord limit aux btiments du ministre de lducation nationale lors de sa cration en 1951, le dispositif a t largi et simpose aujourdhui la plupart des constructions publiques de ltat et celles des collectivits territoriales. Source : site internet du ministre de la Culture.

    9. Architecture : Ateliers Jean Nouvel.

    10. Au sein de son studio Polygraphik, Juliette Cheval a notamment repens la signaltique de la BnF, site Franois-Mitterrand.

    11. Voir Ruedi Baur Intgral, Zurich, Lars Mller Publishers, 2009, p. 200. quipe du projet : Ruedi Baur, Stphanie Brabant, Olivier Duzelier, Toan Vu-Huu. Voir galement : Intgral Ruedi Baur & Partners, Zurich, Lars Mller Publishers, 2001.

    12. quipe du projet : Ruedi Baur, Eva Kubinyi, Simon Burkart, Christina Poth, Axel Steinberger, Wanja Ledowski, Maria Roszkowska, Gabriela Wolfertz, David Esser.

    13. Voir Ruedi Baur Intgral, op. cit., p. 95.

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  • pour parfaire larchitecture de P.arc Itten Brechbhl Baumschlager Eberle et distiller une lgance thre. Nous avons cherch rendre la puret de larchitecture grce des verres qui vont de lopaque au translucide, et des dgrads, du blanc au transparent , prcise Eva Kubinyi, ainsi que la lgret de lenvol .

    Dans certains lieux complexes et spcifiques comme les hpitaux et les parkings, Laurence Madrelle prcise quil est du devoir du designer daccorder toute son attention aux usagers . Dans ces espaces ->14, il sagit de ne pas faire uvre mais dtre ultra-contextuel, de faire corps avec le btiment . Les graphistes sont dans lusage, ltude des scnarios. Leur implication peut avoir une vertu defficacit et dapaisement ->15, souligne Laurence Madrelle. Plus nous arrivons tt dans laventure, mieux la signaltique oprera.

    Si les personnes interroges relatent un vritable attrait pour larchitecture, les changes avec les architectes sont parfois difficiles relations tendues, ingrates (le graphiste reste peu considr, son mtier peu compris). Or, la complicit est souvent dcisive. Un exemple, la collaboration entre Pierre di Sciullo et larchitecte Philippe Prost ->16, qui ont remport en 2012 le concours pour le Mmorial international Notre-Dame-de-Lorette avec une ellipse numrant 600 000 noms de morts ->17.

    Ce projet vertigineux ma fait prendre conscience quel point le travail avec un graphiste peut tre un enrichissement. Actuellement, Pierre di Sciullo et Philippe Prost travaillent ensemble pour la Briqueterie, Centre de dveloppement chorgraphique du Val-de-Marne. Avec ce projet, larchitecte poursuit : la signaltique peut devenir quelquechose de puissant quand elle interroge le projet architectural diffremment, quand elle le rvle et entre en rsonance avec lui. Elle sapparente alors un travail dinterprtation du lieu. En tant que vecteur de la comprhension du btiment et du fonctionnement du site, la signaltique est dterminante , commente larchitecte. Cependant, il dplore quelle arrive rgulirement une fois le btiment quasi fini. Cest trop tard. La procdure peut alors prendre deux formes. Lappel est intgr celui de larchitecte. Ce dernier constitue une quipe, et choisit le graphiste en fonction du sujet. Mais si cette tendance se rpand, trop souvent encore, le second cas de figure fait que la signaltique est pense part, aprs. Cause ou effet, les budgets signaltiques nont pas t allous au pralable et sont alors drisoires. On constate quun nombre croissant de ralisations signaltiques sont payes dans le cadre du 1 % artistique ou de commandes publiques ->18.

    La plupart des graphistes sassocient galement des designers. Cest gnralement avec eux quils collaborent afin de connatre les matriaux, de sassurer dune faisabilit, dune solution prenne et innovante et de trouver des astuces rduisant un budget. La signaltique est ainsi au cur dune pluralit de savoir-faire. Dans la phase projet, nous mettons tout en commun, puis tout se cristallise et, au final, chacun revient son mtier , prcise Pierre di Sciullo.

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    14. Latelier de Laurence Madrelle, LM communiquer, a notamment dvelopp la signaltique du Centre hospitalier Saint-Joseph- Saint-Luc Lyon (architecte Patrick Rubin), avec lautobus imprial (2001-2002).

    15. Voir Edo Smitshuijzen, Signage Design Manual, Zurich, Lars Mller Publishers, 2007.

    16. LAgence dArchitecture Philippe Prost (AAPP) travaille depuis plusieurs annes avec diffrents graphistes, ainsi quavec lartiste Thomas Cimola.

    17. Il a fallu trouver une typographie et une technique qui permettent dinscrire en un temps donn les noms de famille de nationalits diffrentes

    mais aussi trouver un systme pour que le visiteur se repre aisment.

    18. Par exemple Fanette Mellier au parc Saint-Lger et Frdric Teschner au commissariat de La Plaine-Saint-Denis.

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  • Mais la difficult rside pouvoir simposer. un projet complexe, il faut une rponse radicale : par cette maxime, Grard Plnacoste aborde le cas du CNIT (2006-2010) ->19. Le graphiste, en collaboration avec Nicolas Girard, est confront un espace hybride. Contacts dans le cadre dune rnovation gnrale du btiment, ils accompagnent larchitecte ->20 pour rsoudre les difficults au niveau de lidentit et pour rarticuler des espaces trop compliqus en introduisant

    de la lumire et de la couleur blanche. lintrieur, la signaltique se dploie simplement typographiquement (avec le DIN 17) et, puissamment, tous les logos des enseignes de magasins sont redessins et passs en blanc, afin de coordonner sans les dissimuler les signes commerciaux . lextrieur, Grard Plnacoste et Nicolas Girard imaginent une structure logo, monumentale (14 x 6,60 mtres) et lumineuse, dans la continuit du mobilier directionnel mis en place lintrieur. Si, dans un contexte priv et marchand, Grard Plnacoste cosigne une signaltique aussi sculpturale quhomogne, la majorit de son travail se situe dans un cadre musographique. La tension est la mme ( lessentiel du temps, nous essayons de rendre possible le projet ) mais les approches diffrent :

    Il y a deux sortes de logiques de parcours. Dans un espace musographique, nous sommes dans le rythme de la connaissance, alors que, dans lessentiel des signaltiques, lefficacit est directrice, on ne doit pas perdre de temps. Pour le muse de la Grande Guerre du Pays de Meaux (2009-2011), la signaltique dinformation des salles se matrialise en un livre de 300 pages. Le livre est ouvert la page o le visiteur peut lire la notice de lobjet quil a en face de lui. Une fois nest pas coutume, pour ce muse, Grard Plnacoste a russi dessiner le logo [grav sur la faade du btiment] grce la signaltique .

    Depuis les annes 1970, le muse est un terrain consquent de mise en place de signaltiques o le graphiste affirme son rle. Evelyn ter Bekke et Dirk Behage peuvent tmoigner de belles expriences et ralisations en la matire. Au muse national de Prhistoire des Eyzies-de-Tayac, ils ont patiemment rassembl et dcod une documentation protohistorique. Nous avons pour responsabilit la transmission dun contenu scientifique un public et le besoin dy uvrer dans les moindres dtails. Ils comparent volontiers ce travail celui de la mise en pages, qui ncessite de hirarchiser, de classer, de demander des textes, dlaborer des dispositifs, en loccurence une frise chronologique ou lagencement dune vitrine. Lengagement des graphistes va au-del du cadre dun contrat (ou de la rmunration effective) pour donner vie des projets. Il y a une urgence formaliser le statut des graphistes afin quils ne soient pas pris pour des sous-traitants. Notre situation est fragile. certains endroits, nous arrivons faire de belles choses avec des gens exceptionnels. Mais trop souvent le graphiste est consult tardivement et doit sappliquer rsoudre des contradictions entre le but ultime du projet recherch par la matrise douvrage et le travail de larchitecte et du scnographe. Ce qui nous semble fondamental, cest la cohrence entre lidentit graphique et la signaltique. Ce savoir-faire appartient aux graphistes. En tant quindpendants, nous pouvons entrer en dialogue avec larchitecte et marquer des oppositions de pense, sil le faut. Notre intention est de parvenir ce que les gens regardent et ressentent mieux larchitecture.

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    19. Centre des nouvelles industries et technologies La Dfense.

    20. Crochon Brullmann + Associs.

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  • Ils confectionnent Limoges un objet extra-ordinaire qui simpose par son vidence contextuelle : le muse national de Porcelaine (2012). La typographie est coule dans la porcelaine selon une mthode mise au point spcifiquement. Le caractre a t conu dans une logique industrielle et dingnieur. Des lettrages fixs au sol et au plafond scandent les mots directionnels. Lgrement dtachs du mur, ils unifient les trois btiments dpoques et de styles diffrents. Dans le muse, les informations sont transmises par des tablettes carres de quarante centimtres de ct pour lesquelles diffrentes recettes ont t testes afin que les impressions numriques fusionnent avec la porcelaine, dans un budget raisonnable. Les arts traditionnels sont alors ravivs par lexigence du designer et par les techniques contemporaines. La signaltique se doit dtre dans une logique de ractivation, car elle est le lien entre un savoir et un individu, toujours dans lici et maintenant.

    Par dfinition destine ses contemporains, lexposition temporaire constitue un espace passionnant dexprimentations et de confrontations la signaltique : un cadre prcieux, une chelle rduite, des effets certains. La signaltique dexposition comprend la cration dune identit, la mise en espace des informations, la signaltique directionnelle. Cet exercice est trs cod, la moindre erreur se remarque, do cette exigence de perfection. Brigitte Monnier ->21 insiste sur les contraintes lies

    lclairage (limit pour ne pas nuire aux uvres) qui induisent des choix typographiques adquats. Certaines conceptions sintgrent avec finesse la thmatique de lexposition et permettent aux graphistes de dcadrer subrepticement les grilles de lectures habituelles. Citons par exemple, Chefs-duvre ? au centre Pompidou Metz par les Graphiquants (2010), ou Figurations narratives au Grand Palais (2008), o Helmo a clat les cartels habituels pour des compositions (cadres de textes, de signes, de noms) en mode rbus.

    Les chemins qui mnent la signaltique sont des parcours non flchs, au dpart hasardeux, se balisant au fur et mesure des exprimentations. Pour Sandra Chamaret et Julien Gineste (Grand ensemble), la pratique de la signaltique relve dun apprentissage sur le terrain et dune confrontation aux matriaux qui prend la majeure partie du temps . Au Carmel de Lisieux (2007- 2008), Sandra Chamaret fait ses premires armes. Elle dcouvre que, au-del des contraintes techniques, la signaltique procure une motion incomparable, celle de la pice unique Jai travaill en srigraphie ; la technique permet de parachever une criture mais ne laisse aucune marge derreur . Julien Gineste tmoigne pour sa part dune autre dimension de la discipline. En 2006, il remporte un appel doffre pour les chemins de randonne du pays de Vienne et Moulire (2006-2009).

    Aprs une longue priode dtude, il dessine limplantation de onze itinraires, soit 200 kilomtres de chemins baliser. Durant une anne, il planifie les typologies de mobilier ncessaire, leur densit. Si les deux graphistes au sein du studio travaillent sparment, la signaltique rintroduit, dune autre manire, leur questionnement sur la typographie : Le choix du corps de la typographie est dterminant, il faut le rgler en fonction de lchelle du corps humain, prvoir son implantation et sa frquence. Le pictogramme ->22 est lui seul une vraie problmatique de signaltique. Pour dvelopper cette ide, il faut se rfrer lemblmatique travail de Jean Widmer et de son atelier pour les autoroutes du Sud de la France (1972) ->23.

    Andr Baldinger et Toan Vu-Huu, typographes et metteurs en pages, passent avec aisance du design dun livre dart contemporain la construction dun systme dorientation. Il est toujours stimulant de changer de discipline, les problmatiques se nourrissant lune lautre. En signaltique, nous oprons avec le mme soin du dtail que pour la mise en pages dun livre, mais grande chelle. [] Dans nos projets, nous tenons maintenir une cohrence entre une application papier et sa transposition dans lespace. De faon trop rcurrente, les lments de communication sont penss sparment. Rcemment, ils ont t contacts par la socit dautoroutes APRR pour repenser

    une partie de lidentit et de la signaltique ->24. Cet impratif de cohrence, ainsi que leur exigence de typographes, dirigent leur travail. Nous avons utilis une de nos typographies, la BaldingerPro ->25, qui est adapte une utilisation signaltique, ses grandes contreformes et sa hauteur dx leve la rendant particulirement lisible. De plus, sa chasse rduite permet de rester conome, ce qui est un facteur important pour ce type dapplication. Cette proximit avec la cration du caractre ->26 nous permet de ragir en dtail sur chaque problmatique spcifique au projet. Ainsi, nous pouvons ajouter des graisses, intervenir sur les diffrents paramtres pour les optimiser. Nous crons galement des pictogrammes comme nous dessinons un caractre, avec une attention porte la lisibilit et la constitution dun rpertoire de formes. Une de nos propositions pour le projet est dutiliser ces pictogrammes de faon narrative pour nourrir limagination du voyageur. Orienter plus quun parcours, une apprhension du monde.

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    21. Brigitte Monnier a notamment conu la signaltique de lexposition Manet au muse dOrsay en 2010.

    22. Pippo Lionni sest particulirement intress la question du pictogramme lors de programmes signaltiques, mais aussi de faon ludique et dcale, lors dinstallations plastiques. Graphiste, il a notamment sign, en 1989, lidentit visuelle et la signaltique de la Documentation franaise.

    23. Margo Rouard-Snowman, Jean Widmer, graphiste, un cologiste de limage, Paris, Centre Pompidou, 1999.

    24. Outre le travail de Jean Widmer, voir galement les ralisations de lAtelier de cration graphique pour les autoroutes des Alpes, 1991.

    25. Nous souhaitions approcher le niveau de lisibilit offert par le Frutiger, utilis pour la signaltique des autoroutes franaises et celle de laroport de Paris-Charles-de-Gaulle.

    26. La cration dune typographie pour un lieu est frquente. Voir le Znith de Limoges par Benot Santiard (typographie La Capitale).

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  • Ds son premier projet de signaltique, pour le Centre national de la danse de Pantin (2004), Pierre di Sciullo insuffle sa manire si particulire de dialoguer avec larchitecture , de perturber et dhumaniser la commande grce ses typographies. Il utilise son caractre le Minimum (versions bing et bong) qui, par ses ondulations, anime les surfaces. Les dplacements des usagers doivent tre loccasion de jouer avec lespace, dengager leurs corps. Lappel doffre stipulait deux types de signaltique : la premire directionnelle, pour lintrieur, et la seconde extrieure, ralise dans le cadre du 1 % artistique et de la commande publique ->27. Sur la faade donnant sur le canal de lOurcq, le graphiste installe une sculpture, une enseigne rouge scandant les lettres du mot danse , nommant ainsi la transformation de cette

    cit administrative en un lieu de culture. Typographe, Pierre di Sciullo aborde la signaltique comme un homme de lettres. La subtilit de ses propositions repose sur cette capacit rationaliser lexercice, crire et trouver des noncs justes. Il est signifiant que ses principes signaltiques se transposent naturellement dans des installations artistiques qui interrogent nos modalits de penser les signes de la ville. Engager notre corps dans un mouvement nous fait ncessairement passer dun tat un autre en dcalant nos schmas perceptifs.

    Aujourdhui, la rsurgence de la signaltique se fait au niveau de la ville. Lacception que le graphisme puisse participer la modification de lespace urbain est remarquable , senthousiasme Ruedi Baur ->28. La signaltique pose des questions citoyennes, et des municipalits comprennent que le graphisme peut mettre en scne un espace et le rendre plus partag, plus vivant. Le numrique a entran une vritable mutation, nos GPS rendant caduques certains panneaux. Les systmes de navigation mobile acclrent les exprimentations. Dernirement, le maire de Ngrepelisse (prs de Toulouse) demande Ruedi Baur ->29 dimaginer une signaltique propre sa ville. Est-on capable, dans un phnomne de civisme, de soustraire des signes urbains ? Quelle tonalit donner ? Quel design pour harmoniser un espace public tranquillis et respectueux ? La ville devient un laboratoire lchelle 1.

    Habitus accompagner les villes dans leur transformation ->30, LM communiquer ->31 ont t laurats du concours visant reconsidrer la signaltique dYverdon-les- Bains en Suisse. Ils ont rinvent une scnographie valorisant leau la source de la ville, en investissant de multiples manires ses trente ponts. ltat de dessins, leur projet recre des parcours par des alles vgtales ou fdre les activits culturelles par les nouvelles technologies. La signaltique revitalise la ville, lui redonne sa part de rves et permet de constamment la penser comme un systme narratif volutif.

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    27. Grce laquelle luvre, ainsi que ses phases de recherche, intgrent les collections de linstitution.

    28. En charge depuis six ans de la direction artistique des lumires et des signes du quartier des spectacles de Montral.

    29. Avec ses tudiants de lInstitut genevois Civic City.

    30. Notamment le quartier de Paris Rive-Gauche, 1998-2001.

    31. Et associs : Edoardo Cecchin, Julien Martin, Hlne Samson, Thanh Phong L et Marie Lejault.

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  • Metz, limplantation du Centre Pompidou a contraint la ville se remettre en question, se donner lire dune autre manire. Elle a confi ltude latelier Intgral Ruedi Baur, qui inaugure actuellement des lments de narrations potiques comme gravs dans des structures mtalliques blanches ->32.

    La deuxime fonction (outre lorientation) dune signaltique urbaine est la reprsentation : la ville se prsente et se reprsente. Elle gagne en lisibilit et ses habitants en fiert , crivent Marie Bruneau et Bertrand Genier ->33.

    En-de de ces derniers exemples prospectifs, lhistoire de la signaltique est aussi jalonne de projets phmres moteurs ->34. Lexposition nationale suisse, Expo.02 ->35, foisonnait de commentaires directionnels, ludiques, droutants et illustratifs. Lconomie rduite, le caractre passager dune manifestation peuvent gnrer une rponse plus spontane et sensible (voir le projet Sonorama en 2010 par Helmo). certaines occasions, la signaltique est clairement une zone

    de perturbations assume. Pour un designer, la signaltique savre captivante, elle procure lopportunit dtre au plus prs des gens, davoir une influence dans leur vie de tous les jours. Environ 800 000 personnes ont vu la documenta 12. En 2007, Vier5 ralise la signaltique de cette manifestation dart contemporain Cassel ->36. Placs dans des lieux stratgiques, des porte-conteneurs vhiculent un lettrage directionnel, tnu et irrgulier. La foule est encadre par ces signes main leve, un aiguillage lger et inhabituel.

    Certes phmres, propices plus de radicalit, ces recherches signaltiques cristallisent dune autre manire notre poque, son inquitude, son puisement effacer lobjet, le livre, la technologie peine ns. Des initiatives sont menes par des professeurs ou de jeunes graphistes lors de workshops, certains ->37 confectionnent des machines typographier lespace public. Elles se concentrent alors sur la fulgurance dune rponse et la fragilit des matriaux. Ces projets catalysent lnergie du designer face un environnement qui se pense constamment, rappelant que la signaltique aura toujours se mesurer ces deux ples, la ncessaire rigidit dun ensemble bti et la posie dun contexte humain. Rappelant qu court terme ou une chelle monumentale, la signaltique est un laboratoire, un de plus dans lventail des pratiques gra