Genre et Post-Conflit : Comment promouvoir le rôle … · de conflit et post-conflit, la situation...

of 26/26
Compte-rendu du Colloque Genre et Post-Conflit : Comment promouvoir le rôle des femmes dans la reconstruction post-conflit 22 juin 2011 Colloque International organisé par l’Université de Paris 8 –CRESPPA-GTM en collaboration avec l’UNESCO, le Ministère des Affaires Etrangères et Européennes, le CNRS la Région Ile-de-France et l’Institut Emilie du Chatelet. Contexte : Malgré les activités importantes des femmes dans la construction de la paix, elles se trouvent trop souvent éloignées des structures formelles de prise de décision dans les périodes de post- conflit. Cela implique que les expériences spécifiques des femmes ne seront pas prises en compte dans l’élaboration des projets de réconciliation et de reconstruction post-conflit, et que les compétences des femmes ne seront pas mises au service de la réalisation d’une paix durable. En 2000, le Conseil de Sécurité de l’ONU a adopté la Résolution 1325 sur les femmes, la paix et la sécurité, une résolution qui engage les Nations Unies et ses États membres à faire participer les femmes aux négociations et aux accords concernant le règlement des conflits et la consolidation de la paix. Plus de dix ans après, et suivant l’adoption de trois résolutions supplémentaires sur la position des femmes dans les situations de conflit et post-conflit, la situation reste préoccupante. Seuls 21 États membres de l’ONU sur les 192 ont déjà élaboré et mis en œuvre un Plan National d’implémentation de la Résolution 1325. Sur le terrain, dans les pays en situation de post-conflit, les femmes restent exclues des lieux de décision, tandis que les violences liées au genre continuent à poser un problème important. Objectifs : Les objectifs du colloque étaient les suivants : 1. Identifier les obstacles à la participation des femmes dans les processus de reconstruction post-conflit et proposer des stratégies pour mieux soutenir cette participation 2. Identifier les mesures à prendre par les États pour la formulation et l’application effective d’un Plan National sur la résolution 1325 3. Elaborer des stratégies pour soutenir la lutte contre les violences basées sur le genre dans les pays en période de post-conflit.
  • date post

    11-Sep-2018
  • Category

    Documents

  • view

    217
  • download

    0

Embed Size (px)

Transcript of Genre et Post-Conflit : Comment promouvoir le rôle … · de conflit et post-conflit, la situation...

  • Compte-rendu du Colloque

    Genre et Post-Conflit : Comment promouvoir le rle des femmes dans la reconstruction post-conflit

    22 juin 2011

    Colloque International organis par lUniversit de Paris 8 CRESPPA-GTM en collaboration avec lUNESCO, le Ministre des Affaires Etrangres et Europennes, le CNRS la Rgion Ile-de-France et lInstitut Emilie du Chatelet.

    Contexte : Malgr les activits importantes des femmes dans la construction de la paix, elles se trouvent trop souvent loignes des structures formelles de prise de dcision dans les priodes de post-conflit. Cela implique que les expriences spcifiques des femmes ne seront pas prises en compte dans llaboration des projets de rconciliation et de reconstruction post-conflit, et que les comptences des femmes ne seront pas mises au service de la ralisation dune paix durable. En 2000, le Conseil de Scurit de lONU a adopt la Rsolution 1325 sur les femmes, la paix et la scurit, une rsolution qui engage les Nations Unies et ses tats membres faire participer les femmes aux ngociations et aux accords concernant le rglement des conflits et la consolidation de la paix. Plus de dix ans aprs, et suivant ladoption de trois rsolutions supplmentaires sur la position des femmes dans les situations de conflit et post-conflit, la situation reste proccupante. Seuls 21 tats membres de lONU sur les 192 ont dj labor et mis en uvre un Plan National dimplmentation de la Rsolution 1325. Sur le terrain, dans les pays en situation de post-conflit, les femmes restent exclues des lieux de dcision, tandis que les violences lies au genre continuent poser un problme important.

    Objectifs : Les objectifs du colloque taient les suivants :

    1. Identifier les obstacles la participation des femmes dans les processus de reconstruction post-conflit et proposer des stratgies pour mieux soutenir cette participation

    2. Identifier les mesures prendre par les tats pour la formulation et lapplication effective dun Plan National sur la rsolution 1325

    3. Elaborer des stratgies pour soutenir la lutte contre les violences bases sur le genre dans les pays en priode de post-conflit.

  • Discours douverture de Pilar Alvarez-Lazo, Assistante Directeur-Gnral pour les Sciences Humaines et Sociales Bonjour et bienvenue cette confrence sur la promotion de la participation des femmes dans la reconstruction post-conflit. Au nom de la Directrice Gnrale de lUNESCO, je suis ravie de vous accueillir pour discuter de ce thme, qui est partie intgrante de nos programmes sur la promotion de lgalit des genres.

    Durant les rcents conflits travers le monde, les femmes continuent de subir des violences sexuelles et des agressions dun niveau sans prcdent, donnant lieu de graves consquences sur leur sant ainsi quune possible stigmatisation et exclusion de leurs communauts. Les femmes qui deviennent des rfugies la suite du conflit font face une grande inscurit qui vient la fois du fait quelles sont isoles de leur systme de soutien habituel et de linscurit physique additionnelle souvent prsente dans les situations de dplacement forc. Dans les situations de conflit et de post-conflit, beaucoup de femmes souffrent de linscurit conomique qui vient de labsence de moyens adquates pour vivre et aussi du fait que beaucoup se retrouvent chefs de foyer, responsables de la survie de leurs enfants et de parents plus gs.

    Cependant, malgr les consquences dramatiques du conflit pour beaucoup de femmes, il serait faux de voir les femmes seulement comme des victimes du conflit et dignorer leur rle important dans la construction de la paix et la rsolution des conflits. Paradoxalement, il peut tre argument que cest la marginalisation des femmes du pouvoir et la distance avec les auteurs des violences qui les placeraient dans une position unique pour dfier le statut quo, et dappeler un ordre politique nouveau et la construction de la paix. Bien quil serait faux de supposer que les femmes sont par nature ou par essence pacifique (ou plus pacifique que les hommes), la situation socio-conomique et politique des femmes dans beaucoup de socits o les ingalits de genres dominent, peut les placer dans une position o elles seraient incites faire pression en faveur de ltablissement de la paix et essayer de ngocier avec dautres femmes de classe sociale et politique ou groupe ethnique diffrents. Dans les pays du monde entier, les femmes ont t au premier plan des efforts de construction de la paix, comme beaucoup dexemples lont montr. Dans la plupart des cas, les femmes sont venues aux ngociations de paix unies au-del des diffrences de parti, de classe, et ethniques. Leur unit et dtermination pour tablir la paix viendraient de leur expriences et proccupations quotidiennes : protger les enfants, trouver de la nourriture, de leau propre ou un abri, se protger contre la violence et particulirement la violence sexuelle et base sur le genre associe au conflit. Bien que leurs idologies puissent tre diffrentes, leurs visions et souhaits pour le futur convergent souvent vers des demandes dabsence de violence, daccs un logement sr, lemploi et lducation pour elles et pour leurs enfants, dgalit et de la pleine jouissance de leur droits humains en tant que femmes. Dans beaucoup de pays, des femmes ont cr des associations locales et nationales pour mettre en valeur limportance des initiatives de paix. Ces organisations font parfois aussi partie de rseaux transnationaux et mondiaux qui offrent leur soutien et mobilisent les solidarits entre femmes pour promouvoir la paix.

  • Les femmes ont clairement fait des efforts immenses dans beaucoup de pays affects par des conflits pour faire avancer les processus de paix et la rsolution du conflit. Mais ces efforts restent trop souvent ignors et marginaliss dans les processus dtablissement de la paix et de reconstruction post-conflit. Les relations ingalitaires hommes-femmes et les systmes de domination font que les femmes sont exclues des processus de ngociations formels et dune pleine participation politique. Les femmes qui ont t tellement actives sorganiser pour la paix risquent bien dtre tenues lcart de la table des ngociations. Les associations locales de femmes sont aussi trop souvent ignores.

    Malgr les activits des femmes dans la construction de la paix, elles sont trop souvent exclues des structures formelles de dcisions dans les situations post-conflit. Cela signifie que les expriences spcifiques des femmes ne sont pas prises en compte dans llaboration des projets de rconciliation et de reconstruction, et que leurs comptences ne sont pas pleinement utilises dans la recherche dune paix durable. En 2000, le Conseil de scurit des Nations Unies a adopt la Rsolution 1325 sur les femmes, la paix et la scurit qui engage les Nations Unies et ses Etats membres inclure les femmes dans toutes les ngociations et accords concernant la rsolution des conflits et la construction de la paix. Plus de dix ans aprs, et suivant ladoption de trois rsolutions supplmentaires du Conseil de scurit concernant les femmes dans les situations de conflit et post-conflit, la situation reste insatisfaisante. Seulement 21 des 192 Etats membres des Nations Unies ont jusquici labor un Plan National dAction PNA pour limplmentation de la Rsolution 1325.

    La confrence daujourdhui fait partie de la stratgie de lUNESCO de promouvoir les droits des femmes dans les situations de conflit et de post-conflit, et de faire avancer lgalit des genres. Les experts rassembls du monde entier - la fois les femmes qui ont particip la construction de la paix et aux activits de reconstruction post-conflit, et les experts des principales organisations intervenant dans ces pays et mettant en place lagenda dcisionnel partageront avec nous leurs expriences pour nous permettre de mieux comprendre comment nous pouvons intervenir pour soutenir la participation des femmes dans les situations de post-conflit. Un des obstacles la pleine participation des femmes la rsolution des conflits qui a t identifi est leur insuffisante connaissance de leurs droits et des stratgies pour faire respecter ces droits. Par consquent, le travail de lUNESCO dans le renforcement des capacits dans les situations de conflit et de post-conflit fait son possible pour contribuer de manire importante la fois lavance de limplmentation de la Rsolution sur les Femmes, la Paix et la Scurit du Conseil de Scurit et lavance de la ralisation des Objectifs du Millnaire pour le dveloppement, particulirement OMD 3, cest--dire de promouvoir lgalit des genres et lautonomisation des femmes. Le programme de lUNESCO de crer et de soutenir des centres de recherche sur les femmes dans les rgions affectes par des conflits promeut la scurit humaine et les droits des femmes dans ces rgions et assure quil y ait une base de connaissances et de recherche oriente produites qui permettra aux femmes de participer la rsolution des conflits ainsi qu la reconstruction post-conflit. LUNESCO a dj aid ltablissement de deux centres Le Centre Palestinien de Recherche et de Documentation sur les Femmes Ramallah, et le Centre Rgional de Recherche et de Documentation sur les Femmes, le Genre, et la Construction de

  • la paix dans la Rgion des Grands Lacs, situ Kinshasa, Rpublique dmocratique du Congo. Ltablissement du Centre a aussi t accompagn par la cration dun Forum Rgional des Ministres des Affaires fminines et du Genre, qui sest dj runi trois occasions.

    Le travail de ces Centres dans la production et la diffusion de la recherche, la constitution de rseaux entre les femmes militant pour la paix, les chercheurs, les dcideurs politiques, et les membres de la socit civile, et dans le lobbying et le plaidoyer pour les droits des femmes, assurera que la recherche et les nouvelles connaissances alimentent les dcisions sur lgalit des genres dans ces rgions, et que les femmes dans toutes les rgions, sont dotes de la connaissance de leurs droits et de la manire de les faire progresser. La recherche soutenue par lUNESCO a galement examin le rle des hommes et des masculinits dans les conflits et la rsolution de conflits lors dune confrence internationale qui sest tenue Kinshasa en Mars 2011. Cest pourquoi, nous nous efforons dadopter une approche holistique des relations hommes-femmes dans les socits affectes par des conflits. De plus, un nouveau projet sur la prvention des violences sexuelles bases sur le genre, travers limplication dtudiants en tant quambassadeurs de la prvention de la violence, sera lanc en Rpublique dmocratique du Congo cette anne. Ces activits fournissent dimportantes leons et informations pour les autres rgions affectes par des conflits ou des catastrophes naturelles. LUNESCO est aussi en train de lancer des activits Hati qui aident les femmes participer au processus de reconstruction et planifier des stratgies pour la prvention des violences bases sur le genre. Nous travaillons aussi avec lUniversit de Kaboul dans ltablissement dun cours pilote sur le Genre, les Conflits et le Dveloppement.

    La confrence daujourdhui devrait aider nous diriger dans cette voie en fournissant de concrtes recommandations pour les dcideurs politiques afin de leur permettre de mieux soutenir et intgrer la participation des femmes dans les activits de reconstruction post-conflit. Je voudrais vous remercier encore de vous joindre lUNESCO et ses partenaires dans ces efforts. Merci !

    Yaliwe Clarke, African Gender Institute, South Africa

    Yaliwe Clarke a commenc son intervention par la prsentation dun extrait vido produit par ISIS-WICCE qui dcrit les expriences des femmes des conflits arms au Sud du Soudan. Le film montre lextrme dtresse et privation dont souffrent les femmes pendant et aprs ce conflit, dans lequel elles sont des participantes actives. Dans ses commentaires, Yaliwe Clarke a abord certaines difficults en parlant des diffrentes priodes du conflit et de laprs-conflit, notamment quand diffrentes formes de violence, y compris les violences faites lencontre des femmes, se perptuent dans la priode appele post-conflit. Lintervenante a suggr plutt le terme de post-accords de paix pour parler de ces priodes durant lesquelles un accord de paix a t sign.

    Yaliwe Clarke a continu par lidentification des obstacles majeurs la pleine participation des femmes dans la priode qui suit les accords de paix.

  • 1. La nature des processus de paix. Presque tous les processus de paix sont en eux-mmes sexus et implants dans des systmes de patriarchie et de domination masculine. Cela signifie que lanalyse base sur le genre est muette ou absente. Les processus de paix parlent aux identits masculines, et quand les femmes sont mentionnes dans ces processus, elles sont relies aux problmes de violences sexuelles physiques. Les femmes sont vues comme victimes de ces violences sexuelles physiques, elles ne sont pas prsentes dautres manires.

    2. La phase qui suit les accords de paix a tendance renforcer les processus patriarcaux, et les positions dominantes des hommes. Les femmes, qui ont pu avoir des rles importants et dfier les normes sexues durant le conflit, peuvent se retrouver dans la mme position de subordination quavant le conflit. Les hommes qui prennent des postes au pouvoir sont ceux qui taient prsents comme chefs de file des forces armes ou qui ont jou les premiers rles dans les ngociations officielles de paix.

    3. Le manque de reconnaissance des capacits des femmes leaders. Les femmes ont besoin de meilleures opportunits ducatives pour conqurir des positions o elles peuvent participer aux processus de construction de la paix. Leurs comptences doivent tre plus reconnues.

    Nana Pratt, Mano River Womens Peace Network, Sierra Leone Nana Pratt soutient que les mouvements de femmes devraient continuer de sintensifier et transformer les actions collectives entreprises pendant le conflit. Lintervenante a donn des exemples dactions des mouvements de femmes dans la Mano River Union, sous-rgion de lOuest de lAfrique pendant la priode de conflit, et notamment entre 1989 et 2003. Elle a soulign limportance du rseau rgional. Par exemple, alors quil tait impossible pour les femmes du Libria de rencontrer Charles Taylor pendant le conflit dans ce pays, les femmes de Sierra Leone et de Guine ont envoy des dlgations pour faire pression sur lui et pour appeler la fin des violences. Il est galement important de pouvoir mobiliser les femmes de tout ge. Souvent, les femmes plus ges sont plus respectes du fait de leur ge, elles peuvent donc tre trs utiles dans les activits de lobbying. A la suite du conflit dans la Mano River Union, les femmes ont jou et continuent de jouer un rle cl dans la construction de la paix. Nana Pratt a donn quelques exemples caractristiques de la contribution des femmes dans la reconstruction post-conflit en Sierra Leone, par exemple travers les radios communautaires pour fournir aux femmes des informations sur leurs droits, et pour leur apprendre comment anticiper et modrer la violence potentielle, ou travers une mobilisation en tant quobservatrices lectorales.

    Cependant, les femmes restent largement exclues des structures officielles et institutions de gouvernement dans les situations post-conflit.

    La question qui se pose est : comment les femmes peuvent-elles se mobiliser pour changer le scnario prdominant dexclusion ? Selon lintervenante, les femmes devraient intensifier les actions concertes et populariser le contenu et le message important de la Rsolution 1325 que les femmes sont aussi des actrices de la paix ; intgrez-les . Ces activits de vulgarisation devraient cibler tous les dcideurs et les bnficiaires de tous les niveaux, avec

  • des messages qui mettent laccent sur les avantages dinclure les femmes. Ces messages doivent transmettre les arguments quantitatifs dintgration des femmes, cest--dire quelles reprsentent la moiti de la population, et les arguments qualitatifs, savoir quelles apporteront des expriences diffrentes au processus de construction de la paix. Il doit tre soulign quen labsence dintgration des femmes, les processus de paix ne seront pas achevs. Un plaidoyer stratgique et du lobbying pour une pleine application de la Rsolution 1325 tous les niveaux (national, rgional, dpartemental et communal) doivent tre entrepris. Il y a un besoin dintensifier le travail de collaboration avec le gouvernement et les organisations internationales dans les domaines relatifs aux femmes, la paix et la scurit, surtout sur les initiatives de renforcement des capacits en utilisant la Rsolution 1325 comme outil.

    Un des dfis est de diffuser le message important de la Rsolution 1325. Un autre problme est le soutien financier insuffisant aux initiatives de construction de la paix des femmes, particulirement au niveau des communauts.

    Lintervenante a fait les recommandations suivantes :

    - Orienter plus les fonds de soutien pour les femmes, la paix et la scurit sur les activits dinformation, dducation, et de communication, et sur le renforcement des capacit, le lobbying stratgique, le plaidoyer, et la coalition pour la construction de la paix ;

    - Donner des fonds institutionnels de soutien aux rseaux de construction de la paix mens par des femmes et aux organisations pour leur permettre de maintenir et dintensifier leurs initiatives dans les domaines cits.

    Yvonne Matuturu, FAWE, Burundi

    Lintervenante a commenc sa prsentation par un bref historique sur le Burundi. Ce pays a t min, depuis son indpendance, par des crises sociopolitiques. Les massacres de 1972 ont entran lexil de milliers de Burundais. La crise de 1993 a plong le pays dans une guerre civile dvastatrice. Des accords de paix ont t signs dans les annes 2000 et ont conduit en 2005 ladoption dune nouvelle Constitution, dun nouveau Prsident, dun Parlement et dadministrateurs locaux. Ces lections tout comme celles de 2010 ont t valides par la Communaut internationale. Cependant, pour ces dernires, une partie de la classe politique en a contest la transparence. La paix reste fragile dans le pays notamment du fait dinstitutions nationales affaiblies, de la faiblesse du systme de scurit, et de la poursuite des violations des droits de lhomme.

    Selon lintervenante, la consolidation de la paix passe par le rtablissement de la lgitim de lEtat vis- vis de la population par des institutions nationales capables de mettre en uvre des politiques de redressement et de dveloppement, et la poursuite de lengagement de la communaut internationale.

  • Le Pacte de scurit et de stabilit sign en 2006 par les pays de la rgion des Grands Lacs renforce lespoir de stabilit et les perspectives de croissance conomique pour le Burundi.

    Lintervenante a prsent ensuite la contribution des femmes burundaises dans le processus de paix.

    Pendant longtemps, les femmes sont restes exclues du processus de paix au Burundi. Cependant, lors des ngociations de paix dArusha, elles ont russi obtenir le statut dobservatrices. Ce statut leur a permis de plaidoyer et de faire du lobby pour influencer les dcisions des politiciens. Lors des ngociations de Pretoria, en Afrique du Sud, en 2004, une centaine de femmes burundaises issues des partis politiques et de la socit civile ont t invites participer un colloque Johannesburg durant lequel le Prsident de lpoque sest engag introduire un quota dau moins 30% de participation des femmes dans les instances de prise de dcision. Cela a t concrtis en 2005 par un amendement la nouvelle Constitution et intgr aux lois lectorales de 2005 et 2010.

    La Rsolution 1325 a t utilise par les organisations fminines comme un instrument de plaidoyer et de ngociation auprs du Gouvernement et des Nations Unies pour que les droits et besoins spcifiques des femmes et filles soient pris en compte dans les programmes post-conflit.

    A travers le cadre stratgique et le plan prioritaire de consolidation de la paix, le gouvernement burundais sest engag mettre en uvre la Rsolution 1325. Cependant, plus de dix ans aprs son adoption, les efforts et moyens engags pour mettre en uvre la rsolution restent insuffisants. Malgr quelques initiatives de la socit civile et des organisations internationales, le retard dans la mise en place dun plan daction national dmontre un dficit dans lapplication de la rsolution. Un Comit de pilotage a t cr : il a propos au Gouvernement un plan daction national de mise en uvre de la rsolution ; ce dernier est le rsultat dune collaboration entre tous les partenaires et doit dsormais tre retenu comme priorit dans le cadre stratgique de lutte contre la pauvret et de relance conomique CSLP II en cours dlaboration.

    Linstauration dune paix relle suppose des institutions politiques, conomiques et sociales inclusives et durables. Les violences sexuelles subies par les femmes pendant la guerre sont le rsultat des rapports ingalitaires. Les bouleversements sociaux dus au conflit ouvrent la porte une redfinition de ces rapports. En effet, durant le conflit, les femmes prennent en main le foyer, ont de nouvelles responsabilits et aspirent aprs guerre un nouveau statut. Le processus de consolidation de la paix doit donc inclure la ralisation de lgalit des sexes, caractristique importante pour prvenir les nouveaux conflits. Au Burundi, les femmes, pilier de la famille, ont jou un rle cl dans le rapprochement des communauts notamment au travers dassociations locales. Elles ont mme russi accder au Conseil des sages, qui rglent les conflits au sein des familles, auparavant exclusivement rserv aux hommes.

    En se basant sur la rsolution 1325, les organisations fminines locales et certaines organisations internationales ont men un plaidoyer pour la ncessaire prise en compte de la dimension genre dans llaboration des programmes de consolidation de la paix au Burundi.

  • Ce plaidoyer a t essentiellement men au niveau local par un cadre de coordination compos de 37 organisations fminines pilotes par Dushirehamwe, et au niveau international par lONG International Alert. Cela a abouti la prise en compte des organisations fminines comme parties prenantes au processus de paix et la prise en compte du genre dans le processus un certain niveau.

    Dushirehamwe et International Alert ont men un travail prliminaire sur les leons apprises en matire dintgration du genre dans le programme de consolidation de la paix au Burundi. Lapport des organisations dans le suivi des diffrents mcanismes de consolidation de la paix a t considrable. Elles ont notamment labor des indicateurs dintgration du genre.

    La rsolution 1325 constitue la base lgale et le point dentre de laction de lassociation Dushirehamwe. La force de cette association est son appartenance un rseau dorganisations nationales et internationales ainsi que son fonds flexible daccompagnement en provenance dInternational Alert et UN Women. Lassociation a jou un rle daccompagnateur de tous les mcanismes de consolidation de la paix et a ainsi pu veiller la prise en compte des intrts des femmes. Lintervenante a mentionn galement le projet de radio communautaire de Dushirehamwe financ par lUnesco. Par ailleurs, lassociation FAWE/Burundi joue un rle important dans lducation des femmes et des filles dont la plupart sont analphabtes et par consquent, ne peuvent revendiquer des droits dont elles ignorent lexistence.

    Lintervenante a ensuite soulign la contribution de lUNESCO dans le soutien la participation des femmes au Burundi. Un Centre de Recherche et de Documentation sur les Femmes, le Genre et la Construction de la Paix dans la Rgion des Grands Lacs est en train dtre mis en place Kinshasa, en Rpublique Dmocratique du Congo. Le but est de promouvoir la protection et le respect de lgalit des genres et des droits de la femme dans la Rgion.

    Lintervenant a cit dautres projets de lUNESCO au Burundi visant la promotion de la participation des femmes tel que le projet avec lUNFPA de renforcement de la capacit des jeunes pour une participation active au processus de paix et une insertion conomique russie.

    En conclusion, lintervenante fait un bilan mitig de la situation des femmes dans la Rgion. Leurs conditions de vie ne se sont pas nettement amliores, elles restent sous-reprsentes dans la plupart des structures de prises de dcisions, malgr des lgres amliorations. Leurs intrts sont peu pris en compte dans les processus de reconstruction post-conflit. Ce fait a t reconnu par les chefs de gouvernements lors de la Dclaration de Dar es-Salaam sur la paix, la scurit, la dmocratie et le dveloppement dans la Rgion des Grands Lacs en 2004. La Rsolution 1325 est un instrument cl. Le rle des femmes Burundaises dans la reconstruction est indiscutable. Le Burundi a fait des efforts pour prendre en compte la dimension genre dans la rforme du secteur de dfense et scurit mais beaucoup reste encore faire.

  • Intervention de Luz Piedad Caicedo, Centro Regional de Derechos Humanos y Justicia de Gnero, Columbia

    Lintervenante a commenc son discours en sinterrogeant sur comment peut-on dfinir ce quest le conflit et le post-conflit , surtout quand les dirigeants politiques ne veulent pas toujours admettre quand un conflit se passe dans leur pays.

    Elle a donn lexemple de la Colombie o ctait seulement en mai 2011 que le Prsident colombien, Juan Manuel Santos, a reconnu que la Colombie tait un pays en situation de conflit. Le prcdent prsident sest toujours refus le reconnatre. En aot 2003 il nie le conflit arm et parle de menace terroriste contre lEtat.

    Lintervenante rappelle que le Prsident actuel tait Ministre de la dfense du gouvernement prcdent de Alvaro Uribe.

    Ce changement davis sexplique pour deux raisons : la premire est pragmatique, la nouvelle loi pour les victimes et la restitution des terres lexige. Il faut pouvoir faire la diffrence entre une victime dun crime ordinaire et une victime qui lest par consquence du conflit arm. La deuxime raison est politique, le Prsident Santos veut entamer des ngociations de paix avec les groupes insurgs, or une ngociation ne peut se faire sans un conflit. Un encadrement lgal est en cours de prparation.

    Le problme, sur lequel lintervenante a insist, est la volont du Prsident actuel de mener le processus de paix en excluant la participation de la socit civile.

    Lintervenante rappelle le contexte colombien : 46% des personnes sont pauvres et 18% extrmement pauvres, la pauvret est encore plus importante dans les zones rurales. La croissance tait de 7,5% en 2007.

    En novembre 2009, 93 membres du Congrs font lobjet dune enqute par la justice sur leurs possibles liens avec les paramilitaires. Aujourdhui, 13 ont t condamns, pour 9 dentre eux les preuves taient insuffisantes et 5 ont t dclars innocents. Il y a 249 enqutes ouvertes contre 12 gouverneurs de Rgion, 166 maires, 13 chefs de dpartement, et 58 conseills municipaux.

    Les forces militaires ont connu une forte augmentation, elles taient 279 000 en 2002 et sont 373 000 trois ans plus tard. Il y a en Colombie 3 700 000 dplacs, dont plus de 50% entre 2003 et 2010.

    La prsence de groupes arms considrs par le gouvernement de Alvaro Uribe comme des bandes criminelles est chaque fois plus reconnue comme les enfants du paramilitarisme.

    Les leaders sociaux qui exigent la dvolution des terres, parmi lesquels plusieurs femmes, ont t perscuts et assassins.

    Lintervenante rappelle ensuite le contexte du mouvement de paix :

  • Le processus de paix emmen par le Prsident Andrs Pastrana a cr une dception parmi les colombiens. Il y a une criminalisation de la paix et une division du mouvement. Dans les annes 80 et 90, plusieurs groupes arms ont t dmobiliss. En revanche, la dmobilisation a chou en ce qui concerne les FARC et le ELN. Le gouvernement Uribe et la ngociation avec les paramilitaires : Le mouvement de paix des femmes se divisent : Ruta Pacifica de las Mujeres (Route pacifique des femmes), OFP (Organisation fminine populaire), Red Nacional de Mujeres (Rseau National des Femmes), IMP (Initiatives des femmes pour la paix), Mouvement national de femmes auteurs et actrice pour la paix, ASFAMIPAZ (Mres et familles des membres de la force publique retenus et librs par les groupes de guerilleros), Rseau cumnique national de femmes pour la paix. La rsolution 1325 nest pas connue et nest pas considre comme obligatoire en Colombie, ce qui explique les actions qui ne refltent pas lesprit de la rsolution. Il ny a aucune participation politique, aucune promotion des initiatives de rsolutions pacifiques du conflit. Suivi des impacts du conflit et des initiatives de paix. Les points positifs : les femmes sont organises, ont connaissance de leurs droits, mouvement de rsistance. Les points ngatifs sont la division du mouvement et les perscutions. Les dates importantes du mouvement de paix :

    - 1987 : Premire Semaine pour la paix qui est organise chaque anne dsormais : espace de rflexion pour la socit civile

    - 1993 : cration de Redepaz (Red Nacional de Iniciativas Ciudadanas por la Paz y Contra la Guerra)

    - 1995 : importance de lEglise catholique : la Confrence piscopale convoque la Commission nationale de conciliation pour trouver des solutions politiques au conflit arm colombien.

    - 1996 : cration de la Ruta Pacifica de las Mujeres Le Prsident Samper cre, par une loi, le Conseil national de la paix qui comporte 30 membres : 15 du gouvernement et 15 de la socit civile.

    - 1998 : Andrs Pastrana est lu Prsident. Assemble permanente de la socit civile pour la paix : alliance entre organisations des droits de lhomme et de paix. - 1999 : cest lanne la plus marquante dans ce processus 40 marches dans le pays avec environ 2,5 millions de personnes (entre avril et septembre) : le slogan est simple : No ms . Plus de 8 millions de personnes se mobilisrent le 24 octobre 1999. Marque la division du mouvement de paix. Redepaz et Viva la ciudadana se joignirent la fondation Pas Libre dans une marche contre les enlvements vers le milieu de lanne 1999. 10 millions de personnes marchrent dans quatre villes. Le 24 octobre, cette marche donne lieu une division car si le but tait de protester contre les dialogues sans issue, cela a fini par tre interprt comme une critique de la guerrilla. Le Prsident Pastrana engage le dialogue avec le dirigeant des FARC dans la zone dmilitarise du Cagun pour tenter de mettre fin au conflit arm.

  • A propos de ces dialogues, certains sont optimistes, tandis que dautres voient deux groupes sans lgitimit reprsentative ngocier le futur du pays, cela diminuant fortement la possibilit pour la socit civile de faire entendre sa voix. Les coalitions de paix en sortent divises. Les tentatives de dialogue entre le gouvernement et les FARC chouent. En 2000, le plan Colombie est adopt, il sagit dune aide financire amricaine pour lutter contre le trafic de drogue. La solution militaire semble tre prfre, affectant srieusement une sortie ngocie du conflit.

    Sandrine Amer, Palestinians Women Research and Documentation Centre, Ramallah

    Lintervenante a commenc par un bref historique de la rgion. Le Plan de rpartition des Nations Unies de 1947 donna une partie du territoire palestinien au peuple juif. Aujourdhui, cause des guerres successives et des colonisations juives, le territoire de la Palestine est considrablement rduit et fragment. Les deux guerres de 1948 et 1967 ont entran un grand nombre de rfugis (1,4 millions dans les camps UNRWA). La situation en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza est critique. A Gaza, 70% de la population vit sous le seuil de pauvret. La mobilit des Palestiniens est trs restreinte, notamment par des contrles, des routes de contournement, et le Mur de Sparation. Des autorisations sont requises pour se dplacer en dehors des frontires municipales. Beaucoup de maisons palestiniennes sont dtruites pour des motifs administratifs ou punitifs.

    Les femmes palestiniennes occupent des postes de prises de dcisions depuis le dbut du sicle : cependant leur participation reste limite. Selon Sandrine Amer, quatre tapes peuvent tre identifies :

    - Etape 1 : avant 1948 : partir de 1917, les femmes participrent des manifestations contre la Dclaration de Balfour. En 1921, lUnion des Femmes Palestiniennes a t fonde. Les femmes soccupent duvres caritatives et sociales, et assurent la survie de leurs familles aprs lexode de masse dIsral par les palestiniens.

    - Etape 2 : 1948-1967 : lOrganisation de Libration de la Palestine (OLP) est cre en 1964. Une nouvelle re dans lactivisme des femmes commence. LUnion des Femmes palestiniennes participe la runion fondatrice du Conseil national palestinien. LUnion gnrale des femmes palestiniennes est cre en 1965. Cependant, il ny a pas eu de changements importants dans la perception des questions de genre parmi les femmes en Palestine avant les annes 70.

    - Etape 3 : 1967-1987 : les femmes ont particip des activits politiques, ce qui a entran larrestation et la dtention de beaucoup de femmes. Les femmes sont mieux organises donc elles peuvent participer la cause nationaliste.

    - Etape 4 : 1987 jusqu aujourdhui : la mobilisation populaire pendant la Premire Intifada a entran une relle possibilit de changement. Des ONG indpendantes et des centres de femmes ont t crs dans les annes 1990 pour soccuper des questions de violence domestiques, des crimes dhonneur, etc.

  • La participation politique des femmes palestiniennes na jamais t aussi faible que pendant la Seconde Intifada. Les accords dOslo ont contribu la reconnaissance de loccupation qui devint la seule question lagenda avec lespoir dun Etat palestinien (qui na jamais t ralis). A la demande de lUnion gnrale des femmes palestiniennes au Prsident Yasser Arafat, des articles sur lgalit des genres ont t finalement inclus dans la loi palestinienne.

    Selon lintervenante, des progrs ont t fait concernant la participation des femmes la vie politique, notamment travers linstauration de quotas. Le Conseil National Palestinien a adopt un quota de 20% de reprsentation minimum des femmes dans les conseils municipaux, grce la pression des comits de femmes. Dans le systme lectoral du Conseil lgislatif palestinien (Parlement) de 2006, les femmes devaient tre places des positions ligibles sur les listes lectorales. Cependant, cela a t appliqu que sur les listes nationales et pas pour les lections locales. Les femmes ont particip aux lections de 1996 et 2006. Des femmes ont t nommes Ministres, Prsidente de lAutorit des marchs financiers, ou encore maire de Ramallah. Il y a une augmentation du nombre de femmes avocats et juges ainsi quune augmentation du nombre de femmes dans les instances de prises de dcisions des partis politiques (Fatah, PFLP, DFLP). Il ny a pas de donnes en revanche pour les partis islamiques. En Novembre 2004, le Ministre des Affaires fminines est cr. Depuis 2008, il y a des units de genre dans chaque ministre.

    La Rsolution 1325 est trs importante pour les femmes palestiniennes qui souffrent de violences et de la brutalit de loccupation, ainsi que de loppression masculine. Selon lintervenante, pour faire appliquer la rsolution, il y a un besoin daction organise qui peut se faire avec la cration de coalition dorganisations fminines, qui pourraient faire des rapports ensuite aux agences des Nations Unies.

    Dautres progrs ont t raliss : les femmes peuvent dsormais donner leur nationalit leurs enfants et maris, elles peuvent obtenir un passeport sans lautorisation de la famille ou du tuteur masculin. En 2009, un comit national pour combattre les violences bases sur le genre a t tabli. En 2010, le Cabinet approuve la stratgie nationale de lutte contre les violences faites aux femmes.

    Cependant, les violences faites lencontre des femmes dans les Territoires occups palestiniens sont trs rpandues et rcurrentes. Les femmes ont des difficults dnoncer les abus car il ny a pas de cadre lgal pour les protger et lhonneur de leurs familles prvaut. De plus, il y a eu une augmentation des crimes dhonneur et des violences domestiques Gaza, ceci tant li limportance du conflit dans cette zone. Cependant, en 2011, Mahmoud Abbas a ordonn aux juges doctroyer le plus grave chtiment aux auteurs des crimes dhonneur, alors quavant ils ntaient condamnes qu de lgres peines. En 2005, la Commission Internationale pour une paix juste entre palestiniens et israliens est cre.

    LAutorit palestinienne presse lAssemble Gnrale pour obtenir la reconnaissance dun Etat palestinien, et les femmes palestiniennes ont la fois des espoirs et des inquitudes quant au futur Etat, notamment par rapport sa forme, leur rle et reprsentation, et lespoir de vivre dans lgalit des droits.

  • Catherine Odimba, Universit de Kinshasa, RDC

    Lintervenante a concentr son intervention sur la situation en Rpublique dmocratique du Congo. Elle souligne que les conflits arms ont engendr une reconfiguration (apparente ou relle) des rapports sociaux des sexes un moment donn de lhistoire congolaise. A ce jour, il nest cependant pas tabli que cette reconfiguration des rles de genre en temps de conflit et en priode de post conflit soit le rsultat dun processus de changement social. Il pourrait par ce fait tre considr comme une reconfiguration ponctuelle des rapports sociaux des sexes qui ninduit aucun mcanisme de prennisation des statuts mergents des femmes crs par les conflits, la recherche de la paix et linstauration dun nouvel ordre politique en Rpublique dmocratique du Congo. Les nouveaux champs de dvoilement de genre ont t construits par les besoins quengendrent les conflits tant dans les espaces privs que dans les espaces publics.

    Au niveau des mnages : il fallait rpondre aux besoins de survie des mnages. Les femmes ont rpondu la norme de reproduction sociale ; lentretien de tous les membres du mnage (enfants, hommes, vieillards, malades,). En rponse la croyance corps de la femme, corps sacr ; sexualit en temps de guerre = maldiction sur le champ de bataille pour les combattants , les femmes ont t, travers leur rle de reproduction sociale, protges dans un premier temps, contre toutes formes de violences. Ctait une ngation de la culture longtemps partage qui sacralisait le corps des femmes pendant les conflits. Ce fut le cas pendant la guerre de Mulele (1964), et pendant la guerre de 80 jours (1977), durant lesquelles les violences sexuelles ne furent pas utilises comme armes de guerre. Cette culture na pas t reproduite dans la nouvelle culture de guerre . Dans cette dernire, le corps de la femme a t dsacralis et les violences sexuelles ont sembl prendre des allures de vritable arme de guerre. Le nouveau conflit a amen une nouvelle perception du corps de la femme et de nouvelles armes. Toutefois, la hirarchisation sexue des risques en priode de conflit a eu pour consquence que les femmes ont exerc ce rle de survie des mnages, sacrifiant leurs corps au profit des vies des hommes et des enfants, membres de leurs familles. La vie vaut mieux que le viol : perception lgitime par les femmes elles-mmes.

    Au niveau des mnages : les femmes ont jou des rles spcifiques dont le fondement se trouve dans la gestion communautaire des conflits qui est le modle traditionnel de gestion des conflits. Dans ce modle, hommes et femmes ont des rles diffrencis. La femme reste la conciliatrice des familles. Cest dans ce cadre quont t notes des actions fminines communautaires diriges exclusivement vers les hommes comme par exemple : la pression des femmes, pouses des hommes engags dans les conflits interethniques pour obtenir leur dsengagement des conflits. La masculinisation des conflits justifie le rle conciliateur des femmes dans plusieurs communauts congolaises. La reproduction de cette culture se traduit par la quasi-absence des femmes dans les instances de prise de dcisions des mouvements rebelles.

    Lintervenante souligne que si au niveau des mnages ainsi quau niveau communautaire, les rles femmes refltaient les cultures congolaises, on peut cependant noter quau niveau

  • macro-socital, la recherche de la paix et linstauration dun nouvel ordre politique ont t de opportunits relles dinscription du changement social en ce qui concerne le genre. En dpit des faibles rsultats enregistrs par les femmes lors des lections de 2006, un rel apprentissage de la comptition lectorale au marketing politique a t instaur pour les femmes congolaises, car au regard de la trajectoire politique de ces femmes, les grands moments politiques du pass ne leur ont pas t favorables. Pendant la priode coloniale, elles nont exerc aucun droit politique, aprs lindpendance, toutes les femmes ont volu dans le cadre du Parti-Etat : le MPR, avec un accs trs limit et non dmocratique aux espaces de prise de pouvoir. La crise conomique des annes 70 a suscit de fait la reconfiguration des rapports sociaux des sexes, mais dans lespace conomique. Il fallait rpondre au besoin de survie des familles ; les femmes se sont lances dans les activits de survie, essentiellement dans le secteur informel. Ce fut une rponse au contexte conomique. Vers les annes 90, lannonce de la dmocratisation et la libralisation du champ associatif a aussi permis plus douverture pour les femmes, surtout au niveau de la socit civile, en raison de la signature de laccord de Cotonou, qui militait pour limplication de la socit civile dans la gestion de la vie nationale.

    Durant les conflits arms des annes 1996 2003, ont t scells des rles traditionnellement reconnus aux femmes dans la gestion des conflits, dans la survie des mnages, dans la sexualitmais ces conflits ont aussi t une opportunit dimpulser un rel changement social au niveau macro socital. Limplication des femmes dans le processus de paix et dans le processus lectoral reste un atout lmergence dun nouveau systme de genre en RDC.

    Antonia Potter, independent consultant to the Centre for Humanitarian Dialogue

    Lintervention a pour but de montrer les progrs et les cueils dans limplmentation des normes sur les femmes, la paix et la scurit travers des exemples de la Rgion Asie-Pacifique. Les exemples sont tirs dune publication rcente du Centre pour le dialogue humanitaire (HD Centre) : Peacemaking in Asia and the Pacific : Womens participation, perspectives and priorities. Lintervenante a commenc par une brve prsentation des normes internationales pour les femmes, la paix et la scurit, parmi elles:

    - La Convention sur llimination de toutes les formes de discrimination lgard des femmes

    - Le Programme dAction de Beijing en 1995 - LObjectif du Millnaire pour le dveloppement n3 qui cherche promouvoir

    lgalit des genres - La Rsolution 1325 et les quatre autres rsolutions qui ont suivi (1820,1888, 1889,

    1960) A cette liste, on peut ajouter certaines organisations et agences telles quONU Femmes ou les rseaux et organisations de la socit civile aux niveaux local, national, rgional et international qui ont pour but dassurer que ces normes soient respectes. Lanne dernire, le 10me anniversaire de la Rsolution 1325 a t loccasion de souligner certains progrs comme le dveloppement dindicateurs, et ladoption de 24 Plans nationaux daction. Cependant, les paroles doivent encore tre transformes en action.

  • Lobjectif est dassurer que les femmes participent aux processus lgislatifs et aux dcisions stratgiques. Par exemple, en Tunisie et en Egypte, les femmes ont jou un rle actif dans la protestation populaire mais ont t largement exclues des prises de dcisions transitionnelles. Exemple du Npal : Comme dhabitude, les femmes taient actives track two (rle dans les protestations populaires) et exclues de track one, cest--dire des instances dcisionnelles lors des processus de transition. Cependant certains progrs ont t faits : - un quota de 33% de femmes dans lAssemble Constituante a t introduit et appliqu aux lections de 2008 ; - en octobre 2010, le Npal tait le premier pays asiatique lancer son Plan national daction en application de la Rsolution 1325, un comit directeur de haut niveau dirig par le Premier Ministre a t cr ; - Le conseiller spcial suisse pour le maintien de la paix au Npal (2005-7) a dispens une formation en ngociations techniques et questions politiques 24 femmes slectionnes. La Charte pour lgalit dveloppe par le groupe a t adopte par lAssemble Constituante. La Suisse a aussi subventionn une Confrence sud-asiatique sur les violences faites aux femmes en politique, et des ateliers sur la participation des femmes et des hommes lengagement des femmes dans le fdralisme et la rforme de lEtat npalais. Exemple des Philippines : Le pays est trs connu pour ses leaders fministes mais les quartiers musulmans restent trs patriarcaux. Cependant, dans le conflit du Mindanao, les femmes taient prsentes dans les discussions avec le Front de Libration Islamique Moro qui a demand lui-mme ce que les femmes soient inclues dans le comit. Les femmes des Philippines ont utilis la rsolution 1325 pour tre inclues au comit. Un Plan daction national a t lanc en Mars 2010. Lintervenante a galement donn comme exemple, celui de Irene Santiago, une activiste philippine pour la paix dont le travail a contribu mener une campagne intitule Mres pour la paix pour demander le cessez-le-feu. Ce dernier a t ngoci et, Irene Santiago et ses collgues, en ont assur le suivi de manire ce que celui-ci dure. Les femmes ont reu une formation en matire de prvention et rsolution des conflits, etc. Pour Irene Santiago, le Plan national daction donne le mandat et les moyens dun processus de paix et dune issue plus respectueux de lgalit des genres. Exemple du Timor Oriental : Il y a un mouvement actif de femmes dans ce pays. Depuis son indpendance, il y a eu 5 missions des Nations Unies qui comportaient toutes des units de genre avec du personnel haut plac. Le pays sest dot dun quota de 30% de femmes pour la reprsentation parlementaire. Parmi les autres progrs, il y a ladoption de la premire loi sur la violence domestique (2010). Les femmes reprsentent 19% des forces de police. Cependant, durant les regains de violence politiques, les femmes nont jamais t impliques dans les ngociations

  • pour trouver une solution. La participation des femmes dans les instances dcisionnelles de la rsolution de conflit reste un challenge cl. Lintervenante a fini sa prsentation avec quelques recommandations faites dans la publication HD :

    - Inclure une expertise du genre aux autres expertises techniques - Les mdiateurs devraient faire rfrence au droit international et aux normes sur les

    femmes, la paix et la scurit pour construire une certaine crdibilit et confiance - Des espaces srs pour les femmes, afin de les prparer participer, doivent tre cres

    afin quelles puissent se rencontrer et sorganiser avant le dbut des ngociations de paix

    - Des moyens doivent tre trouvs pour inclure un nombre important de femmes - Documenter et publier les expriences (meilleures pratiques et dfis) - La communaut internationale doit mettre en pratique ce quelle prche en montrant

    lexemple et en nommant des femmes aux postes les plus importants. Mairi MacRae, Womankind Worldwide and GAPS, UK Gender Action for Peace and Security (GAPS) a t cr en 2006 pour mettre en application la Rsolution 1325 du Conseil de Scurit des Nations Unies et inclure une perspective de genre dans tous les aspects de la politique et de la pratique du Royaume-Uni en matire de paix et de scurit. Cest un groupe de travail compos dexperts dONG de dveloppement et de paix, de chercheurs, et de personnes uvrant pour la paix sur le terrain. Son but est de rduire le foss entre la ralit des femmes au niveau local dans les pays affects par des conflits et ceux qui prennent les dcisions au Royaume-Uni. GAPS aide les dcideurs politiques lintrieur du Royaume-Uni. Il effectue galement des recherches et apporte du soutien autour dinstruments cls comme la rsolution 1325 ou le Plan national daction du Royaume-Uni. Womankind est une association internationale pour les droits des femmes et le dveloppement qui travaille avec 37 organisations de femmes dans 15 pays. Son but est dliminer les violences faites aux femmes, de promouvoir la participation civile et politique des femmes. En 2004, Kofi Annan a appel les Etats membres des Nations Unies dvelopper des Plans nationaux daction afin dassurer limplmentation de la Rsolution 1325. Un premier Plan national daction du Royaume-Uni a t lanc en 2006 mais ntait pas effectif et un plan rvis a t adopt en novembre 2010 grce la pression de la socit civile. Le Plan rvis inclut une section bilatrale. Il a trois projets sur des pays prcis, lAfghanistan, la Rpublique dmocratique du Congo et le Npal. Le Plan contient de nouveaux engagements tels que le suivi et lvaluation des engagements Femmes, paix et scurit (FPS) incluant un compte-rendu formel au Parlement, et une plus forte participation de la socit civile. Lintervenante a partag certaines inquitudes propos de ce Plan : - le manque de consultation de la socit civile et sur le terrain dans les pays post-conflit, particulirement les pays bilatraux - pas de reprsentation ministrielle la Discussion ministrielle Ouverte du Conseil de Scurit des Nations Unies du 26 octobre 2006 ;

  • - les barrires institutionnelles limplmentation de la rsolution qui nont pas t voqu telles que le manque de gestion haut niveau et de coordination entre dpartements ; - ce nest pas une priorit dans la politique trangre du Royaume-Uni (aucun mot sur la rsolution 1325 lors du Printemps arabe) - il manque dambition ; le Plan consiste principalement a rassembl le travail dj existant. Le groupe parlementaire associ sur Femmes, paix et scurit est un forum parlementaire sur comment promouvoir les rsolutions 1325 et 1820. Cest une opportunit unique pour les parlementaires et la socit civile de dbattre de telles questions sur la base dinformations dexperts. Le Groupe parlementaire est important afin de maintenir des relations entre les diffrents dcideurs ainsi que pour augmenter la prise de conscience et sensibilisation du Parlement. GAPS a lanc en 2001 une campagne intitul No Women, no peace (Pas de femmes, pas de paix), avec une comptition duvres dart et une campagne dactions en Afghanistan. La campagne appelle :

    - Direction un Ministre mandat pour faire avancer rapidement laction du gouvernement sur les femmes, la paix et la scurit ;

    - Coordination un groupe de travail de haut niveau compos dofficiels confirms du gouvernement mandat pour faire avance ce travail travers les dpartements ;

    - Investissement- lintrieur des budgets existants, des fonds doivent tre allous aux femmes ;

    - Responsabilit le gouvernement devrait rendre compte des progrs au Parlement et la socit civile tous les ans.

    GAPS a obtenu lengagement du Gouvernement de crer des groupes spcialiss avec des experts de la socit civile pour faire le bilan de la premire anne dapplication du Plan national rvis. Il y a 3 groupes, principalement dirigs par la socit civile, faisant maintenant partie de mcanismes formels de compte-rendu. GAPS essaye dobtenir une dclaration orale du Ministre la rvision annuelle. Lintervenante a donn lexemple de lexprience du Npal. Avant 2004, il y avait une ignorance gnrale de la rsolution 1325, personne nen parlait. Puis la socit civile a commenc plaidoyer pour la rsolution et la considr comme un outil pertinent utiliser pour parler au gouvernement et aux dcideurs politiques. Elles ont commenc plaidoyer pour un Plan national daction en 2008 car la participation des femmes tait insignifiante. Lintervenante a soulign le processus positif de lexprience npalaise : un Ministre pour la paix a t form en 2007 comme ministre central de la rsolution 1325. Le gouvernement a form un comit directeur de haut niveau. Le 10me anniversaire a t loccasion de presser le gouvernement afin quil travaille avec la socit civile pour adopter un plan temps. Il y a eu une importante collaboration entre tous les partenaires. Un Plan daction national a t dvelopp en 10 mois grce ce processus collaboratif et consultatif. Cependant, les rsultats restent encore voir car le Plan nest quun premier pas, la prise de conscience reste faible. Lintervenante a soulign le rle cl de la socit civile dans le renforcement des capacits, et le fait que lon devrait lui donner un rle de suivi du Plan. La socit civile devrait tre un partenaire chaque tape. Le gouvernement doit tre pouss appliquer le Plan : notamment en crant des ateliers avec les ministres sur comment intgrer

  • le Plan dans les programmes, budgets et activits existants. Il ny pas cependant pas de processus de compte-rendu formel du gouvernement. Pour conclure, lintervenante a soulign limportance : de la vaste range de partenaires, des relations entre le gouvernement et la socit civile, de la coordination entre les ministres et un haut niveau de reprsentation, et en dernier lieu des ressources.

    Karen Barnes, OECD, Paris

    Lintervenante a concentr son intervention sur la question suivante : comment les subventions peuvent soutenir lgalit des genres dans les Etats fragiles affects par les conflits ?

    La participation des femmes est importante pour que les processus soient lgitimes et efficaces. Les obstacles particuliers la participation des femmes doivent tre limins, autrement les processus ne seront pas tenus pour responsables envers les femmes. Si les besoins diffrents selon le genre ne sont pas pris en compte, les processus ne seront pas adapts aux besoins complexes des femmes et des hommes sur le terrain. Lintervenante a list les types de questions que doivent se poser les organisations internationales :

    - Quels besoins de capacit sont identifis et auxquels donne-t-on la priorit ? Quelles comptences sont ncessaires pour assurer que les questions de genre soient effectivement prises en compte dans les processus post-conflit et de construction de la paix ?

    - Comment les dispositifs daides allouent des ressources aux questions de genre, y compris pour soutenir des budgets sensibles au genre ? Est-ce que les financements atteignent les organisations de femmes ?

    - Qui est impliqu dans les processus de planification ? Quelles questions sont prioritaires ? Comment les rsultats sont mesurs ?

    - Dialogue politique : qui sige la table ? Est-ce quil y a une volont politique de soccuper des questions de genre ? Est-ce que les problmes de genre font partie des discussions concernant les relations entre lEtat et la socit ?

    Lintervenante a soulign certaines statistiques des analyses effectues par le Comit daide au dveloppement (CAD) de lOCDE. Le marqueur de politique dgalit hommes-femmes du CAD value les allocations daide pour dcider si lgalit des genres est : lobjectif principal de chaque activit daide, ou est un objectif significatif, ou nest pas vise. Par exemple, un projet qui fournit un accs facile leau potable, qui assure que les femmes ont aussi accs de leau propre, peut tre considr comme une activit daide dans laquelle lgalit des genres est un objectif significatif. Dun autre ct, un projet dalphabtisation pour les filles serait marqu par les donneurs comme visant lgalit des genres en tant quobjectif principal. Lindicateur politique sapplique seulement aux aides alloues par secteur. Par consquent, il peut tre analys que laide totale par secteur et par an verse aux Etats fragiles, en 2007-2008, tait de 12,9 milliards USD. Un tiers de lensemble des aides (4,4 milliards USD) est destin lgalit des genres.

  • Lintervenante a dtaill la rpartition de laide destine lgalit des genres dans les Etats fragiles selon les secteurs. de laide qui soutient lgalit des genres va aux secteurs sociaux (gouvernance, socit civile, sant et ducation). Un quart est allou aux secteurs conomique et de production. La concentration des donneurs sur les secteurs sociaux dans les Etats fragiles peut entraver les opportunits dautonomisation conomique des femmes dans ces situations.

    Les secteurs sociaux : Concernant la part de laide destine lgalit des genres dans chaque secteur social : la concentration sur lgalit des genres des secteurs paix et scurit, et de gouvernance, dans les Etats fragiles est plus faible que dans tous les pays en dveloppement runis. Dun autre ct, laide lducation et la sant dans les tats fragile est plus centre sur lgalit des genres que dans tous les pays en dveloppement rassembls. Par exemple, 82% de laide la population et la sant reproductive dans les Etats fragiles vise lgalit des genres (seulement 48% dans tous les pays en dveloppement runis). Le secteur de la gouvernance et ses sous-sections : 38% de laide au secteur de gouvernance vise lgalit des genres. Concernant les sous-secteurs, 42% de laide au dveloppement judiciaire et juridique vise les femmes, 57% pour la participation dmocratique, 62% pour les droits de lhomme. Cependant, seulement 24% de laide au sous-secteur de la politique de secteur public et de la gestion administrative vise lgalit des genres. Selon lintervenante, les donneurs pourraient mieux faire et centrer plus leur subvention la politique de secteur public sur lgalit des genres. Le secteur paix et scurit et ses sous-secteurs : Seulement 20% de laide au secteur paix et scurit vise lgalit des genres, ce qui nest pas assez pour implmenter la Rsolution du Conseil de Scurit. Concernant, les sous-secteurs, pour la dmobilisation des enfants soldats, il y a une grande concentration de laide sur lgalit des genres, mais seulement 10% de laide la gestion et rforme du systme de scurit vise lgalit des genres. La concentration sur lgalit des genres est galement faible concernant la construction de la paix post-conflit et la construction de la paix civile. Selon lintervenante, ces sous-secteurs, notamment laide la construction de la paix civile reprsentent beaucoup dargent et il est dommage que si peu soit consacr lgalit des genres. Pour conclure, lintervenante a fait quelques recommandations. Il y a besoin de meilleures informations sur les besoins des femmes, les priorits et points dentre pour agir (WPS indicateurs, etc.). Il devrait aussi y avoir : un soutien de plus en plus grand pour intgrer le genre dans la relance conomique, laccs la scurit et la justice, plus danalyse des allocations financires et une rorientation des priorits de financement, une amlioration de la coordination entre les acteurs travaillant sur les questions de genre dans les contextes de conflits et ceux qui sont responsables de la programmation et des prvisions budgtaires des dcisions dans les processus de construction de la paix.

  • Megan Bastick, Geneva Centre for the Democratic Control of Armed Forces (DCAF)

    Lintervenante a centr son intervention sur la rforme du secteur de scurit et deux questions : est-ce que les femmes et les hommes sont consults et impliqus, y compris les femmes et les hommes provenant de la socit civile ? Est-ce que les diffrents besoins des femmes, des hommes, des garons et des filles, sont identifis et pris en compte ? Lintervenante a insist sur le fait que la question de la scurit des femmes ne doit pas seulement tre laisse aux ONG ; bien que les organisations de la socit civile doivent tre des partenaires cl, elles ne sont pas suffisantes. Les services de scurit de lEtat doivent tre impliqus. Lintervenante rejette aussi lide dune politique de scurit et des structures parallles pour les besoins des femmes. La rforme du secteur de scurit (RSS) inclut notamment la police, le systme judiciaire, les forces armes, le systme pnal, et les services aux frontires. Dans les pays affects par des conflits, ce secteur est souvent affaibli et sous-financ, cest pourquoi la RSS a pour but damliorer la gestion et performance des institutions de scurit, qui sont essentielles pour rpondre aux besoins des femmes en matire de scurit. Lintervenante dcrit la RSS comme un processus destin assurer que les professionnels de la scurit et de la justice :

    - fournissent des services de scurit et de justice effectifs et efficaces qui rpondent aux besoins des gens ;

    - sont responsables devant lEtat et son peuple ; - agissent dans le cadre dune gouvernance dmocratique, sans discrimination et dans le

    respect total des droits de lhomme et de lEtat de droit.

    DCAF a travaill sur la rforme du secteur de scurit et sur les questions de genre depuis 2003. Il a des programmes rgionaux en Sierra Leone, au Libria, Mali, Sngal, en Bosnie et Serbie, et travaille avec les agences des Nations Unies, lOTAN ainsi quavec les Etats et la socit civile. Lintervenante a cit une anecdote provenant de Cit Soleil en Hati pour montrer quil peut y avoir diffrents points de vue sur les menaces scuritaires et les solutions pour les rsoudre selon que lon soit chef de police ou une association locale de femmes. Lun recommanderait plus dofficiers de police et de procureurs, lautre, plus dcoles et denseignants. Par consquent, pour tablir la scurit, diffrents points de vue doivent tre pris en compte, do le besoin de travailler avec une grande varit dacteurs dans le domaine social. Des efforts doivent tre faits pour impliquer les femmes car elles parlent pour lensemble de la communaut avec une perspective diffrente. Lintervenante recommande quatre faons dassurer la consultation et limplication des femmes dans les processus de rforme du systme de scurit :

    - Organisation de consultations avec les groupes de femmes - Reprsentation des femmes dans les corps de scurit locaux et nationaux - Les membres, hommes et femmes, de comits et organismes cl en charge de la

    scurit devraient possder une expertise sur le genre

    Lintervenante a galement soulign limportance de la prsence de personnel femme dans les services de police, les services carcraux, et les forces armes. Ceci est largement reconnu mais la difficult rside dans le fait que des barrires concrtes restent pour le recrutement et

  • lengagement de personnel fminin, et pour les faire avancer des postes plus levs. Quatre stratgies sont donnes pour rsoudre cette difficult :

    - Fournir une formation supplmentaire et lducation aux recrues femmes - Etablir des politiques familiales pour permettre aux officiers, hommes et femmes de

    combiner leur carrire et leurs obligations familiales - Soutenir les associations du personnel fminines, superviser des programmes, etc. - Transformer la culture institutionnelle : trop souvent les femmes qui ont reu une

    formation spciale sont ensuite relgues des tches administratives. Toutes les institutions du secteur de scurit travers le monde sont concernes par la discrimination et le harclement sexuel. Des efforts en termes de politique et de formation sont ncessaires pour changer cette culture.

    DCAF est en train de dvelopper un Gender Self Assessment Guide (Guide dauto-valuation sur le genre) pour que les institutions en charge de la scurit puissent valuer leur sensibilit au genre. Le guide a t test avec les forces armes nerlandaises et est en train dtre test avec la police de Sierra Leone.

    Concernant la deuxime question : est-ce que les besoins des femmes, des hommes, des garons et des filles, sont identifis et pris en compte ?

    La rsolution du Conseil de Scurit 1889 encourage les stratgies concrtes pour une excution de la loi et un accs la justice qui soient sensibles au genre. Les politiques de rforme de chaque institution du secteur de scurit, locales ou nationales, devraient faire rfrence aux besoins des services de scurits dtre rceptifs aux questions de genre. Les Plans daction nationaux devraient reconnatre limportance de la rforme du secteur de scurit.

    Selon lintervenante, des services spcialiss pour prvenir et rpondre aux violences sexuelles et bases sur le genre (que ce soit contre des hommes, des femmes, des garons ou des filles) sont aussi ncessaires : avoir du personnel femmes est une exigence cl. A cette fin, lintervenante a soulign limportance des mcanismes de collaboration entre la socit civile et les services de scurit, et entre ces derniers et les services de lEtat (sant, services judiciaires). La deuxime ide souligne est limportance des institutions de scurit traditionnelles, non-tatiques, car beaucoup de personnes sont hors de porte des institutions et utilisent les structures de leur communaut, do le besoin de travailler avec elles pour encourager les bonnes pratiques.

    Lintervenante a insist sur la transversalit des questions de genre : des comptences spcialises ne devraient pas tre limites un nombre restreint de juges et procureurs : tout le personnel judiciaire, tout le personnel de scurit devraient avoir les comptences pour rpondre aux besoins de scurit lis au genre.

    Les outils dvaluation, tels que celui dvelopp par DCAF, peuvent aider identifier les besoins des institutions et les moyens pour tre rceptifs aux questions de genre. Le but de la rforme du secteur de scurit est de transformer les institutions affaiblies qui ont marginalis

  • les besoins des femmes et exclues la participation des femmes, en institutions comptentes voulant et pouvant protger tous les membres de la communaut de la violence.

    Fanny Benedetti, Ministres des affaires trangres et europennes, France

    Lintervenante a prsent le Plan national daction (PNA) adopt en octobre 2010 dans le but de mettre en uvre la Rsolution 1325, Femmes, paix et scurit, du Conseil de Scurit des Nations-Unies. Le Plan se divise en 2 parties, la premire dfinit les 4 grands objectifs qui sont:

    - la protection des femmes contre les violences et mobilisation pour le respect de leurs droits fondamentaux ;

    - la participation des femmes la gestion des situations de conflits et post-conflits ; - la sensibilisation au respect des droits des femmes dans les programmes de

    formation ; - le dveloppement de laction politique et diplomatique.

    Le Plan a t conu pour une dure de trois ans, en collaboration avec la socit civile travers la Commission nationale consultative des droits de lhomme (CNCDH). Sa mise en uvre se fera au travers de runions semestrielles. La premire a eu lieu le jeudi 10 mars 2011 autour de 4 thmes : genre et asile, mise en uvre des programmes de formation, participation des femmes aux oprations extrieures et valuation globale des financements.

    Sur le premier thme, deux engagements ont t pris savoir lintgration des lignes directrices du HCR et le suivi de lindicateur F de lUE (donnes chiffres genres sur les demandes dasile). Suite une discussion avec lOFPRA (Office franais de protection des rfugis et apatrides), il est ressorti, entre autre, que lintgration dun module genre dans la formation peut tre offerte partir du plan de formation 2012/2013.

    Dans la mise en uvre des programmes de formation, le Plan prvoit lintgration de la question du genre dans des formations en matire de scurit, notamment pour les formations pr-dploiement. Pour cela le MAEE travaille en partenariat avec le ministre de la dfense et le ministre de lIntrieur ainsi quavec le DCAF, son partenaire institutionnel, qui possde une expertise dans ce domaine. Pour le ministre de lIntrieur, un plan de formation est en cours dlaboration et un module genre pourrait tre introduit ds 2012.

    En ce qui concerne la participation des femmes aux oprations extrieures (6%), celle-ci nest pas insignifiante mais est deux fois infrieures la proportion des femmes dans larme. Le ministre de la dfense souhaite identifier dans une mission donne les besoins oprationnels ncessitant du personnel fminin pour mener bien cette mission, dans un souci defficacit et de rsultat. Pour ce qui est du ministre de lIntrieur, un problme de ressource se pose puisque sur les 700 personnes du personnel de police pour les missions extrieures, seulement une quarantaine sont des femmes ; ce qui sexplique par le court pravis de dpart et la dure des engagements. Il sagit de raliser les amnagements ncessaires pour encourager une plus grande participation des femmes.

  • Concernant la mise en place et lvaluation des engagements financiers : il est difficile didentifier les ressources alloues, par les diffrents ministres, aux programmes ciblant les femmes dans les zones de conflits. Lintervenante souligne le problme dabsence de financement ddi. Ceci empche de renseigner les indicateurs dfinis par le plan.

    Lintervenante informe quun cycle de runions internes ainsi quavec les ONG est lanc. Elle rappelle le rle cl de lUE et limportance des leons tires dautres pays de lUE qui se sont dots dun Plan beaucoup plus tt, lintgration dune dimension genre dans la PESD (conseillers genre dans les oprations, module dans les formations). Fanny Benedetti souligne galement le rle cl de la France au sein de lUE sur ce sujet.

    Au niveau des obstacles, lintervenante identifie la difficult de maintenir cette question lagenda parmi toutes les autres priorits et la ncessit dune volont politique.

    Il faut inclure les femmes ds les phases initiales de ngociations de paix. Le sujet, transversal, concerne des acteurs qui nont pas le mme langage et qui ont du mal se retrouver autour dune table.

    Un des progrs est la reconnaissance de la pertinence du sujet, qui nest plus remis en question. Il y a des objectifs chiffrs de reprsentation dans les rformes constitutionnelles post-conflit en matire de reprsentation politique (30%). Cependant, des cueils subsistent comme linstrumentalisation des femmes et des mouvements fminins ainsi que des lois dapplication variable (y compris en France).

  • Recommandations :

    1. Un plus grand soutien aux associations de femmes, notamment les associations locales. Ces associations ont besoin de soutien, y compris de soutiens financiers, pour pouvoir continuer leurs campagnes et acqurir plus de prsence et de visibilit dans les processus de construction de la paix et de rconciliation post-conflit. Les structures actuelles de financement par des donneurs bilatraux et multilatraux pnalisent ou excluent souvent de plus petites organisations, telles que ces associations de femmes. Il est ncessaire de trouver des mcanismes de financement qui peuvent fournir de petites sommes et qui sont accessibles aux groupes de femmes venant de pays affects par des conflits. Les financements doivent aussi tre durables, continus, et non ad hoc. Un niveau constant de financement de base permettra aux organisations de femmes dtre fonctionnelles et prpares saisir les opportunits dimplication et de lancement de projets plus importants quand ces opportunits se prsentent.

    2. Crer des espaces srs et scuriss permettant aux femmes de sorganiser. Les femmes peuvent avoir besoin de soutien pour la garde denfants, de lieux ddis lallaitement et de commodits de toilettes adquates. La notion despaces srs devrait aussi tre entendue au-del des simples caractristiques matrielles, en crant des lieux o les femmes se sentent en scurit pour parler et exprimer leurs besoins et expriences, afin dintervenir activement dans lespace public.

    3. Crer des rseaux de femmes impliques dans la construction de la paix et dans des activits de rconciliation. Les femmes ont beaucoup apprendre les unes des autres en termes de bonnes pratiques, de bonnes stratgies pour accder des positions de pouvoir, etc. La constitution effective de rseaux pourrait aider mieux partager ces bonnes pratiques et renforcerait les initiatives des femmes dans plusieurs pays. Les rseaux rgionaux sont importants dans le soutien au lobbying et au plaidoyer des femmes au niveau national. Ces rseaux ont dornavant besoin dtre soutenus et financs.

    4. Dvelopper des incitations pour que les hommes sengagent dans la promotion de lgalit des genres et des droits des femmes dans la consolidation de la paix et la reconstruction post-conflit. Se concentrer sur les femmes seulement pour faire appliquer la rsolution 1325 ne mnerait qu des solutions partielles. Les hommes doivent tre impliqus et doivent soutenir la participation des femmes. Des soutiens ou modles masculins qui soutiennent publiquement lgalit des genres et les droits de femmes et qui encouragent les autres hommes en faire de mme constituent donc un outil important.

    5. Soutenir les ministres des affaires fminines et du genre dans llaboration et limplmentation de Plans nationaux daction pour la Rsolution 1325. Ces ministres font souvent partie des plus faibles et des moins bien dots des gouvernements, et ncessitent donc un soutien additionnel de lextrieur pour tre capable de dvelopper et de mettre en uvre les Plans nationaux daction pour la Rsolution 1325. Il faudrait galement rappeler que les Plans nationaux daction pour la Rsolution 1325 ne sont pas de la seule responsabilit des ministres des affaires fminines ou du genre, et que

  • cette responsabilit devrait tre accepte par lensemble du gouvernement. Il pourrait tre propos quun groupe de travail gouvernemental ou un comit interministriel soit tabli pour sassurer quun Plan national daction est bien adopt et mis en uvre.

    6. Runir des informations et attirer lattention sur des expriences et pratiques russies pour accrotre limplication des femmes dans la reconstruction post-conflit. Les pays qui ont, avec succs, labor et mis en uvre des Plans nationaux daction pour la mise en uvre de la Rsolution 1325 devraient, par exemple, tre encourags fournir des exemples de bonnes pratiques aux autres pays. Une base de donnes dexemples de bonnes pratiques pourrait tre mise en place comme rfrence pour les dcideurs politiques et les groupes de la socit civile dsirant promouvoir lgalit des genres et les droits des femmes dans les situations post-conflit.

    7. Fournir une ducation adquate aux mdiateurs et ngociateurs. Cela implique une formation pour les femmes comme pour les hommes mdiateurs et ngociateurs.

    - La majorit des mdiateurs dans les processus de paix est gnralement masculine ; ils ne suivent habituellement aucune sorte de formation, mais sont plutt choisis pour leurs positions politiques et exprience antrieures. Il serait utile de fournir ces hommes une formation et des renseignements sur comment intgrer une sensibilit au genre dans les ngociations de paix et les processus de reconstruction post-conflit.

    - Pour les femmes, la question de la formation est plus souvent souleve, car on considre quune des raisons de labsence des femmes dans la consolidation de la paix et les processus de reconstruction est leur manque de connaissances ncessaires et de capacits de ngociation et de mdiation. Il est important de fournir cette formation afin de permettre aux femmes davoir la confiance et les qualits ncessaires pour pouvoir participer activement des processus de mdiation et de ngociation. La formation de mdiatrices ne devraient pas seulement se concentrer sur les questions de genre, mais devraient leur fournir une large palette de capacits ncessaires aux russites dans ce domaine. La formation devrait par exemple fournir aux femmes les qualits ncessaires sengager dans une rforme du secteur de la scurit et interagir avec des forces de scurit diriges par des hommes.

    8. Faire le lien entre la formation et le dveloppement de lexpertise de genre, et lexpertise technique. Quand une expertise et une analyse de genre sont fournies de faon isole, elles tendent se marginaliser. Mais lier cette expertise dautres formes dexpertise technique permettra lexpertise de genre dtre mieux mise en valeur et plus visible.

    9. Collecter et diffuser des donnes de base adquates relatives la mise en uvre de la rsolution 1325, y compris des donnes sur les violences bases sur le genre et la participation des femmes aux processus de consolidation de la paix et de reconstruction. Des donnes de base sont ncessaires pour analyser dans quelle mesure lapplication de rsolutions internationales transforme les processus de rconciliation post-conflit et de reconstruction, et pour identifier les domaines dans lesquels des efforts supplmentaires sont ncessaires pour promouvoir lgalit des genres en situation de post-conflit.