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  • LE M O U V E M E N T DES IDÉES

    Gaston Berger, philosophe, homme d'action. ( 1 )

    Gaston Berger est né le 1 e r octobre 1896 à Saint-Louis du Sénégal où son père était officier de tirailleurs sénégalais. Ce dernier, Etienne Berger, était alors âgé de trente ans ; sa femme, Emilie Rousseau, avait vingt-cinq ans. Etienne Berger était né lui- même d'un sous-officier qui avait épousé une femme du pays, Fatou Diagne. Etienne Berger prit sa retraite à Perpignan. Le divorce de ses parents obligea le jeune Gaston à quitter le lycée au moment d'entrer en classe de première. C'est alors que sa mère et sa tante s'installèrent à Marseille et que, devant les nécessités de la vie, le jeune Berger dut trouver un emploi dans une fabrique d'huile. La guerre arrive. Gaston Berger s'engage le jour de ses dix-huit ans, le 1 e r octobre 1914. Il reste cinq ans sous l'uniforme, fait la campagne d'Orient, revient officier avec la Croix de Guerre. Démobilisé, i l reprend sa place dans l'établissement où i l avait débuté, lequel est devenu une fabrique d'engrais. Son patron reconnaît ses mérites et admire le courage de ce jeune homme qui décide de réentreprendre seul des études difficiles ; i l lui laisse volontiers du temps pour son travail personnel ; un jour viendra où i l lui proposera de devenir son associé dans l'affaire. Entre temps, Gaston Berger se marie et, devenu père de famille (2), accepte l'association. Le voici qui dirige le personnel de la maison, visite la clientèle, court les routes de Provence comme s'il avait trouvé le chemin de sa vie. Or, i l le sait, le chemin de sa vie se trouve à un autre carrefour. Son rêve est d'être professeur de philosophie. Il décide donc de pré- parer les deux baccalauréats. Sur le conseil d'amis, i l va rendre visite au philosophe d'Aix, Maurice Blondel, qui le dirige vers René

    (1) On peut consulter sur la vie et l'œuvre de Gaston Berger : Suzanne Delorme : « In memoriam Gaston Berger », revue de Synthèse, juillet-décembre 1960, le n° 7 de la revue « Prospective 1961 » et le numéro d'octobre-décembre 1961 des Etudes philosophiques : Henri Gouhier : « Notice sur la vie et les travaux de Gaston Berger », lue à l'Académie des Sciences morales, le 12 novembre 1962 ; l'hommage à Gaston Berger, de la Faculté de Dakar (1962) et celui de la Faculté d'Aix (1962) ; enfin, B. Ginesty : « Prospection spirituelle et engagement prospectif. Essai pour une lecture de Gaston Berger » (Editions Ouvrières, 1966). Ouvrages de G. Berger : « Recherches sur la théorie de la connaissance », P.U.F., 1941 ; « Le Cogito chez Husserl », Aubier, 1941 ; « Traité pratique d'analyse du caractère », P.U.F., 1950 ; « Caractère et personnalité », P.U.F., 1954 ; « Phénoménologie du temps et prospective », P.U.F., 1962 ; « L'homme moderne et son éducation », P.U.F., 1963.

    (2) Son fils aîné devait devenir le chorégraphe M. Béjart.

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    Le Senne, alors professeur au Lycée Tbiers de Marseille. Celui-ci constate aussitôt qu'il n'a pas devant lui un élève ; i l ne peut être question de leçons, mais le soir, après le dîner, d'entretiens philo- sophiques. Ainsi devait naître une amitié dont l'Académie des Sciences morales reçut l'émouvant témoignage lorsque, le 30 jan- vier 1956, Gaston Berger lut sa notice sur la vie et les travaux de René Le Senne auquel i l succède : « Nous avons été unis, lui et moi, pendant 25 ans, par les liens de l'amitié la plus profonde et la plus vive... I l a été mon premier maître : i l est toujours mon modèle ». Après le baccalauréat, Gaston Berger va suivre le cours de la vieille Faculté aixoise, rue Gaston-de-Saporta, illustrée naguère par Gas- sendi, et où enseigne un autre maître prestigieux, Maurice Blondel, sur lequel i l pourra écrire : « Quand on a bénéficié longtemps d'une aide aussi complète et d'un enseignement prolongé par la conversation et la confiance, on a quelque scrupule à isoler, pour en parler, tels ou tels points particuliers. Toute expression reste imparfaite, car elle semble limiter ce dont on voudrait, au contraire, montrer l'épanouissement. » Sans être prédominante, i l semble que l'influence du maître d'Aix ait assez profondément marqué sa pensée et resur- gisse surtout dans sa dernière forme : la prospective. Après une licence, rapidement et brillamment acquise, i l présente un diplôme d'Etudes supérieures consacré aux « Rapports entre les conditions de l'intelhgibiHté et le problème de la contingence ». En 1926, avec quelques amis : Rocca, Urtin, l'abbé Bourgarel et le professeur Jacques Paliard, le principal disciple de Maurice Blondel, i l fonde la Société de Philosophie du Sud-Est qu'il dote d'un bulletin : les Etudes philosophiques. Ce bulletin devait devenir un jour la revue française ayant le plus de diffusion. L'horizon philosophique de Berger s'ouvre sur l'Orient comme sur l'Occident. Jacques Paliard, exposant fin 1927 à la Société de Philosophie du Sud-Est, ses idées sur « le refus de l'alternative et le thème de la simulation chez P. Valéry », Gaston Berger inter- vint pour faire un rapprochement entre le poète de l'intellect et les penseurs hindous : « Pour moi, je le rapprocherais plus volontiers — déclare-t-il — des penseurs védiques et des idéalistes hindous... Il réussit à dégager le sujet de l'âme ; sur ce point, par la profondeur de son intuition, par la netteté de ses propositions connues, aussi par la beauté de l'expression, i l rejoint Cankara, les Upanishads et la Bhagavad-Gitâ. » Gaston Berger manifeste ainsi l'ouverture de son esprit en faisant appel à la tradition orientale pour compléter celle de l'Occident ou se confronter avec elle. En tant que philosophe, i l faudra attendre plus de vingt ans pour trouver une attitude semblable, par exemple chez l'Allemand Jaspers.

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    En 1931, i l rencontre, par l'intermédiaire de Mlle Charlotte Chabot, Henri Bergson qui achevait Les deux Sources de la Morale et de la Religion, et était rempli de préoccupations mystiques. Celui-ci aura une double influence sur Gaston Berger : i l lui montrera l'im- portance de la vie mystique et, corrélativement, celle du Temps. Une autre source d'information sera une série de conférences données à Marseille à partir de 1932 par le R.P. Marie-Eugène des Carmes sur la doctrine mystique et, en particulier, celle des grands maîtres du Carmel, sainte Thérèse d'Avila et saint Jean de la Croix. Parmi les familiers de la Société de Philosophie du Sud-Est, on compte Ch. Serrus, professeur de philosophie au Lycée Thiers, qui s'intéresse profondément à l'œuvre de Husserl ; i l prépare une thèse qu'il soutiendra en 1934 sur le « parallélisme logico-grammatical ». Il oriente la pensée de Gaston Berger sur l'œuvre de Husserl, et celui-ci va bientôt, en Allemagne, prendre contact avec le fondateur de la phénoménologie. En 1938, Gaston Berger prend une initiative hardie : i l réunit à Marseille le Premier Congrès des Sociétés de Philosophie de Langue française, qui rassemble 12 sociétés et plus de 200 participants. Il inaugure ainsi une tradition qui continue toujours, le X I I e Congrès ayant eu heu en septembre 1966 à Genève. Pendant la période qui précéda la guerre, Gaston Berger se rend souvent en Allemagne pour visiter Edmond Husserl. Pour arriver à suivre, à Fribourg-en- Brisgau, quelques cours du penseur allemand, i l ne craint pas de se rendre dans cette ville en avion particulier, avec son beau-frère, membre de l'Aéro-Club de Marseille. En effet, i l a inscrit en Sorbonne deux thèses de doctorat, dont la seconde est consacrée à Husserl. Après la mort de celui-ci, i l proposera à Léon Brunschwig de trans- porter en France les manuscrits du philosophe. Léon Brunschwig ne donna aucune suite à l'affaire ; par contre, le Franciscain Van Breda devait récupérer ces papiers pour l'Université belge de Louvain. La guerre survint. Gaston Berger fit courageusement son devoir. Démobilisé, i l présente, le 23 mai 1941, ses thèses devant la Faculté d'Aix. Sa thèse principale est intitulée : « Recherches sur les condi- tions de la connaissance. Essai d'une théorétique pure ». La thèse secondaire est consacrée an « Cogito chez Husserl. » Voici comment un de ses étudiants, Pierre-André Guastalla, rap- porte l'événement : « A la Faculté des Lettres, cet après-midi, thèses de Berger : Théorie de la connaissance et Cogito de Husserl ; de 1 h 30 à 6 heures avec, comme jury : Segond, Lachiez-Rey, Paliard, Maurice Blondel ; Brunschwig, assis à côté d'eux, ne fai- sait pas partie du jury, parce que Juif. Maurice Blondel, 82 ans 1 /2, à moitié sourd, à moitié aveugle, voix chevrotante, chantante, parle les yeux fermés. Acuité de pensée de Segond qui ne bouge

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    pas pendant toute la séance. Pas un mot, pas un geste ; l'on sent son esprit posé sur Berger. La parole, pour lui, n'est qu'un inter- médiaire de pensée à pensée : i l pense merveilleusement ». L'auteur omet la présence de Jean Wahl, et surtout i l ne parle pas de la vir- tuosité de Gaston Berger qui répond avec la plus grande aisance aux questions des examinateurs. Vers 19 heures, le jury déclare le candidat admis avec mention très honorable et félicitations. La thèse principale est consacrée à la théorétique qui est une disci- pline cherchant essentiellement à comprendre la connaissance au moyen de l'analyse intentionnelle. Son point de départ est la cor- rélation du Je et du monde. La tâche de cette discipline va donc être de dévoiler ses exige