Francis Bacon, le ring de la douleur  · PDF filed cid ment, tous les Francis Bacon de...

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  • Pierre Charras

    FRANCIS BACON,LE RING DE LA DOULEUR

    le dilettante

    Extrait de la publication

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  • Francis Bacon,

    le ring de la douleur

    Extrait de la publication

  • DU MME AUTEUR

    ROMANS

    Deux ou trois rendez-vous, Slatkine, .

    Chez Louise, Mercure de France, .

    On tait heureux, les dimanches,

    Mercure de France, .

    Mmoires dun ange, Mercure de France, .

    Marthe jusquau soir,

    Mercure de France, ; Folio, .

    Monsieur Henri, Mercure de France, .

    Juste avant la nuit,

    Mercure de France, ; Folio, .

    La Crise de foi(e), Arla, .

    Comdien, Mercure de France, ; Folio, .

    Dix-neuf secondes, Mercure de France, .

    THTRE

    Dimanche prochain, LAvant-Scne, n, .

    Rameau le fou, daprs Diderot,Sguier/Archimbaud, .

    Figure, LAvant-Scne, n, .

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  • Extrait de la publication

  • Pierre Charras

    Francis Bacon,

    le ring de la douleur

    l e d i l e t t a n t e-, rue du Champ-de-lAlouette

    Paris e

  • Remerciements Michel Archimbaud

    le dilettante, .ISBN ---

    Couverture : photo Francis Giacobetti

    Photogravure : Dawant-Fossard

    978-2-84263-230-4

    Extrait de la publication

  • Pour tous les Francis,

    pour une seule Annick

    et pour sa fille, unique.

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  • Le ring de la douleur reprsente un lieu derverie, dimagination, de fiction. Mais Francis,

    le visiteur candide qui y pntre, porte sur les

    paules quelques-uns de nos souvenirs. De ceux,

    bien rels, qui ne nous quitteront plus.

    Ctait il y a plus de trente ans, un moment de

    lautomne . Nous venions de rompre avec les

    destins que dautres avaient tracs pour nous.

    Nous naviguions vers des terres inconnues dont

    les contours ne nous apparaissaient pas trs clai-

    rement mais que nous rangions tout de mme

    dans la catgorie des eldorados. Cest assez dire

    quel point nous sommes amers, aujourdhui.

    Mais alors, nous tions plutt fiers davoir si bien

    russi faire quelques pas de ct, quitter la

    route, nous tourner vers ailleurs. Une grande

    Extrait de la publication

  • curiosit nous tirait par la main. Nous avions

    faim. Concocter des menus, des programmes,

    nous semblait trop fastidieux, nous prfrions

    faire confiance au hasard, la rumeur. Ne suffi-

    sait-il pas de tout lire, de tout voir, de tout

    couter? Je dirai que nous tions jeunes.

    Aussi est-ce avec une certaine insouciance que

    nous avons gravi les marches du Grand Palais.

    Le peintre dont tout le monde parlait avait une

    rputation sulfureuse et le nom dun vieux philo-

    sophe qui, en croire quelques rudits, aurait

    crit les pices de Shakespeare. Nous allions bien

    voir.

    Nous avons vu. La dcharge que nous avons

    reue nen finit pas de nous secouer, plus dun

    quart de sicle aprs.

    Contrairement ce que les gens pensent, une

    vie dhomme moyenne est plutt longue, me

    semble-t-il. Si on la juge trop courte, cest quil

    ne sy passe dordinaire pas grand-chose. Il y a

    beaucoup de dchets. Pas mal de chutes. Cest

    pourquoi, lheure des bilans, aprs montage,

    la plupart dentre nous meurent au bout de

    mdiocres courts-mtrages. Certains, pourtant,

    ont la chance de rencontrer des vnements.

    en fut un.

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  • Francis, le personnage du texte qui va suivre,

    a lui aussi la chance que nous avons eue

    lpoque. Cest un homme daujourdhui. Il

    entre Beaubourg comme nous pntrions dans

    le Grand Palais. Les illusions en moins, peut-

    tre. Il nest plus jeune. Il a, comme moi, les

    jambes un peu lourdes. Le cur aussi. Mais

    devant la peinture, il est vierge comme je ltais,

    et comme, dune certaine manire, je le suis

    encore. On ne stonnera pas, dans ces condi-

    tions, que ses ractions en face des grandes

    uvres vitres de Bacon ressemblent sur plus

    dun point aux miennes. La vase qui remonte

    en lui rappelle parfois, un degr qui me gne,

    celle qui clapote en moi. Ailleurs, elle est tota-

    lement imagine et je nprouve plus que le

    malaise du mensonge. Bref, nous sommes ici

    dans le domaine du roman, de la fiction admi-

    rative. Dans un lieu o lauteur sinvente les

    frres que la vie ne lui a pas donns, ou quelle

    lui a repris. Une telle fraternit est plus que

    ncessaire au pied des toiles vertigineuses que

    nous sommes venus regarder.

    Dans cette lente radiographie de la stupeur, la

    mmoire du visiteur est rendue de faon dis-

    continue, en tableaux successifs de diffrents

  • formats, de tonalits varies, mais qui offrent

    une unit de manire, pour ne pas saventurer

    parler de style. Il nchappera personne que le

    sujet observ est la plupart du temps la figure.

    On pourrait dire quil sagit dune collection

    dimages traitant de la douleur, parfois organises

    en triptyques et comportant un grand nombre de

    portraits qui sont souvent ceux de lauteur.

    Ah! oui, on a compris : cest une quiva-

    lence! Cest, en phrases, ce que montrent les

    toiles de Bacon!

    Pas du tout, bien sr. On ne trouvera ici que

    de la poussire. Latelier de Bacon est clbre.

    Cest un chaos. Lunivers tel quon peut se le

    reprsenter avant la cration. Et, en vrit, il ne

    sagit pas dautre chose. On y voit des tas, des

    piles, des dtritus, des chiffons, des documents

    pingls, dautres au sol, pitins, martyriss. De

    la poussire. Cest ce dont nous parlions. Toutes

    ces pages de journaux, de livres, de revues,

    Bacon les prenait parfois quelques instants dans

    ses mains avant de peindre. Il lui arrivait aussi

    de saisir la poussire elle-mme, de la mler sa

    peinture avant de jeter le tout, poignes, sur la

    toile o il crerait un ordre fascinant. Ce que je

    propose ici, loin du tableau, cest cette matire

  • premire : quelques cris, quelques visages, dont

    certains voudraient sourire, quelques douleurs

    semblables celles que Bacon a ramasses pour

    sen servir.

    L, immobile sur le ring de la douleur, Francis

    ressent sans pouvoir exprimer. Mais, en mme

    temps, ce quil voit figur dans les tableaux le

    dcharge dun peu de son poids de malheur. Cest

    la compassion de la beaut. Sans gurir tout

    fait, bien sr, il va mieux. Le tableau devient un

    miroir et Francis peut, quelques secondes, ima-

    giner que cest son reflet qui souffre et quil devrait

    laimer.

    Comme moi, il y a trente ans, Francis regarde.

    Il a devant les yeux toute la souffrance humaine,

    toile dinfimes moments de joie. Comme si,

    dcidment, tous les Francis Bacon de toutes les

    poques avaient les qualits requises pour crire

    les pices de Shakespeare. Et, ici comme l, la

    reprsentation exacte de la douleur, de lhomme

    seul enferm dans son corps, produit de la beaut.

    Et la terreur qui nous prend nous enthousiasme.

    Pourquoi?

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  • regarder, regarder, jusqu ce

    que la peinture nous regarde.

    William Burroughs

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  • Francis est debout, sonn comme unboxeur qui entend, sans comprendre, lar-bitre grener des chiffres et qui voit, abmdans une fivreuse indiffrence toute gon-fle de sang chaud, la dfaite lanantir,voluptueux dsastre.

    La peinture, en ralit, il ne sy est jamaisintress. Les muses, pour lui, ctait jus-quici des dcors, des fonds, des lieux pitto-resques, dserts et silencieux, o les espionsinternationaux se donnent rendez-vous pourchanger des microfilms.

    Et pourtant, il avait bien lintention, depuisdes annes, de venir faire un tour dans cetteimmense centrale lectrique multicolore quiavait fait tant scandale lors de sa construc-

  • tion. Mais pas parce quil sagissait dunmuse, non. Plutt cause du scandale,justement. Ce quil attendait, ctait uneoccasion, un dtail. Une sollicitation quile dciderait descendre lesplanade au lieude passer son chemin le long des boutiques,des cafs. Et aujourdhui, il y a eu ce dclic :un prnom. Le peintre affich sur le grandcalicot de faade, droite, sappelait Francis,comme lui. Francis Bacon. Un artiste mon-dialement connu mais dont le nom ne luisuggrait rien de prcis.

    La belle saison favorise le got de ladcouverte. Il nen fallait pas plus. Ou sipeu : quelques heures vides devant soi, unepossibilit de rendre quelquun responsablede son ennui, et aussi le dsir de surmonterses rpulsions, de sagglutiner aux autres, deprendre une place dans la file dattente, dese tendre un peu vers un but, de tester lam-pleur de sa patience.

    Jusquaux caisses vitres, ctait comme aucinma. Le mme pitinement. Les chos desmmes conversations navrantes. La sueursur la nuque de lhomme, devant, la basedes cheveux. Plus tard, Francis sest retrouv

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