Fleuves mystérieux de Cassis, l’or bleu sous nos · PDF file Septembre 2013 et...

Click here to load reader

  • date post

    02-Mar-2021
  • Category

    Documents

  • view

    0
  • download

    0

Embed Size (px)

Transcript of Fleuves mystérieux de Cassis, l’or bleu sous nos · PDF file Septembre 2013 et...

  • http://www.laprovence.com/article/ecoplanete/4688427/fleuves-mysterieux-de-cassis-lor-bleu-sous- nos-pieds.html

    Mercredi 01/11/2017

    Fleuves mystérieux de Cassis, l’or bleu sous nos pieds ? Connus depuis l’Antiquité, deux cours d’eau souterrains, Port-Miou et le Bestouan, formant une fabuleuse réserve d’eau douce, serpentent sous le sol de la Sainte-Baume à Cassis

    "C’est un diamant sous nos pieds", affirme Danièle Milon. Mais aussi un serpent de mer qui, depuis plus de cinquante ans, alimente passions et avis contraires. Deux fleuves souterrains, qui prennent leur source à la Sainte-Baume et se déploient à travers un réseau karstique - composé de galeries plus ou moins profondes de différentes dimensions - jusqu’à se jeter dans la mer, à Port-Miou et au Bestouan. Nul ne sait encore si les deux sont connectées. Mais ce qui est certain, c’est que sur l’affluent de Port-Miou seul, on constate un débit de 3 à 50m³/seconde en moyenne, en fonction de la pluie. "Port-Miou draine toute l’eau de la Basse-Provence calcaire, explique Bruno Arfib, hydrogéologie de l’université d’Aix-Marseille, Le bassin versant représente environ 400 km², c’est exceptionnel." Sur la planète bleue, seule 2,8 % de l’eau est douce, et environ 30 % de cette réserve se cache sous terre. Le scientifique l’affirme, le réseau représente la 5e source de France. Et pourrait aisément alimenter l’agglomération marseillaise, qui puise actuellement dans l’eau du Verdon et celle de la Durance via les canaux de Provence et de Marseille. Mais il y a un grain de sable dans l’engrenage. Ou plutôt, de sel. Car si l’eau qui part de la Sainte-Baume est douce, au fil de ses pérégrinations dans le sol, elle en ressort mêlée à l’eau de mer. Et personne, jusque-là, n’a encore réussi à trouver le point de

    Objet de l’attention de chercheurs passionnés, l'eau des fleuves de Port-Miou et du Bestouan pourrait même être captée dans l’avenir. Même si pour l’heure, le mystère reste entier. Photo Florian Launette

    http://www.laprovence.com/article/ecoplanete/4688427/fleuves-mysterieux-de-cassis-lor-bleu-sous-nos-pieds.html http://www.laprovence.com/article/ecoplanete/4688427/fleuves-mysterieux-de-cassis-lor-bleu-sous-nos-pieds.html

  • contamination dans le dédale du réseau karstique, dont peu de galeries sont accessibles à l’être humain, ou au ROV (petit robot piloté à distance). Dans les années 70, pourtant, avant que le canal de Provence ne vienne remédier aux sécheresses, la Société des eaux de Marseille (Sem) a installé successivement deux barrages souterrains à Port-Miou, pour tenter de dessaliniser.

    "L’objectif, c’était de séparer eau douce et salée en mettant en pression l’eau contre le karst. L’objectif n’a pas été atteint, même si on est tombés de 30g/litre (teneur de l’eau de mer) à 7 et même 3g/l à la fin.", précise Gérard Acquaviva, président de l’association Cassis, les rivières mystérieuses, qui a fait des deux fleuves souterrains son cheval de bataille. En 1979, la construction du canal de Provence semble tout régler. Dès lors, tenter de prélever dans les rivières souterraines semble un luxe superflu. Les installations sont mises en sommeil. Mais loin de s’arrêter, la recherche continue. Car un groupe de passionnés, convaincu de pouvoir percer le mystère reprend le flambeau. Avec le soutien de la mairie, ils créent l’association "Cassis, les rivières mystérieuses" en 2006. Aujourd’hui encore, ils explorent, à la recherche de l’or bleu, qui pourrait - à condition de trouver le point d’eau douce - étancher la soif de la région marseillaise.

    Les dates clés

    Depuis l’antiquité : le gisement aquifère est connu 1964 à 1980 : travaux du Syndicat de recherche de Port-Miou (SRPM) 1972, puis 1977 : construction de 2 barrages 1979 : la SEM met les installations en sommeil 1989 : Francis Le Guen relance les explorations 2006 : naissance avec l’appui de la municipalité de l’association Cassis, la rivière mystèrieuse Septembre 2013 et octobre 2014 : campagnes dans le gouffre Mussuguet 3 pour trouver un accès Novembre 2017 : reprise des recherches Plus d’informations sur le site www.karsteau.fr

    Partis de la Sainte-Baume, les fleuves, dont nul ne sait s’ils sont connectés, se jettent dans la mer au Bestouan et à Port-Miou.

    http://www.karsteau.fr/

  • Plongeurs des profondeurs, les nouveaux explorateurs Ils ont repris le flambeau. Et le portent - à dos d’homme - aussi profond dans les galeries des fleuves souterrains qu’il est humainement possible. Les spéléonautes, croisement hybride entre le plongeur et le spéléologue travaillent depuis le désengagement de la Société des eaux de Marseille (voir page de gauche) en 1979, main dans la main, avec les scientifiques pour percer le mystère des fleuves et trouver l’eau douce. Certains d’entre eux, comme Louis Potier, sont d’ailleurs d’anciens ingénieurs de ladite Sem.

    "La plongée spéléo, c’est un voyage quand la plongée classique est une simple excursion, explique Francis Le Guen, On part des dizaines d’heures, avec beaucoup de matériel pour avoir les moyens de revenir. On fabrique même son propre soleil. Il y a un côté solitaire aussi. Lorsqu’on est le plongeur "en pointe", on est le dernier maillon de la chaîne, d’une chaîne qui se commence à plusieurs et s’achève seul.".

    "Être le premier homme à passer quelque part"

    Lorsqu’ils mettent leurs compétences au service des chercheurs, les spéléonaute déposent des colorants dans l’eau pour déterminer le chemin qu’elle suit, posent des sondes, retournent les chercher, prennent des clichés, récupèrent des captations des roches, des espèces, effectuent des relevés topographiques… Même si, avoue Marc Douchet, l’un des poids lourds également de l’aventure, "au-delà de l’alibi scientifique, il y a l’attrait d’être le premier homme à passer quelque part". Chaque record de profondeur réalisé est dûment homologué - l’actuel est détenu par Xavier Meniscus, à -233m, depuis l’hiver 2016 - chaque nouvelle galerie découverte, répertoriée.

    Francis Le Guen, pionnier de la discipline, a pris le relais de la Sem, qui avait mis de côté les recherches, à la fin des années 1980.

  • Et si chaque descente reste une gageure humaine et technologique, la technologie moderne permet aujourd’hui d’aller beaucoup plus loin et plus facilement qu’il y a dix ou vingt ans. "J’y plonge depuis 1974. raconte Marc Douchet, C’est un peu à cause de ça que je suis venu m’installer à Marseille. À cette époque, on était encore dans une technique de plongée avec des bouteilles classiques, des explorations de type himalayennes, avec des relais pour que le dernier puisse aller au terminus d’exploration."

    De missions en découvertes inattendues

    Et d’évoquer les "scaphandres autonomes" (tenue de plongée comportant jusqu’à 6 ou 8 bouteilles pour tenir plus longtemps) : "On pouvait avoir jusqu’à 180kg sur le dos ! La gestion de l’équilibre était importante. Quand le conduit est étroit, ça devenait difficile, mais surtout quand il y avait du courant c’est problématique. Avec les recycleurs, beaucoup plus aérodynamiques, et les scooters on va beaucoup plus vite."

    Quand à la possibilité de trouver un point d’eau douce afin de capter la ressource, tous les plongeurs de l’extrême ne sont pas convaincus. "C’est une belle idée de creuser et d’aller chercher l’or bleu, mais en géomorphologie ça ne se passe pas comme ça. ", résume Francis Le Guen. Pour autant, rien sinon l’âge ne saurait arrêter ces explorateurs passionnés, qui cherchent autant la source que l’exploit. Et qui, parfois, font avancer la science… sans le vouloir. Comme Marc Douchet, lors de cette plongée à -147m un jour de 1993, qui remonta une petite crevette d’espèce inconnue jusqu’alors !

    Frédéric, le spéléonaute de l’extrême Désormais, la tête de file de cette génération de spéléonautes qui cherche à percer le mystère de Port-Miou, c’est lui. Frédéric Swierczynski, 44 ans, et 25 ans de plongée extrême au compteur.

    Frédéric Swierczynski, au dessus du barrage de Port-Miou, s'apprête à descendre en exploration.

  • Comment en es-tu arrivé à plonger à Cassis ?

    Frédéric Swierczynski : Je travaillais à l’époque avec des hydrogéologues de Sophia Antipolis. Ils avaient des projets en commun avec l’association (Cassis, les rivières mystérieuses, Ndlr), dont je me suis rapproché. Je me souviens de ma première plongée à Port-Miou, qui a été impressionnante.

    Qu’est-ce qui t’a donné envie de collaborer avec des scientifiques ?

    Frédéric Swierczynski : Depuis plusieurs années, je travaille avec les scientifiques. Hormis le fait d’évoluer dans des ambiances incroyables, on a envie de comprendre le phénomène qui se cache derrière tout ça. Les scientifiques, eux utilisent les datas que tu rapportes et t’expliquent les fondamentaux. Ça donne du piment à l’aventure. Il arrive un moment si tu cherches juste le record, ça n’a plus de sens. Ce sont des plongées solitaires, hormis le côté sportif, tu as envie de partager cette vision. Et tu te rends compte que tu deviens un outil scientifique.

    Quelles sont les plongées qui t’ont marqué dans ce réseau ?

    Frédéric Swierczynski : Ma première plongée profonde à plus de 200 m, à Port-Mi