[Fabre Jean-henri] Souvenirs Entomologiques - Livr(BookZZ.org)

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[Fabre Jean-henri] Souvenirs Entomologiques - Livr

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  • Jean-Henri Fabre

    SOUVENIRS ENTOMOLOGIQUES

    Livre I

    tude sur linstinct et les murs des insectes

    (1879)

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  • Table des matires

    CHAPITRE I LE SCARABE SACR ......................................5

    CHAPITRE II LA VOLIRE ..................................................28

    CHAPITRE III LE CERCERIS BUPRESTICIDE...................39

    CHAPITRE IV LE CERCERIS TUBERCUL ........................50

    CHAPITRE V UN SAVANT TUEUR......................................64

    CHAPITRE VI LE SPHEX AILES JAUNES ....................... 75

    CHAPITRE VII LES TROIS COUPS DE POIGNARD ...........86

    CHAPITRE VIII LA LARVE ET LA NYMPHE ......................93

    CHAPITRE IX LES HAUTES THORIES...........................106

    CHAPITRE X LE SPHEX LANGUEDOCIEN......................120

    CHAPITRE XI SCIENCE DE L'INSTINCT.......................... 133

    CHAPITRE XII IGNORANCE DE L'INSTINCT.................. 149

    CHAPITRE XIII UNE ASCENSION AU MONT VENTOUX163

    CHAPITRE XIV LES MIGRANTS..................................... 175

    CHAPITRE XV LES AMMOPHILES................................... 185

    CHAPITRE XVI LES BEMBEX ...........................................198

    CHAPITRE XVII LA CHASSE AUX DIPTRES ..................211

    CHAPITRE XVIII UN PARASITE. LE COCON.................. 220

    CHAPITRE XIX RETOUR AU NID.....................................233

    CHAPITRE XX LES CHALICODOMES ..............................245

  • 3

    CHAPITRE XXI EXPRIENCES.........................................262

    CHAPITRE XXII CHANGE DE NIDS............................... 277

    NOTES ..................................................................................287

    propos de cette dition lectronique.................................292

  • 4

    Pour tous les yeux attentifs, c'est un spec-tacle la fois trange et d'une grandeur singu-lire que celui des insectes industrieux d-ployant dans leurs travaux l'art le plus raffin. L'instinct port ainsi au plus haut degr dont la nature offre des exemples, confond la raison humaine. Le trouble de l'esprit augmente, lors-que intervient l'observation patiente et minu-tieuse de tous les dtails de la vie des tres les mieux dous sous le rapport de l'instinct.

    E. Blanchard.

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    CHAPITRE I

    LE SCARABE SACR

    Les choses se passrent ainsi. Nous tions cinq ou six : moi

    le plus vieux, leur matre, mais encore plus leur compagnon et leur ami ; eux, jeunes gens cur chaleureux, riante imagina-tion, dbordant de cette sve printanire de la vie qui nous rend si expansifs et si dsireux de connatre. Devisant de choses et d'autres, par un sentier bord d'hybles et d'aubpines, o dj la Ctoine dore s'enivrait d'amres senteurs sur les corymbes panouis, on allait voir si le Scarabe sacr avait fait sa premire apparition au plateau sablonneux des Angles1, et roulait sa pi-lule de bouse, image du monde pour la vieille gypte ; on allait s'informer si les eaux vives de la base de la colline n'abritaient point, sous leur tapis de lentilles aquatiques, de jeunes tritons, dont les branchies ressemblent de menus rameaux de corail ; si l'pinoche, l'lgant petit poisson des ruisselets, avait mis sa cravate de noces, azur et pourpre ; si, de son aile aigu, l'hiron-delle, nouvellement arrive, effleurait la prairie, pourchassant les tipules, qui sment leurs ufs en dansant ; si, sur le seuil d'un terrier creus dans le grs, le lzard ocell talait au soleil sa croupe constelle de taches bleues ; si la mouette rieuse, ve-nue de la mer la suite des lgions de poissons qui remontent le Rhne pour frayer dans ses eaux, planait par bandes sur le fleuve en jetant par intervalles son cri pareil l'clat de rire d'un maniaque ; si mais tenons-nous-en l ; pour abrger, disons que, gens simples et nafs, prenant un vif plaisir vivre avec les

    1 Village du Gard, en face d'Avignon.

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    btes, nous allions passer une matine la fte ineffable du r-veil de la vie au printemps.

    Les vnements rpondirent nos esprances. L'pinoche

    avait fait sa toilette ; ses cailles eussent fait plir l'clat de l'ar-gent ; sa gorge tait frotte du plus vif vermillon. l'approche de l'aulastome, grosse sangsue noire mal intentionne, sur le dos, sur les flancs, ses aiguillons brusquement se dressaient, comme pousss par un ressort. Devant cette attitude dtermi-ne, le bandit se laisse honteusement couler parmi les herbages. La gent bate des mollusques, planorbes, physes, limnes, hu-mait l'air la surface des eaux. L'hydrophile et sa hideuse larve, pirates des mares, tantt l'un tantt l'autre en passant tor-daient le cou. Le stupide troupeau ne paraissait pas mme s'en apercevoir. Mais laissons les eaux de la plaine et gravissons la falaise qui nous spare du plateau. L-haut, des moutons ptu-rent, des chevaux s'exercent aux courses prochaines, tous dis-tribuant la manne aux bousiers en liesse.

    Voici l'uvre les coloptres vidangeurs qui est dvolue

    la haute mission d'expurger le sol de ses immondices. On ne se lasserait pas d'admirer la varit d'outils dont ils sont munis, soit pour remuer la matire stercorale, la dpecer, la faonner, soit pour creuser de profondes retraites o ils doivent s'enfer-mer avec leur butin. Cet outillage est comme un muse techno-logique, o tous les instruments de fouille seraient reprsents. Il y a l des pices qui semblent imites de celles de l'industrie humaine ; il y en a d'autres d'un type original, o nous pour-rions nous-mmes prendre modle pour de nouvelles combinai-sons.

    Le Copris espagnol porte sur le front une vigoureuse corne,

    pointue et recourbe en arrire, pareille la longue branche d'un pic. semblable corne, le Copris lunaire adjoint deux for-tes pointes tailles en soc de charrue, issues du thorax ; et entre les deux, une protubrance arte vive faisant office de large

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    racloir. Le Bubas Bubale et le Bubas Bison, tous les deux confi-ns aux bords de la Mditerrane, sont arms sur le front de deux robustes cornes divergentes, entre lesquelles s'avance un soc horizontal fourni par le corselet. Le Minotaure Typhe porte sur le devant du thorax, trois pointes d'araire, parallles et diri-ges en avant, les latrales plus longues, la mdiane plus courte. L'Onthophage taureau a pour outil deux pices longues et cour-bes qui rappellent les cornes d'un taureau ; l'Onthophage four-chu a pour sa part une fourche deux branches, dresses d'aplomb sur sa tte aplatie. Le moins avantag est dou, tantt sur la tte, tantt sur le corselet, de tubercules durs, outils obtus que la patience de l'insecte sait toutefois trs-bien utiliser. Tous sont arms de la pelle, c'est--dire qu'ils ont la tte large, plate et bord tranchant ; tous font usage du rteau, c'est--dire qu'ils recueillent avec leurs pattes antrieures denteles.

    Comme ddommagement sa besogne ordurire, plus d'un

    exhale l'odeur forte du musc, et brille sous le ventre du reflet des mtaux polis. Le Gotrupe hypocrite a par dessous l'clat du cuivre et de l'or ; le Gotrupe stercoraire a le ventre d'un violet amthyste. Mais, en gnral, leur coloration est le noir. C'est aux rgions tropicales qu'appartiennent les bousiers splendide-ment costums, vritables bijoux vivants. Sous les bouses de chameau, la Haute-gypte nous prsenterait tel Scarabe qui rivalise avec le vert clatant de l'meraude ; la Guyane, le Brsil, le Sngal, nous montreraient tels Copris d'un rouge mtallique, aussi riche que celui du cuivre, aussi vif que celui du rubis. Si cet crin de l'ordure nous manque, les bousiers de nos pays ne sont pas moins remarquables par leurs murs.

    Quel empressement autour d'une mme bouse ! Jamais

    aventuriers accourus des quatre coins du monde n'ont mis telle ferveur l'exploitation d'un placer californien. Avant que le so-leil soit devenu trop chaud, ils sont l par centaines, grands et petits, ple-mle, de toute espce, de toute forme, de toute taille, se htant de se tailler une part dans le gteau commun. Il y en a

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    qui travaillent ciel ouvert, et ratissent la surface ; il y en a qui s'ouvrent des galeries dans l'paisseur mme du monceau, la recherche des filons de choix ; d'autres exploitent la couche in-frieure pour enfouir sans dlai leur butin dans le sol sous-jacent ; d'autres, les plus petits, miettent l'cart un lopin boul des grandes fouilles de leurs forts collaborateurs. Quel-ques-uns, les nouveaux venus et les plus affams sans doute, consomment sur place ; mais le plus grand nombre songe se faire un avoir qui lui permette de couler de longs jours dans l'abondance, au fond d'une sre retraite. Une bouse, frache point, ne se trouve pas quand on veut au milieu des plaines st-riles du thym ; telle aubaine est une vraie bndiction du ciel ; les favoriss du sort ont seuls un pareil lot. Aussi les richesses d'aujourd'hui sont-elles prudemment mises en magasin. Le fu-met stercoraire a port l'heureuse nouvelle un kilomtre la ronde, et tous sont accourus s'amasser des provisions. Quelques retardataires arrivent encore, au vol ou pdestrement.

    Quel est celui-ci qui trottine vers le monceau, craignant

    d'arriver trop tard ? Ses longues pattes se meuvent avec une brusque gaucherie, comme pousses par une mcanique que l'insecte aurait dans le ventre ; ses petites antennes rousses panouissent leur ventail, signe d'inquite convoitise. Il arrive, il est arriv, non sans culbuter quelques convives. C'est le Sca-rabe sacr, tout de noir habill, le plus gros et le plus clbre de nos bousiers. Le voil attabl, cte cte avec ses confrres, qui, du plat de leurs