Extrait de la publication - Livres, Ebooks, romans, BD ... · David Foenkinos est n Paris en 1974,...

of 22 /22
Extrait de la publication

Embed Size (px)

Transcript of Extrait de la publication - Livres, Ebooks, romans, BD ... · David Foenkinos est n Paris en 1974,...

  • Extrait de la publication

  • C O L L E C T I O N F O L I O

    Extrait de la publication

  • David Foenkinos

    Le potentielrotique

    de ma femme

    Gallimard

  • ditions Gallimard, 2004.

    Extrait de la publication

  • David Foenkinos est n Paris en 1974, sous le double signe du Scorpion. Le potentiel rotique de ma femme, son troisime roman,a t rcompens par le prix Roger-Nimier 2004. Il a obtenu en 2003 la bourse de la Fondation Hachette.

  • Extrait de la publication

  • Victor

    Extrait de la publication

  • Extrait de la publication

  • Comment tatteindre, onde sensuelle,Toi qui me donnes des ailes...

    M

    En vain la raison me dnonce la dictaturede la sensualit.

    L O U I S A R A G O N

    Extrait de la publication

  • Extrait de la publication

  • Premire partie

    UNE SORTE DE VIE

  • Extrait de la publication

  • I

    Hector avait une tte de hros. On le sentait prt passer lacte, braver tous les dangers de notregrosse humanit, embraser les foules fminines, organiser des vacances en famille, discuter dansles ascenseurs avec des voisins, et, en cas de grandeforme, comprendre un film de David Lynch. Ilserait une sorte de hros de notre temps, avec desmollets ronds. Mais voil quil venait de dcider dese suicider. On avait vu mieux comme hros, merci.Un certain got pour le spectacle lui avait fait opterpour le mtro. Tout le monde saurait sa mort, ceserait comme lavant-premire mdiatique dun filmqui ne marchera pas. Hector chancelait gentimenttout en coutant, par politesse, les recommandationssonores en vue de ne pas acheter son billet la sau-vette ; au cas o il se raterait, ce serait utile de sensouvenir. On ne connaissait rien de lui, alors on les-prait un peu ce ratage, au moins pour savoir sil fautse fier la tte des gens. Cest fou, cette tte de hros.Il commenait voir flou, des pilules ayant pour but

    15

    Extrait de la publication

  • une action soporifique avaient t ingurgites avantlchance. On mourait mieux endormi. Finalement,ce fut une chance puisque Hector nous fit un malaise.Dans son il, on ne voyait rien. Il fut dcouvertgisant dans les couloirs du mtro, plus prs de Ch-telet-Les Halles que de la mort.

    Son corps affal ressemblait un avortement.Deux brancardiers aux ttes de sportif dop (mais lesttes, on sen mfie maintenant) vinrent le dlivrer detous ces yeux de travailleurs ravis de voir pire situa-tion que la leur. Hector ne pensait qu une chose : enratant son suicide, il venait de se condamner vivre.Il fut transfr dans un hpital o lon venait derefaire la peinture ; logiquement, on pouvait lire par-tout peinture frache . Il allait sennuyer quelquesmois dans ce service ddi aux convalescents. Trsvite, son seul plaisir fut un clich : observer linfir-mire en rvant vaguement de lui caresser les seins.Il sendormait sur ce clich, juste avant dadmettre lalaideur de cette infirmire. Il vgtait dans un tat ola disgrce semblait mythique. Ce jugement parais-sait svre ; cette infirmire pouvait tre sensuelleentre deux prises de morphine. Et il y avait ce doc-teur qui passait, de temps autre, comme on passe une soire. Les rencontres excdaient rarement laminute, il fallait avoir lair press pour soigner unerputation (ctait bien la seule chose quil soignait).Cet homme incroyablement bronz lui demandait de tirer la langue pour conclure quil avait une belle

    16

    Extrait de la publication

  • langue. Ctait bon davoir une belle langue, on sesentait bien avec une belle langue, a lui faisait unebelle jambe Hector. Il ne savait pas trop ce quilattendait, ctait un grand dpressif qui gmissait aufond de lentonnoir. On lui proposa de contacter de lafamille ou des amis si monsieur avait la chance denavoir (discrtement, on voqua la possibilit denlouer). Ces options furent conduites par un silencepeu poli, passons. Hector ne voulait voir personne.Plus prcisment, et comme tout malade, il ne vou-lait voir personne le voir tel quil tait. Il avait hontedtre un bout dhomme entre le rien et le moins querien. Il lui arrivait dappeler un ami en lui faisantcroire quil tait ltranger, merveilleux ce GrandCanyon, quelles crevasses ; et il raccrochait, alorsque ctait lui, le Grand Canyon.

    Linfirmire le trouvait sympathique, elle lui avaitmme dit que ctait un homme original. Est-cequon peut coucher avec une femme qui nous trouveoriginal ? Voil une question majeure. A priori, non :disons que les femmes ne couchent jamais, cesttout. Elle sintressa son histoire ; enfin, ce quellesavait de son histoire, ctait son dossier mdical.Cest peu dire quil existait des accroches plus glo-rieuses. Existe-t-elle cette femme qui vous offrirason corps parce quelle aime votre faon de ne jamaismanquer le rappel du DT Polio? Oh, vous mexci-tez, homme prcis des vaccins. Souvent, linfirmirese grattait le menton. Dans ces cas-l, elle se prenait

    17

  • pour le docteur ; il faut dire quil y avait de lespacepour le rle. Elle venait alors tout prs du lit dHec-tor. Elle avait tout de mme une faon rotique depasser et repasser sa main sur le drap blanc, sesdoigts si soigns taient des jambes dans un escalier,ils arpentaient la blancheur.

    On libra Hector au dbut du mois de mars, finale-ment le mois navait aucune importance, rien navaitdailleurs dimportance. La concierge, une femmedont plus personne ne pouvait estimer lge, fit sem-blant de stre inquite de labsence du locataire.Vous savez, cette faon dtre faussement inquiet,cette faon de se rver en 1942, avec une voix si aiguqui, tout prs dune voie, ferait drailler un train.

    Monsieur Balanchiiine, quel plaisir de vousrevoir. Cest que moi, je minquitais...

    Hector ntait pas dupe ; comme il avait t absentplus de six mois, elle essayait de gratter les trennesdu dernier Nol. Ne voulant pas prendre lascenseur,surtout par angoisse de croiser un voisin et de devoirexpliquer sa vie, il se trana dans les escaliers. Sonsouffle fort fut entendu, et on sagglutina aux ils-de-buf. Sur son passage, on ouvrit des portes. Nousntions mme pas dimanche, cet immeuble taitdune puisante oisivet. Et il y avait toujours un voisin alcoolique avec qui on a autant de pointscommuns que deux droites parallles entre elles qui vous forait passer chez lui. Tout a pour sedemander trois fois comment a va , et rpondre

    18

    Extrait de la publication

  • trois fois a va, et toi comment a va? . Insuppor-table familiarit ; quand on sort de convalescence,on aimerait habiter en Suisse. Ou, mieux, tre unefemme dans un harem. Il prtexta une douleur au foiepour pouvoir rentrer chez lui, alors forcment le voi-sin lui demanda : Tas quand mme pas ramen unecirrhose de ton voyage? Hector esquissa un sou-rire et continua son priple. Enfin, il ouvrit la porte,et appuya sur linterrupteur pour que la lumire ft.Rien navait boug, forcment. Il semblait pourtant Hector que plusieurs vies avaient pass ; on respiraitla rincarnation. La poussire avait veill sur le lieu,avant de sennuyer au point de se reproduire.

    La nuit tomba, comme tous les soirs. Il se prparaun caf, histoire de confrer un air de normalit soninsomnie. Assis dans sa cuisine, il coutait les chatstraner dans les gouttires ; il ne savait que faire. Ilpensa tout le courrier quil navait pas reu. Sonregard se posa sur un petit miroir achet dans unebrocante, il se souvenait parfaitement de cette bro-cante, et ce souvenir aussitt leffraya. La fivreprouve le jour de lachat le parcourut nouveau,comme on sent lodeur dune personne en contem-plant sa photo. Il devait surtout ne pas y penser,tout a tait fini ; il tait guri. Plus jamais il niraitdans une brocante acheter un miroir. Il sobserva uninstant. Son visage, aprs ces six mois de convales-cence, lui paraissait diffrent. Le futur, pour la pre-mire fois de sa vie, il limaginait stable ; bien sr,

    19

  • il se trompait. Mais personne ici ne voulait encore le contrarier dans lillusion de cet panouis-sement. Et avant davancer vers ce futur, on pouvaitsattarder sur ce pass moins que parfait.

    I I

    Hector venait de vivre le plus grand moment de sa vie ; alors quil ne sy attendait pas le moins dumonde, il stait retrouv nez nez avec un badge Nixon is the best datant de la campagne lec-torale pour les primaires rpublicaines de 1960. Ilfallait savoir quaprs le scandale du Watergate, lesbadges de campagnes lectorales concernant Nixondemeuraient relativement rares. Son nez glamourremuait dlicatement comme les paupires duneadolescente dont les seins poussent plus vite queprvu. Grce cette dcouverte, il tait en mesure deremporter le concours national du meilleur dtenteurde badge de campagne lectorale. Cest une choseque nous savons peu (cest un rel plaisir de partagernos connaissances), mais il existe des concours decollectionneurs. On saffronte en timbres rares etpices de monnaie dans une ambiance aussi festiveque poussireuse. Hector stait inscrit dans la cat-gorie badges, catgorie tonnamment releve cetteanne-l (la raison tant la recrudescence damateursde Pins qui cassrent, cette poque, lamentable-ment le march ; beaucoup de puristes se rabattirent

    20

  • sur le badge). Il fallait avoir du solide pour espreratteindre les quarts de finale. Hector ne sourcillaitpas, il savait sa supriorit et, dans un coin douilletde sa mmoire, revivait le moment de limmensedcouverte. Il marchait, les mains devant, les mainscomme des antennes, la fivre dans les pas, le collec-tionneur est un malade qui cherche en permanence sagurison. Depuis deux jours, il errait frntiquement,en manque dun badge ; cela faisait six mois quiltait focalis sur les badges, six mois dune passionfolle, six mois o sa vie navait t que badge.

    Il faut toujours se mfier des Sudois qui ne sontpas blonds. Hector tait impassible, le badge Nixonis the best pouvait tre dgain tout instant faceau regard lumire du Sudois ; regard qui faisait pen-ser au taux de suicide en Sude. Si son nom restaitimpossible garder en mmoire, nous noublionspas sa sublime performance de lanne prcdentecar monsieur est champion en titre des collection-neurs de badges de campagnes lectorales. Dans lecivil, le Sudois tait pharmacien dans une pharma-cie en Sude. On disait quil avait hrit de cette pro-fession ; souvent la vie professionnelle des collec-tionneurs ressemble un costume trop grand. Quant leur vie sexuelle, elle est calme comme un cancrependant les vacances scolaires. Collectionner estlune des rares activits qui ne reposent pas sur lasduction. Les objets accumuls sont des rempartsqui ressemblent aux illres des chevaux. Seules les

    21

    Extrait de la publication

  • mouches peuvent voir de prs la tristesse froide quisen dgage. Cette tristesse quon oublie dans leu-phorie dune comptition. Le Sudois, en cet instant,tait en train doublier le mot mme de mdicament.Ses parents qui lavaient lev avec lamour duneseringue pour une veine nexistaient plus. Le publicretenait son souffle, ctait lune des finales les pluspalpitantes quil nous tait donn de vivre. Hectorcroisa le regard du Polonais quil avait limin endemi-finale ; on sentait des boules dans sa gorge,preuve quil navait pas digr sa dfaite. Commentavait-il pu croire un seul instant accder la finaleavec un badge de Lech Wasa? Le Sudois ne selaissait perturber que par son niveau intellectuel,ctait calme. Il frottait de temps autre ses tempes,on sentait trop le petit truc qui cherche dstabiliser,le petit truc minable qui atteindrait notre Hector.Ridicules tentatives, notre Hector tait solide, desannes de collections, il tait sr de son Nixon ; a lui aurait srement fait chaud au cur, Nixon, desavoir quun Hector allait gagner quelque chosegrce lui. Cela ne pserait certes pas grand-chosedans les livres dhistoire, et il tait peu probable quela performance de ce soir empiterait sur la surpuis-sance ngative du Watergate. Pourtant, les choses ne furent pas si simples (se mfier des Sudois qui nesont pas blonds). Le saligaud sortit un badge desBeatles. Le public touffa un rire, mais loin dtredstabilis, le Sudois expliqua quil sagissait dunbadge de campagne lectorale pour tre lu la

    22

    Extrait de la publication

  • Photocomposition CMB GraphicImpression Maury Malesherbes, le 2 aot 2005Dpt lgal : aot 2005Numro dimprimeur :

    ISBN : 2-07-030977-0. / Imprim en France.

    137391

    Extrait de la publication

  • Le potentiel rotique

    de ma femme David Foenkinos

    Cette dition lectronique du livre Le potentiel rotique de ma femme de David Foenkinos

    a t ralise le 24 juin 2011 par les ditions Gallimard.

    Elle repose sur ldition papier du mme ouvrage, (ISBN : 9782070309771).

    Code Sodis : N49598 - ISBN : 9782072446825. Numro ddition : 137391.

    Extrait de la publication

    CouvertureTitreCopyrightDdicaceExerguePremire partie - UNE SORTE DE VIEChapitre IChapitre II

    Achev de numriser