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    Les deux surs, 1915

    Autrefois les peintres taient fous et les acheteurs de tableaux intelligents. Au-jourdhui, les peintres sont intelligents et les acheteurs sont fous.Giorgio de Chirico

    Huile sur toile, 97 x 66 cm Milan, Collection particulire

    Les muses inquitantesGIORGIO DE CHIRICO

    partir de 1912, les paysages inanims des tableaux de Giorgio de Chirico ne sont plus seulement peupls de statues et de monuments, le peintre y introduit des personnages des marionnettes gigantesques dont le caractre anonyme et laspect voquent aussi bien les mannequins de vitrine que les poupes articules dont se servent les peintres pour tayer leurs tudes anatomiques. Impossible didentifier ces figures dnues de bras, parfois dotes de charnires, de clous et de fil de fer, parfois maintenues par des dispositifs ce sou-tien complexes, et qui ne semblent pas non plus gnrer une atmosphre spcifique. On songe aux tres humains mcaniss de oeuvre Dada de Francis Picabia, mais on se souvient aussi de la dconstruction de lhomme entreprise par le Cubisme et laquelle De Chirico sest certainement confront de manire intensive, son contact troit avec Guillaume Apollinaire et Pablo Picasso nen tant cas la moindre raison. Le monde est une scne sur laquelle un thtre de marionnettes joue une pice absurde, dnue de sens - cette ide qui domine ds le dpart les tableaux mtaphysiques de De Chirico, acquiert avec

    lapparition des fragiles poupes articules une importance plus grande encore. Face lorien-tation de plus en plus matrialiste et pragmatique de notre poque... il nest pas erron denvisager lavenir un statut social, dans lequel lhomme qui vit uniquement pour les plai-sirs spirituels, naura plus le droit de revendiquer sa place au soleil. Lcrivain, le penseur, le rveur, le

    pote, le mtaphysicien, lobservateur... celui qui sonde, juge les nigmes, devient une figure anachronique destine disparatre de la surface de la terre comme lichtyosaure et le mammouth. On peut conclure de ces paroles du peintre italien que le monde est vide de sens ; la question de sa signification na plus de rai-son dtre. Ses Muses inquitantes (La muse inquitante) nous clairent sur ce point. Elles apparaissent devant lancienne rsi-dence de la famille dEste, ces grands amateurs dart, Ferrare. Il est rvlateur que ce palais prs duquel De Chirico a vcu durant la Premire Guerre mondiale doive simposer derrire une scne ascendante, ct de btiments industriels, de che-mines dusines et dun silo. La forteresse se dresse, couleur de rouille, sur le ciel turquoise de larrire-plan. Au devant de la scne que barrent des zones dombre nettement dcoupes ap-paraissent deux muses des mannequins vtus lantique , lune debout, sans visage, lautre assise, sans tte. On distingue ct delles divers accessoires, dont un masque rouge et une baguette, les attributs traditionnels de Thalie et Melpomne, les muses de la comdie et de la tragdie. En revanche, Apollon, le guide des muses, apparat larrire-plan dans la pnombre, sous forme de statue sur un socle. Il semble aussi inanim que les muses. O va-t-il les conduire ? Cest la question que lon pourrait se poser face la mlancolie profonde dans laquelle ses compagnes sans visage sont manifestement plonges.

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    Huile sur bois, 35 x 27 cmBle, Kunstmuseum Basel, Emanuel-Hoffmann-Stiftung

    Girafes en flammes

    Je crois que je suis dans ce que je cre un peintre vraiment moyen. Ce que je considre comme gnial cest ma vision, pas ce que je suis en train de raliser.SALVADOR DALI

    SALVADOR DALI

    La Vnus de Milo aux tiroirs, 1936/1964

    Le clbre motif du corps humain dot de tiroirs apparat plu-sieurs fois en 1936 dans loeuvre de Salvador Dali. Lexemple le plus provocant tant celui dune copie de la Vnus de Milo que Dali a pare au niveau du ventre et de la poitrine, du front et du genou, de tiroirs que lon peut tirer laide dun coquet pompon de fourrure. Le symbole de la beaut classique, sans cesse ad-mir et cit dans lart europen du Moyen Age nos jours, nest pas seulement rduit ltat dobjet dans cette statue classique

    manipule, il est fondamentale-ment remis en question. Il sagit moins ici de la problmatique du concept de beaut vhicul par la Vnus de Milo que d la thse avance par les surralistes selon laquelle lidalit, lquilibre et lharmonie du corps humain que reprsente la statue antique est une ide dpasse. La belle faade dissimule linsouponn, le dconcertant, leffrayant. Une ide quillustre limage des tiroirs qui, semble-t-il, donnent accs lintrieur du corps humain.Ce quune telle ide a de trau-matisant nous est rvl par la Girafe en flammes, un tableau peint la mme anne que la Vnus de Milo aux tiroirs. Le blanc classique de la statue sest transform en un bleu onirique intense, la couleur de la nuit, qui ne recouvre pas seulement le ciel mais aussi les deux person-nages fminins qui se dplacent

    lentement, les yeux ferms, comme des somnambules. Ils navancent que pniblement, leurs corps maigres et osseux sont gns par des tiroirs, des excroissances artificielles et des bquilles. Le contra posto quilibr de la Vnus de Milo a cd la place un vacillement, un effort pour trouver lquilibre, car ils sont trs chargs par le contenu nigmatique des tiroirs.Les figures ne restent debout que grce leurs bquilles; aveugles, elles sont la merci de la nuit quil faut, on le pressent. comprendre comme une parabole. Elle reprsente l autre face de ltre humain, les domaines inconscients de son ego, ceux auxquels il na pas accs, quil ne peut contrler rationnellement, mais qui pourtant dterminent son existence.Ltre humain ne sait ni o il va ni ce qui le pousse. Il vit dans un monde qui lui est devenu tranger depuis quil sest loign de la nature. Peut-tre la girafe en flammes symbolise-t-elle lab-surdit de lexistence aux temps modernes. Contrairement lhomme, crit Wieland Schmied dans , la nature est encore ce quelle doit tre chez lanimal. Son essence animale semble indestructible. La girafe qui brle sans autre forme de procs a pass un pacte avec les lments. Sans penses, sans passion mme, elle peut soffrir aux flammes sans prir. Lide de dure vient sajouter au rgne de la nature, aux minraux, aux lments, et lanimal y prend part. Ltre humain, en revanche, est soumis au temps, lge, la prcarit ils ont marqu notre somnambule au visage, aux mains, dans son mouvement.

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    La dure poignardeREN MAGRITTE

    La voix du silence, 1928

    Huile sur toile, 147 x 99 cmChicago, The Art Institute of Chicago, Collection Joseph Winterbotharn

    Le temps de plomb Sil est possible de formuler avec des mots une telle expression et les sentiments qui y sont lis, Ren Magritte a russi le faire dans ce tableau. Sa mise en scne qui semble musale reflte dans chaque dtail la longueur des minutes qui scoulent sur lhorloge pose sur la chemine. La pice vide dont Magritte nous montre un cadrage dune grande prcision, semble caractrise par le fait quil ne sy passe absolument rien et que cet tat de choses va durer ternelle-ment, on le sent. Seul le tic-tac de la pendule entre les deux bougeoirs devant le miroir gris insondable rompt le silence, ceci toutefois avec une monotonie qui ne gnre, elle aussi, que lennui. Quattendons-nous ? Que sest-il pass ici? Que va-t-il se passer?Dans cette atmosphre tendue, nous sommes presque soula-gs de voir une locomotive sortir de la chemine, toute absurde quelle soit. Seul un vnement de cette ampleur, aussi inexo-rable et bruyant, pouvait rompre le silence lourd de pressenti-ments de la pice trangre, hostile. Bizarrement, au-del de ces constations, on a limpression que la locomotive beaucoup trop petite et dont la fume passe au-dessus de ltre, est en accord avec la pice. Sa forme, caractrise par sa prcision technique, montre une certaine parent avec les autres objets et structures de la pice; la pendule noire, la chemine classique, le miroir sobre et les bougeoirs dpouills un fait qui aug-mente encore le caractre nigmatique de la scne.

    Thtre au coeur de la vie, cest ainsi que Magritte intitule un texte rdig en 1928 et qui traite de ce phnomne. Il y dcrit sa peinture comme une scne, sur laquelle les lois naturelles de lespace et du temps sont abroges : Une princesse traverse un mur, des fruits sur une table reprsentent

    des oiseaux, il y a des ombres sans motif, derrire des portes ouvertes il ny a rien .La mme atmosphre surrelle caractrise aussi La voix du silence, peint par Magritte en 1928. Le tableau est divis en deux parties, droite nous voyons une salle de sjour bour-geoise avec canap, tableau, tagre et plante en pot; gauche une obscurit impntrable. Nous jetons un regard dans le vide, dans labme noir des prils imaginaires et des craintes, un vague sentiment de menace et de dsespoir nous treint. Soudain, la pice familire de la partie droite semble ntre plus quune faade qui dissimule lindicible, un masque derrire lequel nous nous cachons craintivement.Comment vivre avec cet lment nigmatique qui peut appa-ratre brusquement dans chaque existence, rompre toute scne si banale soit-elle et dont Magritte fait le thme de son oeuvre? Lartiste, tel que le conoit Magritte, oriente sa conscience en premier lieu sur la vie, pas sur la pense comme le ferait le philosophe, et sur lart comme le fait lartiste qui se contente davoir du succs dans le monde de lart. Rien nest un but en soi pour le peintre surraliste hormis la vie; lart (un moyen de penser) est son produit driv; ses tableaux ne perturbent plus la vie immdiate.

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    Huile sur toile, 125 x 108 cm Londres, Tate Modem

    Llphant de ClbesMAX ERNST

    Au premier mot limpide, 1923

    En 1921, Paul Eluard achte un tableau Max Ernst dont il vient de faire la connaissance et qui il a rendu visite Co-logne. La toile intitule Llphant de Clbes est la premire dune srie doeuvres quEluard achtera son ami avant de lui pa