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  • Etude :

    Jean-Michel Wachsberger

    Mireille razafindrakoto

    franois roubaud

    Film :

    alban biaussat & Michel tabet

    Photos :

    riJasolo

    une production

    de collateral creations

    dans le cadre

    du proJet incipals

    Juillet 2016

    tude sur

    les perceptions

    et attentes citoyennes

    concernant lexercice

    du pouvoir

    Madagascar

  • En marge de ltude, Collateral Creations a imagin et orchestr la production et la ralisation de travaux photo et vido originaux selon une mthodologie danthropologie visuelle, la fois documentaire et artistique :- Zana-bahoaka ! Le no-rebelle malagasy , un film documentaire de 26 minutes ralis par Alban Biaussat et Michel Tabet. Linformation fonde sur une trentaine dinterviews permet daborder la question de la relation des Malgaches au pouvoir tatique et la capacit de contesta-tion de la population.- Un travail photographique de Rijasolo, compos dune srie de plus de 130 images qui tmoignent des reprsentations de lautorit en zone rurale et dressent le portrait de militants urbains dAntananarivo.- Une courte vido, de type bonus qui met en scne lquipe de chercheurs face au film et aux photos, et explique tout lintrt quils trouvent associer ce type de documentation multimdia leur travail denqute et danalyse quantitative.

    Zana-Bahoaka -

    le no-reBelle Malagasy

    un filM dalban biaussat

    & Michel tabet

  • Jai dcid de photographier le monde rural travers ses reprsentants de lautorit. Jai toujours t convaincu que les autorits administratives, sociales, rgaliennes contribuaient normment tenir la population rurale malgache en respect , malgr la misre, linscurit, la corruption, et lindiffrence venant du pouvoir tatique dAntananarivo. Jai rencontr plusieurs personnes tenant des fonctions varies, sans prtendre lexhaustivit. Jai surtout photographi celles qui tenaient, mon sens, une fonction cl dans la socit rurale.

    autorit & contestation

    un travail photographique de riJasolo

  • Madagascar traverse depuis 2009 une crise politique en cours de rsolution depuis lorganisation dlections prsidentielles et lgislatives fin 2013. Bien que la sortie de crise ait t acte, Madagascar demeure un pays minemment fragile, politiquement, comme en tmoignent les tentatives de destitution et les rumeurs de coup dtat, mais aussi conomiquement et sociale-ment. La pauvret affecte plus de 90% de la population, consquence pour partie de la crise qui a affaibli le tissu industriel, affect le tourisme, les changes com-merciaux (dont agricoles) et les investis-sements trangers. Plusieurs analystes ont par ailleurs soulign le paradoxe malgache qui voit lmergence de crises politiques successives et rgulires depuis des dcen-nies chaque priode de croissance et de reprise conomique. Le nouveau rgime issu des lections et reconnu internationa-lement doit encore prouver sa capacit interrompre ce cycle de crises. Il doit aussi dmontrer quil est prt affronter les dfis du dveloppement de la Grande Ile, alors que la sortie de crise na que partiel-lement redonn espoir des populations dsabuses et dconnectes des systmes de gouvernance. Leur implication dans le

    redressement et la stabilisation du pays est ce titre indispensable. Cette tude se donne pour objectif dapporter des lments de connaissance et comprhension des perceptions et at-tentes citoyennes concernant lexercice du pouvoir Madagascar. Une premire par-tie, mene partir dune synthse de tra-vaux existants et de lexploitation de don-nes existantes, centre son attention sur la question de la violence, physique mais galement symbolique, identifie comme lun des principaux nuds gordiens des interactions sociales Madagascar, et tout particulirement des rapports de et au pouvoir. Une deuxime partie prsente les rsultats du module Pouvoir & Citoyens, une enqute spcialement conue et ra-lise fin 2015 pour les besoins de cette tude et portant sur un chantillon de plus de 18 000 personnes, reprsentatif de la population adulte du pays. Nous ne livrons ici quun rsum de cette tude.

    Le projet Initiative Citoyenne pour la Consolidation de la Paix, Leadership et Stabilit (INCIPALS) est financ par lUnion europenne et mis en uvre par un consortium men par le Centre Europen dAppui Electoral (ECES), en partenariat avec le Center for Crea-tive Leadership (CCL), Search for Common Ground (SFCG), et Osservatorio di Pavia.

    INCIPALS a charg Collateral Creations de mettre en uvre une composante du pro-gramme : raliser une tude et une documentation audiovisuelle des perceptions et attentes citoyennes de lexercice du pouvoir Madagascar .

    Pour ce faire, trois chercheurs de lIRD/DIAL et les quipes de lINSTAT ont men une enqute de terrain quantitative au niveau national sur le sujet dtude. Collateral Creations a orchestr leurs travaux avec ceux de ralisateurs, documentaristes et photographes afin de capturer des informations qualitatives complmentaires. Ces productions font plus quillustrer les rsultats de lenqute : elles sen font lcho de manire singulire.

    Le contenu de la prsente publication relve de la seule responsabilit du projet INCIPALS et de Collateral Creations, et ne peut en aucun cas, tre considr comme refltant lavis de lUnion europenne.

    Jean-Michel Wachsberger

    Mireille razafindrakoto

    franois roubaud

    tude sur

    les perceptions

    et attentes citoyennes

    concernant lexercice

    du pouvoir

    Madagascar

  • les Malgaches et le rapport

    la violence

    violence et inscurit : un tat des lieux

    La vioLence

    aujourdhuiLa vioLence

    dans Lhistoire

    La question de la violence soulve un double paradoxe. Madagascar se caractrise par une instabilit politique non seulement chronique si on se rfre la multiplicit des crises depuis lindpendance mais encore grandissante si on prend en compte leurs frquences. Pourtant, les crises politiques et les changements la tte de ltat quelles entranent se sont drouls jusqu prsent avec un recours la violence physique trs limit. Par ail-leurs, ces qualificatifs de pacifique et paisible attribus souvent lle concident avec un climat de peur, de mfiance interpersonnelle et des inquitudes fortes en matire de scurit. Cest lexplication de ce double paradoxe que sattache cette partie.

    partie des pays africains, la perception du risque et la peur de lagression sont bien plus importantes. Parmi lensemble des pays africains interrogs lors des enqutes Afrobaro-mtre, Madagascar est celui o la peur dtre agress chez soi et/ou dans le quartier est la plus forte.

    Les mmes enqutes rvlent toutefois chez les Malgaches un fort sentiment dinscurit. Alors mme que le pourcentage de victimes dagressions ou de vol est - en dpit de son augmentation certaine dans ces dernires annes - plutt plus faible que dans la majeure

    Contrairement ce qui peut sobserver dans bien dautres pays du continent africain, les conflits politiques se sont traduits par un nombre relativement faible datteintes corpo-relles, quil sagisse de privation de libert, de blessures ou de dcs, et nont t prcds, accompagns et/ou suivis que par un durcissement politique limit.

    De manire gnrale, lle se caractrise par ailleurs par un faible niveau de violence sociale, attest tant par les indicateurs synthtiques produits par les institutions internationales que par les enqutes Afrobaromtre.

    Lide dun faible niveau de violence politique Madagascar demande tre clairement tablie en passant en revue lhistoire de Madagascar et en tenant compte des diffrentes formes possibles de violence, physique, symbolique, conomique. Avant lindpendance, la construction de ltat merina avait su combiner la coercition et une violence symbolique masque sous forme dun ordre hirarchique tabli hrit du divin. La colonisation ne modifia pas substantiellement cette organisation politique mais perdit en lgitimit do dcoulent linsurrection de 1947 et sa rpression violente. Aprs lindpendance, les actes de violence politique sont limits. Ils manent plus frquemment dun pouvoir accul que de ses contestataires. Depuis 1960, aucune organisation ne semble avoir eu de vritable pouvoir de mobilisation de la violence. Les accs ruptifs de violence dbordent toujours les forces politiques qui veulent les rcuprer mais ne les contrlent pas. Dans un contexte de dsorganisation importante de ltat, on voit cependant apparatre depuis 2010 une violence criminelle plus organise qui nest pas sans rapport avec le politique du fait de la perte progressive de souverainet de ltat sur son territoire et de ses liens supposs avec la classe politique locale, rgionale et nationale . Si on exclut la priode rcente, tout se passe donc comme si la violence physique ntait pas ou ne pouvait pas tre une ressource stratgique lgitime dans le jeu politique malgache. Cest souvent lusage mme de la violence par le pouvoir en place qui prcipite son remplacement et les changements de rgime, mme lors des crises, se font toujours de faon trs peu violente.

    Graphique 1 : volution des violences politiques de 1996 2014

    Graphique 3 : Sentiment dinscurit

    Graphique 2 : Expriences vcues en matire dinscurit

    Source : reprsentation des auteurs partir de : BAfD, OCDE, PNUD, Perspectives conomiques en Afrique 2015, Paris, Editions OCDEN.B. : Le premier graphique repr-sente un indicateur calcul partir du nombre de morts et de blesss lors de troubles et violences collectives. Le deuxime est un indicateur synthtique rendant compte de la dclaration dtat durgence, des arrestations et incarcrations politiques, des moyens supplmentaires pour la police et du durcissement du climat politique (expulsion, limogeage, couvre-feu, dissolution de partis)

    Sources : Enqutes Afrobaromtre, Coef Ressources/Dial, Madagascar, 2008, 2013,2014, calcul des auteurs.No