Etude du jaguar par capture/recapture en Guyane: Bilan sur ...· Brésil 2,7 caatinga 12 Brésil 2,2

download Etude du jaguar par capture/recapture en Guyane: Bilan sur ...· Brésil 2,7 caatinga 12 Brésil 2,2

of 14

  • date post

    29-Nov-2018
  • Category

    Documents

  • view

    215
  • download

    0

Embed Size (px)

Transcript of Etude du jaguar par capture/recapture en Guyane: Bilan sur ...· Brésil 2,7 caatinga 12 Brésil 2,2

  • Etude du jaguar par capture/recapture

    en Guyane:

    Bilan sur 3 sites

    Association Kwata

    Janvier 2010

  • Le jaguar est le plus grand flin sud amricain, considr par la Liste Rouge de l'Union

    Mondiale pour la Nature comme "quasi-menac" [1]. Son aire de distribution a t rduite de

    plus de 50% au cours du sicle dernier [2], mais l'espce reste prsente du Nouveau Mexique,

    et Arizona aux USA, jusqu'au nord de l'Argentine. Les probabilits de survie de toutes les

    populations ne sont pas cependant optimistes partout, et plusieurs populations sont en danger

    critique [3]. La rgion de lAmapa et des Guyanes est toutefois considre comme de priorit

    maximale pour la conservation de lespce, du fait de la taille de la population et du bon tat

    des habitats [3]. Mais paradoxalement le jaguar n'avait jamais t tudi dans cette rgion.

    Les grands prdateurs comme les jaguars ont des rles cologiques majeurs dans les

    cosystmes [4]: ils rgulent les populations d'espces herbivores, limitant leurs impacts sur la

    vgtation, et permettant ainsi le maintien d'une diversit forte dans les cosystmes. Dans les

    zones sans grands prdateurs, la biodiversit diminue, et certains mammifres ont tendance

    pulluler, drglant les quilibres biologiques [5,6].

    Les jaguars sont sensibles non pas uniquement des pressions directes et la dgradation des

    habitats, mais sont aussi trs fortement dpendants du bon tat de sant des populations

    d'espces qui constituent leurs proies, et donc de grands territoires [7].

    En Guyane, le jaguar a une distribution large

    (Figure 1), et est prsent dans les forts

    primaires, secondaires, les savanes, les

    mangroves, et aussi proximit des

    installations humaines. Bien que les

    interactions avec le btail sont rgulires,

    lespce bnficie en Guyane dun certain

    respect. Quelques rares cas de braconnage sont

    rapports, mais ne mettent sans doute pas en

    pril le statut de la population.

    Figure 1. Observations rcentes (postrieures 2002) de jaguars en Guyane. Kwata

  • En revanche, la surchasse de nombreuses espces, qui sont aussi des proies potentielles du

    jaguar (pcaris, cervids), pourrait avoir un impact sur la survie long terme des populations

    de grands flines. Enfin, la fraction d'habitats sous protection rglementaire forte reste faible.

    En 2007, une tude pilote a t initie avec la Wildlife Conservation Society, afin d'tudier la

    faisabilit de l'utilisation des piges photos pour tudier les jaguars en Guyane, et ainsi plus

    largement terme dans la rgion du plateau des Guyanes. Cette tude a depuis t tendue

    d'autres sites, dans le cadre du programme SPECIES, bnficiant de fonds europens et du

    Ministre de la Recherche. Elle a pour objectif de faire une premire valuation des

    consquences des perturbations des habitats sur les densits des jaguars, avec la mise en place

    d'un travail d'inventaire sur un gradient de perturbation: front de zones usage agricole, forts

    exploites, fort primaire.

    Pour cela, une fois que les observations pralables indiquent que l'espce est encore prsente,

    l'un des premiers indicateurs biologiques est la densit de l'espce, sur une zone donne, un

    temps donn. L'estimation de la densit (nombre d'individus prsents sur une surface donne)

    est un pr-requis indispensable la connaissance du statut de l'espce. Les comptages par

    observations directes ne sont pas envisageables du fait des trs faibles nombres de contacts

    lors des inventaires servant inventorier d'autres espces. Le principe retenu est celui de la

    capture/recapture, mis en place pour l'tude des flins depuis quelques annes en Amrique du

    sud et Amrique centrale [8,9,10,11].

  • Principe gnral

    Figure 2. Appareil dclenchement automatique

    Des appareils photos dclenchement

    automatique permettent, 24h sur 24,

    d'enregistrer tous les animaux frquentant la

    zone. Le calcul de la densit se fait ensuite en

    4 tapes:

    - identification des individus prsents

    - estimation de la population totale par

    extraopolation

    - estimation de la taille de la zone d'tude

    - dduction de la densit

    Mise en place & disposition des piges

    Sur chaque site, une session de trois mois a t mise en place, avec une vingtaine de stations,

    comprenant chacune deux appareils photos. Ces appareils sont placs de part et d'autre de

    zones de passage prsumes: proximit d'un point d'eau, zone ouverte (ancienne piste

    forestire) (figures 3). L'effort total s'exprime par le nombre de station multipli par le nombre

    de jours (stations/jours).

    Figure 3. zones de pose de piges photos.

    Les distances entre les stations sont de 2 3 km (figure 4), comme dans les autres tudes [8-

    11]. Le principe des captures/recaptures est qu'aucun animal n'a une probabilit nulle d'tre

    observ. Les plus petits territoires de jaguars rapports dans les tudes pralables sont de

  • l'ordre de 10 20 km, selon les habitats: avec un espacement de 2 3 km, toutes les aires de

    cette taille sont couvertes par au moins une station.

    Figure 4. Emplacement des stations sur la Montagne de Kaw. En jaune: la route dpartementale

    Calculs des densits

    1. L'identification des animaux se fait grce aux tches, qui prsentent une disposition propre

    chaque individu. Les deux photos suivantes montrent par exemple le mme individu :

    Figure 5. Deux photos d'un mme individu.

  • 2. Une fois que le nombre dindividus est dtermin, les modles statistiques de captures /

    recaptures permettent de calculer la taille de la population. L'tude de la rpartition au cours

    de la dure de l'tude des observations des diffrents individus identifis l'tape 1 permet de

    calculer une population thorique, qui comprend les animaux effectivement observs,

    auxquels se rajoutent des individus "thoriques", calculs afin de respecter des probabilits

    quivalentes d'observation de chaque animal.

    3. Taille de la zone d'tude:

    Pour les animaux qui ont t observs sur deux stations diffrentes, la moyenne de distance

    maximale effectue par chaque animal est calcule (figure 6).

    Figure 6. Dplacements entre stations diffrentes effectus par les animaux 1, 2, et 3. Les plus longues

    distances parcourues par chacun de ces trois individus servent calculer la moyenne de la distance maximale.

    Puis, est calcule autour de chaque station une surface dite "efficace", en appliquant un rayon

    gale la moiti de la moyenne des distances maximales parcourues (figure 7). La somme de

    ces surfaces reprsente la surface totale efficace (figure 8).

  • Figure 7. Surface efficace autour de chaque station

    Figure 8. Surface efficace de l'tude = somme des surfaces efficaces, hors zones de chevauchement

    4. La densit est alors le nombre total d'individus (population thorique calcule au point 2)

    divis par la surface calcule au point 3.

  • Sites d'tude

    La premire session d'tude a t mise en

    place sur la commune d'Iracoubo, sur les

    fors amnages de Counami, Pataga et

    crique deux Flots. Cette zone est soumise

    une exploitation forestire depuis une

    dizaine d'annes, avec une pression de

    chasse diffuse associe (figure 9)

    Figure 9. Sites d'tude. De l'est vers l'ouest:

    Montagne de Kaw, Counami, Montagne de Fer

    La deuxime session a t mise en place plus l'ouest, sur la fort domaniale de Montagne de

    Fer. Cette zone a t plus intensment exploite. Le troisime site de d'tude a t la

    Montagne de Kaw, avec des piges photos installs sur tout le versant sud, de la zone de crte

    la rivire Counana. Des stations ont t poses dans des zones soumises l'exploitation

    forestire, dans la concession de Cambior, et en fort primaire intacte. Globalement, cette

    zone d'tude est la moins perturbe de trois.

    L'effort d'inventaire a t comparable sur les trois sites, avec 19 stations (38 appareils photos)

    et 3 mois de suivi sur Counami et Montagne de Fer (1710 stations/nuits), et 17 stations (du

    fait du vol de matriel sur le terrain, au dbut de l'tude) et 3 mois sur la Montagne de Kaw

    (1530 stations/nuits).

  • Rsultats

    Sur les 3 sites, les densits calcules sont de 2,9 individus / 100 km sur la Montagne de Kaw,

    3,3 Counami, et 4,9 Montagne de Fer.

    nombre de photos* animaux observs animaux calculs densits

    Counami 17 6 8 3,3 ind. / 100 km

    Montagne de Fer 27 9 10 4,9 ind. / 100 km

    Montagne de Kaw 22 6 8 2,9 ind. / 100 km

    * les clichs gauche et droite d'un mme animal, une mme station, une mme heure, sont

    compts ensemble.

  • Conclusions

    En Guyane, aprs un premier site tudi en 2007, un second en 2008 et celui de la Montagne

    de Kaw en 2009, certains aspects relatifs l'cologie et aux mthodes d'tude du jaguar sont

    dornavant mieux connus.

    1. Tout d'abord, la mthode d'inventaire, mme si elle est lourde, donne des rsultats

    satisfaisants avec l'effort mis en place, suprieur 1500 "stations/nuits". Les tudes ralises

    ailleurs en Amrique du sud se sont appuyes sur un effort comparable, de 1000 2000

    "stations/nuits" [9,12].

    La fiabilit de l'estimation de la population totale (gale au nombre total thorique d'animaux

    prsents sur la zone) peut s'valuer par l'cart type ("marge d'erreur") associ ce nombre

    total, lorsqu'il est clacul par les modles partir des donne