Éthique - Hyper- .Éthique de Spinoza. traduite par Charles Appuhn, Oeuvres de Spinoza. . -...

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  • thique

    de Spinoza.

    traduite par Charles Appuhn, Oeuvres de Spinoza. . -Nouvelle dition, revue et corrige d'aprs l'dition deHeidelberg. - Paris : Garnier, 1929. Traduction seule Appuhn,Charles (trad.). [t. IV].

    Daprs ldition Gebhardt : Spinoza, Opera, 4 vol., Heidelberg :Carl Winters Universitaetsbuchhandlung, 1925.

    Le texte de cette traduction est libre de droits. Lanumrisation et la mise en page a t effectue parJean-Luc Derrien pour le sitehttp://hyperspinoza.caute.lautre.net. Merci deconserver cette mention avec toute diffusion dutexte.

    Spinoza thique trad. AppuhnNumrisation et ocr : Jean-Luc Derrien

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  • THIQUEDMONTRE SUIVANT L'ORDRE GOMTRIQUE

    ETDIVISE EN CINQ PARTIES

    O IL EST TRAITI. - De DIEU.

    II. - De la Nature et de l'Origine de l'ME.III. - De l'Origine et de la Nature des AFFECTIONS.

    IV. - De la SERVITUDE DE L'HOMME ou des FORCES DESAFFECTIONS.

    V. - De la PUISSANCE DE L'ENTENDEMENT ou de la LIBERTDE L'HOMME.

    PREMIRE PARTIEDE DIEU

    DFINITIONS

    I. - J'entends par cause de soi ce dont l'essence enveloppe l'existence ; autrement dit, cedont la nature ne peut tre conue sinon comme existante.

    II. - Cette chose est dite finie en son genre, qui peut tre limite par une autre de mmenature. Par exemple un corps est dit fini, parce que nous en concevons toujours un autreplus grand. De mme une pense est limite par une autre pense. Mais un corps n'est paslimit par une pense, ni une pense par un corps.

    III. - J'entends par substance ce qui est en soi et est conu par soi : c'est--dire ce dontle concept n'a pas besoin du concept d'une autre chose, duquel il doive tre form.

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  • IV. - J'entends par attribut ce que l'entendement peroit d'une substance commeconstituant son essence.

    V. - J'entends par mode les affections d'une substance, autrement dit ce qui est dans uneautre chose, par le moyen de laquelle il est aussi conu.

    VI. - J'entends par Dieu un tre absolument infini, c'est--dire une substance constituepar une infinit d'attributs dont chacun exprime une essence ternelle et infinie.

    EXPLICATION

    Je dis absolument infini et non infini en son genre ; car de ce qui est infini seulement dansson genre, nous pouvons nier une infinit d'attributs ; pour ce qui au contraire estabsolument infini, tout ce qui exprime une essence et n'enveloppe aucune ngationappartient son essence.

    VII. - Cette chose est dite libre qui existe par la seule ncessit de sa nature et estdtermine par soi seule agir : cette chose est dite ncessaire ou plutt contrainte quiest dtermine par une autre exister et produire quelque effet dans une conditioncertaine et dtermine.

    VIII. - J'entends par ternit l'existence elle-mme en tant qu'elle est conue commesuivant ncessairement de la seule dfinition d'une chose ternelle.

    EXPLICATION

    Une telle existence, en effet, est conue comme une vrit ternelle, de mme quel'essence de la chose, et, pour cette raison, ne peut tre explique par la dure ou letemps, alors mme que la dure est conue comme n'ayant ni commencement ni fin.

    AXIOMES

    I. - Tout ce qui est, est ou bien en soi, ou bien en autre chose.

    II. - Ce qui ne peut tre conu par le moyen d'une autre chose, doit tre conu par soi.

    III. - D'une cause dtermine que l'on suppose donne, suit ncessairement un effet, et aucontraire si nulle cause dtermine n'est donne, il est impossible qu'un effet suive.

    IV. - La connaissance de l'effet dpend de la connaissance de la cause et l'enveloppe.

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  • V. - Les choses qui n'ont rien de commun l'une avec l'autre ne se peuvent non plus connatrel'une par l'autre ; autrement dit, le concept de l'une n'enveloppe pas le concept de l'autre.

    VI. - Une ide vraie doit s'accorder avec l'objet dont elle est l'ide.

    VII. - Toute chose qui peut tre conue comme non existante, son essence n'enveloppe pasl'existence.

    PROPOSITION I

    Une substance est antrieure en nature ses affections.

    DMONSTRATION

    Cela est vident par les Dfinitions 3 et 5.

    PROPOSITION II

    Deux substances ayant des attributs diffrents n'ont rien de commun entre elles.

    DMONSTRATION

    Cela est vident par la Dfinition 3. Chacune, en effet, doit exister en elle-mme et doittre conue par elle-mme, autrement dit le concept de l'une n'enveloppe pas le concept del'autre.

    PROPOSITION III

    Si des choses n'ont rien de commun entre elles, l'une d'elles ne peut tre cause de l'autre.

    DMONSTRATION

    Si elles n'ont rien de commun entre elles, elles ne peuvent donc (Axiome 5) se connatrel'une par l'autre, et ainsi (Axiome 4) l'une ne peut tre cause de l'autre. C.Q.F.D.

    PROPOSITION IV

    Deux ou plusieurs choses distinctes se distinguent entre elles ou bien par la diversit desattributs des substances, ou bien par la diversit des affections des substances.

    DMONSTRATION

    Tout ce qui est, est en soi ou en autre chose (Axiome 1), c'est--dire (Dfinitions 3 et 5)que rien n'est donn hors de l'entendement, sinon les substances et leurs affections. Riendonc n'est donn hors de l'entendement par quoi plusieurs choses puissent se distinguer,

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  • sinon les substances ou, ce qui (Dfinition 4) revient au mme, leurs attributs, et leursaffections. C.Q.F.D.

    PROPOSITION V

    Il ne peut y avoir dans la nature deux ou plusieurs substances de mme nature ou attribut.

    DMONSTRATION

    S'il existait plusieurs substances distinctes, elles devraient se distinguer entre elles oupar la diversit des attributs ou par la diversit des affections (Proposition prcdente).Si elles se distinguent seulement par la diversit des attributs, il est donc accord qu'il n'yen a qu'une du mme attribut. Si maintenant elles se distinguent par la diversit desaffections, comme une substance (Proposition 1) est antrieure en nature ses affections,on ne pourra, mettant ses affections part et la considrant en elle-mme, c'est--dire(Dfinition 3 et Axiome 6) en vrit, la concevoir comme distincte d'une autre, en d'autrestermes il ne pourra y avoir plusieurs substances, mais seulement une. C.Q.F.D.

    PROPOSITION VI

    Une substance ne peut pas tre produite par une autre substance.

    DMONSTRATION

    Il ne peut pas y avoir dans la nature deux substances de mme attribut (Propositionprcdente), c'est--dire (Proposition 2) ayant entre elles quelque chose de commun. Etainsi (Proposition 3) l'une ne peut pas tre cause de l'autre, autrement dit l'une ne peutpas tre produite par l'autre. C.Q.F.D.

    COROLLAIRE

    Il suit de l qu'une substance ne peut pas tre produite par autre chose. Car rien n'estdonn dans la Nature sinon les substances et leurs affections, comme il est vident parl'Axiome 1 et les Dfinitions 3 et 5. Or une substance ne peut tre produite par une autresubstance (Proposition prcdente). Donc, absolument parlant, une substance ne peut pastre produite par autre chose. C.Q.F.D.

    AUTRE DMONSTRATION

    Cette proposition se dmontre encore plus facilement par l'absurdit de la contradictoire.Si en effet une substance pouvait tre produite par autre chose, sa connaissance devraitdpendre de la connaissance de sa cause (Axiome 4) ; et ainsi (Dfinition 3) elle ne seraitpas une substance.

    PROPOSITION VIISpinoza thique trad. Appuhn

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  • Il appartient la nature d'une substance d'exister.

    DMONSTRATION

    Une substance ne peut pas tre produite par autre chose (Corollaire de la Propositionprcdente), elle sera donc cause de soi, c'est--dire (Dfinition 1) que son essenceenveloppe ncessairement l'existence, autrement dit il appartient sa nature d'exister.C.Q.F.D.

    PROPOSITION VIII

    Toute substance est ncessairement infinie.

    DMONSTRATION

    Une substance ayant un certain attribut ne peut tre qu'unique (Proposition 5), et ilappartient sa nature d'exister (Proposition 7). Il sera donc de sa nature qu'elle existesoit comme chose finie, soit comme chose infinie. Mais ce ne peut tre comme chose finie ;car (Dfinition 2) elle devrait tre limite par une autre de mme nature qui, elle aussi(Proposition 7), devrait ncessairement exister ; il y aurait donc deux substances de mmeattribut, ce qui (Proposition 5) est absurde. Elle existe donc comme infinie. C.Q.F.D.

    SCOLIE I

    Comme tre fini est, en ralit, une ngation partielle, et tre infini , l'affirmationabsolue de l'existence d'une nature quelconque, il suit donc de la seule Proposition 7 quetoute substance doit tre infinie.

    SCOLIE II

    Je ne doute pas qu' tous ceux qui jugent des choses confusment et n'ont pas accoutumde les connatre par leurs premires causes, il ne soit difficile de concevoir laDmonstration de la Proposition 7 ; ils ne distinguent pas en effet entre les modificationsdes substances et les substances elles-mmes et ne savent pas comment les choses sontproduites. D'o vient qu'ils forgent pour les substances l'origine qu'ils voient qu'ont leschoses de la nature. Ceux qui en effet ignorent les vraies causes des choses, confondenttout et, sans aucune protestation de leur esprit, forgent aussi bien des arbres que deshommes parlants, imaginent des hommes naissant de pierres aussi bien que de liqueursminale et