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UNIVERSITE PARIS-EST MARNE-LA-VALLEE -------------

FACULT DES LETTRES ET SCIENCES HUMAINES ------------------

cole doctorale Organisations, Marchs, Institutions -------------

Espaces thique et politique Institut Hannah Arendt

THESE

Pour lobtention du Doctorat Nouveau Rgime en PHILOSOPHIE

Spcialit : thique

Prsente et soutenue publiquement par :

Monsieur Steeve Elvis Thimote ELLA

Sous la direction de :

Monsieur le Professeur Dominique FOLSCHEID

Jury :

Professeur Dominique FOLSCHEID (Universit Paris-Est Marne-La-Valle).

Professeur Jrme PORE (Universit de Rennes 1), Rapporteur.

Professeur Bonaventure MV-ONDO (Universit Omar Bongo de Libreville), Rapporteur.

Professeur Edouard NGOU-MILAMA (Universit des Sciences de la Sant de Libreville),

Examinateur.

Session dcembre 2011.

ENJEUX ETHIQUES DE LA FIN DE VIE DANS LA MEDECINE MODERNE ET

TRADITIONNELLE : CAS DU GABON

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Ddicaces

Il magre de ddier cette thse qui entend crire un chapitre entier de lthique de la

fin de vie dans la mdecine moderne et traditionnelle au Gabon, Dominique Folscheid. Pour

avoir profondment renouvel en impulsant en France, au Gabon et au Cameroun la rflexion

thique dans le domaine de la mdecine. Nous lui devons davoir coordonn, en collaboration

avec Brigitte Feuillet-Le Mintier et Jean-Franois Matti, une uvre angulaire, indispensable

et dautorit dans son genre, Philosophie, thique et droit de la mdecine1. Et davoir, pendant

les sminaires du jeudi, lhpital la Piti-Salptrire de Paris, russi nous donner les

ingrdients ncessaires la comprhension de lthique telle quelle est parvenue soccuper

dun territoire entier de la philosophie laune de lactualit et des problmes rencontrs par

nos socits contemporaines.

Avec toute ma gratitude.

A la mmoire de Jeanne-DArc Zabe Mboulou, dcde le 17 avril 2011 Libreville.

Atteinte dun cancer de lutrus en phase terminale. Dans la souffrance extrme, lagonie, la

douleur, elle nous a laiss un tmoignage frappant de courage, de patience et de srnit vis--

vis de la mort.

1 D. Folscheid, B. Feuillet-Le Mintier, J.-F. Matti (Coordination), Philosophie, thique et droit de la mdecine, Paris, Puf, Coll. Thmis , 1997.

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Exergues Quest-ce donc qui me met le plus radicalement en cause ? Non pas mon rapport moi-mme comme fini ou comme conscience dtre la mort et pour la mort, mais ma prsence autrui en tant que celui-ci sabsente en mourant. Me maintenir prsent dans la proximit dautrui qui sloigne dfinitivement en mourant, prendre sur moi la mort dautrui comme la seule mort qui me concerne, voil ce qui me met hors de moi et est la seule sparation qui puisse mouvrir, dans son impossibilit, lOuvert dune communaut. Maurice Blanchot, La communaut inavouable, Paris, d. De Minuit, 1983, p. 21. (), que la vie continuait, il valait mieux sen contenter. Asseng, lui dit-elle dun ton attendrissant, je crois que tu choisis mal le moment pour te tracasser. Lessentiel, en ce qui me concerne, est que tu vives ; or tu vis. Vivre peut augurer de beaucoup. Ne revenons donc pas sur ce qui sest pass. Tsira Ndong Ndoutoume, Le Mvett Lhomme, la mort et limmortalit, Paris, LHarmattan, 1993, p. 96.

La mort apparat donc bien comme la part maudite de notre civilisation. Plus que toutes les autres, elle multiplie les moyens de sen divertir, et lhomme moderne fait tout pour loublier. Mais il noublie pas son oubli et sait que son hymen avec la camarde est prvu depuis le jour de sa naissance. Que va-t-il faire ? E. Fiat, Grandeurs et misres des hommes, Petit trait de dignit, Paris, Larousse, Coll. Philosopher , 2010, pp. 214-215.

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Remerciements

Jadresse dabord mes vifs remerciements au professeur Dominique Folscheid pour

avoir accept de diriger ce travail inscrit dans un champ absolument contemporain et mavoir

fait bnficier, quatre annes durant, de sa comptence. Je lui tmoigne toute ma dette pour la

rigueur et le suivi constants et mticuleux qui ont permis ce travail dtre abouti. Merci pour

votre accompagnement appuy tout au long de cet itinraire.

Je remercie galement le professeur Bonaventure Mv-Ondo, Recteur honoraire de

lUniversit Omar Bongo de Libreville et Vice-recteur de lAgence Universitaire de la

Francophonie, non seulement pour lattention gnreuse quil a prte cette rflexion, mais

aussi pour les encouragements quil na cess de madresser tout au long de ma formation ces

dernires annes.

A Jrme Pore, professeur lUniversit de Rennes 1, qui a bien voulu faire partie du

jury. Avec le plaisir dchanger avec vous sur ce thme de la fin de vie pens laune de

lthique.

Edouard Ngou Milama, professeur Titulaire de Biochimie mdicale. Pour avoir

accept de participer ce jury de thse, malgr ses nombreuses contraintes en sa qualit de

Vice-recteur de lUniversit des Sciences de la Sant de Libreville et membre du conseil

scientifique de lAgence Universitaire de la Francophonie (AUF). Son accueil et ses

orientations pendant ma priode de terrain en janvier 2008 au Gabon mont ouvert des

horizons.

Je ne manquerai pas de remercier le professeur Eric Fiat, mon directeur de recherche

en Master 2. Il ma aid relire et mieux comprendre lEthique Nicomaque dAristote et

les Fondements de la mtaphysique des murs de Kant.

Je remercie sincrement David Smadja, pour son enseignement et son

accompagnement dans la lecture du Principe responsabilit de Hans Jonas.

Merci Thierry Ekogha, pour avoir initi mes premiers pas dans la recherche au sein

du dpartement de philosophie de lUniversit Omar Bongo de Libreville, en prenant la

direction de mes travaux sur lthique de Levinas. Dabord en Licence, La question de

lintersubjectivit chez Emmanuel Levinas , ensuite en Matrise, Enjeux thiques de

laltrit chez Emmanuel Levinas . Je lui tmoigne ici toute ma gratitude.

Mes remerciements vont galement lendroit du professeur Grgoire Biyogo, pour

lattention toute particulire quil a accorde ce travail depuis sa finition. Son contact ma

ouvert des horizons heuristiques considrables.

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Cyriaque S. Akomo-Zoghe et Rgis Ollomo, pour mavoir fait bnficier de leur

comptence au plan technique et par le travail de la mise au point finale.

Mes sincres remerciements Ezchiel Simon-Pierre Mvone-Ndong, philosophe de la

mdecine. Notre contact en 2008 lors de mon voyage de terrain au Gabon, ma ouvert des

portes auprs de lAssociation des Tradipraticiens du Gabon. Ses ides, conseils et

orientations mont t dun grand secours.

Je voudrais dire merci Antonin Mba Nguma et Joseph Igor Moulenda, mes

compagnons de route. Pour nos discussions autour de Husserl, Heidegger, Levinas et Ricur.

Tous mes remerciements aux mdecins, infirmires et nganga qui ont accept de me

livrer les informations qui taient ncessaires cette recherche. Avec toute ma gratitude.

Je remercie galement les malades que jai rencontrs dans certaines structures

hospitalires du Gabon, et dans les temples de Bwiti. Nos changes mont donn une vision

diffrente de lide de soin.

Je remercie enfin ma famille : Angeline Obone Zu, Marina Michelle Ella, Evangeline

Okome Bikoro, Guy Zogo, Maixent et Arlette Zogo, Constant et Edith Zogo, Jule Zo Obone

Zogo, Carine Nsourou Zogo Ma fille et mes frres et surs pour leur amour.

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INTRODUCTION

Travailler sur le thme de la fin de vie dans la mdecine moderne et traditionnelle

nest pas un exercice ais. Il sagit de prendre en charge une rflexion qui est engage dans la

socit occidentale ainsi que dans le paysage scientifique europen et anglo-saxon, et qui, par

un effet de solidarit la fois sur les concepts, les situations et les problmatiques, conjugue

avec le phnomne de la mondialisation, finit par simposer en Afrique en gnral et au

Gabon en particulier. Car la situation, avant la rflexion, concernant la fin de vie touche les

socits contemporaines quelles quelles soient sans quil soit encore possible, sous leffet

cumul des mdias et des parents qui expriment de plus en plus leur inquitude et leur

dsarroi lgard de la mdecine, de la minorer ou de la minimiser. En effet, plus

srieusement encore, ce qui constitue le centre de gravit du sujet trait ici est lhomme.

Pourquoi lhomme ? Pourquoi associer fin de vie et humanit ? Et par quoi cette

association tient-elle en proximit, sous des formes diverses, les socits daujourdhui ?

Parce que le phnomne de la mondialisation qui gagne toutes les socits du monde

et toutes les cultures qui sy rattachent do quelles viennent, mme sil dvoile les

diffrences entre les peuples et les cultures, mme sil met en vidences les faiblesses et les

forces des uns et des autres, a au moins lavantage de mettre en avant lide que par-del ces

diffrences dues la gographie et lhistoire de chaque peuple, il y a une unit synthtique

par quoi nous reconnaissons quil y a lhomme. En ce sens, rflchir sur la fin de vie cest

rflchir sur lhomme, cet tre vivant universel qui prend laspect dun genre prochain et

dune diffrence spcifique 2 selon le mot dAristote. Cest de lhomme quil sagit ici, cest

de lui dont no