Enjeux de pouvoir au cœur de la ville intelligente

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Questions de pouvoir au cur de la ville intelligente

Enjeux de pouvoir au cur de la ville intelligenteOlivier Kempf & Thierry Berthier

Colloque Cyberscurit dans les villes intelligentes15 octobre 2015 Muse de lArme Htel National des Invalides

I - Les donnes donnent-elles le pouvoir?

I - Les donnes donnent-elles le pouvoir?

Les dbats autour de la ville intelligente omettent frquemment dinterroger lorigine des donnes. Les analystes considrent plus leur traitement et la faon dont elles peuvent amliorer le fonctionnement de la ville, par consquent le bien-tre collectif.

- Or, lorigine des donnes est tout sauf une chose anodine, tout comme leur rcupration et leur mode de gestion.

1-1 Les deux dimensions de la projection algorithmique

- Chaque individu est dsormais identifi par sa projection algorithmique (PA), constitue de deux sources, lune active, lautre passive (cf partie III ).

- La premire tient la pratique du cyberespace par lindividu : surf sur Internet, rservations distance, la validation magntique de son abonnement de transport. Autant dactions cyber venues dune dmarche active de lindividu.

- La seconde tient son passage dans un univers cyberntis. Ainsi, transports en commun, marche dans la rue (camras de surveillance), mise sur veille de son tlphone... Les donnes cyber proviennent de lobservation de lindividu, son insu.

1 2 Rcupration et analyse des donnes

- Toutefois, tous ces procds sont pour linstant dcentraliss. Quelques uns aux mains des autorits municipales (systmes de camras de surveillance), la plupart aux mains dacteurs privs. Les uns sont locaux (systmes de transport), dautres ont des dimensions plus larges (fournisseurs de tlphonie ou dinternet). Enfin, de nouveaux acteurs apparaissent sur le modle de luberisation. - Ainsi, les donnes sont-elles rparties en de multiples mains qui obissent des intrts diffrents et donc des logiques diverses.- Souvent, les analystes sinterrogent sur linterconnexion de ces donnes. Pourtant, un des enjeux rside dans le contrle de cette concentration. Au fond, supposer rsolue linterconnexion, comment rguler les donnes? Surtout, comment partager leur gestion? De faon sous-jacente, qui est propritaire des donnes? Celui qui les met, volontairement ou non, ou celui qui les rcupre et les traite?

II Comment rguler les donnes?

II Comment rguler les donnes?

Il y a en fait plusieurs catgories dacteurs qui interagissent. Les dcrire permettra de mieux comprendre les relations quils peuvent nouer.

2 1 Plusieurs acteurs aux intrts divergents - Lusager, considr comme individuel. Il peut revtir plusieurs noms : citoyen, administr, public usager, client... Toutefois, cest bien sa projection algorithmique, active et passive, qui permet denvisager la ville intelligente. Projection algorithmique toujours croissante : plus de donnes, cest plus de traitement statistique collectif, donc plus de service public, donc plus de bien commun. Du moins en thorie.- Lautorit publique. Il sagit le plus souvent des diles communaux, malgr la complexification administrative (intercommunalit, pays, agglomrations... ). Elle dispose du pouvoir de dcision et dorientation. Elle est donc celle qui optera pour les orientations vers la ville intelligente et qui arbitrera entre plusieurs options.- Quelques donnes via les services en rgie ; le plus souvent, use de dlgations de service public, avec des prestataires soit privs soit publics, mais distincts delle (rseaux de transport, distribution de flux). Ils auront accs de multiples sources de donnes qui serviront, en thorie, abonder le centre de recueil.

2 1 Plusieurs acteurs aux intrts divergents

- Administrations nationales implantes localement pourront avoir des donnes qui serviraient la ville intelligente (enseignement suprieur ou universitaire, centre des impts, police nationale...).

- On le voit, il y a ainsi plusieurs catgories dacteurs publics, semi-publics ou mixtes qui gravitent autour de lautorit communale. Toutefois, ils ne sont pas sous une autorit directe et totale. Leurs donnes ne sont pas automatiquement transfrables lautorit communale.

- Enfin, acteurs privs. Le modle conomique de certains peut tre bti principalement autour de la donne, quand cette dernire peut navoir quun rle marginal chez dautres. Or, les rapports entre acteurs privs et autorits varient.

2 2 Des rapports public priv autour de la donne

- Ainsi, un gestionnaire de parking souterrain se proccupe dabord de son taux de remplissage (quilibre conomique). Cela peut intresser les autorits communales (fluidit de la circulation). Dans ce cas particulier, lintrt des deux concide: signaler un parking vide sur les panneaux daffichage public renforcera son remplissage et dtournera le trafic des parkings qui sont dj complets. - Mais certains acteurs peuvent navoir aucun intrt changer leurs donnes et vouloir les vendre. - Acteurs locaux (Uber peut chercher vendre les donnes quil a acquises), ou de donnes massives (vente des extractions de leurs gigantesque base de donnes). Certains grands acteurs ont dj des applications ddies: soient par le biais de la golocalisation (Facebook) soit par des utilitaires (Google Maps).- La ville serait alors dpendante dacteurs extrieurs qui lui fourniraient une grande masse de donnes. Toutefois, cette situation simple soulve plusieurs questions.

2 3 Le risque du monopole de la donne

Risque de solutions qui soient uniquement technologiquespas sr que ce soit dans lintrt du bien commun. - Question de la proprit des donnes. Uber est-il vraiment propritaire des donnes quil compte vendre? Un systme dobservation des flux avec, par exemple, reconnaissance automatique des plaques dimmatriculation, ne serait-il pas une solution alternative, cette fois dans les mains de la municipalit?- Il y a ainsi un risque de dpendance de la municipalit envers le fournisseur de donnes. ce risque sajoute celui du traitement de la donne, au travers des centres de fusion qui seront ncessaires aux villes intelligentes. - Leur gestion en revanche pose une difficult: elle peut tre assure en rgie ou dlgue au prestataire. Se profile alors le risque que le mme acteur offre, sous couvert dintgration et donc de cohrence, la conception et la gestion du centre, mais aussi la fourniture des donnes qui seront utilises par le centre. Il bnficierait alors dun vritable monopole de la donne.

2 3 Le risque du monopole de la donne

- La question des monopoles est toujours dlicate. Distinction entre matrise douvrage et matrise duvre, ou dlgation de service public : pas suffisant. - Envisager des solutions alternatives. Par exemple, elles peuvent se doter des applications qui intgrent tous les transports (y compris la marche pied). Ainsi, un usager de la ville aurait accs : aux transports en commun, vlibs et autres systmes de partage. Helsinki a dvelopp une application de ce genre, Kutsuplus. Lavantage pour la ville est double: non seulement elle offre un service public ses usagers mais en plus elle acquiert des donnes. - Par consquent, le contrle des donnes de la ville intelligente constitue un enjeu qui renouvelle les rapports compliqus entre les municipalits et les services offerts par des entreprises prives. Ce qui est valable pour les transports lest galement pour tous les autres domaines de responsabilit des villes(distributeurs de flux comme nergie, eau, tlphonie, cbles. L encore, il sagit de rflchir lintgration de ces donnes.

III - Vers une nouvelle dvolution du pouvoir?

III Vers une nouvelle dvolution du pouvoir?

- Jusqu prsent, nous nous sommes placs dans un cadre classique, celui o municipalits, usagers et prestataires nouent des relations compliques.

- Pourtant, la ville intelligente pourrait remettre en cause ce cadre classique, notamment celui de la dvolution politique.

3 - 1 Le cadre classique de dvolution du pouvoir - Aujourdhui, les autorits communales font face deux types de clients. Les lecteurs (habitants de la ville titulaires dune carte lectorale) et les usagers. Or, si tous les lecteurs sont usagers de la ville, la rciproque nest pas vraie.Ds lors, les autorits sont partages. Sanction par les lections (chances assez espaces). En revanche, peu de rapports directs avec les usagers, surtout ceux qui ne sont pas citoyens. Au mieux, denqutes de satisfaction mais cest approximatif.Avantages : marge de manuvre, non soumission aux alas dune opinion changeante. Inconvnients : le risque de passer ct des besoins rels de tous les usagers, lecteurs ou non, et donc de ne pas remplir son office.

Or, la ville intelligente pourrait modifier lquation.

3 2 La ville intelligente peut-elle changer les rgles de la dvolution politique ?

- Imaginer de nouveaux modes de consultation grce des systmes de votes intgrs, sujet par sujet. Une application partage pour que tous les acteurs aient un mot dire. Chaque sujet pourrait faire lobjet dune consultation. - Toutefois, problmes. Par exemple, un vote en janvier sur lamnagement de pistes cyclables, un autre en octobre sur un axe automobile prioritaire, pourraient donner lieu des votes positifs. Le vote rvlerait des prfrences contradictoires. - Car au fond, tout le pouvoir rside dans la capacit de poser des questions assez englobantes pour apprhender toutes les donnes dun problme. Dans le cas cit, la question deviendrait alors: Voulez vous une voie prioritaire, quitte ne pas avoir de piste cyclable sur cet axe?

3 3 Des droit diffrencis

- Toutefois, le systme parat en ltat assez basique. Est-il normal quun citoyen (qui non seulement paye ses impts mais est surtout intimement associ la ville o il vit) ait seulement autant de droit quun usager ?- La smart city remet en question l