Enez Coat (Collection Kama) (French Edition) Le reste du trajet passe rapidement et mon cإ“ur se...

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  • ENEZ COAT Romance

  • Fah NIE

    ENEZ COAT Romance

  • ISBN papier 978-2-37447-134-1 ISBN Numérique 978-2-37447-133-4 © Erato–Editions - Novembre 2016

    Tous droits réservés Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au

    profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre, est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la Propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales

  • Chapitre 1 Tifenn

    Après deux heures à monter et descendre les escaliers de mon appartement les bras chargés de cartons, je ferme le coffre de ma voiture et celui de Jess avec soulagement.

    — Dis-moi que c’était le dernier Tifenn ? Dit Jess qui est avachie sur le trottoir depuis environ trente minutes.

    — Ouais… J’en peux plus ! dis-je en tombant à ses côtés. Elle pose sa tête sur mon épaule en soufflant. J’avoue que l’idée de déménager un appartement de

    soixante mètres carrés à deux n’est pas la meilleure idée que j’ai eue. Pour ma défense, je ne pensais pas avoir accumulé autant de choses en six ans. La remorque et le

    coffre de la voiture pleins à craquer attestent pourtant du contraire. — Je suis dégoûtée de ne pas pouvoir t’accompagner ma belle, soupire-t-elle. Et moi donc ! Je n’ai pas encore tout à fait repris mon souffle, alors je pose ma tête sur la sienne

    pour lui faire comprendre que moi aussi j’aurai souhaité qu’elle puisse venir. On reste dans cette position à profiter l’une de l’autre dans un silence réconfortant pendant

    plusieurs minutes. — Bon… Je vais devoir y aller mon bouchon, lui dis-je doucement. Je me relève et l’aide à faire de même malgré ses ronchonnements. Je lui confie mes clés

    d’appartement. C’est elle qui va s’occuper de faire l’état des lieux avec mon propriétaire la semaine prochaine.

    J’ai l’impression qu’une page se tourne. Je vis à Nantes depuis six ans déjà, mais je suis tombée sous le charme de cette belle et grande ville dès les premières semaines.

    Après des études dans le secteur commercial, j’ai eu plusieurs petits boulots avant de décrocher un CDI en tant que Chargée de marketing direct, dans une petite entreprise en plein centre-ville. J’adorai ce boulot et je me prise d’affection pour mes patrons, ce qui est assez rare pour le préciser. Malheureusement, malgré tous nos efforts, leur société n’a pas survécu à la crise et je viens de subir un licenciement économique. Je ne leur en veux pas, car je sais bien qu’ils ont remué ciel et terre pour me garder. La vie continue comme on dit, mais me voilà revenue à la case départ.

    Ça va être étrange de retourner chez moi, au bout du monde dans ma Bretagne natale. Je n’ai pas envie de quitter Jess, mais je le dois… Depuis, toujours elle est mon acolyte et partir sans elle ne m’enchante pas. Elle remarque mes larmes et s’empresse de me prendre dans ses bras.

    — Allez ça va aller ma chérie. Je ne suis pas loin okay ? Il faut que tu le fasses, ce n’est que l’histoire de deux ou trois mois tout au plus.

    Je hoche la tête et m’éloigne en remarquant qu’elle aussi a les yeux rouges de larmes contenues. — Tu gardes ton téléphone près de toi, hein ? dis-je la voix rendue tremblante par un sanglot que

    j’ai du mal à étouffer. Elle brandit son portable devant moi et je souris en voyant un pêle-mêle de photo de nous en train

    de faire des têtes horribles. Je la reprends dans mes bras une dernière fois avant de monter dans ma voiture.

    Je jette un œil à l’arrière pour vérifier que le harnais de Luigi est bien attaché et regarde mon chien en grimaçant. C’est un beau berger allemand de huit ans. En temps normal, il pète le feu. Mais comme il ne supporte pas les trajets en voiture, j’ai été obligée de lui donner des cachets et il dort profondément depuis trois bons quarts d’heure.

  • Un peu moins de trois cents kilomètres me séparent de chez moi et le GPS indique environ trois heures de route.

    Je passe la tête par la fenêtre de ma vieille Ford Escort Break et appelle Jess pour un dernier au revoir.

    — Fais attention et préviens-moi quand tu arrives okay ? me murmure-t-elle. Je démarre la voiture et la regarde en souriant. — Ça marche, allez approche que je t’embrasse encore une fois avant de partir ! Elle se penche et après un gros bisou sonore, je lui lèche la joue avant d’éclater de rire en

    l’entendant beugler. Je sais qu’elle déteste ça, mais j’adore voir son air dégoûter quand elle se frotte le visage en m’insultant. T’es vraiment dérangée ma pauvre fille !

    Je fais taire mon moi intérieur, passe la première et pars avec le sourire aux lèvres. Je lui fais un dernier coucou par la fenêtre pendant qu’elle me crie qu’elle m’aime.

    — MOI AUSSI MORUE ! hurlé-je en retour. J’ai juste le temps de la voir lever son plus grand doigt avant de passer le virage de ma rue. Je sais

    que ce n’est pas seulement mon appartement que je quitte, c’est toute ma vie qui va changer. J’espère simplement que ce ne sera pas si mauvais que je le prévois.

    Après deux heures de route, je commence à avoir les mains crispées sur le volant. Il y a deux mois, je prenais cette même route pour une toute autre raison. Deux mois déjà que mon père est… mort. J’ai encore du mal à le croire. FOUTU CANCER !

    Depuis deux mois, je suis constamment en colère contre le monde entier. Ce n’était pas suffisant qu’on m’ait enlevé ma mère à l’âge de sept ans ! Il a fallu que vingt ans plus tard, on me retire mon pilier et que mon monde s’écroule.

    Heureusement que Jess est là. On se connaît depuis le primaire et on n’a jamais fait partie des gens cool de notre école, on se faisait même racketter quotidiennement. Alors on est vite devenues amies, à deux on était plus fortes et on a enfin osé se défendre.

    Depuis ce temps-là, on ne s’est plus jamais quittées. Lorsque j’ai voulu partir faire mes études à Nantes pour tenter d’avoir une vie sociale, elle n’a pas hésité à me suivre sans se poser de questions.

    Je me vante souvent du fait que c’est grâce à moi qu’elle a trouvé l’amour. Jess et Laurent sont ensemble depuis deux ans maintenant, c’est du solide entre eux. C’est vrai qu’on se voit un peu moins depuis, mais je ne lui en veux pas. J’espère trouver quelqu’un qui me fasse ressentir ce qu’elle éprouve pour lui.

    Quand je les vois tous les deux, j’ai l’impression de regarder une fin heureuse d’un film d’amour au cinéma. Le truc, c’est que tu es encore et toujours la pauvre spectatrice qui pleure d’émotion en s’empiffrant de pop-corn.

    Je fais un sourire mauvais dans le rétroviseur. Après la mort de ma mère, je me suis beaucoup renfermée et cette petite voix que tout le monde a dans la tête est devenue plus présente et plus réelle.

    Au début, c’était un peu flippant, mon père me regardait horrifié, parler toute seule. Il croyait que j’avais une sorte d’amie imaginaire, mais lorsque je lui ai expliqué que c’était une voix qui me parlait dans ma tête, il était devenu blanc comme un linge et s’était précipité sur le téléphone.

    Les mois suivants, il m’a emmené consulter une tartine de pédopsychiatres et d’orthophonistes. Ils ont tous décrété que c’était une manière pour moi de me rassurer et de me sentir moins seule. Mon père a donc lâché l’affaire et se contentait de lever les yeux au ciel lorsqu’il me voyait m’écouter penser.

    Je n’en parle à personne, sauf Jess bien sûr, car on a tendance à me prendre pour une folle, à juste titre d’ailleurs.

  • Le reste du trajet passe rapidement et mon cœur se serre à la vue du petit panneau : Enez Coat L’île à Bois

    C’est moi qui ai peint chaque lettre de cette pancarte, que mon père avait fabriquée quand j’avais dix ans. On tenait beaucoup à ce que le nom breton apparaisse avant la traduction française. Je m’ôte cette pensée de la tête et avance la voiture jusqu’à l’immense portail en fer forgé avec d’imposants piliers en pierre de chaque côté.

    Je ne sais pas si c’est l’odeur de la mer qui réveille Luigi, mais je l’entends grogner, ce qui signifie qu’il comprend que je lui ai donné des médicaments et qu’il m’en veut. Il est du genre rancunier, mais rien que je ne puisse arranger avec une friandise.

    — On est arrivé mon loulou, regarde ! Il m’observe les yeux vides. Tu t’attends vraiment à ce qu’il te réponde ? J’ai souvent tendance à oublier qu’il n’est pas une véritable personne. J’ouvre la fenêtre électrique

    côté passager pour attirer son attention. Il s’assoit et se précipite contre la portière en passant la tête par la fenêtre. Il aboie d’excitation en reconnaissant l’endroit.

    Je souris et fouille dans mon sac pour trouver la télécommande du portail puis l’ouvre. J’entends les remous de l’eau et les vagues qui viennent mourir sur la baie en contrebas. La presqu’île n’e