EMPREINTES - J.H Meunier

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    22-Mar-2016
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Photographe, réalisateur, Jean-Henri Meunier prend son temps. Il n’a pas de permis de conduire, il marche à la vitesse de la vie d’un homme, pas plus vite. Il regarde dans le mur, il a les yeux sur la route. Et comme tout le monde, un téléphone portable. Meunier, un mur, la route, un téléphone qui prend des photos : voici un nouveau monde qui prend vie, des êtres vivants, et l’art, à tous les coins de rue. Ayez l’oeil.

Transcript of EMPREINTES - J.H Meunier

  • Jean-Henri Meunier

    prface - Serge reGOurD

  • 3Jean-Henri Meunier

    La terre vue den bas & des oreilles...

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  • 5LA TERRE VUE DEN BAS& DES OREILLES

    Partout l o mes pas me mnentsouvent mes yeux se promnentsur le macadam et sur les mursjy vois des tracesdes tachesdes empreintesque le temps nous laisseesquisses par la pluie le vent la neige et le soleiljy aperois des visages des animaux des paysages je les emprunte avec mon I-Phoneaujourdhui je vous les donne voir cadrs sur le papier

    JH Meunier

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  • 7Nol Godin, surnomm Georges Le Gloupier ou l'entarteur, n Lige le 13 septembre 1945, est un agitateur anarcho-humoristique belge.Il s'est rendu clbre pour ses jets de tarte la crme, ou entartages , sur de nombreuses personnalits de diffrentes nationalits.Lorsqu'il a reu le Grand Prix de l'humour noir en 1995 et le Prix de la dent dure en 1996, il s'est entart lui-mme.

  • 8

  • 9Jean-Henri Meunier, pote, cinaste et photographe.Des traces et des mes...

    Les films de Jean-Henri Meunier procdent dune plonge dans lhumanit profonde. Ses personnages sont les hros concrets, au quotidien, des choses de la vie. La vie, lamour, la mort, auxquels se coa-gulent lhumour, la sensibilit, la gnrosit, lamiti, la simplicit, la loyaut des tres sans calculs. Chroniques ordinaires de gens ordinaires, hors du fracas mdiatique, loin des convenances du prt penser et des langages cods de lurbanit hypocrite, de la socit librale avance...Et voil que notre explorateur des rescaps du vivant retrouve le chemin initial de la photographie qui le conduisit au cinma sous lombre massive et tutlaire de Langlois. Il en emprunte le vhicule le plus lger, le plus modeste, celui de son tlphone portable pour nous montrer ce que nous ne voyons pas. Son objectif quitte les visages de la chair humaine pour jeter ses filets sur de simples traces : ce qui, prcisment ne se voit pas, ce sur quoi nous crasons quotidiennement nos chaussures, rhabilitant dautres formes danonymat, de dclassement, rvlation dautres existences, abstraites, dunderground.Traces de bitume, de murs corchs, de trottoirs torturs, de faades condamnes... Mise au jour de lieux du nant pourtant habits par des tres insaisissables, aux mille formes, aux visages anamorphoss, qui se mettent nous interpeller, simples taches indicibles qui imposent une identit : ici un lzard agile, l une presqule avenante, plus loin un monstre marin menaant, ailleurs un taureau bariol en discussion avec une cl molettes... Dada est bien l, J.H., trace lui-mme bien vivante de nos escapades surralistes.De nouveaux rivages se dessinent, un bestiaire insolite sanime, de nouveaux continents sarrachent la drive, une symphonie de couleurs indites rvle des contres inconnues, nous invitant un voyage initiatique libr des codes et des signes conformes de la reprsentation marchande et des identits anthropomtriques...Le propre de lartiste : unit de luvre clate dans le foisonnement dinspirations apparemment sans relations... A moins que lme des personnages disparus de la trilogie najacoise nait choisi ce chemin des traces invisibles pour signaler la prennit de leur prsence... La cl molettes vient dchapper au monstre marin, elle a t rcupre par une forme humaine, ne serait-ce point le vieux garagiste, M. Sauzeau ? Ici la trace, vous la terre...

    Serge REGOURD

    Professeur lUniversit Toulouse 1Auteur notamment de Lexception culturelle PUF - 2004

    Acteurs de caractre: Les mconnus du cinma franais Gremese - 2011

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    Entre Jean Henri Meunier et Laurent rOuSTAnMai 2012 - Toulouse

    Les images mouvantes de ses films avaient quelque peu occult chez Jean-Henri Meunier que limage fixe dune photographie pouvait aussi raconter des histoires. Et la passion qui lavait conduit observer les hommes, a les mettre en scne dans leur face cache, leur visage secret (celui qui exprime la fois lart, la vie et son humanit) lui avait fait oublier les traces de cette humanit hors lhomme, des traces anodines enfouies dans son environnement, des traces que lil ne pouvait voir, mais lme, oui. Mais le destin ravive la mmoire, et rveille les images. Pour Jean-Henri Meunier, le destin eut comme accessoire un tlphone portable, pour dcor une cage descalier. Et pour interlocuteur un mur dcrpi.

    La toute premire fois, ctait dbut octobre 2008. De passage Paname, jtais hberg chez mon pote Fodor Atkine. Un immeuble sur cour, rue Jean-Pierre Timbaud, dans le 11me arrondissement. Il y avait sur le mur du palier du 2me tage, un crpi dcrpi, une forme assez trange sen dtachait. Jy voyais une drle de crature, une espce rare entre animal et humain qui posait de profil sur fond jaune. Ces diffrentes couches successives de crpi, de pltre et de peintures dfraichies, me fascinaient. Une uvre cre par lusure du temps, puissante et avec une matire dense. Je lai cadre et photographie avec mon tlphone portable. Ctait mon premier Iphone et la premire photo que je prenais avec.

  • 11Un clic, une peinture pour lui, et un dclic. Quelque chose sest mis en branle dans lesprit de Jean-Henri Meunier.

    Je marche beaucoup et je me dplace la plupart du temps pied dans les villes. Parfois, je me promne sans but prcis, je ne vois rien de ce qui se passe autour de moi, je regarde par terre, l o mes pas me mnent. Sur le maca-dam, il y a toujours quelque chose voir, qui mattire et retient mon attention. Jattends que le feu passe au rouge pour les vhicules et je photographie les bandes blanches et les bandes jaunes pour passages pitons. Elles sont peuples de formes fantasques, stupfiantes, accidentelles. Ces formes et ces matires me subjuguent. Trs vite, cest devenu obsessionnel. Je flne, je longe les murs, jai la tte pleine dimages, de peintures, de tableaux, cest mon chelle, je regarde la terre des hommes. Chaque fois que je trouve des taches, des traces, des empreintes, des cicatrices, des fissures, des coulures, des giclures, des dchirures, des rayures, des traines, des crachis, des claboussures je nai pas de mot exact pour les dfinir. Tous ces revtements ont connu la main de lhomme.

    Des taches dansaient partout devant ses yeux.

    Jy vois des visages dforms, torturs, grimaants, des personnages tranges, des animaux bizarres, prhistoriques, des paysages envotants mais aussi des

    formes plus abstraites. Une fois cest un lion : le profil, la cadence, un lion qui va chasser sa proie. Dautres fois, ce sont comme des peintures rupestres, impressionnistes, modernes, contemporaines Cest vraiment le feeling, linstinct, linstant. En les voyant toutes les unes ct des autres, jai eu envie de les associer comme on associe les plans pour le montage dun film et jai compos des dyptiques, des tryptiques

    Une flnerie sans but prcis et tout ce qui soffre au regard.

    Dans certains lieux qui me sont quotidiens, il mest arriv de prendre en photo deux fois la mme tache, plusieurs semaines, voire plusieurs mois dcart. Je men suis aperu plus tard, en les copiant sur lordinateur: h, tiens, celle-l je lai dj prise! . Sur les milliers de taches que jai photographi, cela a d marriver quatre ou cinq fois, Toulouse notamment, reprendre la mme tache au mme endroit et quasiment avec le mme cadrage. Des amis taient venus voir mes photos la maison, et quand nous sommes sortis pour boire un verre, lun dentre-eux a reconnu une tache quil venait de voir en photo, elle tait l, sur une bande jaune au bord du trottoir, rue Pargaminires, elle navait pas boug! Sur le macadam elles sont exposes aux pneus, aux chaus-sures, lurine... Il y a aussi les intempries qui les faonnent avec le temps, mais comme chante Lo Avec le temps, va, tout sen va . Quelques jours, quelques mois, quelques annes, chacune a sa propre dure de vie.

  • 12 Cent fois sur le mur laid remettez un visage.

    Pour les spectateurs, cest assez ludique: quand ils commencent percevoir un visage, un animal, un paysage, alors ils trouvent aussi bien dautres choses, des images que moi-mme je navais pas peru. Les enfants voient souvent plus de choses et plus vite que les adultes. Chacun y voit ce quil veut, chacun son imaginaire. Souvent, pour mes films, dans les rencontres avec le public la suite des projections, au cours des changes, cest parfois le spectateur qui me rvle ce que jai fait de faon instinctive. Certains en regardant les photos me disent tiens, on dirait des paysages vu de lespace alors que moi jy vois des animaux. Cest en parlant avec un pote, de ce quil voyait et percevait, que lon a trouv ce titre bancal La Terre vu den bas et des oreilles le tout photographi avec un I-phone et hauteur dhomme

    Pour marquer le temps, et le temps, qui passe.

    Toutes ces images, toutes ces formes, toutes ces traces, cest un mlange de plusieurs choses, cest la matire qui se dgrade, lusure du temps, le chaos, la vie, la pollution, cest aussi les intempries : la neige, le soleil et la pluie. Les taches murales photographies en Asie, sont souvent dues lhumidit. HOI AN au Vietnam, chaque anne aprs la saison des pluies, lhumidit fait son uvre sur les murs et cest du grand art !!!

    Mais lesprit revient vite de la chair aux murs, et sur ces murs, sur ce qui peut en faire des uvres dart.

    Cest le cadrage qui donne les formes, le sujet. Parfois cest une tache isole, parfois ce sont des taches concentres sur un seul mur. Je cadre ce qui me parle, ce qui minterpelle, ce qui me provoque, ce qui mhallucine, sans calculer, juste pour le plaisir de cadrer, de voir, de donner voir et de le partager.

    Et la lumire est dans lil du photographe. Et lil est dans la technique.

    A lge de 18 ans jai achet mon premier appareil, ctait un Yashica mat 124, un 6x6. Mes premires photos, ctait ma grand-mre qui plumait une poule, un papy anarchiste espagnol qui se roulait une clope sur un banc... Et puis jai