ELÉMENTS MÉTHODOLOGIQUES DE DIAGNOSTIC PAYSAGER … · ELÉMENTS MÉTHODOLOGIQUES DE DIAGNOSTIC...

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  • THSE NO 2961 (2005)

    COLE POLYTECHNIQUE FDRALE DE LAUSANNE

    PRSENTE LA FACULT ENVIRONNEMENT NATUREL, ARCHITECTURAL ET CONSTRUIT

    Institut du dveloppement territorial

    SECTION DES SCIENCES ET INGNIERIE DE L'ENVIRONNEMENT

    POUR L'OBTENTION DU GRADE DE DOCTEUR S SCIENCES

    PAR

    diplm en gographie de l'Universit de Fribourgde nationalit suisse et originaire de Montsevelier (JU)

    accepte sur proposition du jury:

    Prof. F. Golay, Dr F. Kienast, directeurs de thseDr R. Caloz, rapporteur

    Prof. J.-J. Chevallier, rapporteurProf. T. Joliveau, rapporteur

    Prof. R. Schlaepfer, rapporteur

    Lausanne, EPFL2005

    ELMENTS MTHODOLOGIQUES DE DIAGNOSTIC PAYSAGER UTILISANT LES SYSTMES

    D'INFORMATION GOGRAPHIQUE

    Jol CHTELAT

  • REMERCIEMENTSCe travail de thse naurait sans doute pas pu se concrtiser sans lappui etles encouragements que jai reus tout au long de ces quatre annes passes lEPFL. Je tiens donc remercier ici toutes celles et tous ceux qui ontcontribu, de prs ou de loin, crer un environnement favorable laboutissement de ce projet.

    Dans lordre des choses, mes remerciements vont tout dabord Jean Combequi ma incit me lancer dans ce projet de longue haleine et aid le mettreen place de manire conjointe entre lEPFL et le WSL. Il a par la suite continu manifester son intrt tout au long de cette recherche et veill ce quellese droule dans de bonnes conditions.

    Je tiens ensuite exprimer toute ma gratitude mes deux directeurs dethse, le professeur Franois Golay et le docteur Felix Kienast, pour avoiraccept de se porter garants de ce projet. Le professeur Golay ma accueillidans son laboratoire et ma accord sa confiance en me laissant une grandeindpendance dans la ralisation de mon travail, tout en se tenant toujours disposition pour faire avancer ma recherche. Le docteur Kienast a nourrimes rflexions de ses judicieux apports lors de nos fructueuses sances detravail, que ce soit Lausanne ou Birmensdorf. Je tiens adresser lesmmes remerciements Rgis Caloz, dont lengagement et la disponibilittaient tout aussi dignes de ceux dun directeur de thse.

    Ma reconnaissance va galement aux experts qui ont accept dvaluer cetravail avec une grande rigueur, savoir les professeurs Jean-JacquesChevallier, Thierry Joliveau et Rodolphe Schlaepfer. A ceux-ci sajoutent lesnoms du professeur Alexandre Buttler qui assura le rle de prsident du juryet de Christophe Barras qui organisa la visio-confrence avec lUniversitLaval Qubec lors de la soutenance prive.

    Je remercie aussi chaleureusement celles et ceux qui ont contribudirectement llaboration de ce doctorat: Elise Ley, avec lappui de ValrieMiville-Ott, pour la ralisation des enqutes et lanalyse des donnessociologiques, Abram Pointet et Daniel Gnerre pour les dveloppementsinformatiques, Gilles Desthieux pour les changes en matire de diagnosticterritorial, Alexandre Tangerini pour ses clairages dans le domaineconomique ainsi que Jean-Bruno Wettstein pour son exprience et saconnaissance approfondie de lArc jurassien. Merci encore Abram Pointet etWalter Rosselli pour avoir pris la peine de relire certains chapitres dumanuscrit ainsi qu Robbie Robertson pour avoir vrifi la version anglaisedu rsum.

    Il me reste encore remercier tout le personnel des deux structures daccueilque jai frquentes, savoir le LaSIG (anciennement SIRS) et lantenneromande du WSL, et plus particulirement les collgues avec lesquels jaipartag le bureau du fond du couloir: Luis Berardo Borda, Stphane Joost etMarc Riedo. Merci tous pour ces changes la fois professionnels etamicaux.

    Mes dernires penses vont mes parents, mes frres et ma belle-famillepour leurs encouragements de tous les instants ainsi qu ceux qui rendentmon quotidien plus souriant: mon pouse Marjorie et notre fils Solal.

  • RSUM

    Bien que la question du paysage ne soit pas rcente, sa prise en compte dansla gestion du territoire fait lobjet de proccupations nouvelles. Lestransformations sans prcdent du territoire ont fait merger un rel souciquant leurs implications au niveau du paysage. Lvolution de ce dernierest encore mal comprise et doit tre clarifie pour parvenir laborer desstratgies cohrentes damnagement. La politique en la matire estaujourdhui largement ractive et ncessite des instruments et des mthodes diffrentes chelles, qui soient la fois prospectifs et participatifs.

    Les domaines des Technologies de lInformation et de la Communication(TIC), et plus particulirement des Systmes dInformation Gographique(SIG), sont actuellement en plein dveloppement et proposent des solutionstoujours mieux adaptes pour rsoudre les problmes lis notreenvironnement. Ils rpondent dune manire gnrale au besoin de pouvoirmieux exploiter les diffrentes sources de donnes, gographiques ou non,disponibles sur le territoire. Bien que leur utilisation soit encore limite dansle contexte de lanalyse du paysage, ils possdent un potentiel norme quidoit tre valoris.

    La prsente tude se situe larticulation de la recherche paysagre et dudveloppement des SIG. Lapport de ces derniers est valu en regard de laproblmatique en jeu et des adaptations la fois mthodologiques ettechnologiques sont proposes en retour. Lintgration de la dimensionfortement qualitative de lvaluation paysagre au sein de systmesfondamentalement quantitatifs est au coeur du questionnement. LArcjurassien et plus spcifiquement la rgion du Marchairuz dans le Haut Juravaudois constituent les zones dtude de la recherche.

    Laboutissement de ce travail est la proposition dune dmarche participativede diagnostic multi-chelles du paysage, qui repose sur lutilisationspcifique de technologies de linformation. Le paysage est envisag commela manifestation visible du territoire, peru et valu par les collectivitslocales. La mthode inclut ainsi diffrents modes dapprciation lintrieurdun systme dindicateurs spatialiss. A petite chelle, ce dernier vise dterminer et localiser les impacts des transformations territoriales auniveau du paysage et les confronter aux perceptions et aux croyances dupublic. A grande chelle, il traduit spatialement les prfrences paysagresdes acteurs, telles quelles sont identifies lintrieur de modles dereprsentation sociale. Lvaluation du paysage fait appel des fonctionsenrichies danalyse de visibilit, qui font intervenir des facteurs de correctiondes dformations dues la perspective ainsi que des critres danalyse decontenu. En dfinitive, la dmarche prsente objectivement les rsultats deperceptions subjectives et offre une base intressante pour la ngociation.

    La pertinence de lapproche est dtermine en termes dintgration dans lesprocdures de gestion existantes. Ses apports et ses limites, de mme queceux des TIC, sont par ailleurs dcrits et font lobjet de quelquesperspectives.

  • ABSTRACT

    Although landscape is not a recent notion, its place in environmentalmanagement is now of major concern. Unprecedented land transformationshave become a source of worry in terms of impacts on the landscape. Thedynamics are still poorly understood and need to be studied in detail to beable to design consistent planning strategies. Todays policy is largelyreactive and calls for prospective, as well as participative, methods and toolsat different scales.

    Information Technologies (IT) and more particularly Geographic InformationSystems (GIS) are fast-expanding domains proposing more and morebetter-suited solutions for problems concerning our environment. Theygenerally provide means to capitalize on the different land data sources,whether they are spatial or not. Though their use is still limited in the contextof landscape analysis, they have a huge potential that needs to bedeveloped.

    Therefore, the current study is concerned with landscape research as well asGIS development. The contribution of GIS is assessed with respect tolandscape management and both methodological and technologicaladaptations are proposed in return. One of the most important questionconcerns the integration of the qualitative dimension of landscape evaluationin fundamentally quantitative systems. The Jura mountains and morespecifically the Marchairuz region in the higher part of the Jura vaudoisconstitute the study region.

    The main result of the work consists in the proposal of a participative andmultiscale landscape assessment method, relying on the specific use ofinformation technologies. Landscape is considered to be the visible part ofthe land, that the local community perceive and consider. Different forms ofappreciation are modelled within a system of spatial indicators. It is used ona small scale to identify and locate landscape impacts coming from landtransformations, in order to compare them with public perception. On alarger scale, indicators are used to translate social preferences in space, fromthe definition of landscape representation models. The assessment methodrelies on visibility analysis functions, improved with visual correction factorsand content analysis operators. Finally, the method proposes an objectiveway to put together subjective landscape perceptions and thus offers aninteresting basis for negotiation.

    The relevant approach is defined by examining its integration potential inexisting management processes. Additionally, the pros and cons of themethod and the tools developed here are described and some finalperspectives are drawn.

  • TABLE DES MATIRES

    Introduction ....................................................................................... 1Problmatique................................................................................... 1

    Contexte actuel ..............................................................................1Implications au niveau du paysage ...................................................3Optiques dintervention ...................................................................5

    But de la recherche............................................................................ 6Cadre gnral ................................................................................6Objectifs de la recherche .................................................................6Mthode de recherche .....................................................................8Justification du choix du cas dtude ............................................... 10

    1. Les Technologies de lInformation et de la Communication pour lanalyse du paysage......................................................................... 11

    Dfinition et objectifs gnraux des SIG ............................................. 12Elments de dfinition des SIG ....................................................... 12Le rle actuel des SIG dans la gestion du territoire ........................... 14Elments de dfinition et de typologie des TIC ................................. 16Les TIC dans lanalyse paysagre ................................................... 18Apports et limites des TIC ............................................................. 20

    Approche envisage ......................................................................... 23Synthse du chapitre ....................................................................... 23

    2. Le concept de paysage ..................................................................... 25Emergence du concept de paysage en Occident ................................... 25

    Origines du concept ...................................................................... 26Dveloppement de la notion .......................................................... 27

    Monte du paysage dans la socit contemporaine............................... 28Tendances gnrales dvolution .................................................... 28Intgration du paysage dans la politique suisse ................................ 29Dveloppement des diffrentes approches dvaluation du paysage .... 31

    Dfinition du paradigme de recherche................................................. 34Problmatique ............................................................................. 34Elments de dfinition .................................................................. 35Fondements du modle postul ...................................................... 38

    Le systme producteur .......................................................... 39Le systme visible................................................................. 39Le systme interprtatif ......................................................... 40

    Description du modle propos ...................................................... 42Synthse du chapitre ....................................................................... 44

    3. Le diagnostic territorial et paysager................................................. 45Elments de dfinition ...................................................................... 46

    La place du diagnostic dans le cycle de dcision ............................... 46Les diffrents types de diagnostics territoriaux ................................. 47Application des principes de diagnostic territorial au diagnostic

    paysager .............................................................................. 48Dmarche gnrale ...................................................................... 51

    Approche critique du diagnostic ......................................................... 53Le rle de lEtat dans le processus dvaluation ................................ 53Les limites du diagnostic ............................................................... 53

    Proposition dune dmarche de diagnostic paysager ............................. 55

  • Table des matires

    Justification du recours aux SIG ..................................................... 55Dmarche propose ...................................................................... 56

    La phase initiale.................................................................... 57Le diagnostic de situation....................................................... 58Le diagnostic de dtail ........................................................... 59

    Synthse du chapitre ....................................................................... 61

    4. Prsentation du cas dtude ............................................................. 63Cadre du diagnostic ......................................................................... 63

    Nature et objectifs de ltude ......................................................... 63Contexte gographique ................................................................. 64

    Choix de la zone dtude................................................................... 65Droulement de ltude .................................................................... 67Synthse du chapitre ....................................................................... 67

    5. Description des perceptions relatives au paysage ........................... 69Fondements de lapproche ................................................................ 70Mthodologie .................................................................................. 71

    Aperu des principales mthodes denqute ..................................... 71Mthode denqute retenue ........................................................... 72Aperu des principales mthodes dchantillonnage ........................... 74Mthode dchantillonnage retenue ................................................. 75Aperu des principales mthodes danalyse du discours ..................... 76Mthode danalyse du discours retenue ........................................... 76

    Rsultats de lanalyse....................................................................... 77La dlimitation gographique de larc jurassien ................................ 77La construction des reprsentations ................................................ 79La perception de la dynamique ....................................................... 80La responsabilit envers le paysage ................................................ 82

    Commentaire des rsultats ............................................................... 83Evaluation de lapproche................................................................... 85Synthse du chapitre ....................................................................... 87

    6. Analyse de la dynamique territoriale et paysagre petite chelle .. 89Fondements de lapproche ................................................................ 90Sources dinformation ...................................................................... 93

    Aperu des principaux types de donnes disponibles ......................... 93Donnes retenues ........................................................................ 95

    Mthodologie .................................................................................. 96Aperu des principaux modes dagrgation thmatique ...................... 96Mode dagrgation thmatique retenu ............................................. 96Aperu des principaux modes dagrgation spatiale ........................... 97Modes dagrgation spatiale retenus ............................................. 100

    Agrgation par zones agricoles ............................................. 100Agrgation par cellules ........................................................ 101

    Aperu des principales mthodes danalyse .................................... 105Mthode danalyse retenue .......................................................... 106

    Description de lvolution du territoire sur le long terme........... 106Description du territoire actuel.............................................. 106Evaluation des tendances dvolution rcente ......................... 107Evaluation des transformations territoriales en termes

    paysagers ................................................................... 109Aperu des principales mthodes de reprsentation spatiale de

    lvolution .......................................................................... 111

  • Table des matires

    Mthode de reprsentation spatiale retenue ................................... 113Rsultats ...................................................................................... 114

    Description de lvolution du territoire dans une perspective historique .......................................................................... 114

    Description du territoire actuel ..................................................... 117Evaluation des tendances dvolution rcente ................................. 121Analyse des processus de relocalisation ......................................... 123Effet des variables gographiques sur la distribution des

    changements territoriaux ..................................................... 124Analyse de la dynamique territoriale par rgions agricoles ............... 126Analyse de la dynamique territoriale ............................................. 129Evaluation des impacts des transformations territoriales sur le

    paysage ............................................................................. 133Commentaire des rsultats ............................................................. 139Evaluation de lapproche................................................................. 141Synthse ...................................................................................... 144

    7. Dfinition de modles de reprsentation sociale du paysage.......... 147Fondements de lapproche .............................................................. 148Mthodologie ................................................................................ 149

    Aperu des principales mthodes de consultation et danalyse .......... 149Mthodes retenues ..................................................................... 149

    Rsultats de lanalyse..................................................................... 151Description des modles ............................................................. 151

    La tendance conservatrice ................................................ 152La tendance pragmatique ................................................. 153La tendance romantique................................................... 154

    Dfinition de critres dvaluation du paysage partir des modles de reprsentation sociale ..................................................... 155La tendance conservatrice ................................................ 155La tendance pragmatique ................................................. 156La tendance romantique................................................... 157

    Commentaire des rsultats ............................................................. 158Justification des rsultats ............................................................ 160

    Evaluation de lapproche................................................................. 162Synthse du chapitre ..................................................................... 164

    8. Analyse du paysage visible............................................................. 165Fondements de lapproche .............................................................. 166Principes et algorithmes de calcul .................................................... 168Sources dinformation .................................................................... 171

    Aperu des principaux types de donnes disponibles ....................... 171Donnes retenues ...................................................................... 172Aperu des paramtres ncessaires lanalyse ............................... 172Paramtres retenus .................................................................... 173

    Mthodologie ................................................................................ 176Aperu des principales mthodes .................................................. 176Mthodes danalyse retenues ....................................................... 180

    Prise en compte de la dimension visuelle................................ 180Facteurs danalyse de contenu .............................................. 184Modlisation des prfrences en indicateurs............................ 186

    Rsultats ...................................................................................... 192Caractrisation des bassins de visibilit ......................................... 192Evaluation qualitative des vues paysagres .................................... 193

  • Table des matires

    Evaluation de lapproche................................................................. 195Synthse ...................................................................................... 198

    Conclusions..................................................................................... 201

    Rfrences...................................................................................... 209Rfrences bibliographiques ............................................................ 210Textes lgaux ............................................................................... 235

    Glossaire des termes principaux ..................................................... 237

    Annexes

    I. Linvention du paysage ...................................................................... 2II. Guide dentretien comment .............................................................. 9III. Modes dagrgation des donnes doccupation du sol ........................... 11IV. Matrice des changements territoriaux ................................................ 12V. Atlas de cartes de la dynamique territoriale 1979-92 ........................... 13VI. Procdures danalyse de visibilit ...................................................... 23VII. La 3me dimension dans les SIG ........................................................ 26

    Les objectifs de la 3D .................................................................. 26Aperu des outils pour la 3D ......................................................... 27La 3D dans les SIG ...................................................................... 28Conclusion ................................................................................. 30

    VIII.Modlisation de la dynamique pastorale ............................................ 32Problmatique de dpart .............................................................. 32Besoin de modles dutilisation du pturage .................................... 34Description des mcanismes de pture ........................................... 34

    Milieu physique .................................................................... 35Milieu biotique ..................................................................... 36Aspects physiologiques et thologiques ................................... 37Stratgies de gestion ............................................................ 38

    Survol des techniques de modlisation de la distribution du btail ...... 40Modles non-contraints ......................................................... 41Modles centre-priphrie ..................................................... 41Modles dynamiques ............................................................ 42

    Conclusion ................................................................................. 44

    Curriculum Vitae

  • LISTE DES FIGURES

    Figure 1: Articulation de la dmarche de diagnostic paysager ......................... 8Figure 2: Cadre mthodologique de recherche ............................................. 9Figure 3: Le paysage linterface des ples environnementaux,

    conomiques et culturels .......................................................... 36Figure 4: Champs dapproche du paysage ................................................. 39Figure 5: La pyramide optique comme mode de construction des images ...... 40Figure 6: Approche systmique du paysage ............................................... 43Figure 7: Phases du cycle de dcision ....................................................... 46Figure 8: Dmarche gnrale de diagnostic paysager .................................. 56Figure 9: Les ensembles morphologiques et les ples urbains de lArc

    jurassien ................................................................................ 65Figure 10: Dlimitation de lArc jurassien suisse et de la zone dtude

    lintrieur du Parc Jurassien Vaudois (PJV) ............................... 66Figure 11: Illustration du procd de structuration des discours des

    enquts, travers un exemple ................................................ 77Figure 12: Reprsentation schmatique de lArc jurassien, base sur

    lidentification des cartes mentales des acteurs au travers de leur discours ........................................................................... 78

    Figure 13: Dmarche danalyse de la dynamique paysagre ........................ 90Figure 14: Approche systmique de la dynamique territoriale ....................... 91Figure 15: Dlimitation des zones agricoles selon le cadastre de la

    production agricole ................................................................ 101Figure 16: Approches statique et dynamique pour lanalyse et la

    cartographie dune information complexe ................................. 102Figure 17: Relation entre la taille de la fentre et la diversit thmatique

    dans une approche par fentres glissantes ................................ 103Figure 18: Exemple de processus de convolution avec un taux de

    recouvrement de 50% ........................................................... 103Figure 19: Comparaison de diffrents types dagrgation .......................... 104Figure 20: Exemple de collection de cartes pour une zone situe dans

    le district de Nyon ................................................................. 112Figure 21: Exemple de cartographie mixte de lvolution du territoire ......... 113Figure 22: Rpartition de lutilisation du sol par rgions agricoles ............... 118Figure 23: Multifonctionnalit territoriale en 1979, en fonction de la

    richesse de loccupation du sol (nombre de classes diffrentes) ... 120Figure 24: Rpartition des classes doccupation du sol en 1979,

    en fonction de valeur de lindice de dominance de Shannon ......... 120Figure 25: Richesse et homognit du territoire en 1979,

    en fonction de la valeur de lindice de diversit de Shannon ........ 121Figure 26: Bilan des changements intervenus dans lutilisation du sol

    de 1979 1992 dans lArc jurassien ........................................ 122Figure 27: Histogramme des gains et pertes de surfaces par classe

    dutilisation du sol de 1979 1992 dans lArc jurassien .............. 123Figure 28: Rpartition des transformations des groupes darbres sur

    SAU en fonction de laltitude ................................................... 125Figure 29: Diagrammes de flux [ha] reprsentant la dynamique

    territoriale en zones de montagne ........................................... 127Figure 30: Diagramme de flux [ha] reprsentant la dynamique

    territoriale en zone des collines ............................................... 128

  • Liste des figures

    Figure 31: Diagramme de flux [ha] reprsentant la dynamique territoriale en zone destivage ................................................. 128

    Figure 32: Diagrammes de flux [ha] reprsentant la dynamique territoriale en zones de plaine ................................................. 129

    Figure 33: Reprsentation des changements territoriaux dominants entre 1979 et 1992 ............................................................... 130

    Figure 34: Intensit des transformations du territoire entre 1979 et 1992, en fonction du nombre de changements survenus dans loccupation du sol ................................................................. 132

    Figure 35: Modification de la diversit territoriale entre 1979 et 1992, en fonction de lvolution de la valeur de lindice de diversit de Shannon .......................................................................... 133

    Figure 36: Tendances dvolution du paysage entre 1979 et 1992 .............. 135Figure 37: Evolution de louverture du paysage entre 1979 et 1992 ............ 136Figure 38: Evolution de la variabilit du paysage entre 1979 et 1992 .......... 136Figure 39: Evolution de la naturalit du paysage entre 1979 et 1992 .......... 137Figure 40: Evolution de la clart du paysage entre 1979 et 1992 ................ 137Figure 41: Illustration du procd de regroupement des reprsentations

    du paysage au niveau des classmes ....................................... 150Figure 42: Dmarche didentification de critres pour lvaluation du

    paysage ............................................................................... 151Figure 43: Exemple de classification des sols en fonction de leur aptitude

    dans le Jura vaudois .............................................................. 156Figure 44: Correspondance des modles de reprsentation du paysage

    avec les diffrents types de valeurs conomiques ...................... 161Figure 45: Schma de lalgorithme de visibilit bas sur le processus

    pixel--pixel ......................................................................... 169Figure 46: Schma de lalgorithme de visibilit bas sur lhistogramme

    des pentes ........................................................................... 170Figure 47: Imbrication de diffrents modles numriques daltitude

    en fonction de la distance dans un approche multi-rsolution ...... 171Figure 48: Exemple de modle laser de surface et de terrain ..................... 171Figure 49: Paramtres dterminant les conditions de visibilit .................... 173Figure 50: Dlimitation des alpages et localisation des points de vue

    pour lanalyse paysagre ........................................................ 174Figure 51: Paysages vus depuis les diffrents points dobservation ............. 175Figure 52: Exemples de visibilit non rciproque ...................................... 177Figure 53: Rsultats danalyses de ligne de vue ....................................... 178Figure 54: Typologie des rsultats danalyse de bassins de visibilit ............ 179Figure 55: Reprsentation de lArc jurassien sous la forme de grille

    de 2x2km et vue 3D en fil de fer ............................................. 180Figure 56: Caractrisation de la visibilit en fonction de la distance ............ 181Figure 57: Caractrisation de la visibilit en fonction de la pente ................ 182Figure 58: Caractrisation de la visibilit en fonction de lorientation ........... 183Figure 59: Interface de la fonction de visibilit avance (viewshed+) .......... 185Figure 60: Dtermination des bassins de visibilit daprs les quatre

    points dobservation .............................................................. 193Figure 61: Vue schmatique des principales classes doccupation du sol ...... 197

  • LISTE DES TABLEAUX

    Tableau 1: Synthse des principales approches dvaluation du paysage ....... 34Tableau 2: Description de lchantillon des personnes interroges en

    fonction de leur formation et de leur activit professionnelle ....... 75Tableau 3: Valeurs moyennes et carts-types4 des classes doccupation

    du sol values pour chaque critre danalyse ......................... 110Tableau 4: Paramtres de chaque point dobservation pour lanalyse de

    visibilit ............................................................................. 176Tableau 5: Description des types de pturages en fonction de leur systme

    de pture et de leurs units cologiques ................................ 187Tableau 6: Classification du territoire en fonction de sa productivit

    herbagre .......................................................................... 187Tableau 7: Catgories de pturages en fonction du taux de boisement

    selon la mthode Patubois .................................................... 188Tableau 8: Valeurs des classes dapprciation du paysage pour la tendance

    conservatrice ...................................................................... 189Tableau 9: Valeurs des classes dapprciation du paysage pour la tendance

    pragmatique ....................................................................... 190Tableau 10: Surfaces planimtriques et perceptuelles des bassins de

    visibilit ............................................................................. 192Tableau 11: Rsultats des prfrences paysagres des diffrents groupes

    sociaux pour les quatre points de vue .................................... 193

  • 1

    INTRODUCTION

    Afin de comprendre ce qui motive la prsente recherche, il est important dedtailler un peu le contexte politique, conomique et social actuel. Onobserve une redfinition des rapports de lhomme son territoire, quidcoule en particulier de la sparation des fonctions dans lespace. Lesimplications au niveau du paysage se traduisent par un clatement de larelation qui le lie la socit. En effet, celui-ci apparat plus comme laconsquence des transformations territoriales que comme un rel projet dedveloppement. La prise de conscience rcente de cette situation fait que lesinterventions pour valoriser le paysage sont le plus souvent de type ractif.

    Avec lmergence dun nouveau souci paysager, des mthodes et desinstruments adapts la problmatique sont ncessaires dans une optiquede prise en compte globale des enjeux, dans le prolongement des ides dudveloppement durable. Ceux-ci doivent en effet tre penss pour intgrerla dimension subjective de lapprciation paysagre et sinsrer dans unprocessus de concertation. La recherche sarticule ainsi autour dunerflexion thorique portant sur la thmatique paysagre et sur ledveloppement mthodologique dune approche de diagnostic.

    PROBLMATIQUE

    CONTEXTE ACTUEL

    Les mutations structurelles apparues dans notre socit ces derniresdcennies ont eu pour effet une redistribution des activits danslespace et par suite, une modification acclre des paysages.Lvolution du contexte conomique et social a ainsi redfini le rapport delhomme son territoire, de mme que sa relation au paysage.

  • Introduction

    2

    La globalisation des marchs, avec pour corollaires laugmentation de ladisponibilit des ressources ainsi que la libralisation des prix, a amen unemodification des modes de gestion des activits traditionnelles(ADAEV, 1998; ARJ, 2000). Une rforme de la politique agricole a tengage en vue damliorer la comptitivit de lagriculture suisse sur lesmarchs internationaux. Elle consiste substituer les subventions lies auxproduits en faveur de prestations cologiques, tout en baissant les cots deproduction. De plus, la rvision de la loi fdrale sur lamnagement duterritoire (LAT) a ouvert la zone agricole la production hors-sol ainsi qudautres types dactivits tertiaires (ACJ, 1999). Cette perspective favoriseune agriculture tourne vers la productivit aux dpens de formesdexploitation plus extensives, dont la viabilit dpend de leurs capacits devalorisation. Le milieu de la foresterie se trouve galement face desquestions conomiques cruciales. Les conditions difficiles du march, demme que la fragilit des structures de gestion, amnent une diminution delentretien des massifs. Face la concurrence des pays nordiques et delEurope de lEst, la production de bois suisse peine tre rentable. Lesrecettes ne permettent pas de financer lensemble des travaux forestiers(ibid.) et partout en Suisse, laccroissement annuel est suprieur lexploitation. Avec le vieillissement des forts, les fonctions protectrices,naturelles et rcratives ne sont plus garanties.

    La sgrgation spatiale entre lhabitat, le lieu de travail et les activits deloisirs (OFEFP, 1998b) a contribu redfinir les modes de vie de lasocit contemporaine. Avec laugmentation de la population, la demandeen surface urbanise na fait que saccrotre (OFS, 2002). Outre lephnomne dtalement urbain (Choay, 1979), un parpillement desconstructions est galement observ. La dispersion des habitations,conjointement avec la dlocalisation des entreprises la recherche duncadre de travail confortable flattant leur image de marque (Ambroise et al.,2000), augmente la dure des dplacements entre le domicile et le lieu detravail. Laccroissement de la mobilit spatiale est favoris par la rductiondu temps de travail et laugmentation des salaires. Cette nouvelledisponibilit en temps libre et en argent ainsi que les modifications delchelle de valeurs de la socit ont favoris le dveloppement des loisirs.Lindividualisme, le souci envers la sant, le got pour laventure (OFEFP,1998b), mais aussi la sensibilisation envers lenvironnement ont exacerb ledsir de nature (Price, 1978). Cette aspiration pour la campagne sexpliquepar une dsaffection des formes de tourisme balnaire et hivernal de masse(Ambroise et al., 2000). Les activits de loisirs en plein air, dpendant trstroitement de la qualit du cadre o elles prennent place, se sontconsidrablement multiplies et diversifies ces dernires annes. Lescongs de courte dure ont contribu la multiplication des rsidencessecondaires et au tourisme de proximit, contrairement aux vacancesannuelles qui encouragent des voyages dans des rgions plus lointaines(Neuray, 1982). Cet intrt pour la nature et les paysages nest pas prt dedcliner, mme en priode de rcession (Price, 1978).

    A la suite de ces bouleversements, le territoire sest instrumentalis. Leschoix damnagement participent dune approche sgrgationniste, qui

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    prne la sparation des fonctions dans lutilisation du sol (van Mansveltet van der Lubbe, 1999). Lespace est fonctionnalis selon son aptitude rpondre un besoin particulier (Luginbhl, in: Marcel, 1989). Ces processusde zoning dans une optique de rentabilisation des pratiques au sens de laCharte dAthnes ne donnent pas toujours de rsultats satisfaisants, que cesoit en termes fonctionnels ou culturels (Neuray, 1982). Ils sont ressentis parcertains comme une dshumanisation, une perte de lidentit territoriale(Rougerie et Beroutchachvili, 1991). La mobilit donne lieu de nouvellesformes derrances qui amnent une rupture du rapport avec la terre(Harrison, 1992). Comme le dit Michel Corajoud (1982), la librationprogressive des contingences territoriales entrane une perte de laterritorialit. Le sens du lieu sefface avec la disparition des points dancragespatiaux et disparat par manque de signifiance (Chenet-Faugeras, 1990). Lasocit actuelle, fonde sur le principe de dislocation, remet en question lesbases de lhabitat et de lthique territoriale (Harrison, 1992).

    IMPLICATIONS AU NIVEAU DU PAYSAGE

    Les conditions actuelles entranent des modifications profondes dans lesmodes d'utilisation du sol, dont la conjonction se traduit par des effetsconsidrables au niveau du paysage. Le processus de slection spatiale despratiques a des consquences diffrentes dans le Moyen-Pays et enmontagne.

    En plaine, un des principaux phnomnes est lartificialisation du milieu.Lespace rural est soumis la pression de lurbanisation. Lamnagement denouvelles zones de constructions et dinfrastructures se fait le plus souvent la place de terres agricoles. Depuis 1950, 150000 ha de surfaces voues lagriculture ont disparu en Suisse (OFEFP, 1998b). Lclatement desstructures urbaines, en particulier le mitage d lparpillement desbtiments rsidentiels, menace lexistence des paysages ruraux ouverts(Neuray, 1982). Si le nombre de domaines agricoles va encore diminuer,lexploitation va par contre en sintensifiant dans les rgions de plaine. Lamcanisation, la lutte chimique contre les parasites et le recours la fumureont pour effet duniformiser les terres et de faire disparatre les lmentspaysagers typiques, tels que les arbres isols ou les haies (OFEFP, 1998b).

    En rgion de montagne, la politique actuelle de rationalisation de lagricultureimplique labandon des domaines les moins rentables o, ni unespcialisation de la production, ni une exploitation titre secondaire ne sontpossibles. Les terres sont soumises des contraintes fortes, dues auxconditions altitudinales et climatiques ainsi qu la configuration du terrain,qui ne permettent souvent pas la mcanisation de simposer (Luginbhl,in: Marcel, 1989). Les zones dlaisses sont envahies par la friche et lesbroussailles, avant de retourner la fort. En mme temps que le paysagese referme, apparaissent des problmes dordre environnemental,conomique et social (Neuray, 1982). Selon les rgions, larrt delexploitation des alpages favorise lrosion, les avalanches et les incendies(Luginbhl, 1991). Bien que passant par un optimum, la biodiversit dessurfaces abandonnes diminue terme. Par ailleurs, la cessation dactivit

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    reprsente une perte conomique sensible, dans la mesure o llevage demontagne, de toute faon plus rentable que lexploitation forestire, permetdamliorer le rendement global de lexploitant de plaine (Neuray, 1982).Socialement, lextension de la fort isole les populations et diminueconsidrablement lintrt touristique, stimul par la succession despassages ouverts et de sous-bois (ibid.). Luginbhl (in: Marcel, 1989) relve,en observant la fermeture des clairires et le dplacement des lisires versles fonds de valles, que laccroissement de la surface forestire en Franceest sans prcdent depuis la priode ayant prcd les grandsdfrichements. Dans limaginaire occidental, la fort trace la limitesymbolique de la civilisation (Harrison, 1992) et l'abandon de l'agriculturemarque ainsi la fin du paysage humanis (Neuray, 1982).

    Luginbhl (in: Marcel, 1989) a anticip les formes que prendrait lepaysage agricole des annes 2000 en distinguant les images duneagriculture technologique et spcialise dans les zones propices de plaine,celles des reliques dune exploitation extensive dans les rgions peucontraignantes de montagne et finalement celles lies la productionforestire et des pratiques proches de la nature dans les secteurs nereprsentant pas denjeux conomiques importants. Ces nouveaux paysagesse constituent de manire presque spontane: bien que dorigineanthropique, les changements qui modifient leur aspect ne relve pas dunprojet paysager rflchi (Clment, 1993), mais de lexercice de pratiquesterritoriales dont on ne mesure pas bien la porte sur le paysage. Le mondeagricole reprsente seulement 4% de la population totale du pays, mais gre40% du territoire. Ainsi, lagriculture joue un rle primordial dans lemodelage des paysages, en particulier en rgion de montagne, etparadoxalement, cela est dautant plus apparent avec la diminution de sonemprise sur le sol. Lempreinte de lexploitation agricole sur nos paysagestait tellement admise quon ne la remarquait plus et cest justement laremise en question de sa prennit qui fait ressortir sa capacit entretenirle territoire (Neuray, 1982; Luginbhl, 1991).

    Le paysage daujourdhui rsulte de leffacement de la relation qui lielindividu avec son cadre de vie et dexpriences. Il est issu dune miseen valeur contraste du territoire, dont lvolution dpasse, au moins enpartie, la matrise de lhomme. Traditionnellement, les relations de savoir-faire et de savoir-vivre avec un espace dterminaient des rgles decomportement tacites, dont la socit actuelle se dpartit de plus en plus(Gorgeu et Jenkins, 1995). Plutt que de sinscrire dans le contexte local, lesmodles dinterventions territoriaux sont dicts par des normes et desintrts externes quil est difficile dorienter (ibid.). La juxtaposition dobjetsindpendants sans souci de cohrence ainsi que luniformisation des surfacescrent un espace de discontinuit, dont les formes paysagres, qui semblentchapper au contrle social (Donadieu, in: Berque, 1994), sont dpouillesde toute signification identitaire. Pour signifier la disparition de paysagesspcifiques ns de laction de groupes sociaux particuliers au profit dunitsmonospcifiques, Bertrand (1978) parlait dj de paysages clats.

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    OPTIQUES DINTERVENTION

    Bien que le paysage soit principalement soumis leffet indirect despratiques territoriales, son volution peut galement tre le produit destratgies dlibres ou dfinies en raction lordre des choses. Dunemanire gnrale, il peut tre pris en compte de deux manirescontradictoires (Nakamura et al., 1993), dont les modles de rfrencediffrent.

    Dans le contexte actuel de dynamique forte des formes du territoire, uneoptique dimmobilisme sest mise en place en raction aux atteintesobserves sur le paysage. La gestion de ce dernier est envisage sous langlede la protection de ses caractristiques dignes dintrt et de la rparationde sites dtriors. La paralysie des paysages ainsi que linclinationnostalgique retrouver des modles disparus traduisent un malaise de lasocit, tourmente par lide de voir ses repres visuels disparatre(Donadieu, in: Berque, 1994). Bien que justifie du point de vue de laprservation des espces vivantes et de la biodiversit, cette approcheconservationniste, influence par les modes de pense de lcologie, favoriselmergence de motifs nanmoins artificiels, sous le couvert de lauthentique,du traditionnel et du rgional (Racine, in: Dagognet et al., 1982; Eco, 1985;Luginbhl, in: Marcel, 1989; Crettaz, 1997). Par ailleurs se pose le problmede la rfrence identitaire prconise et de sa justification temporelle(Chtelat, 1997). En mme temps quil traduit un manque dimagination etdoriginalit, le refuge dans des motifs picturaux et littraires dsuets(Donadieu, in: Berque, 1994), traits selon une esthtique postmoderne,mne la constitution dun genre paysager composite qui privilgielapparence sur le contenu (Luginbhl, in: Marcel, 1989).

    La seconde optique aborde le paysage en termes de pense cratrice etdonc de projet. De mme que la gestion du territoire rpond desquestionnements et des objectifs spcifiques de dveloppement, celle dupaysage doit tre envisage de la mme manire. Plutt que de contraindrelvolution de la socit, cette approche, de sensibilit architecturale,prconise la recherche dun mode dinsertion et de cohabitation des formesspatiales dans le paysage. Ce souci dintgration vise la constitution dunpaysage en mouvement, phmre et fluide, caractristique de lremdiatise (Nakamura et al., 1993). Cette approche connat plusieurslimites, dont la premire est sans doute linconsquence de ralisations quise restreignent des intentions dcoratives (Donadieu, in: Berque, 1994).La seconde rside dans la rsistance naturelle de ltre humain auchangement (Luginbhl, 1991), particulirement dans les civilisationseuropennes, marques par la mmoire dun important pass culturel etlide traditionnelle de lespace vu comme ternel (Nakamura et al., 1993).

    Ainsi, les pratiques damnagement du paysage hsitent entreconservation et dveloppement (Donadieu, in: Berque, 1994).Paradoxalement, dans notre socit de rationalisation, le regard descriptif,attach lexistence et la valeur des lments spatiaux, prime surlapproche oriente sur leur structure et leur organisation. Que ce soit en

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    milieu urbain ou, plus encore, la campagne, le paysage est souvent vu dansune perspective traditionnelle qui privilgie le monument dfaut du site etdes traces de la vie quotidienne (Cueco, 1982). La construction dimitationsde paysages classiques tmoigne des bouleversements territoriaux actuels(Nakamura et al., 1993). Cette fuite face la ralit traduit langoisse deperdre, avec lartificialisation croissante du territoire, la sparation entrelespace civilis et le milieu sauvage, cette frontire dextriorit qui donneson fondement lhabiter (Harrison, 1992).

    BUT DE LA RECHERCHE

    CADRE GNRAL

    On observe aujourdhui une tendance la redcouverte du paysagedans les politiques de dveloppement et damnagement (Gorgeu etJenkins, 1995). En approuvant la conception Paysage suisse (OFEFP,1998a), le Conseil Fdral a ainsi manifest le besoin de maintenir etd'entretenir des paysages multifonctionnels varis et de renforcer lespartenariats entre ceux qui les utilisent et ceux qui les protgent. La questionpaysagre sest dmocratise sous la pression de lopinion publique, telpoint quelle est devenue laffaire de tous. Cette prise de conscience rpond un enjeu collectif, qui vise intgrer le paysage dans un projet social et valoriser son potentiel.

    Lapproche de type intgrationniste qui a cours aujourdhui (vanMansvelt et van der Lubbe, 1999) prne la multi-fonctionnalit et linsertiondans le contexte la fois spatial et social. Plutt que de favoriser uneutilisation spcialise du sol, amenant, force de rationalisation despratiques, une uniformisation des paysages, lide est ici de faire cohabiterles fonctions dans le territoire, dans le souci de satisfaire des objectifsmultiples. Pour cela, les conditions de site sont fondamentales pour dfinirles usages les mieux adapts lespace et aux groupes sociaux (Bennett etal., in: Turner, 1990). Cette forme de rgionalisme critique (Bourassa, 1991)repose trs fortement sur lengagement collectif des populations dans ledbat social autour du paysage (Donadieu, in: Berque, 1994). La rechercheet la formulation dun projet qui prenne en considration les proccupationsde chacun permet de dvelopper des logiques damnagement mieuxrflchies (Gorgeu et Jenkins, 1995). Lintgration des diffrents groupesdintrt dans llaboration de stratgies paysagres favorise une meilleureacceptation publique de celles-ci, vitant ainsi les actions prtextes sans relfondement culturel (Donadieu, in: Berque, 1994).

    OBJECTIFS DE LA RECHERCHE

    Bien que faisant lobjet denjeux importants, la dimension paysagre n'estpas vidente prendre en compte de manire concrte dans les pratiques degestion et d'amnagement de l'espace. Face des intrts immdiatementchiffrables, une importance moindre a jusqu prsent t attribue auxconsidrations d'ordre paysager. Les approches dvaluation existantes tant

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    la plupart du temps trs implicites, il existe un rel besoin de mthodes etdinstruments pour mieux prendre en compte le paysage.

    La prsente recherche a pour but de proposer une dmarche formalisedvaluation du paysage qui repose sur lutilisation de systmesdinformation gographique. Comme une approche globale intgrant diffrentes chelles lensemble des enjeux politiques, conomiques,culturels, esthtiques, thiques et environnementaux nest raisonnablementpas envisageable, la solution prconise procde de la volont de rapprocherles proccupations sociales de la ralit spatiale, dans une perspective degestion participative du paysage. Plus prcisment, elle sarticule autour dedeux objectifs spcifiques:

    1. Le premier objectif consiste dcrire et analyser le paysage petitechelle en partant de linformation disponible sur le territoire.Pouvoir identifier ce qui fait le paysage dune rgion, ses forces, sesfaiblesses ainsi que le sens de son volution est primordial, en particulierpour mettre en place des programmes de dveloppement rgional ou deschartes paysagres. Une rflexion mthodologique dans ce sens savredonc indispensable pour permettre de confronter ltat actuel du paysageaux perceptions des acteurs et ce qui est considr comme son volutionsouhaitable, afin de pouvoir orienter judicieusement les choixdamnagement. Dans la prsente approche, le paysage est analys vialutilisation du sol, laide dindices et de critres spcifiques.

    2. Le second objectif vise valuer le paysage visible grande chelleen fonction des reprsentations quen ont les acteurs. Une desprincipales difficults pour parvenir une gestion intgre rside danslidentification des reprsentations sociales du paysage et leur significationconcrte. Si les mcanismes de perception et dapprciation sont de mieuxen mieux connus et que les prfrences des acteurs commencent trevalues de faon plus claire, le problme subsiste de retranscrire leurspoints de vue de manire explicite dans des cas appliqus. Lide retenueest danalyser les reprsentations du paysage chez les acteurs et de lestraduire en modles dvaluation, bass sur des indicateurs spatialiss.

    La premire approche est ainsi oriente sur le territoire petite chelle, alorsque la seconde lest sur les acteurs grande chelle. Ce choix dchellesse justifie par le fait qu lchelon (supra-)rgional correspond gnralementune dimension stratgique, compar lchelon local, qui est plusoprationnel et possde par ailleurs une charge identitaire forte.

    La prsente recherche est de nature exploratoire. A travers la doubleapproche prconise, petite, puis grande chelle, elle vise donner unevue densemble des diffrents lments en jeu dans le diagnostic du paysage(Figure 1). La dmarche de diagnostic paysager propose dans ce travailrepose sur lutilisation des technologies de linformation et de lacommunication (TIC), en particulier des systmes dinformationgographique (SIG). Ceux-ci offrent un cadre adapt, la fois pourmodliser la ralit spatiale, en tant que support social et conomique descollectivits, et pour intgrer les proccupations des acteurs. Les

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    potentialits de structuration, de visualisation et d'analyse de l'informationque les SIG prsentent, associes celles des outils de reprsentation et desimulation, en font des instruments efficaces de communication et daide la gestion, qui permettent dorienter en toute connaissance de cause lesinterventions sur le territoire et le paysage.

    Ce projet vise faire avancer conjointement les connaissances thoriques enmatire de paysage et de SIG ainsi que leurs applications dans le contextedu diagnostic. En termes de rsultats, ce travail apporte les clairagessuivants: valuation des SIG et des technologies de linformation dans le domaine du

    paysage et proposition dune approche (chapitre 1); clarification du concept de paysage et formalisation dun modle danalyse

    (chapitre 2); proposition dune dmarche thorique de diagnostic paysager (chapitre 3); application de la dmarche lanalyse du cas de lArc jurassien (chapitres

    4 8); valuation de la dmarche et perspectives (chapitre 9).

    MTHODE DE RECHERCHE

    La mthode de recherche adopte dans le prsent travail comporte deuxgrandes phases: le dveloppement thorique de la dmarche dediagnostic et son application une tude de cas (Figure 2). Situe touten amont de la recherche, la construction dun cadre thorique, fonde surune revue littraire extensive, amne des lments de dfinition desconcepts centraux de la recherche (i.e. les technologies de linformation et lepaysage) et dtermine pour chacun deux les principaux clairages existants.Des choix la fois conceptuels et mthodologiques sont ensuite oprs sur

    Figure 1: Articulation de la dmarche de diagnostic paysager.

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    cette base pour permettre de formaliser une dmarche de diagnosticpaysager. Cette dernire est ensuite applique au cas de lArc jurassien, pourlequel la concrtisation et la validit de lapproche sont discutes. Comme lagnralisation de la dmarche ne peut tre dmontre dans le contexteempirique de cette recherche, elle est value du point de vue de sarplicabilit. Par voie de rtroaction, cette tape amne en guise deconclusion des commentaires sur les choix mthodologiques effectus et laformalisation de la dmarche initiale.

    Comme lide de dpart est de proposer une dmarche de diagnosticpaysager qui repose sur lutilisation des technologies de linformation, lechapitre 1 prsente ces dernires et dfinit dans quelle optique elles sontenvisages dans ce travail. Une typologie des approches ainsi quun aperudes diffrents niveaux dutilisation des SIG sont proposs sur la base duneanalyse de la littrature. Ce tour dhorizon permet de dresser le constat selonlequel lusage qui est fait des SIG dans les pratiques de gestion territorialeest encore basique. Il ressort cependant, partir de linventaire destechnologies de linformation et de la communication, que ces outilsprsentent un rel potentiel pour laide la dcision. Les principaux typesdapplication dans le domaine du paysage sont dcrits pour aboutir ladfinition de lapproche technologique postule dans cette recherche.

    Le chapitre 2 aborde le concept de paysage. Il est prsent parlintermdiaire dune approche rtrospective, des origines nos jours, basesur une recherche monographique, qui fait ressortir toute la complexit de lanotion. Celle-ci vient clairer la manire dont le paysage a volu dans lespolitiques territoriales du monde occidental et plus particulirement enSuisse. Par ailleurs, elle permet, dans une perspective pistmologique, demieux comprendre les grandes tendances de lvaluation du paysage et desituer leur ancrage thorique. La proposition dune dfinition du paysage etla formulation dun modle systmique permettent finalement de positionnerla prsente recherche par rapport aux approches prexistantes.

    Figure 2: Cadre mthodologique de recherche.

    Construction ducadre thorique

    Construction ducadre thorique

    Choix conceptuelset mthodologiques

    Choix conceptuelset mthodologiques

    Formalisationde la dmarche

    Formalisationde la dmarche

    TUDE DE CASDVELOPPEMENT THORIQUE

    Mise en uvrede la dmarche

    Mise en uvrede la dmarche

    valuationde la dmarche

    valuationde la dmarche

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    Vu le peu de rfrences existantes en matire de diagnostic paysager, cedernier est envisag travers le diagnostic territorial (chapitre 3). Latypologie prsente amne les bases du questionnement et des objectifsgnraux de tout diagnostic et a pour but de faire ressortir les difficults lies sa mise en oeuvre. Les problmes lis laccs aux donnes et leurtraitement, ainsi que les questions dchelle, justifient ainsi le recours auxtechnologies de linformation dans les processus de diagnostic. La dmarchedvaluation paysagre prsente au terme de ce chapitre est ainsi centresur lintgration des acteurs concerns et des donnes pertinentes dans uneperspective multiscalaire.

    La dmarche de diagnostic est illustre par son application au cas de lArcjurassien. Le chapitre 4 dcrit brivement le contexte et le cadre de ltude.Une analyse de contenu du discours des gestionnaires du territoire, recueillisdans le cadre dune srie dentretiens, permet de caractriser les acteurs etde leurs perceptions du paysage (chapitre 5). Paralllement, le paysage estcaractris petite chelle sur la base dune analyse de lutilisation du sol etde sa dynamique (chapitre 6). La dmarche est value ce stade deltude et les premires conclusions sont tires.

    La ralisation du diagnostic grande chelle passe par la traduction desperceptions des acteurs identifies dans le chapitre 5 en modles sociaux dereprsentation du paysage, pour chacun desquels des critres dapprciationsont formuls (chapitre 7). Les indicateurs spatiaux dvelopps partir deces derniers sont prsents et mis en oeuvre dans le cadre des analyses devisibilit du chapitre 8. Une valuation de lapproche est propose enconclusion.

    Le chapitre 9 clture ce rapport en synthtisant les principaux apports de larecherche et en proposant quelques perspectives.

    JUSTIFICATION DU CHOIX DU CAS DTUDE

    LArc jurassien a t choisi comme cas dtude pour appliquer la dmarchede diagnostic paysager dveloppe dans cette recherche. Ce territoire secaractrise par un milieu semi-naturel diversifi, mais fragile, ainsi que desactivits primaires et secondaires traditionnelles en pleine mutation. Cetteconjonction particulire dlments en fait un paysage anthropognecaractristique actuellement en transition. Cette rgion dfinit ainsi unthme privilgi de recherche au sein du WSL, particulirement de sonantenne romande.

    LArc jurassien constitue ds lors une zone de dveloppementmthodologique, base sur des analyses gographiques diffrenteschelles. Lapproche factuelle petite chelle prend la chane dans sonensemble, alors que lapproche sensible grande chelle se concentre surune succession de trois pturages proches du Marchairuz, dans le Haut-Juravaudois. Ce dernier choix sest impos car lauteur de ces lignes avait uneconnaissance pralable du site et des donnes disponibles, provenant de sonexprience dans le dveloppement du SIG du Parc Jurassien Vaudois(Chtelat, 1998).

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    1LES TECHNOLOGIES DE L INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION POUR LANALYSE DU PAYSAGE

    Sous leffet de lacclration des rythmes conomiques et sociaux et de laredistribution des activits territoriales (Thriault, 1996), le mondecontemporain a vu la demande en terrains et en ressources augmenter(Burrough et McDonnell, 1998). La multiplication des enjeux rend lesprocessus de dcision de plus en plus complexes (Thriault, 1996) et lesprithumain se retrouve confront ses propres limites (Zachary, 1988). Face la masse dinformations traiter, il devient difficile dorganiser les contenus,de les mettre en cohrence et de les analyser de manire fiable.

    Laurini et Thompson (1992) estiment quenviron 80% des dcisionspossdent une composante spatiale, que ce soit lchelon national ou local.En effet, la gestion du territoire ncessite de comprendre les lments et lesstructures, la fois spatiales et temporelles, qui le dfinissent ainsi que lesprocessus qui dterminent leur existence (Burrough et McDonnell, 1998).Mais rpondre des questions de porte gographique requiert la fois dessources de donnes et des moyens de les traiter (Longley et al., 1999;Bishop, 2000). La disponibilit en informations sur lenvironnement naturelet culturel sest considrablement accrue ces dernires annes, tmoignantdun souci croissant pour la gestion du territoire (Maguire et al., 1991;Burrough et McDonnell, 1998). Les systmes dinformation gographique(SIG) sont ainsi apparus comme un moyen efficace dintgrer et de mettreen relation diffrentes sources de donnes par le biais de la rfrencespatiale (Maguire et al., 1991).

  • Les Technologies de lInformation et de la Communication pour lanalyse du paysage

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    Lobjectif de ce chapitre est de donner une vue densemble des technologiesde linformation et de la communication (TIC) et de prciser comment ellessont envisages dans la prsente recherche. En prambule, un tour dhorizondes principales approches SIG et de leurs rles dans les pratiquesterritoriales donne quelques lments de dfinition. En complment, les TICsont prsentes dans le cadre gnral de la gestion du territoire, puis plusparticulirement dans celui de lanalyse du paysage. Un bilan de leursapports et limites est propos et vient justifier loptique retenue dans cetravail.

    DFINITION ET OBJECTIFS GNRAUX DES SIG

    ELMENTS DE DFINITION DES SIG

    Traditionnellement, les SIG sont prsents comme un ensemble deprincipes, de mthodes, dinstruments et de donnes rfrencespatiale utiliss pour saisir, conserver, transformer, analyser,modliser, simuler et cartographier les phnomnes et les processusdistribus dans lespace gographique (Thriault, 1996). Ils doiventbeaucoup un ensemble de disciplines auxquelles ils empruntent. On peutdistinguer les domaines plutt thoriques comme la gographie,linformatique, la statistique, la gomtrie, lintelligence artificielle, lasmiologie, les sciences cognitives, la linguistique ou la psychologie (Lauriniet Thompson, 1992; Fischer et al., 1996) et les domaines appliqus commela cartographie, la CAO/DAO, la photogrammtrie, la tldtection, les basesde donnes ou lingnierie (Maguire et al., 1991; Laurini et Thompson, 1992;Korte, 1997; Burrough et McDonnell, 1998).

    Maguire et al. (1991), repris par Burrough et McDonnell (1998), ont fait unetypologie des SIG, qui met en lumire diffrentes approches, tmoignant dela sensibilit des auteurs:

    Les SIG considrs comme botes--outils: cette approche estprincipalement oriente sur les aspects technologiques et les fonctionsdanalyse offertes par le systme. Dune manire gnrale, les SIG sontvus comme une technologie informatique permettant de rpondre desquestions gographiques (Maguire et al., 1991; Longley et al., 1999). Pourles cartographes et les amnagistes, ils sont un outil capable deffectuerdes oprations sur des donnes gographiques, quil serait irralisable outrop coteux de faire la main (Longley et al., 2001). Plus prcisment,ils consistent en un ensemble puissant doutils permettant de traiter desdonnes spatiales dans un but particulier (Burrough, 1986; Dangermond,1992; Mullon et Boursier, 1992; Obermeyer et Pinto, 1994; Korte, 1997;Curry, 1998).

    Les SIG considrs comme bases de donnes: un accent particulier estmis ici sur la spcificit de la structuration de donnes spatiales. Les SIGsont vus comme un cas particulier de systme dinformation, dans lequella localisation gographique est une caractristique importante delanalyse (Aronoff, 1991). La particularit de la base de donnes rside

  • Les Technologies de lInformation et de la Communication pour lanalyse du paysage

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    dans sa capacit modliser des objets, des activits et des phnomnesdistribus dans lespace et qui partagent des relations topologiques(Dueker, 1979, cit dans Maguire et al., 1991). La plupart des informationssont en effet spatialement indexes lintrieur de la base de donnes etfont lobjet de procdures spcifiques (requtes et analyses) en rponse des questionnements dordre spatial (Smith et al., 1987, cits dansBurrough et McDonnell, 1998; Fischer et al., 1996).

    Les SIG considrs en termes dlments organisationnels: cetteapproche insiste sur lintgration des SIG dans les institutions, et leur rlecomme outil daide la dcision (Pornon, 1993). Ils sinsrent dans unenvironnement de rsolution de problmes (Cowen, 1988, cit dansMaguire et al., 1991) et dpendent dune structure organisationnelle,dune certaine expertise ainsi que dun support financier continu dans letemps (Carter, 1989, cit dans Burrough et McDonnell, 1998). Plus que lasomme des fonctions disponibles dans le systme, cest leur utilit pour lesprofessionnels dans leur activit de gestion qui compte (Ozemoy et al.,1981, cits dans Maguire et al., 1991; Cowen et al., 1991, cits dansThriault, 1996).

    Ces diffrentes approches ne sont pas exclusives, mais dfinissent aucontraire de manire complmentaire les principaux constituants des SIG(Dickinson et al., 1988, cits dans Thriault, 1996; Maguire et al., 1991). Cesderniers sont donc un ensemble intgr de composantes(i)_technologiques, relevant de lenvironnement matriel et logiciel, delarchitecture du systme ainsi que du dveloppement de fonctionsdanalyse; (ii) informatives, dpendant dune base de donnes la foisgographiques et attributaires; et (iii) infrastructurelles, impliquant dupersonnel et des comptences (liveware) qui oprent dans un contexteinstitutionnel.

    Dautres classifications ont t proposes, comme par exemple celle quicatgorise les SIG en fonction des diffrents types dapplicationsauxquelles ils rpondent (Maguire et al., 1991). La multitude desthmatiques, que ce soit dans le domaine de lamnagement urbain etrgional, du gnie civil, de larchologie, de la foresterie ou de larchitecturedu paysage, vient en effet nourrir la rflexion fondamentale portant sur lesSIG (Laurini et Thompson, 1992; Longley et al., 2001). Dans cetteperspective fonctionnelle, les distinctions se font au niveau de ltenduespatiale et de lchelle dapproche, de la nature des tches effectuer, dugenre dorganisation et du niveau de dcision en jeu (Nyerges, in: Goodchildet al., 1993). Mullon et Boursier (1992) ont identifi trois grands groupes deSIG en fonction des applications. Le premier porte sur des espaces restreints,pour lesquels une connaissance fine et un suivi sont ncessaires. Celle-ciimplique lacquisition et le stockage de donnes grande chelle (infrieurau 1:10000), dont limportance des cots se justifie par la frquence destraitements. Ce type dapplications concerne les services techniques descollectivits locales, tels que ceux qui sont responsables de la gestion ducadastre, des rseaux ou du mobilier urbain. Le second groupe se rapporte des activits plus ponctuelles moyenne chelle (jusquau 1:100000),

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    pour lesquelles des analyses spcifiques sont indispensables. Il sagit destudes dingnierie routire, de scurit civile ou de gestion des ressourcesnaturelles. Finalement, le troisime type dapplications se limite des jeuxde donnes existants petite chelle et des traitements simples, tels queceux utiliss dans la cartographie thmatique de donnes dmographiques,politiques, socio-conomiques ou commerciales (gomarketing). Mullon etBoursier (1992) relvent par ailleurs le cas particulier de lutilisation des SIGdans certains domaines, qui intgrent des chelles trs diverses et mettentlaccent sur les possibilits danalyse spatiale et de simulation plutt que surles aspects de gestion de donnes gorfrences. Les tudes dimpacts surlenvironnement et damnagement rgional ou national, les observatoiresdu territoire ainsi que les projets de recherche acadmiques (modlisationenvironnementale et cosystmique) entrent dans cette catgorie.

    LE RLE ACTUEL DES SIG DANS LA GESTION DU TERRITOIRE

    Les SIG remplissent de nombreuses fonctions diffrents niveaux.Lutilisation quen font les gestionnaires va de lemploi simple de la base dedonnes comme mmoire du territoire la ralisation danalyses plussophistiques, sur lesquelles les acteurs peuvent sappuyer pour prendreleurs dcisions. Globalement, on peut rsumer le rle des SIG en trois pointsinterdpendants (Maguire et al., 1991; Nyerges, in: Goodchild et al., 1993).

    Le premier rle correspond la fonction darchivage de donnes dans unestructure informatise, plus ou moins centralise. Le SIG correspond unsystme de transactions permettant de raliser des oprations simples, maisfrquentes, de gestion des donnes (Maguire et al., 1991). Il possde lacapacit dorganiser des grands volumes dinformations de maniresystmatique lintrieur dune base de donnes (Aronoff, 1991;Dangermond, 1992; Nyerges, in: Goodchild et al., 1993) et a pour butdassurer la compltude et la fracheur des informations utiles aumanagement territorial (Golay et Riedo, 2001). Dans un grand nombredapplications, en particulier dans la gestion des rseaux urbains et desressources naturelles, les SIG sont donc principalement utiliss comme unmoyen de stockage, dinventaire et de mise jour de linformation territoriale(Pornon, 1993; Obermeyer et Pinto, 1994; Longley et al., 2001).

    Paralllement leur fonction darchivage, les SIG sont souvent vus commeun moyen de production de cartes. Si cette vision grand public (Longleyet al., 2001), vhicule par les services de topographie et de cartographie(Maguire et al., 1991; Nyerges, in: Goodchild et al., 1993), est rductrice, ilne faut cependant pas nier limportance de la reprsentation de donnes(Nyerges, in: Goodchild et al., 1993). Elle joue en effet un rle important desynthse dans la comprhension des phnomnes spatiaux et peut savrerun outil de sensibilisation trs performant. En amont du processus deconception du systme, ltape de modlisation du territoire consistegalement en un instrument de communication prcieux. Elle permet eneffet de constituer un langage commun tous les acteurs et de donner unevision partage du monde. La dfinition dun modle de donnes cohrent

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    facilite ainsi lidentification des problmes et le dialogue entre les diffrentspartenaires. Cette phase est pralable lexploitation et lanalyse dedonnes.

    Le troisime rle attribu aux SIG est celui doutil danalyse et daide ladcision. Par rapport aux logiciels de CAO/DAO, les SIG permettent en effetde grer des donnes attributaires ainsi que les relations spatiales et sont,de ce fait, mieux adapts lanalyse de donnes gographiques (Obermeyeret Pinto, 1994; Korte, 1997). Des oprations telles que la slection, latransformation, le tri, lagrgation ou le croisement de donnes (Golay etRiedo, 2001), inities dans les travaux fondateurs de McHarg (1969),consistent transformer des donnes brutes en informations spatiales utilespour aider les dcideurs dans leurs tches (Maguire et al., 1991; Longley etal., 2001). Afin danalyser les impacts des politiques territoriales et dorienterles stratgies de dveloppement, les SIG doivent aider gnrer desscnarios et prvoir des potentiels dvolution (Fischer et al., 1996). Letraitement des donnes gographiques doit ainsi permettre de dgager lestraits dominants de lorganisation du territoire, de construire des modles desimulation (Thriault, 1996) et dintgrer des mthodes multicritres (Golayet Riedo, 2001) dans une perspective de management. Au nombre destravaux dans ce domaine, mentionnons les systmes daide la dcision rfrence spatiale plutt orients sur les aspects mthodologiques (Denshan,in: Maguire et al., 1991; Chevallier, 1994; Joerin, 1998) et les outils deSpatial On-Line Analytical Processing, plutt ax sur larchitecture desystmes informatiques portables et participatifs (Gonzales, 1999; Rivest etal., 2001; Bdard et al., 2003).

    Lutilisation qui est faite des SIG dans la pratique dpend de la perception delutilisateur ainsi que des objectifs viss par lapplication (Maguire et al.,1991). Les SIG sont tout la fois des mmoires du territoire, des moyens decartographie, des botes outils, des ressources, des technologies, maisaussi des cadres de pense (Laurini et Thompson, 1992). Aprs la priode dedveloppement et dinnovation des annes 1960-70, lpoque decommercialisation des solutions goinformatiques des annes 1980-90, lesSIG sont aujourdhui dans une phase de mise en exploitation (Longley et al.,2001). La plupart des applications territoriales sont en dveloppement etconsistent principalement en des outils darchivage et de cartographie. Lesdonnes sont encore en cours dacquisition et lanalyse se rsumegnralement quelques fonctions assez simples (Roche et Hodel, 2004).Selon la typologie de Crain et MacDonald (1984, cits dans Maguire et al.,1991), les SIG se situent actuellement entre la phase dinventaire dedonnes et celle danalyse; le potentiel daide la dcision resteencore sous-exploit (Joliveau, 2003). Ceci est d dune part au fait queles fonctionnalits danalyse ne se sont pas dveloppes au mme rythmeque le hardware et le software (Aangeenbrug, 1991; Thriault, 1996) et queles produits proposs sur le march ne rpondaient que partiellement auxbesoins daide la dcision (Mullon et Boursier, 1992). Dautre part, lamconnaissance des capacits danalyse et labsence de mthodologieadapte la gestion du territoire rendaient les SIG difficilement aptes

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    reprsenter les pratiques de tous les jours (Curry, 1998; Roche et Hodel,2004).

    ELMENTS DE DFINITION ET DE TYPOLOGIE DES TIC

    Si certaines applications SIG se limitent constituer des entrepts dedonnes ou reproduire les activits traditionnellement assumes par lacartographie (Chevallier, 1994), il existe un potentiel technologique qui vaau-del de lautomatisation des tches traditionnelles (Longley et al., 2001;Golay et Riedo, 2001). A la croise de linformatique, des tl-communications et de laudiovisuel, les Technologies de lInformation et dela Communication (TIC) offrent des voies prometteuses pour laide ladcision. Elles sont dfinies comme un ensemble de moyens techniquesutiliss pour traiter, modifier et changer de linformation et plusspcifiquement des donnes numrises. Elles intgrent lestechnologies de diffrents domaines spcialiss comme ceux de lagomatique ou du multimedia (Joliveau, 1994) et tirent parti de laccs auxrseaux, en particulier internet, pour rechercher, accder, publier ainsi quedissminer de linformation et communiquer et collaborer entre utilisateurs(Orland et al., 2001).

    Zachary (1988), repris par Golay et Riedo (2001), a dcrit les difficults quiinterviennent dans les processus de dcision et les apports que les TICpeuvent apporter en rponse aux besoins des gestionnaires. Dans lapremire phase de la dmarche, un soin particulier doit tre mis dans ladfinition du problme et la description du contexte organisationnel. Dans lamesure o les dcisions sont structures par le dsir de raliser des objectifs,il est important de comprendre comment le dcideur peroit la situation parrapport sa manifestation dans la ralit et daboutir une hirarchisationdes objectifs atteindre. Pour cela, les outils de modlisation sont dunegrande aide pour apprhender un problme et dcomposer les lments quile constituent.

    La phase danalyse de la situation et dvaluation rvle des contraintes plusnombreuses, aussi bien dans la gestion de linformation, dans lexcutiondoprations que dans la recherche prospective. Elles peuvent tre rsumesde la manire suivante (Zachary, 1988; Edwards, 2000):

    Pour traiter linformation, lesprit fait appel la mmoire de travail, quimobilise la fois des souvenirs court et long terme. La mmoire estslective et est structure de telle sorte que les informations rcentes sontprivilgies. Bien que toute relative, la capacit de stockage et daccs linformation est par ailleurs un facteur limitant. Vus ces problmes dedisponibilit de la connaissance et de mise en cohrence descontenus, la prise de dcision est donc base sur une information non-exhaustive.

    Le raisonnement, fonctionnant de faon squentielle, est ralenti aveclaugmentation du nombre et de la complexit des informations traiter.Le cerveau a une capacit limite effectuer des oprations

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    cognitives (comparaison, combinaison, dduction) et plus encorenumriques. Il comporte de plus des risques derreur.

    Si lesprit humain permet dimaginer des scnarios globaux dvolution, ilest beaucoup plus difficile dvaluer concrtement leurs effets potentielssur le territoire diffrents stades. Le dcideur est confront desproblmes de reprsentation et de projection de linformation danslespace et dans le temps.

    Pour pallier ces limitations, Zachary (ibid.) a identifi plusieurs catgoriesdoutils qui permettent dorienter et dappuyer les dcisions desgestionnaires.

    Les techniques de contrle de linformation, telles que les bases dedonnes, donnent la possibilit dorganiser diffrentes sources de donnescomplexes et volumineuses sur la base de relations et dassociations. Ellesoffrent ainsi un moyen daccder tout moment toute linformationncessaire dans une situation particulire. Paralllement, les bases deconnaissances, fondes en particulier sur les principes de lintelligenceartificielle telles que les rgles dinfrence (Coulson et al., 1991),permettent de structurer le savoir et de dvelopper une comprhension duterritoire par phnomnes plutt quune simple description des lmentsqui le constituent (Golay et Riedo, 2001).

    Les mthodes danalyse et de raisonnement sont destines faireressortir et expliquer des processus spatiaux. Les techniques de lanalysespatiale et de lintelligence artificielle permettent de cerner lefonctionnement du systme territorial en cherchant dfinir sescaractristiques et les mettre en relation pour tablir des liens decausalit, tels que des relations de proximit, de dispersion ou deconnectivit (Collet, 1992).

    Les modles de processus, comme les automates cellulaires ou lessystmes multi-agents par exemple, visent, grce la dfinition de rglesde fonctionnement, simuler la dynamique des phnomnes en jeu dansle but dvaluer des scnarios dvolution (Coquillard et Hill, 1997).

    Les modles de choix consistent valuer, au regard dune srie decritres, les rsultats obtenus par diffrentes variantes, et les compareraux objectifs fixs (Chevallier, 1994). Schrlig (1985) distingue lesmthodes multicritres sans compensation de celles par agrgation. Si lespremires sont bases sur le principe de llimination, les secondesfonctionnent sur la comparaison. Lagrgation est complte lorsquechaque variante est value par une valeur unique de synthse, partiellelorsque les variantes sont compares deux deux pour chaque critre oulocale lorsque les variantes sont traites de manire itrative par lotssuccessifs (Joerin, 1998).

    Les mthodes de consolidation sont utilises pour dterminerlincertitude de la modlisation des phnomnes territoriaux et valider les

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    rsultats de lanalyse. Golay et Riedo (2001) citent comme outilsclassiques de validation les statistiques bayesiennes ainsi que lanalyseexploratoire. Lingnierie interactive constitue un autre modedinteraction, qui permet de tester les rponses du systme vis--vis dunobjectif donn (Golay et al., 2000).

    Les outils daide la reprsentation permettent de visualiser lecontexte spatial et les phnomnes en jeu, que lesprit a du mal sefigurer. Toute une gamme de solutions, allant des outils de cartographieclassique aux logiciels de ralit virtuelle, offrant la possibilit de modliserle territoire en 3D et de naviguer de manire interactive lintrieur descnes, est offerte actuellement pour pauler les dcideurs dans leurstches (Riedo et al., 2002a).

    Ce panorama ne serait pas complet sans faire rfrence au rle dinternet,auquel les TIC sont trs souvent rduites. Dans le cas particulier dumanagement territorial, lexploitation du rseau a une double utilit, entermes de communication, mais aussi de participation. Premirement, lamise en rseau des services lis la gestion du territoire, mais aussi desinformations lintrieur dentrepts de donnes, permet de faciliter leschanges entre les services et ainsi optimiser ainsi leurs tches (Ltourneauet al., 1997; Miller et Han, 2001). Deuximement, dans le contexte de lagouvernance, internet permet dinformer le public par la mise en consultationde documents en ligne et de recueillir les prises de position des acteursconcerns lors de procdures de mise lenqute par exemple (Berta etPagano, 2001).

    Le choix des technologies prconiser dans le processus dcisionnel est unetape cruciale (Zachary, 1988). Elle consiste dterminer les mthodes ettechniques spcifiques qui rpondent le mieux aux besoins daide ladcision, compte tenu des objectifs de gestion dune part, et de lexpertisedes acteurs dautre part. Linformation territoriale, construite sur la base dedonnes reprsentant des faits gographiques bruts, fait lobjet danalyseset de projections, dont les rsultats viennent soutenir le raisonnement,renforcer la connaissance de la situation et des enjeux, et finalement amener prendre les dcisions les plus sages possibles (Longley et al., 2001). Leschoix mthodologiques et technologiques effectus dfinissent ainsigrandement le niveau dexcellence qui peut tre atteint dans la prise dedcision.

    LES TIC DANS LANALYSE PAYSAGRE

    Il existe de nombreuses manires daborder la question paysagre. Lepotentiel des NTIC est exploit de faon vari selon les approchesenvisages. En passant en revue les diffrentes fonctionnalits mobilises enfonction des besoins de lanalyse du paysage, il est possible didentifier troisgrands groupes dapplications.

    Le premier groupe dapplications consiste en lanalyse des structuresspatiales, comme base dexplication de processus environnementaux. Le

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    paysage nest pas considr ici comme lobjet central dinvestigation, maiscomme le contexte gographique dtude. Il est une faon commode deparler globalement du territoire (Joliveau, 1994). Son tude repose surlutilisation de fonctions danalyse spatiale et thmatique, en particulier lesoprateurs de distance (proximit, accessibilit, connectivit, gravit, etc.)et de contexte (agencement spatial, texture, diversit, voisinage, etc.)(Eastman, 1993; 2001). La gomorphologie, la pdologie et la gologieutilisent beaucoup les techniques de reconnaissance des formes du reliefpour caractriser les units du paysage, expliquer leur gense et valuer lepotentiel des ressources disponibles (Gessler et al., 1996; Walsh et al.,1998; Thwaites et Slater, 2000; Park et al., 2001; Leverington et al., 2002).Le domaine de la gestion des risques recourt galement aux fonctionnalitsde lanalyse spatiale, en particulier pour modliser lrosion, les missionsatmosphriques, les temptes ou encore les feux de forts et prvoir leursimpacts sur le paysage (Navas et Machn, 1997; Feijtel et al., 1998;Pleshikov et al., 1998; Jaiswal et al., 2002). Finalement, la biogographie etlcologie reposent largement sur les calculs de mtrique du paysage(McGarigal et Marks, 1995; Elkie et al., 1999), que ce soit pour localiser ladistribution dunits cologiques, dterminer des zones dhabitats potentiels,valuer la compatibilit de pratiques territoriales avec le contexteenvironnemental ou encore valuer la fragmentation du milieu (Forman etGodron, 1986; Turner et Gardner, 1991; Haines-Young et al., 1993;Johnston, 1993).

    Le deuxime type dapplications lies au paysage o les NTIC jouent un rleimportant concerne ltude des changements spatiaux. Lvolution dupaysage est envisage travers lanalyse de la dynamique territoriale. Lestransformations sont values sur la base de la couverture ou de loccupationdu sol (Lee et al., 1999; Eurostat, 2000; Haines-Young et al., 2003). Lesanalyses reposent gnralement sur des outils statistiques par lesquels il estpossible de comparer diffrents tats du territoire deux deux ainsi que surdes techniques de cartographie permettant de reprsenter les modificationset de les localiser dans lespace. En plus de dcrire les changementssurvenus, un des objectifs est de pouvoir les expliquer par des facteursphysiques, tels que laltitude, la pente, lorientation, lensoleillement, le typede sol, laccessibilit ou lenclavement, ainsi que par des facteurs de gestion,lis aux rglements dutilisation du sol et aux modes dexploitation (Joliveau,2003). Les outils de lanalyse spatiale sont encore une fois prcieux.

    La dernire catgorie dapplications qui fait intervenir les technologies delinformation concerne la dimension visible du paysage. Initi lors de laconfrence amricaine Our National Landscape (Elsner et Smardon,1980), lintrt pour la gestion des ressources visuelles sestconsidrablement accru (Bishop, 2000), tel point que la prise en compte dela dimension sensible du paysage constitue dsormais un chapitre oblig destudes damnagement et denvironnement (Joliveau, 1994). Lvaluationdes impacts de la dynamique territoriale, quelle soit dorigine naturelle ouanthropique, fait intervenir diffrents outils danalyse et de reprsentation.Au nombre des oprateurs contextuels danalyse spatiale figurent les indicesde visibilit. La possibilit de quantifier la surface visible partir de tout point

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    de lespace apporte un moyen objectif de mesurer quel degr unchangement dans le paysage est ou serait perceptible par un observateur(Miller, 1995). En complment, les techniques de visualisation en 3Dpermettent de prendre visuellement la mesure des changements dans lepaysage (Wherrett, 1996; Chevallier et Daudelin, 1996; Taylhardat, 1996).

    Ces diffrentes approches du paysage sont largement indpendantes lesunes des autres.