Economie Reelle & Crise Extraits 22 06 Raoul Chabot 2010

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Extraits du projet de tome 2 du Choc des Economies paru en 2007 (Editions Ellipses). Analyses d\’un praticien de la mondialisation sur les mutations des industries "championnes d\’Europe" et réflexions sur l\’Euroland avant les "syndrôme grec"

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  • 1. 1 RAOUL CHABOT juin 2009 36 Rue des fontaines 92310 Svres. 01 4626 4295 raoul.chabot@polytechnique.org LECONOMIE REELLE FACE A LA CRISE (I) La mutation de lindustrie automobile : Adieu GM, bonjour la Chine (II) Lindustrie aronautique sur les traces de lautomobile : Les sites industriels Europens sont-ils condamns ? (III) Les dysfonctionnements de la Sphre Financire : La spculation va-t-elle repartir comme avant ? Conclusion : LEuroland au pied du mur (EXTRAITS de la VERSION PROVISOIRE de juin 2009) La prsente contribution aux rflexions de X-SURSAUT, groupe de travail mondialisation , met jour et approfondit les analyses prsentes par LE CHOC DES ECONOMIES , publi par les ditions ELLIPSES en mai 2007.
  • 2. 2 INTRODUCTION : ECONOMIE REELLE ET SPHERE FINANCIERE Depuis lautomne 2008, les dysfonctionnements de la Sphre Financire impactent douloureusement lEconomie Relle des pays dvelopps. Dindiscutables signes de ralentissement apparaissent dans les pays mergents les plus dynamiques. Il sagit donc bien dune crise globale, qui a dmarr aussi brutalement que celle de 1929. Premire question largement traite, mais laquelle chaque semaine apporte des lments de rponse nouveaux : La crise actuelle sera-t-elle aussi profonde et durable ? Au printemps 2009 lembellie est indiscutable pour la plupart des banques mondiales, et les gouvernements concerns sont prts injecter le nombre de trillions de dollars ncessaires pour que le systme bancaire soit en tat daccompagner la reprise espre de lconomie relle. La plupart des Banques Centrales pratiquent des politiques montaires puissamment incitatives. Et des plans de relance substantiels sont mis en uvre dans la plupart des pays. On peut donc raisonnablement esprer que le risque de plonger dans une dpression analogue celle connue dans les annes 30 est cart. En revanche le recul de lactivit a dpass les prvisions les plus pessimistes dans nombre de pays dvelopps au premier trimestre 2009 et le point bas sera atteint au mieux lautomne 2009. La dtrioration venir de la situation financire des entreprises et des mnages aura de douloureuses consquences sociales, mais risque galement daggraver les difficults de nombreuses banques. La reprise risque donc dtre lente et chaotique. A posteriori, on constate que la plupart des crises financires puis conomiques qui ont mailles le dernier quart de sicle ont eu comme origine les mesures - notamment les politiques montaires - mises en uvre pour sortir le plus vite possible de la crise prcdente. Devant lurgence, il fallait certes agir sur tous les leviers susceptibles denrayer le risque de dpression profonde et durable. Mais certains des remdes employs, plus ou moins efficaces court terme, risquent de se rvler nuisibles moyen terme, cest--dire prparer lclatement dune nouvelle crise. Seconde question, pour linstant moins pose : saurons nous viter la prochaine crise, ou tout au moins en minimiser les consquences ? Pour tenter de rpondre ces deux questions nous proposons une double approche : - Un diagnostic des volutions passes permettant de dceler les tendances lourdes des principales conomies mondiales, et notamment approfondir les relations entre Economie Relle et Sphre Financire. Nous retenons la priode 1997 2008, qui dmarre la date de fixation des parits dentre dans leuro pour les premiers membres de lEuroland. - Un horizon dexploration portant sur au moins 5 ans, pour faire apparatre les consquences structurelles des tendances lourdes dceles et des mesures correctrices dcides ou envisages, et les dsquilibres pouvant entraner de nouvelles pripties. Cela suppose videmment de ne pas focaliser tous les efforts sur un scnario moyen dtaill mais limit deux ans. Nous tenterons donc dencadrer les volutions possibles par deux scnarios optimiste et pessimiste couvrant le quinquennat 2009 2013.
  • 3. 3 Les relations tumultueuses dun couple infernal Depuis que les hommes ont compris les limites du troc et invent des instruments montaires pour faciliter leurs changes, puis dcouvert les avantages et dangers du crdit, les conomistes sinterrogent sur les rapports entre lconomie relle et la sphre financire . La mondialisation croissante des conomies a exacerb les affrontements de ces deux mondes si diffrents : - Dix pour cent de rentabilit annuelle des capitaux sont une performance trs satisfaisante dans lEconomie Relle, un spculateur hsite se contenter de dix pour cent par mois. - Les dlais se chiffrent en annes dans lconomie relle, en jours, quand ce nest pas en minutes, pour la sphre financire. Quand on parle dEconomie Relle , le grand public comprend sans trop de difficults les diffrentes composantes que cela recouvre : Ce sont toutes les activits de production et utilisation de biens et services autres que financiers. Elles concourent dans les pays dvelopps pour 92% 96% la cration de la richesse mesure par le PIB et fournissent 95% 97% des emplois. Cest donc de sa bonne sant et de son dynamisme que dpendent les revenus et lemploi de lcrasante majorit des citoyens. Les revenus et emplois fournis par les services financiers nont donc quun poids relativement marginal. Ce qui fait limportance de la Sphre Financire, cest la nature des services quelle devrait rendre lEconomie Relle et lensemble des citoyenset sa capacit de nuisance quand elle se consacre dautres priorits. Une approche concrte de lEconomie Relle Ce sont les activits faisant lobjet dchanges internationaux intenses qui ont t les premires touches par la crise et en assurent la transmission de pays en pays. Pour comprendre leurs comportements et leur sensibilit lenvironnement financier, nous allons retracer les volutions rcentes de deux composantes de lEconomie Relle qui conservent une importance conomique et stratgique majeure pour la plupart des pays : les industries automobile et aronautique. Et nous tenterons de trouver les facteurs cls qui peuvent favoriser ou contrarier leur rtablissement. Quatre raisons guident ce choix : - Par limportance de leurs changes internationaux, et leur influence sur un large rseau de sous traitants, elles conservent un rle dentranement majeur dans de nombreuses conomies, et tout particulirement en Allemagne et en France : la rsorption de surstocks massifs et leffondrement des exportations automobiles ont largement contribu aux impressionnants reculs du PIB observs au premier trimestre 2009 dans des pays comme le Japon et lAllemagne. Et lindustrie aronautique est une composante majeure de lindustrie darmement, aux Etats-Unis notamment. - Cette importance se traduit par lexistence dune documentation importante. Les centres de dcision mondiaux sont limits dans lautomobile moins de trois dizaines de grands groupes. Pour laronautique, une quinzaine suffisent pour cerner correctement cette
  • 4. 4 comptition. Tous publient des rapports annuels et trimestriels toffs. Ce sont donc deux industries pour lesquelles lanalyse financire classique, base de comparaisons des comportements et performances des grands groupes mondiaux, peut tre pousse trs loin. La plupart des comptabilits nationales fournissent les comptes dtaills de leurs branches automobiles , et les principaux chiffres caractristiques de leurs branches aronautiques , permettant lOCDE de mettre la disposition des chercheurs une trs riche banque de donnes industrielles harmonises STAN- qui constitue la base statistique permettant lanalyse du comportement des Sites Industriels. Le croisement de ces deux approches, par centres de dcision mondiaux et entits gographiques nationales, se rvle trs riche : les industries automobile et aronautique constituent un champ dobservation idal pour comprendre les choix de localisation des ventes productions et investissements des groupes transnationaux, et mesurer leur impact sur les sites industriels nationaux. - Compte tenu de limportance des changes internationaux pour ces deux industries, elles permettent dillustrer le rle dcisif jou par lvolution des parits dans ces choix stratgiques. La demande de mobilit a beau tre une composante majeure des besoins fondamentaux dans tous les pays, elle nest pas insensible au cot du ptrole. Enfin la quasi- totalit des achats de voitures et davions se font par recours au crdit. Ce sont donc deux industries qui sont dj touches pour lautomobile- ou le seront inluctablement pour laronautique- par le renchrissement plus ou moins durable du ptrole, la chute plus ou moins accuse du dollar entranant la plupart des monnaies qui lui restent lies - et le durcissement plus ou moins marqu des conditions de crdit. Excellent champ dobservation donc pour explorer les rpercussions de ces trois variables sur la relance espre et limpact dsastreux de la spculation financire en ce domaine. Le plan propos Lindustrie automobile mondiale a t, aprs la construction, la branche de lconomie relle la plus gravement frappe par la crise. La premire partie lui est donc consacre. La seconde partie examine les risques moyen terme qui menacent les sites aronautiques de lEuroland, trs lis lvolution de la parit euro-dollar. Ces deux diagnostics soulignent la forte responsabilit de la spculation financire dans le dclenchement et lamplification de la crise qui frappe lEcono