Des descendants retrouvés d'Ambroise Paré. Sa famille d'hier, sa ...

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  • Des descendants retrouvs

    d'Ambroise Par

    Sa famille d'hier, sa famille d'aujourd'hui *

    par Paule DUMAITRE **

    Hormis son pre, on ne sait absolument rien des ascendants d'Ambroise Par. Ses

    descendants, jusqu'au sicle dernier, taient mal connus ou simplement ignors. Malgr

    quelques tudes postrieures, nous ne pouvions mettre aucun nom, aucun visage sur

    ceux de nos contemporains qui en descendent, d'autant plus qu'aucun d'entre eux ne

    porte le nom du grand anctre. Les choses viennent de changer : tout rcemment, la

    chance nous a permis de retrouver deux familles issues directement du chirurgien, mais

    comme elles se rattachent la mme ligne il nous faut d'abord parler de cette ligne.

    Cette ligne commence pour nous avec le pre d'Ambroise. Rappelons que le chirur-

    gien naquit vers 1510 (il n'existait pas alors d'tat-civil) au Bourg-Hersent, village

    situ aux portes de Laval dont il fait aujourd'hui partie. La tradition veut que son pre

    ait t attach la maison du comte de Laval en qualit de valet de chambre-barbier.

    Peut-tre avait-il aussi une boutique o il exerait la "barberie" ? De toute faon, le

    milieu des barbiers fut familier Ambroise ds son jeune ge. Ce pre, qui devait avoir

    quelque instruction, voulut faire donner des leons de latin son fils mais il fit un mau-

    vais choix en le confiant au chapelain Orsoy car celui-ci prfrait faire arroser ses

    salades l'enfant plutt que de lui apprendre les conjugaisons.

    Ambroise avait deux frres : Jehan, qui sera barbier-chirurgien Vitr, trs probable-

    ment l'an et un autre Jehan qui sera coffretier Paris.

    Si la renomme de Par fut trs grande de son vivant, lui-mme aprs sa mort n'a

    fait l'objet d'aucune relle biographie pendant prs de deux sicles. Il fallut attendre le

    dbut du XIXe sicle pour que l'intrt se rveillt. Les tudes de Percy, Richerand,

    Perdrix, Villaume annoncent l'uvre immense de Malgaigne : celui-ci en publiant en

    1840 son dition critique des uvres de Par y joignit un essai biographique o subsis-

    tent pourtant bien des lacunes et bien des erreurs. Quelques annes plus tard, le mde-

    cin Achille Chreau alla puiser aux meilleures sources en dchiffrant les registres de

    l'tat-civil de Paris, tenus alors par les paroisses mais, comme il n'en donna le rsultat

    * Comit de lecture du 21 novembre 1998 de la Socit franaise d'Histoire de la Mdecine.

    ** 4 rue Changarnier, 75012 Paris.

    HISTOIRE DES SCIENCES MDICALES - T O M E XXXIII - 3 - 1999 243

  • qu'en 1885 dans le Dictionnaire de Dechambre, il fut prcd par l'historien Jal qui,

    consultant les mmes registres, publia avant lui ses recherches dans le Dictionnaire cri-

    tique de biographie et d'histoire paru en 1867. Enfin on put connatre les dates de bap-

    tmes, de mariages, d'inhumations de la famille du chirurgien. Nous dirons un peu plus

    tard comment le mdecin Le Paulmier, en fouillant les Archives Nationales et les

    archives familiales, retrouva des actes relatifs Par et son entourage.

    Par, on le sait, se maria deux fois. De retour Paris aprs la campagne du Pimont, il

    pousait l'ann 1541 Jeanne Mazelin, fille de Jean Mazelin, dsign d'abord comme bar-

    bier puis comme valet chauffe-cire la Chancellerie de France auprs du cardinal Duprat.

    Cet homme, que l'on appelait "Petit Jean" Meudon o il avait achet en 1515 une "mai-

    son des champs" rcemment construite, tait aussi "maire" de Meudon, c'est--dire lieu-

    tenant de l'abbaye Saint-Germain-des-Prs, elle-mme seigneur en partie de Meudon, ce

    qui prouve qu'il avait une certaine instruction et tait bien considr. De plus, il avait

    agrandi son bien en achetant les vignes et les terres d'alentour. Il tait certainement mort

    jeune alors que Jeanne et son frre Antoine taient encore des enfants puisque sa femme,

    Jeanne de Prime, avait eu le temps de se remarier avec un certain Florent Fournier dont

    elle avait eu deux enfants avant de se remarier une troisime fois avec Etienne Clairet,

    marchand et bourgeois de Paris, dont elle eut aussi deux enfants. Par, qui ne devait pas

    tre pourvu de beaucoup d'cus, entrait dans une famille jouissant de quelque aisance :

    propritaires de plusieurs maisons, la mre de Jeanne et son beau-pre Clairet vivaient

    prs de la Seine, rue de l'Arondelle ou de l'Hirondelle, dans une maison o pendait pour

    enseigne une vache . Par, connu chez les gens de guerre et mme la Cour, apportait la

    promesse d'un bel avenir, d'autant qu'il venait de passer avec bonheur ses examens de

    matre barbier-chirurgien et avait probablement ouvert une boutique.

    Le contrat de mariage fut pass le 30 juin 1541 (1). Nous n'entrerons pas dans les

    dtails, mais il a le mrite de nous apprendre que la grand-mre maternelle de Jeanne

    tait veuve d'Odo de Prime, matre barbier-chirurgien Paris, ce qui replaait Par dans

    son milieu. Il avait alors trente-et-un ans et habitait une maison au bout du pont Saint-

    Michel. On ignore l'ge de Jeanne. O tait installe la boutique ? Probablement dans

    ce quartier tournant autour de la petite place du Pont-Saint-Michel o l'oncle maternel

    de Jeanne, Mery de Prime, vendait du vin l'angle de la rue de l'Hirondelle, ce quartier

    grouillant d'coliers o il passera toute sa vie.

    Le mariage eut lieu sans doute quelques jours plus tard dans l'glise Saint-Andr-

    des-Arcs, toute voisine, mais le registre des mariages manque pour l'anne 1541.

    Par ne restera pas longtemps dans sa boutique. Ds 1542 il repart en campagne,

    cette fois dans le Roussillon puis en Bretagne o il suit Monsieur de Rohan. Revenu

    Paris, il fait paratre en aot 1545 son premier livre sur les plaies d'arquebuses. Une

    autre joie vient d'arriver son foyer : aprs quatre ans de mariage Ambroise et Jeanne

    ont enfin un enfant. Celui-ci, un fils prnomm Franois, fut baptis le 4 juillet en

    l'glise Saint-Andr-des-Arcs (2). Par, alors, repart en guerre.

    De son mariage avec Jeanne Mazelin le chirurgien aura quatre enfants. Des joies

    mais plus de peines que de joies. Le petit Franois, tant dsir, ne vivra que peu de

    temps. Une petite fille, Madeleine, baptise le 28 fvrier 1547 (3) dans la m m e

    paroisse, meurt aussi trs vite, sans qu'on puisse dire pour ces enfants la date exacte de

    leur mort. Il faudra attendre douze ans, le 11 aot 1559 (4), pour qu'un troisime hri-

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  • tier, Isaac, soit baptis dans la paroisse mais le 6 aot 1560 (5), peine un an plus tard,

    il y tait inhum. Par tait-il destin perdre tous ses enfants ? Le berceau ne resta pas

    longtemps vide. Moins de deux mois aprs Jeanne mettait au monde une fille,

    Catherine, baptise le 30 septembre Saint-Andr-des-Arcs (6). Les parents, habitus

    tant de naissances suivies de morts, n'osrent peut-tre pas se rjouir. Cependant cette

    enfant vivra, elle avait cinquante-six ans lorsqu'elle mourut en 1616.

    Par et sa femme qui, peu aprs leur mariage, s'taient installs dans la maison de la

    Vache, rue de l'Hirondelle, habitaient maintenant une maison toute voisine, la maison des

    Trois Mores, beaucoup plus vaste, que Par avait achete l'anne 1559, avec, par-devant,

    une grande cour sur la rue des Augustins (aujourd'hui quai des Grands-Augustins). Le

    premier chirurgien du roi Charles IX, qu'il tait devenu le 1er janvier 1562, avait mainte-

    nant une demeure digne de ses hautes fonctions. Catherine y grandissait ct de la nice

    d'Ambroise, Jeanne Par, une orpheline qu'il levait son foyer, fille de son frre le cof-

    fretier de la rue de la Huchette, mort vers 1560 (suivi quelques temps aprs de sa femme).

    Catherine avait treize ans, Jeanne prs de dix-neuf lorsque le 4 novembre 1573 (7) mou-

    rait Jeanne Mazelin, avec laquelle Par tait mari depuis prs de trente-deux ans.

    Tous ceux qui connaissent un peu Par savent que moins de trois mois aprs, avec

    une hte surprenante, lui, g maintenant de soixante-trois ans, se remariait avec une

    jeune fille de dix-neuf ans, mais le cur n'a-t-il pas ses raisons ? Le mariage de Par et

    de Jacqueline Rousselet, fille de Jacques Rousselet, chevaucheur ordinaire de l'curie

    du roi, un des cent-vingts bourgeois privilgis de Paris, eut lieu le 18 janvier 1574 en

    l'glise Saint-Sverin (8). Les tmoins distingus de la marie, un avocat, un procureur,

    son cousin germain secrtaire du premier prsident du Dauphin, la dot promise de cinq

    mille livres tournois (Par se contentera de la moiti), semblent indiquer que Par

    entrait dans une famille digne d'accueillir un premier chirurgien du roi.

    C o m m e il tait prvu, les enfants vinrent vite et se succderont rapidement. Par

    devait avoir grande hte d'avoir ce fils qu'il n'avait pu conserver. Ce fut une fille qui

    naquit : Anne, baptise le 16 juillet 1575 (9), en mme temps que paraissait la premire

    dition des uvres compltes (1575). Elle avait pour marraine la trs haute princesse

    Anne d'Est, veuve du duc Franois de Guise, pouse du duc de Nemours, qui lui don-

    nait son prnom. Les enfants issus du premier mariage de Par avaient eu des parrains

    et marraines conformes l'tat de leur pre, un barbier-chirurgien, un chirurgien, des

    bourgeois. Maintenant qu'il est clbre, Par cherche pour ses enfants de puissants pro-

    tecteurs, m m e si, plus tard, il choisit son lve et ami, le chirurgien Jacques

    Guillemeau, pour tre un des parrains de son dernier fils.

    Enfin, Par a un fils. On l'appelle Ambroise, comme si l'on pensait qu'il devait tre

    le succ