Delorme G., Recherches spéléologiques dans l'Est du Gabon

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RECHERCHES SPÉLÉOLOGIQUES DANS L'EST DU GABON par rard DELORME (Sp él éo-Club de Périgueux) Plusieurs années de prospection minière au Gabon nous ont permis de faire le point sur les possibilités sp étéotoçtoues de la partie orientale de ce pays. L'intérêt principal réside essentiellement dans la région de t.est oursvitte où les phénomènes karstiques présentent des caractères originaux. PRÉSENTATION DU PAYS Situé sur la bordure ouest du continent africain au niveau de l'équateur, le Gabon couvre une superficie de 267 667 km 2 (environ la moitié de la France), La forêt équato riale dense recouvre la majeure partie du pays. Quelques zones de savanes, morcelées cependant par les galeries forestières des cour s d'eau, apparaissent là où la conjonction de certains caractères géologiques et climatiques ne permet pas le maintien de la forêt: plateaux Batékés, région de Francevill e - Moanda, région de Booué , schisto-calcaire du synclinal de la Nvan ça . La température moyenne est de l'ordre de 25° C et les variations journalières et saisonnières oscillent peu autour de ce chiffre, La moyenne des minima est 19° C et celle des maxima est 29° C, La pluviométrie mo ntre des variations spatiales assez nette s, La moye nne annuelle passe de 1 400 mm dans la région de Tchiba nga è 3400 mm à Cocobeach , au Nord de Libreville. La moyenne annuelle des pluies dans la région de Lastoursvtl!e varie, elle, entre 1 700 et 1 800 mm , Bien que situé en zone équatoriale, le Gabon montre des variations de régime pluviométrique au long de l'année : une saison sèche se marque très nettement de juin è septembre séparant ainsi deux saisons où les pluies è caractères orageux tombent plusieurs fois par semaine. De décembre à fév rie r, se dessine une période où les pluies sont plus espacées. Si l'on excepte la plaine côtière basse, pénétrée de lagunes et souvent marécageuse, le Gabon se p résen te dans l'ensemble comme un pays d'altitudes modérées mais avec un relief parfois tourmenté dans le détai l. La stru cture de type mo noc lina l des grandes régions sédimentaires de l'intérieur (Francevillien, synclinal de la Nyang a) se marque bien dans le paysage par des séries de plateaux échelonnés, délimités par des lignes de cuestas. Certaines d'entre elles marquent des dénivellations pouvant att eindre 400 m. Les platea ux situés le plus è l'intérieur du pays ont une altitude moyenne de l'ordre de 600 m. Le vieux socle métamorphique qui couvre ê lui seul les deux tiers du sol gabonais mo ntre une morphologie très différente : Au Nord-Est du pays, ce socle se présente sous l'aspect d'une immense pédiplaine, résultat d'un long processus d'érosion sur un substratum stable. L'altitude moyenne de cette surface oscille autour de 450 m. Seuls témoins d'une surface plus ancienne, émergent çà et là des reliefs résiduels pouvant dépasser l'altitude de 1 000 m. Ailleurs (massif de Chaillu - Mayombé - monts de Cristal), ce socle subit une phase de rajeunissem ent due à une lente remontée de certains panneaux du creton; les cours d'eau entaillent vigoureusement le terrain et si l'on ne peut parler de véritables mon tagnes, le relief est cependant parfois très accidenté dans le détail. Les plus hauts som mets dé pass ent de peu 1 000 m: monts Biroungou, m onts de Cristal. Pour le voyage ur qui survo le le pays è haute altitude, les dénivellations tendent à s'estomper sous l'immensité du tapis uniforme de la végétation. Cette impression de forêt infinie effraie quelque peu et l'on réalise facilement les diffi cult és qu'elle oppose à la pénétratio n, Bien que n'étant pas un milieu a priori hostile, cette forêt gabonaise est un désert humain. Les derniers recensements officiels donnent une population voisine de 1 million d'habitants. Cette population est pour sa majeure partie concentrée dans les centres urbains (Libreville, Port Gentil, Franceville, Moanda) ou le long des axes routiers où les villages ont été regroupés. En dehors de cela, de vastes zones sont à peu près vides et la densité de population peut tomber au dessous de 0,5 habitant /km " On a déno mbré au Gabon une soixantai ne de gro upes ethniques dont les principaux représentant s sont les Fang, les Bandjabi, les Bapounou. les Bakota, les Batéké, etc , LA GÉOLOGIE DU GABON La nature du sous-sol cond it io nne natur ell em ent les possibilités karsti ques du pays. Cinq grands domaines géolog iques bien distin cts existe nt au Gabon (cf. fi g. 1) : - le socle précambrien inférieur - le sédimentaire du Précambrien moyen (Francevillien) - le sédimentaire du Précambrien supérieur (synclinal de la Nyanga i - le sédimentaire côtier (Jurassique à Tertiaire) - le sédimentaire continenta l des p latea ux B at ék és (Jura ssique à Terti aire). Nous allon s passer en revue ces différentes unités et voir pour chacune d'elle, les possibi lités spéléologiques offertes. Signalons en premier lieu que peu des terrains décrits affleurent en surface; en raison du climat équatorial chaud et humide, la p lupart des roches so nt décomposées et transformées en argiles d'altération; il en résu lte un sol composé d'argiles et d'horizons plus ou moins latéritiq ues don t l'épaisseur varie entre quelques mètres et plusieurs dizaines de mètres. LE PRÉCAMBRIEN INFÉRIEU R: Il représente à lui seul près des deux tiers des terrains affleu rant au Gabon. Il fait partie de la bordure du vieux bouclie r africa in et regroupe des f ormati on s va riées antérieures à 2 milliards d'années. Ces for mat ions d'o rigines variées (plutonique, volcanique, sédimentaire) ont tou tes subi une ou plusieurs phases tectoniques et métamorphiques. Elles sont essentiellement représentées par des gneiss et des granita-gneiss au sein desquels appara issent des structures ê amphlbolites, ultra basites et itabirites. Là où le métamorphisme est moins violent aff leurent des séries à tendance schisteuse, Tous ces faciès sont peu propices évidemment à un creusement karstique; à notre connaissance, un seul cas de cavités creusées dans ce socle a été signalé au Gabon et son originalité mérite d'être mentionnée ici. Le cas est rapporté par A, Brosset, Directeur du laboratoire de Primatologie et d' Écologie Équatoriale de Makokou IC.N.R.S. Gabo n). Il s'agit des grottes de la région de Bélinga creusées dans du minerai de fer (cuirasses compactes d'hydroxydes f or mées au x 151
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    05-Jan-2017
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  • RECHERCHES SPLOLOGIQUESDANS L'EST DU GABON

    par G rard DELORME(Sp l o-Club d e P rig u e u x )

    Plusieurs annes de prospection minire au Gabon nous ont permis de faire le point sur les possibilits sp tototoues de lapart ie orientale de ce pays. L'intrt principal rside essentiellement dans la rgion de t.estoursvitte o les phnomnes karstiquesprsentent des caractres originaux.

    PRSENTATION DU PAYS

    Situ sur la bordure ouest du continent africain au niveaude l'quateur, le Gabon couvre une supe rficie de 2 67 667km 2 (environ la mo iti de la France) , La fort quatorialedense recouvre la maj eure partie du pays. Quelques zones desavanes, mo rceles cependant par les ga leries fo resti res descour s d'eau , apparaissent l o la conjo nction de certainscaractres gologiques et cl ima t iques ne permet pas lemaintien de la fort: plateaux Batks, rgio n de Francevill e -Moanda , rgion de Boou , schisto-ca lca ire du sync linal de laNvan a .

    La temprature moye nne est de l'o rdre de 25 C et lesvariat ions journalires et saisonnires osci llent peu autour dece chiffre, La moyenne des minima est 19 C et celle desmaxima est 29 C,

    La pluviomtrie montre des variations spatiales asseznette s, La moye nne annuelle passe de 1 400 mm dans largion de Tchiba nga 3400 mm Cocobeach , au Nord deLibreville . La moyenne annue lle des pluies dans la rgion deLastoursvtl!e varie , elle, entre 1 700 et 1 800 mm ,

    Bien que situ en zone quatoriale, le Gabon montre desvariations de rgime pluv iomtrique au long de l'anne : unesaison sche se marque trs nettement de juin septembresparant ainsi deux saisons o les pluies carac tres orageuxtombent plus ieurs fois par sema ine. De dcembre fv rier, sedessine une priode o les pluies sont plus espaces.

    Si l'on excepte la plaine ctire basse, pntre de laguneset souvent marcageuse , le Gabon se prsen te dansl'ensemble com me un pays d'a lt itudes modres mais avecun relief parfois tourment dans le dtai l.

    La stru cture de type monoc lina l des grandes rgionssdimentaires de l'intrieur (Francev ill ien, synclinal de laNyang a) se marque bien dans le paysage par des sries deplateaux chelonns, dlimits par des lignes de cuestas.Certaines d'entre elles marquent des dnivellations pouvantatt eindre 400 m. Les platea ux situs le plus l'intrieur dupays ont une altitude moyenne de l'o rdre de 600 m.

    Le vieux socle mtamorphique qui couvre lui seul lesdeux tie rs du sol gabonais montre une morphologie trsdiffrente :

    Au Nord-Est du pays, ce socle se prsente sous l'aspectd'une immense pdiplaine, rsul tat d'un long processusd'rosion sur un substratum stable. L'altitude moyenne decette surface oscille autour de 450 m. Seuls tmoins d'unesurface plus ancienne, mergent et l des relie fs rsiduelspouvant dpas ser l'altitude de 1 000 m.

    Ailleurs (massif de Chaillu - Mayom b - monts de Cristal),ce socle subit une phase de rajeunissement due une lenteremonte de certains panneaux du creto n; les cours d'eauentaillent vigoureusement le terrain et si l'on ne peut parlerde vritables montagnes, le relief es t cepe ndant parfois trsaccident dans le dtail. Les plus hau ts som mets dpassentde peu 1 000 m: monts Biroungou, m onts de Crista l.

    Pour le voyage ur qui survo le le pays haute alt itude, lesdnive llat ions tendent s'esto mper sous l'immensit du tapisunifo rme de la vgtat ion. Cette impression de fo rt infinie

    effraie quelque peu et l'on ralise facil ement les diffi cultsqu'e lle oppose la pntra tio n, Bien que n'tant pas unmilieu a priori hostil e, cette fort gabonaise est un dserthumain.

    Les dern iers recensements off ic iels donnent une populat ionvoisine de 1 milli on d' habitants. Cette populat ion est pour samajeure parti e concentre dans les cent res urbains (Libreville,Port Gent il, Francevill e, Moa nda) ou le long des axes routierso les villages ont t regroups. En dehors de cela, de vasteszones sont peu prs vides et la densit de population peuttom ber au dessous de 0,5 habitant/km"

    On a dno mbr au Gabon une soixantai ne de gro upesethniques dont les pri nc ipaux reprsentant s sont les Fang , lesBand jabi, les Bapounou. les Bakota, les Batk, etc ,

    LA GOLOGIE DU GABON

    La nature du sous-sol cond it io nne naturell em ent lespossibilits karsti ques du pays. Cinq grands do mainesgolog iques bien distin cts existe nt au Gabon (cf. fi g. 1) :- le socle prcambrien infr ieur- le sdimentaire du Prcambrien moyen (Francev ill ien)- le sdimentaire du Prcambri en suprieur (sync linal de la

    Nyanga i- le sdimentaire ctier (Jurassique Tert iaire)- le sd ime ntaire continenta l des p latea ux Batk s

    (Jura ssique Terti aire).Nous allon s passer en revue ces diffrentes units et voir

    pour chacune d'elle, les possibi lits splolog iques offertes.Signalons en premier lieu que peu des terrains dcrits

    aff leurent en surface; en raison du climat quatorial chaud ethu mide, la plupart des roches so nt dcomposes ettransforme s en argi les d'altra tion ; il en rsu lte un solcompos d'argiles et d'ho rizons plus ou moins latritiq uesdon t l'paisseur varie entre quelques mtres et plusieursdizaines de mtres.

    LE PRCAMBRIEN INFRIEUR:

    Il reprsente lui seul prs des deux tiers des terrainsaffleu rant au Gabon. Il fait partie de la bordure du vieuxbouclier africa in et regro upe des f ormati on s variesantrieu res 2 mill iards d'annes.

    Ces formations d'o rig ines varies (plutonique , volcanique,sdimentaire) ont tou tes subi une ou plus ieurs ph asestectoniques et mtamorphi ques. Elles sont essent iellementreprsentes par des gneiss et des grani ta-g neiss au seindesquels appara issent des structures amphlb oli tes , ult rabasites et itabir ites. L o le m tamorphisme est moinsviolent aff leurent des sries tendance schisteuse,

    Tous ces facis sont peu prop ices videmment uncreusement karstique; notre con naissance, un seul cas decavits creuses dans ce socle a t signal au Gabon et sonoriginalit mrit e d' tre mentionne ici. Le cas est rapportpar A, Brosset , Directeur du laboratoire de Primatologie etd' cologie quatoriale de Makokou IC.N.R.S. Gabo n). Il s'agitdes grot tes de la rgion de Blinga creuses dans du mineraide fer (cuirasses compactes d' hydroxydes formes au x

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    5 GroUe de MABELO6 Gr otte de KESSIPOUGOU7 "Conyon "

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  • dpens de quartzit es ferrugineux) . Selon les gologues ayanttudi ces cavit s, leur proce ssus de formation seraitbiologique : le guano des chauves-souris qui y sont trsnombreuses donnerait aux eaux de la cavit une aciditsuff isante pour atta quer et transporter les composs du fer.De simp les anfractuosits auraient ainsi pu donn er naissance des cavernes assez vastes pour contenir des dizaines demilliers de chiroptres. Nous verrons plu s loin que nosobse rvations personnelles t endent con firm er ce t t ehypoth se.

    En dehors du cas partic ulier de Blinga, aucun e aut regro tte dans le Prcambrien infrieur ne nous a t signale.

    LE PRCAMB RIEN MOYEN (FRANC EVILLlEN) :

    Cet tage est dat entre 1,6 et 2 milli ards d'annes.C'est une formation dtritique piconti nentale qui, ceci est

    remarquable, a peu volu depuis l'poq ue prcambrienne:d 'une fa o n gnrale , elle est indem n e d e toutmtamorphisme et de tout e te ct oniq ue violente. Lessdiments sont dominante grso-pli ti que et sont souven tsubhorizontaux . Leur paisseur peut dpasser 1 000 rn.Localement, des intercalations carbonates existent et c'estdans ces niveaux que so nt creuses les grottes deLastoursvill e. Nous reviendrons plus en dtail sur la gologiede cette rgion.

    Les forma tions carbona tes apparaissent de faon trslent iculaire au Nord de Francevill e (rgion d'Andjogo) oquelques petites circulations souterraines ont t signales,La srie francevilli enne mon trant quelques niveaux de jaspesmassifs dont le diaclasage , aurait provoqu la form at ion depeti tes cavits. Nous n'avons encore vrif i aucune de cesindica t ions.

    Un niveau de grs massifs et abondamment dlactas (grsFb 2a dits de Poub ara) montre une timide tendance uncreusement par les eaux courantes. Il n'est pas rare de voirdes ruisseaux coulant sur ces grs disparatre dans des mini-pertes et ressurgir quelque s mtres plus loin.

    Nous avons explor, en 1974, une exsurgence creusedans ces grs prs du village d'Ondili (30 km l'Est deFrancevill e). Cett e petite grotte, longue d'une trentaine demtres, prsente tous les caractres morphologiquesclassiques d'une grotte creuse dans le calcaire. Il fautrappeler qu'en climat quatorial , la silice est faiblementsoluble. La circulation de l'ea u acide dans les nombreusesdiaclases des grs peut fort bien expliquer la dissolution et lalibrat ion des grains de quartz.

    LE PRCAMBRIEN SUPRIEUR :

    C'est certainement au Gabon l'ensemb le gologique le pluspropice la karst ificat ion.

    Le Prcambrien sup rieur est reprsent par desformations dtrit iqu es et carbonates formant une vastestructure syncl inale - syncl inal de la Nyanga - d'axe NW-SEse prolongeant au Congo.

    C'est la formation baptise e Schisto-calcalre lt , composede calcaires et de dol omies, qui constitue le niveau solubleplac la base de la srie du Synclinal. Ce schlsto-calcalrerepose souvent en discordance sur le socle impermable duPrcambrien infrieur dont l'altitude est frquemment plusleve que celle des plaines calcaires. Il y a donc lieu desouponn er l'existence de nombreuses pertes sur tout lepourtour du Synclinal.

    De fait , c'est la seule rgion du Gabon ce jou r o lesquelques chercheurs qui l'ont parcou rue ont signal descavits. Elles ont fait l'objet de quelq ues publications de lapart des gologues et des biologistes qui les ont visites (voirbibliographie) .

    Il n'en reste pas moins que ce domaine est encorepratiquement vierge et qu'il reste beaucoup de travail yfaire . L'loignement et le manque de temps nous ont em-pchs jusqu ' prsent d'y effec tuer des reconnaissances.

    LE SDIMENTAIRE COTIER :

    Les for mations dtriti ques et carbonates du jurassiqu e

    suprieur Miocne forment toute la bordure occidentale dupays. Les terr ains calcaires y sont prsents mais aucunegrotte ne nous y a t signale .

    L'al titude mod re de cette rgion - quelques mtres quelques dizaine s de mtres - et les vastes tenduesmarcageuses ou lagunaires s'opposent certainement laprsence de rseaux pntrab les.

    LES PLATEAUX BATKS :

    Il s app ara issent l' extrmit ori entale du pays etreprsentent le pourtou r de la cuvette congola ise, Ce sontdes plat eaux de grs continentaux sur lesquels desrecouvrements sableux forment des collines aux formesmoll es.

    La galerie d 'entre de la grotte de Kassipougou,

    En raison des savanes rases qui les couvrent, les plateauxBatks offrent un contraste frappant avec le reste du payso rgne la fort quatoriale. A priori , cette rgion n'est pasfavorable aux phnomnes karstiques. Toutefois, on signaleune ou deux petites cavits dans les grs : cela reste vrifier.

    Ce tour d'horizon gologique aboutit aux conclusions

    suivan tes: ~~~- C'est le schisto-calcaire du Prcambrien ' . du

    syncli nal de la Nyanga qui offre les plus belles possibilitssplologiques au Gabon.

    - Les rares niveaux carbonats du Prcambrien moyen(Francevillien) prsentent loca leme nt un intrt. C'est dansles env irons du poste de Lastoursvill e que les phnomneskarstiques prennent le plus d'ampleur. Nous allo ns les dcriremaintenant.

    LA RGION DE LASTOURSVILLE

    . Lastoursvie est un peti t poste administrat if, situ sur larive gauche du f leuve Ogoou, au cent re-e st du Gabon , Ce

    153

  • l ONE il CONCRETIONS

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  • diamtre, En dehors de ces impurets concentres dans leslignes de faib lesse de la roche, ces do lomies sont pures etconstituent le banc le plus karsti fiab le.

    - 10 20 m de do lomies massives, impures et montrantsouvent des figures rubannes. Ces dolom ies sont moinskarstifiables que les prcdentes mais sont f rquemmententailles par l'rosion des eaux ayant attaqu les dolomiesrcifales.

    - Srie dolomltlco-dtrltique passant en transition d'unple dominante dolomitique vers le haut un ple silteux etgrseux vers le bas. Pas de creusement souterrain.

    - Srie grseuse de base.

    Discordance majeure.

    Srie mtamorphique (granito-gneiss) du socle pr-cambrien infrieur.

    Lorsque l'on s'loigne du pos te de Lastou rsvill e, lesdiffrents niveaux do lom itiques subissent d 'i mportan tesvariations d'paisseur. Ils fi nisse nt par disparat re unecertaine distance. Ainsi. les do lomies rci fales qui dpassent30 m dans le poste. ne font plus que 15 m de puissance Kessipougou et 10 m Bembikani.

    Les failles sont nombreuses dans la rgion, mais leursrejets ne sont pas spectaculaires, to ut au moins au Sud del'O oou . Comme nous le verrons plus loin , les principalesdirections de fracturation peuvent influencer les coulementssouterrains.

    LE KARST DE LASTOURSVILLE

    CHRONOLOGIE DES RECHERCHES :

    Nous ne possdons que peu d'informatio ns sur lespremiers explorateurs des gro ttes de la rg io n d eLastoursville. Le go logue Choubert cite quelqu es cavi tsdans son [rude Gologique des terrains anciens duGabon. Leur visite a permis de dresse r des coupes golo-giques. Plus tard, C. Boul eau, de la mission Hud eley 1960,en signale une aux envi rons de Kesslpouqou. En 1967 ,L. Baud repre nd ces donnes dans ses com ment aires de lacarte des min ral isat ions de la Rpubliq ue Gabo naise. Enoutre, il est probable que certa ins go log ues de la m issionC.E.A., base depuis de nombreuses annes Lastoursvi lle,ont visit certaines cav its avan t nous.

    Mais il a fallu attendre 19 76 pou r qu'un inventai resystmatique des phnomnes kars tiques de cette rgion soitentrepris, C'est cette anne-l , en effet, que les quipesd'exploration de la Compagnie Minire de l'Ogoou(COMILOG) ont commenc autour de Lastoursv ill e un travailde prospection minire qui a permis le reprage de la plusgrande partie des entres de cavits. Les temps de loisi rfurent mis profit pour explorer les grottes les plusprometteuses. Une vingtaine de sort ies fure nt effectues defvrier aoOt 1976, de septembre novem bre 1977 et enmars 1978, Ces sorties ont regroup des splo logueseuropens confirms ou occasionnels ma is aussi desGabonais qui n'ont absolument pas t eff rays d'volue rsous terre.

    Il est bon de remarquer que les gro ttes de la rg ion deLastou rsvtlle . com me les aut res exista nt au Gabon , sontpntres jusq u' une distance relat ivem ent faib le de l' ent repar des ind ignes atti rs par la capture aise des chauves-souris dont ils se nourrissent. En gnral, leurs piges selocalisent l'entre des cavits qu'ils masquent par desbarrires de feuillages ne laissant qu'une faible ouve rtu re. Lesvolati les sont ensuite effrays ou enfums et cherchent sortir de la grotte; ils s'emptrent alors dans des filetsjudicieusement disposs.

    Pour les indignes, les grottes sont des lieux de rsidenced'( esprits _ qu'il convient de bien prdisposer si l'on veutpntrer dans leur domaine pour chasser. Ce problme estrgl par la pratiqua de ftiches fai ts par des personnesinities,

    SCHEMA DU CREUSEMENT SOUTERRAIN (voir fig. 31 :

    Les paysages des environs de LastoursvilJe ne laissent pas

    supposer pre m ire vue l' exi st en c e d'u n i n te nsecavernement du sous-sol. Rien n'voque ici les t rai tstraditionnels des rgions kars tiques. Qui plus est , la fortquatoriale reco uvre tout et estompe les dtails du relief.L'il exerc peut cependant dcouvrir et l sur le flanc desvalles principales quelques taches claires trahissant lesfalaises de dolomies. Sur les plateaux, pas de dpressionsfermes; il V a cela une excellente raison: les dolomies neforment jamais de surface structurale, L'rosion ne les a pasencore suffisamment dgages et elles sont partoutsurmontes par des dizaines de mtres d 'amplitesimpermables.

    Le creusement souterrain ne peut donc s'effectuer que surles rebords de ces plateaux, l o les valles ont permis lamise au jour des dolomies. L'eau aura do nc action sur unesurface rduite de do lomie, ce lle const ituant le li srd'affleurement en flanc de va lle.

    Cela explique la longueur re la tive ment m odest e desrseaux souterrains, en particulier sur la va lle de l'Ogoou,Dans ce secteur, les do lomies ont un lge r pendage vers lefleuve. Ds que les ruisseaux cou lant des amp li tes arriventau contact des do lomies, elles s'en foncent et rsurgent labase de ce nivea u, c'est- -d ire quelques dizaines ou aumaximum quelques centaines de m tres plus loin,

    Lorsque le pendage des couches le permet, il peu t V avoirun changement de valle. Ce processus a permis les pluslongues cavits (grotte de Lastoursvllle, de Kessipougou),

    Les aires d'absorption des eaux tant trs limites ensurface (recouvrement des plateaux par les amplitesimpermables), tous les rseaux souterrains sans except ionssont provoqus par la disparition sous terre des ruisseaux desurface (marigots selon la termino log ie locale), Tout sersume donc Lastoursvllle par des systmes pertes-rsurgences tablis sur les f lancs d es co tea ux oapparaissent les do lomies,

    Schmatiqueme nt, le creusement s'o pre de la fao nsuiva nte:

    Les ruisseaux descendent des am plite s et t raversent lesdolomies ruba nnes sans prat iqueme nt les affecter . Mais, dsleur co ntact avec les dolomies rc if a l es, les eauxdispa raissent en profondeur. Les pe rtes sont en gnrallarges, pro fondes avec des vertica les de 5 2 5 m, Les eaux,acides en surface, co rrodent puissam ment les do lom iesrcifales solubles. Les galeries sont souvent de vas tesdimensions. Le ruisseau sou terrai n s'e nfonce pro-gressivement et ne tarde pas rencontrer les do lomi esmassives et rubannes infrieures (les rcifa les ne fon tqu 'une trentaine de mtres de puissance). Cet horizon estbeaucoup moins soluble et , de plus, les eaux ont perdu unebonne partie de leur agress ivit, Par con tre , elles conserventtoujours leur nergie cintique et le creusement va sepoursuivre dans les niveaux in frieurs essentie llement parrosion .

    A lors que , dans les dolomies rc ifa les, l'ea u sui t un condui tunique, spacieux et rgulier, elle se rpartit, dans les dolomiesinfrieures dans un rseau complexe de boya ux creuss parti r des diaclases de la roc he, Da ns la grotte deKessipo ugo u, rvo lutio n de ce creuseme nt tr s di spers estte lle qu'e n certains endroi ts il ne reste que des piliers, rsidusdes anciennes spa rat ions.

    L'eau ne s'enfonce gure plus de 10 50 m dans lesdolomies infrieures, Nous avo ns vu plus haut que les terrainssous-iacents taient de mo ins en moins do lom it iq ues. Laformation grso-dolomitique constitue un niveau de basepour les circulations souterraines. Le niveau affleurant engnral au-dessus du fond des valles, les rsurgences sont( susp end ues et t rs souve nt p nt rables. Cettecaractristique nous a permis de suivre de bout en bout bo nnombre de ces perces hydro-gologiques.

    Revenons un peu plus en dtai l sur les diffrents processusde creusement. Les galeries, telles que nous les voyonsact uellement, sont l'aboutissement de la combinaison deplusieurs facteurs :

    la corrosion par les eaux :Les eaux superficielles des rgions int ertropicales sont

    155

  • gnralement acides en raiso n des terrains qu 'elles tr aversentet, aussi probablemen t, des acides humiques dont el les sechargent suite l'intense dcom posit ion du couvert vgta ldense. Par cont re, en raiso n de leur tem prature moyenneleve (22 26 Cl. elles dissolvent peu de gaz carbo nique.

    Le bilan de ces diffrentes act ions don ne le plus souventdes eaux don t le pH osci lle entre 6 et 7 avant leur pntrationsur un ter rain carbonat. Des mesures effectues dans lagrotte de Lastoursvil le montrent que cette acidit dcroitprogressivement vers l'ava l de la grotte, Dans cette portion ,des mesures effectues dans des gours ont donn des pHentre 7,1 et 8,2.

    La corrosion par des processus d'origine animale:

    Nous avons constat, et nos conclusions rejoignent cellesdu gologue ayant tudi les grottes de Blinga, que leschauves-souris pouvaient avoir un rle trs import ant dans laformation des cavits, ou, tout au moi ns, dansl'agrandissement des vides souterrains.

    Toutes ces grottes sont habites en perma nence pard'importantes colonies de chiroptres se chiff rant parfoispar des dizaines de milliers d'individus, Ces an imaux vive nt lajourne accrochs sur les parois des gale ries et peuventformer des tapis cont inus, Leurs djections ac idescontaminent les paro is et to mbe nt sur le sol en fo rmant desaccumulations de guano import ant es, Ce guano, une foisstabilis puis remis en solution dans l'eau donne to ujou rs unpH acide.1 Dans ces conditions, il est clair que le contact guano-

    do lomie provoque une dissolution de cette dernire, Nouspensons que la plupart des grandes salles que nous avo nsvisites ont t agrandies par les chauves-souris. Parexemple, on explique mal autrement le vide impressionnantde la grande salle de la grotte de Paouen nO 1 : c'es t un cu l-de-sac et les infi ltrations - en raison des amp lites sus-[ecentes - son t inexistantes. De plus, les parois mo ntrent lajuxtaposit ion de grandes cupu les (de 20 40 cm dediarrtrel probablement dues ce mode de co rros ion. La

    .surface de ces cupules est parseme de rsidus de guano etde rsid us de dcomposition de la dolomie.

    l'rosion par les eaux:

    Nous avons dj abord ce prob lme et nous avons vu qu ' iljoue un rle important, surto ut pour le creusement desdolom ies inf rieures. En effet. l' eau possde da ns denombreuses grottes une nergie cint ique assez importa nteen raison d' une pen te non ngli geable de la plupart desperces hydr ogol ogi q ues. L' paisse ur d es do lo m ieskarst if iables est comp rise entre 2 5 et 50 m et, compte tenudu pendage qui peut atteindre 2 3, on arrive avoir, pourles rseaux les plu s courts, des profils trs redresss. Pour lescav its les plus lon gues, com me Kessipou gou , la pentemoyenne est de l'ordre de 5 %.

    Les ruisseaux soute rrains sont donc souvent en tr ain decascade r et leur pouvoir d'rosion se manifeste par de belle smarmites.

    Grotte de Lastoursvilfe : escalade dans le ruisseau sou terrain.

    l'influence de la lithologie :

    Nous avons dj ind iqu dans le log strat igraphique lesniveaux so lubles. Il est bien vident que les diff ren tsniveaux, en raison de leurs caract ristiq ues, vont rsisterdiversement aux phnomnes de corrosion et d' ros ion.

    Les do lomies rci fales et les do lo mies inf rieures semblentragir de fao n simi lai re l'ro sion .

    Un nivea u, par cont re, est beaucoup plu s faibl e : il s'ag itd' un joi nt ptlque, pa rfo is gy pse ux, de 10 30 cmd' paisseu r et faisa nt la limite entre les rcifa les et lesdo lomies inf rieures. Ce jo int est facileme nt rodable etmarque toujours un larg issemen t de la galerie.

    Sur le plan corros ion, ce sont les dolomies rcifales quisont les plu s solubles. Elles donnent souvent de bell esga leries sur les parois desquelles restent en relief les lentillesde quartz et d 'asph altite. L'effet est remarquabl e. Lacombinaiso n de ces diff rents facteurs about it aux prof ilsdessins sur la fi g. 4 .

    Les ampli tes situes en tre les dolomi es ruban ne ssuprieures et les dolomies rcifales ne sont pas karstlfiable s,Cependant, nou s avons pu suivre des galeries au sein de cesroch es. Cela se produi t lor sque le creusement des conduitsou des salles existan t dans les dolomies sous- Iacentes atteintpe t asce nsum ce niveau mcaniqu ement in stabl e. Pareff ondre me nts successifs, les vides du dessous se comblentet la galerie remo nte progressivement dan s les amplites.Les effondrem ents par plaques des amplites sont favori sspar le gonf lement d'lnterllts gypseux. La progression dans cesgaleri es ne va pas sans prsenterqu elques risques.

    l ' influence de la str ucture et de la tecton ique :Les pend ages des couches francevilliennes de la rgion de

    Lastoursville sont en moyenne faibles. Ils sont suffisantscependant pour ori ent er le sens d'coulement gnral descirculations souterraines. Toutefois, cela correspond souvent la topographie de surface. Les seules anomalies sontconstitues par des changements de valle (nous en avo nsdn ombr 6).

    SECTIONS TYPIQUESDE

    EN FONCTION

    LIT HOLOGIE...

    156

  • La fracturat ion joue gale ment un rle : les diaclasesprincipales et les failles - don t le rejet est modeste -orientent le trac de certaines galeries. Un coup d'il sur lestopographies des principales cavits en don ne la preuve:toute la partie amont de la grotte de Lastoursvill e suit l'axed'une faill e gross irement N-S. Le rejet de l'ordre de quelquesmtres est visible d'une paroi l'autre. Certa ines galeries etles grandes salles des cavits de la valle de l'Ogoo u sontorie ntes selon un axe WS W-ENE qui est une directiontectonique majeure de la rgion .

    Le concrtionnement :En rgle gnrale, le concrt ionnement est rare dans les

    grottes de la rgion de Lastoursvill e. L'expli cati on prin cipaleest due la raret des infil trat ion s sur les parois des cavitsen raison du manteau imperm able des amp li tes coiffant lesplateaux.

    Cette constatation est confirme par le fai t que lesconcrtions n'apparaissent qu' proximit des orifices, l oen surface les amplites ont t dcapes. Dans ces zones, leconcrtionnement peut tre intense , Il se manifeste par desstalactites, des stalagm ites , des coules, des draperies, desgours, des excentriques, L'extrmi t aval de la grotte deLastoursville offre ains i un assez joli concrt ionneme nt,notamment de curieux gours suspendus. Des per les decavernes ont galement t observes.

    Le remplissage et l'alluvionnement :Tous les rseaux que nous avons visits, sans exception,

    sont actifs. Ils comp rennent des tages fossil es ma isd'extension relat ivement limite. L'alluvionnement est, engnral. constitu de matriaux assez gross iers: ce sont desfragments plus ou moins rouls de dolomies et d'a mpli tesarrachs aux formations traverses par le cours d'eau. Lesfractions fines sont peu abondantes, Il semble que l'poqueactuelle soit . sur l'ensemble de la rgion , une priode decreusement intensif : les ruisseaux souterrains coulent dansdes galeries propres avec juste un mince lit de galets dans lesruptures de pentes, Il reste cependant, dans certains recoins,d'pais amoncellements d'a lluvions htrognes, tmo insd'une phase de remplissage plus anc ienne.

    Dans les parties fossiles , le rempl issage argileux ou argi lo-sableux , classique en France, est plutt rare ici. Par con tre , lefonage de quelques tranches a mis en vidence un type deremplissage original : il est constitu essentiellement desquelettes de chauves -souris mls un peu de terre, ce, surplusieurs mtres d'paisseur parfois,

    L'abondance des chauves -souris se caractrise galementpar l'accumulation de quantits considrables de guano. Lagrande salle de la grotte de Paouen nO 1, dont on peutestimer la superficie plus de 5000 m2 , prsente sur touteson tendue, un remplissage de guano sec de plusieursmtres d'paisseur. La sdimentation de ce matriau estrapide et on peut la chiffrer environ 2 3 cm par an; entredeux visites, espaces de 4 mois , nos traces de pas ,profondment marques, n 't aient plus qu' pe ineperceptibles.

    DESCRIPTION DES PRINCIPALES CAVITS

    Les recherches effectues par les quipes de COMILOGentre 1976 et 1978 ont permis le reprage d'une soixanta ined'orifices correspondant 26 cavits, le tout rparti sur unecentaine de krn". Sur ce nombre, une douzaine a t exploreplus ou moins compltement et six ont t topographiespour la plus grande partie de leur dveloppement, Les autresgrottes n'ont pu tre tudies faute de temps. Nous avonstopographi au topofil et la boussole Chaix 5035 m degaleries et nous estimons 2000 m les passages parcourusmais non levs,

    Nous allons dcrire briveme nt les cav its les plusintressantes. Les coordon nes ind iq ue s son t l escoordonnes U.l.M., Ellipsode de Clarke 1880, fuseau nO 33,mridien d'origine = 15 Est du mridien international. Ellescorrespondent l'en tre principale de chacune des grottes.

    PLANDE LA

    GROTTE DEREGION DE LASTOURSVILLE

    (GABON )

    PERTE rf'2

    1FlQlJre 5

    LA GROnE DE KESSIPOUGaJ 1254,20 x 9 903,7 0 x env.470 (voir fig . 5); dv . totale : 2000 m ; axe pr inc ipal:1200 ml :

    Situe 15 minutes de Land-Hever et 45 minutes demarche du village de Kessipougou et 12 km vol d'oiseauau SE du poste de Lastoursville, cette grotte est actuellementla plus long ue parmi cettes que nous avons explores. Ellereprsente le parcou rs sou terrain de la riv ire Mibounzi ets'ouvre, en fond de valle , par un vaste entonnoir d'effon-drement aux parois parfois escarpes et dont le fond pntredj dans les dolomies infrieures

    Sur 300 rn. la galerie est vaste (5 10 m de large pour 10 15 m de haut eur) et peu dclive. Au bout de cette distance,un affluent rive gauche permet d'atteindre le jour par uneperte secondaire situe quelques dizaines de mtres,

    A partir de ce confluent, la section de la gale rie devie nt pluscarre et la progression s'opre sans aucune difficult dansun ruisseau cascadant sur une pente rgulire. En approchantdu milieu de la cavit, on dbouche dans une salle de bellesdimensions. Les torches n'arrivent pas percer les tnbresdu plafond et ne font qu'exciter les milliers de chauves-sourisdont c'est le havre . Cette salle , d'allure sinistre, au sol jonchd'normes blocs, offre un spectacle extraordinaire : il s'agitd'une double et im mense arche rocheuse traversant en ponttoute la largeur de la salle (une vingtaine de mtres) 20 mde hauteur, On se croirait exactement transport dans lespaysages de l'Atlantide tels qu 'ils sont imagins parE.P. Jacobs, Cent mtres plus loin , une autre salle permet, pard'imposants talus d'boulis mls de guano. de remonterdans les plafonds et, par la mme occasion, de traverser unebonne part ie de la coupe gologique: le pla fond de la salle, 30 ou 40 m de hauteur, recoupe la base des dolomiesrubannes suprieures.

    Dans cene zone, un boyau latral a at tir not re curiosi tmais sa visite a soulev que lques probl mes. De sectionassez rduite, il fallait avancer contre un coura nt ininterrompude chauves-souris affoles, Les mains ne suff isant plus se

    157

  • PLAN

    PERTE(."' r ....)

    1o 20 m~

    ....Etroltur.

    wV.... perit..condal r.

    GABON

    Fi~u re B

    Galtr. bot..

    LA GROnE DE PAOUEN N2 (25 1,85 x 9910,20 x 350env. ; d v. total : 350 m ; axe principal; 190 ml:

    Situe non loin de la grotte de Paouen nO1, dans une autrepetite valle t ributaire de celle de l'Ogoou , cette cavits'ouvre par une impressionnante diac lase dans laquelles'e ngouffre le ruisseau de surface. Les dimensionsallchantes du dbut font ensuite place un laminoir quiconduit au bout d'une centaine de mtres un largissementde la galerie. Cette salle prsente un curieux tage fossile ausol plat , dcor de Quelques concrtions d 'assez bel effet.

    Au -de l, la galerie se rtrcit , s'abaisse et, finale ment leruisseau disparat dans un laminoir impntrable.

    GROTTE DE PAOUEN N"2LASTOURSVILLE

    cascades , s'enfonce dans les dolomies infrieures en laissanten hauteur un tage concrtionn. On peut y remarquer dejolis gours. Cette partie de la cavit est situe sous un flancde valle non recouvert par le niveau impermable desamplites et les infi ltrations sont abondantes.

    Une vertica le. surplombante de 5 rn. obl ige mettre enplace une chelle et l'on sort au jour aprs un petit labyrinthe.

    LA GROnE OE PAOUEN N 1 1249 ,95 x 9910,10 x 340env .; dv. total; 780 m; axe principal: 300 rn) :

    La grotte de Paouen nO 1, comme la nO 2 et celle de Tao -Tao, s'ouvre sur le flanc de valle dominant directement levillage de Lestoursvil le.

    L'entre pr incipale est impressionnante: c'est une vastesalle dont une des parois a recoup le fl anc d'une valle. Ondescend sur une pente d'boulis assez raide jusqu' unruisseau dont la perte se situe un peu plus loin en amont,

    Vers l'aval. l'eau suit sur une centa ine de mtres unegalerie basse souvent recreuse dans d'anciennes alluvionsrecimentes . On dbouche ensuite dans une sa lleagrmente de Quelques concrtions. Le ruisseau se poursuitencore sur 100 m et la progression est arrte par un siphon.

    Cinquante mtres avant, sur la rive gauche, l'escaladed'une pente d'argile permet d'accder une lucarne. Cepassage franch i, on se relve dans une salle assez vaste ol'air dev ient difficilement respirable en raison du guano.

    En continuant la progression et aprs avoir con tourn ungros boulis, les lampes deviennent impuissantes percer lestnbres: une grande salle en forme de Y s'tend devantnous. Son plus grand axe mesure 170 m; sa largeur varieentre 20 et 60 m ; sa section est en forme de U renvers etparat remplie par des mtres d'paisseur de gua no secformant un sol trs plat dans l'ensemble d 'o mergentquelques monticules. Ce sol poudreux ainsi Que les bellescupules Qui couvrent toutes les parois , absorbent tous lessons et l'impression est trs curieuse. De plus, l'atmosphretouffante due la chaleur et aux ma nations provoques parla fermentat ion du guano augmente le malaise du visiteur.

    LASTOURSVILLE

    PERTES PRINCPALES

    DE LA

    FlOure 6

    (GABON l

    DEGROTTE

    prot er le visage , nous avons mis des masques deprotectio n pour pouvoir progresser De plus, la prse nce deschiroptres et du gua no en dcom posi t ion leva it latempratu re normale (23-2 4 Cl. Cette temprature leves'ajoutant l'atmosphre suffocante due la fermentat ion dJguano et l'affolement des chauves-sou ris ne nous a pasencourag rester longtem ps dans ce boya u.

    A partir des gra ndes salles, le ruissea u soute rrain s'en foncede plus en plus dans les do lomies infr ieures de tell e sorteque les rcifa les n'apparaissent plus du tout, mme dans lesplafonds. Les galeries se rami fi ent en un rseau de conduitsse recoupant de faon gomtrique (axes de diac lases). Leruisseau coule alors dans une succession de d iac lasestroites, polies par l'rosion et auxque lles le rubannement dela roche donne un aspect du plus bel effet. Cette galeriedbouche au jour au pied d'une falaise.

    l'tUUl,IRl'tl't1[

    Ill! IllACUSI[S

    LA GROnE OE LASTOURSVILLE (247 ,50 x 9 908,20 x 400env.; dv. total : 1 400 m ; axe principal: 1 000 ml:

    La grotte de Lastoursville est situe dans la valle de laLipopa 1 500 m du centre de Lastoursville. On y pn trepar une perte affluente dont rentre, assez vaste, conduit parun boyau de quelques dizaines de mtres au courant principal .

    Vers l'amont, la grotte se dve loppe sur 500 m sur leparcours d 'une fai lle . La largeur de la diaclase oscille entre 1et 5 m et sa hauteur atteint une quinzaine de mtres. Onarrive ainsi la base de puits et de diaclases de 15 20 m dehaut dbouchant au jour et constituant la perte principale dela grotte.

    L aussi des milliers de chauves-souris s'y battent etl'effet est particulirement saisissa nt quand le soleil est auznith et claire les membranes des volatiles en contre-jour.

    Vers l'ava l, aprs une succession de diaclases enbaonnette et entrecoupes de marmites d'rosion, leruisseau souterrain s'coule dans une galerie de largeurmodeste (2 4 ml mais assez haute, Les parois, tailles dansles dolomies rcifales, prsentent de trs belles figures deslumping et une concentration assez fantastique de lentillesde Quartz et d'asphaltite.

    En rive gauche, un bovau sec nous a permis d'atteindre unediaclase au milieu de laquel le repose un lgant pi lier decalcite. Quelques mtres en aval. sur la mme rive , un petitaffluent a t remont sur une cen taine de mtres. Nousavons t arrts par une verticale de 8 m d'o chute l'eau .

    Aprs ce confluent, le ruisseau , par une srie de petites

    1

    158

  • SIPHON

    1 If' ".

    GRANOES SALLES

    PLANDE LA

    DE PAOUENL ASTOURSVILL E

    (GABON)

    Figure 7

    RESURGENCEEn surface, 200 m environ en aval de la pene. la

    rsurgence est pntr able sur une trentaine de mtres; laprogression est arrte par des amoncellements de blocs.

    LA GRanE DE TAO-TAO 1249,2 0 x 9909,9 x 320 env.;dv. total: 440 m; axe princip al: 320 m) :

    On pnt re dans la gro tte de Tao-Tao par sa rsurgencesi tue qu elques ce nta ines de m tres du cent re deLastoursvill e. C'es t un coulo ir rgulier , de dimensi on smodestes qui s' largit un peu aprs un laminoir de 12 m.Dans la parti e la plus vaste, le rui sseau dgringole par unesrie de pet ites cascades. Vers l'amont, le plafond s'abaisseet rapid ement la pro gression est arrte; le ruisseau sort d 'unsiphon.

    Le report to pographique en surface montre que ce siphonest localis moin s d'un e vingtaine de mtres de distance deson hom ologue que l'on trou ve au bas du puits de 10 mconst ituant la perte du rseau.

    LA GROnE DE LA RIVIER E IBEMBE 1259,05 x 9898,05 x3 60 env.; dv. tot al : 940 m; axe prin cip al : 385 ml :

    Cette cavit est la seule qu e nous ayions expl oremthodiquement dans le secteur de Bembikani. On y pntrevers l'aval du rseau soit par la rsurgence, soit par deuxpertes afflu ent es.

    Le rui sseau souterrain dont le dbit est important s'estcreus son passage dans un rseau de diaclases complexe.Les galer ies sont souvent basses et l' eau les remplit moiti.la roche est nue, sombre, l'eau est noire et l'impression estsinistre quand on dambule dans ce labyrinthe semi-noy.

    Vers l'amont, on arrive dans une salle qui constitue leterminus de la cavit : la rivire sort d 'un siphon. La perte, Quin'a pas t explore, se situe peu de distance de l. Une

    PETIT

    o 20 ' Om

    GROTTE DE TAO- TAOLASTOURSVIL LE

    (GABON )

    FiQure 9

    LAMINOIR

    LAMIN OIR

    ~~-,

    ~)

    SIPHONS \~flPERTE

    ( PUITS cl. IOm 1

    159

  • O GALfRl[S CRfUSfESDAMS lES AMPEUTES

    PERTE AFFLUENTE

    ....GROTTE

    DE LA

    RIVIERE IBEMBEBAMSIKANI

    REGION DE LASrOURSvlLLE

    (GABON 1

    d' une certaine ta ille les plus nombreux. Cert aines cavitsren fermen t plusieurs dizai nes de mi lliers d'individus pouvantd 'ailleurs appartenir des espces diffrentes.

    On observe de temps autre une espce de petit rat ainsique des porcs-pies.

    Reptiles : nous n'avons observ aucun serpent lors de nosdiffrentes explorations.

    Batraciens : on peut apercevoir parfois des grenoui lles etdes crapauds.

    Poissons : les poissons renco ntrs le plu s frqu emmentsont des silures; cer ta ins peuvent t re p lu s ou m oi nsdcolors. Ils faisaient le bon heur de nos porteurs qu i leschassaie nt la machette.

    Insectes : Art hropodes : des gr illons longues antennes,semblables ceux que l'on peut voir dans les cave rnesfranaises, sont parmi les htes les pl us nombreux des pa rois.Les araignes peuvent tre aussi trs nombreuses: signalonsune espce de tarentule et des Phryn chus de la fam ill e desAmblypyges (voir photo). Ces araignes son t de taill e impres-sionnante et leurs longues pinces nous faisaient redouter unepiqre dangereuse. En fait, elles sont inoffe nsives.

    M icrofaune: la microfa une vivan t sur les dbris vg taux etdans le gua no est t rs abondante, So n tude reste il fa ire .

    PRHISTOIRE

    Au cours de nos di ffrentes visites, nous n'avons trouvaucune trace laissant supposer un habitat anc ien ou unequelconque pntration d'hommes il des poques reculesdans ces cavernes.

    Nous avons effectu quelques tranches mais nousn'avons pu observer aucun indice d'industrie. Cela ne veutvidemment pas dire qu 'il n'yen a pas.

    CONCLUSIONS

    caractristique de cette grotte est cause par la prsenced'un systme de galeries fossiles entirement ouvertes dansles amplites. Leur processus de formation a t expliquplus haut.

    LA FAUNE

    Nous serons assez imprcis dans ce chapitre car nous nesommes pas spcialistes en biosplologie . Nous nousbornerons numrer quelques-unes de nos observations.

    Il faut d'abord remarquer qu'il y a peu de troglobies vrais etque la plupart des htes de ces grottes sont des htesaccidentels qui peuvent avoir t entrains par le ruisseaulors de son trajet arien (par exemple. certains poissons) .

    Mammifres : les chauves-souris sont de loin les occupants

    Amblypyge : l'abdomen seul a une longueur de 2 cm. On distingueeu-dessus une Tarentule (pho to G. Delorme).

    160

    Ce tour d'horizon des possibil its splologi ques et desdcouvertes qui ont t faites dans l'Est du Gabon met envidence l'intrt que prsente la rgion de Lastoursville, Lagrande densit de perces hydrogologiques cheminant dansune couche dolomitique prise en sandwich entre des niveauximpermables offre un champ d'action important au splolo-gue. Dans ce secteur beaucoup de dcouvertes restent ilfaire. Ne parlons pas des autres rgions karstiques du Gabon,telles que le synclinal de la Nyanga, o les possibilitsparaissent immenses.

    Grard OELORMECOMll QG

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