De l'Amour Partie I

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Transcript of De l'Amour Partie I

  • 1. La Bible Neruda Hugo Aragon Verhaeren Pouchkine Baudelaire Shakespeare Maeterlinck Lorca Poe Goethe Prvert Saint-John Perse La Bible LA BIEN-AIME Jentends mon bien-aim. Voici quil arrive, sautant sur les montagnes, bondissant sur les collines. Mon bien-aim est semblable une gazelle, un jeune faon. Voil quil se tient derrire notre mur. Il guette par la fentre, il pie par le treillis. Mon bien-aim lve la voix, il me dit : Lve-toi, ma bien-aime, ma belle, viens. Car voil lhiver pass, cen est fini des pluies, elles ont disparu. Sur notre terre, les fleurs se montrent. La saison vient des gais refrains, le roucoulement de la tourterelle se fait entendre sur notre terre. Le figuier forme ses premiers fruits et les vignes en fleur exhalent leur parfum. Lve-toi, ma bien-aime, ma belle, viens ! Ma colombe, cache au creux des rochers, en des retraites escarpes, montre-moi ton visage, fais-moi entendre ta voix ; car ta voix est douce et charmant ton visage. Attrapez-nous les renards, les petits renards ravageurs de vigne, car nos vignes sont en fleur. Mon bien-aim est moi, et moi lui. Il pat son troupeau parmi les lis. Avant que souffle la brise du jour et que senfuient les ombres, reviens ! Sois semblable, mon bien-aim, une gazelle, un jeune faon,
  • 2. sur les montagnes de Btr. Sur ma couche, la nuit, jai cherch celui que mon cur aime. Je lai cherch mais ne lai point trouv ! Je me lverai donc, et parcourrai la ville. Dans les rues et sur les places, je chercherai celui que mon cur aime. Je lai cherch, mais ne lai point trouv ! Les gardes mont rencontre, ceux qui font la ronde dans la ville : Avez-vous vu celui que mon cur aime ? A peine les avais-je dpasss, jai trouv celui que mon cur aime. Je lai saisi et ne le lcherai point que je ne laie fait entrer dans la maison de ma mre, dans la chambre de celle qui ma conue. LE BIEN-AIM Que tu es belle, ma bien-aime, que tu es belle ! Tes yeux sont des colombes, derrire ton voile, tes cheveux comme un troupeau de chvres, ondulant sur les pentes du mont Galaad. Tes dents sont comme un troupeau de brebis tondues, qui montent du lavoir, qui toutes ont des jumeaux, et pas une d'elles n'est strile. Tes lvres un fil dcarlate, et tes discours sont ravissants. Tes joues, des moitis de grenades, derrire ton voile. Ton cou est comme la tour de David, btie pour y suspendre des armures; mille boucliers y sont suspendus, tous les pavois des vaillants hommes Tes deux seins, deux faons, jumeaux dune gazelle, qui paissent parmi les lis. Avant que souffle la brise du jour et que senfuient les ombres, jirai la montagne de la myrrhe, la colline de lencens. Tu es toute belle, ma bien-aime, et sans tache aucune ! Viens du Liban, fiance, viens du Liban, fais ton entre. regarde du sommet de lAmana des cimes du Sanir et de lHermon,
  • 3. repaire des lions, montagne des lopards. Tu mas ravi le cur, ma sur, fiance, Tu mas ravi le cur par un seul de tes regards, par un anneau de ton collier ! Que ton amour a de charmes, ma sur, fiance. Que ton amour est dlicieux, plus que le vin ! Et larme de tes parfums, plus que tous les baumes ! Tes lvres, fiance, distillent le miel vierge. Le miel et le lait sont sous ta langue ; et le parfum de tes vtements est comme le parfum du Liban. Neruda Belle Belle, pareil leau qui sur la pierre frache de la source ouvre son grand clair dcume, est ton sourire, belle. Belle, aux fines mains, aux pieds dlis comme un petit cheval dargent, fleur du monde, marchant, je te vois moi, belle. Belle, avec un nid de cuivre enchevtr dans la tte, un nid dune brune couleur de miel o mon coeur brle et se repose, belle. Belle, aux yeux trop grands pour ton visage, aux yeux trop grands pour la plante. Il y a des pays, des fleuves dans tes yeux, ma patrie se tient dans tes yeux, je vagabonde travers eux, ils donnent sa clart au monde partout o savancent mes pas,
  • 4. belle. Belle, tes seins sont pareils deux pains - terre froment et lune dor -, belle. Belle, ta taille mon bras la faite comme un fleuve mille annes parcourant la douceur de ta chair, belle. Belle, rien na le charme de tes hanches, la terre en quelque lieu cach a peut-tre, elle, la courbe de ton corps et son parfum, en quelque lieu peut-tre, belle. Belle, ma belle, ta voix, ta peau, tes ongles, belle, ma belle, ton tre, ta clart, ton ombre, belle, tout cela est mien, belle, tout cela, mienne, mappartient, lorsque tu marches ou te reposes, lorsque tu chantes ou que tu dors, lorsque tu souffres ou que tu rves, toujours, lorsque tu es proche ou lointaine, toujours, ma belle, tu es mienne, toujours. Hugo Encore toi A toi ! toujours toi ! Que chanterait ma lyre ? A toi l'hymne d'amour ! toi l'hymne d'hymen ! Quel autre nom pourrait veiller mon dlire ? Ai-je appris d'autres chants ? sais-je un autre chemin ? C'est toi, dont le regard claire ma nuit sombre ; Toi, dont l'image luit sur mon sommeil joyeux ; C'est toi qui tiens ma main quand je marche dans l'ombre, Et les rayons du ciel me viennent de tes yeux ! Mon destin est gard par ta douce prire ; Elle veille sur moi quand mon ange s'endort ; Lorsque mon cur entend ta voix modeste et fire, Au combat de la vie il provoque le sort.
  • 5. N'est-il pas dans le ciel de voix qui te rclame ? N'es-tu pas une fleur trangre nos champs ? Sur des vierges du ciel, ton me est pour mon me Le reflet de leurs feux et l'cho de leurs chants ! Quand ton il noir et doux me parle et me contemple, Quand ta robe m'effleure avec un lger bruit, Je crois avoir touch quelque voile du temple, Je dis comme Tobie : Un ange est dans ma nuit ! Lorsque de mes douleurs tu chassas le nuage, Je compris qu' ton sort mon sort devait s'unir, Pareil au saint pasteur, lass d'un long voyage, Qui vit vers la fontaine une vierge venir ! Je t'aime comme un tre au-dessus de ma vie, Comme une antique aeule aux prvoyants discours, Comme une sur craintive, mes maux asservie, Comme un dernier enfant, qu'on a dans ses vieux jours. Hlas ! je t'aime tant qu' ton nom seul je pleure ! Je pleure, car la vie est si pleine de maux ! Dans ce morne dsert tu n'as point de demeure, Et l'arbre o l'on s'assied lve ailleurs ses rameaux. Mon Dieu ! mettez la paix et la joie auprs d'elle. Ne troublez pas ses jours, ils sont vous, Seigneur ! Vous devez la bnir, car son me fidle Demande la vertu le secret du bonheur Aragon Vers dancer Que ce soit dimanche ou lundi Soir ou matin minuit midi Dans l'enfer ou le paradis Les amours aux amours ressemblent C'tait hier que je t'ai dit Nous dormirons ensemble C'tait hier et c'est demain Je n'ai plus que toi de chemin J'ai mis mon coeur entre tes mains Avec le tien comme il va l'amble Tout ce qu'il a de temps humain Nous dormirons ensemble Mon amour ce qui fut sera Le ciel est sur nous comme un drap J'ai referm sur toi mes bras Et tant je t'aime que j'en tremble Aussi longtemps que tu voudras Nous dormirons ensemble
  • 6. Verhaeren Avec mes sens, avec mon coeur ... Avec mes sens, avec mon coeur et mon cerveau, Avec mon tre entier tendu comme un flambeau Vers ta bont et vers ta charit Sans cesse inassouvies, Je t'aime et te louange et je te remercie D'tre venue, un jour, si simplement, Par les chemins du dvouement, Prendre, en tes mains bienfaisantes, ma vie. Depuis ce jour, Je sais, oh ! quel amour Candide et clair ainsi que la rose Tombe de toi sur mon me tranquillise. Je me sens tien, par tous les liens brlants Qui rattachent leur brasier les flammes ; Toute ma chair, toute mon me Monte vers toi, d'un inlassable lan ; Je ne cesse de longuement me souvenir De ta ferveur profonde et de ton charme, Si bien que, tout coup, je sens mes yeux s'emplir, Dlicieusement, d'inoubliables larmes. Et je m'en viens vers toi, heureux et recueilli, Avec le dsir fier d'tre jamais celui Qui t'est et te sera la plus sre des joies. Toute notre tendresse autour de nous flamboie ; Tout cho de mon tre ton appel rpond ; L'heure est unique et d'extase solennise Et mes doigts sont tremblants, rien qu' frler ton front, Comme s'ils y touchaient l'aile de tes penses. Pouchkine A*** Je revois linstant merveilleux o devant moi tu apparus, vision peine bauche, claire image de la beaut. Accabl jusquau dsespoir, assourdi par le bruit du monde, jentendis longtemps ta voix tendre et rvai de tes traits aims. Les ans passrent. Les temptes au vent jetrent tous mes rves et jen oubliai ta voix tendre et les traits purs de ton visage.
  • 7. Mes jours se tranaient silencieux dans une sombre rclusion, sans gnie, sans inspiration, sans vie, sans amour, sans larme. Quand sonna lheure du rveil, devant moi tu rapparus, vision peine bauche, claire image de la beaut, et mon cur sest remis battre, ivre de voir ressusciter le gnie et linspiration, la vie et lamour et les larmes. Le dsir fait brler mon sang, d'amour tu m'as l'me blesse. Donne tes lvres : tes baisers me valent la myrrhe et le vin. Penche sur moi ta tte tendrement que je gote un sommeil sans trouble jusqu'au souffle joyeux du jour qui chassera l'ombre nocturne Baudelaire Hymne la beaut. Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l'abme, Beaut ! t