Daily Movies 58 - Février 2015

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Toute l'actualité du cinéma en Suisse dans le numéro du mois de février de Daily Movies

Transcript of Daily Movies 58 - Février 2015

  • EDITOQue vous soyez compltement, partiellement ou pas trop Charlie, sil y a un endroit ce mois-ci pour revenir sur ces tragiques vnements avec recul et pondration, cest le FIFDH (voir article ci-contre et en page 6). La libert dexpression tant un des premiers des droits humains, le Forum permettra de dbattre, en sappuyant sur cet outil incomparablement puissant quest le cinma.

    Dailleurs, certains des films de fvrier critiqus dans nos pages En salles dmontrent cette capacit dillustrer les grands problmes de notre temps et de faire rflchir le spectateur, en mme temps quil le divertit : Imitation Game , ou comment son homosexualit conduisit au ban de la socit un gnie et hros national, Master Of The Universe et sa dnonciation froide par un ancien banquier dun systme financier sans scrupules, Felix et Meira , qui illustre la lutte dune femme contre son conditionnement religieux Mme un film a priori sans messages comme Fish And Cat a au moins le mrite, outre ses qualits narratives, de montrer que lIran est plus que son image dEpinal de pays des mollahs.

    UNE PUBLICATION

    Yamine [email protected]

    Nouvelle directrice avec le retour de la cofondatrice Isabelle Gattiker nouvelle communication visuelle, nouveau lieu central, nouveaux lieux de projection et de dbat Cest un FIFDH plein de surprises qui

    soffrira aux festivaliers pour cette 13me dition !

    1bis

    11

    DAILY MOVIES NO 58 FVRIER 2015 WWW.DAILY-MOVIES.CH

    En salles

    Souvenirs de Marnie : le chant du cygne de Ghibli ? Pas si sr

    2 Festivals

    Le Festival du Film Vert souffle ses dix bougies : un anniversaire qui sera ft dignement !

    7

    11me Courtoujours : la manifestation genevoise de rfrence consacre aux courts-mtrages.

    Festivals 7Festivals

    7me Japan Impact : deux jours de folie Lausanne pour la culture japonaise avec un grand C.

    6

    Le FIFDH est lun des vnements les plus importants ddis au cinma et aux droits humains travers le monde. Isabelle Gattiker justifie ainsi son importance : Nous sommes convaincus que la qualit artistique des films est ncessaire pour traiter des violations de la dignit humaine. A travers deux comptitions internationales, Fictions et Documentaires, nous montrons le meilleur du cinma suisse et international consacr aux droits de la personne. Avec des dbats de haut niveau face au Conseil des droits de lhomme des Nations Unies, qui passe sous silence de nombreuses violations, nous offrons un forum o tous les sujets peuvent tre dbattus en toute libert. Le FIFDH est un relais pour celles et ceux qui risquent leur vie sur le terrain .

    Pour la premire fois, le Festival investit Genve et ses alentours avec des projections et des dbats dans des muses, maisons de quartier et autres lieux culturels, aux Pquis, Carouge, Meyrin, Versoix et Gaillard en France voisine. Des projections de films seront proposes gratuitement dans des cafs de Genve. Des sances seront galement organises dans le centre de dtention de la Clairire, lhpital de jour des Hpitaux Universitaires de Genve (HUG) et la clinique psychiatrique de Belle-Ide.Le Festival s'ouvrira avec une soire en hommage aux caricaturistes assassins parce quils dfendaient la dmocratie et se clturera sur la Journe internationale des femmes, le 8 mars. Les donneurs d'alerte, les stratgies de communication djihadistes, lenvironnement, Ebola, le centenaire du gnocide armnien,

    la discrimination des Ouighours, Isral-Palestine, les migrations, le travail des enfants, la responsabilit des banques de respecter les droits humains seront dbattus lors des soires Un film, un sujet, un dbat . Des discussions seront galement

    organises autour des discriminations contre la communaut LGBTIQ en Russie et propos de lhistoire rcente de la Colombie. Tous les dbats seront retransmis gratuitement sur internet et accompagns dun hashtag ddi.La composition du jury Documentaires et du Jury Fictions ainsi que la liste des invits seront annoncs lors de la confrence de presse qui aura lieu le 17 fvrier. Une quarantaine de films seront projets en premire mondiale, internationale ou suisse, raliss par des cinastes engags parmi lesquels Erick Zonca, Danis Tanovic, Mira Nair, Amos Gita, Rithy Panh, les Yes Men et Juan Lozano.

    (Suite en page 6)

    www.fifdh.org

    [Yamine Guettari]

    Ds que vous voyez le logo ci-dessus, c'est qu'il y a des lots en jeu.

    COMMENT GAGNER ?En crivant [email protected], et en mettant en objet concours + le titre du film. Noubliez pas votre adresse postale pour participer au tirage au sort !

  • DAILY MOVIES N58 FVRIER 2015

    SOUVENIRS DE MARNIE LE DERNIER GHIBLI ?En aot dernier une interview de Toshio Suzuki, le producteur embl-matique des studios Ghibli, cofon-ds comme chacun le sait par Hayao Miyazaki et Isao Takahata, laissait entendre que les studios arrtaient la production de long-mtrages. Pourtant, la rumeur fut plus tard dmentie : arguant dune erreur de traduction, les studios parlaient dsormais de pause , de recons-

    truction , de restructuration ... Il est vrai que les derniers films du studio, nonobstant leur qualit et leur accueil critique souvent unani-mement logieux, ne furent pas tous dimmenses succs ( Le Conte de la princesse Kaguya accuse 26 mil-lions de dollars de perte, et Sou-venirs de Marnie a fait des scores dcevants lors de son exploitation japonaise lt dernier). Du coup les ttes pensantes de Ghibli ont dcid de se recentrer sur leur muse et sur la gestion des droits de leurs uvres, et de ne se lancer dans la production dun nouveau long-mtrage que si le projet semble viable . Une bonne raison de ne pas rater ce Souvenirs

    de Marnie donc, puisque personne ne peut affirmer quand le prochain Ghibli verra le jourCette adaptation de When Marnie Was There de Joan G. Robinson, classique de la littrature jeunesse britannique publi en 1967, et consi-dr comme lun des chefs-duvre de la littrature anglaise pour la jeu-nesse, partait sous de bons auspices. Cest en effet un des livres de chevet de Miyazaki, qui fait partie de la liste

    de lecture des nouveaux col-laborateurs du studio. Mais le dfi tait de taille, comme le confie H i r o m a s a Yonebayashi : Je me suis dabord dit quil serait dif-ficile adap-ter. Jai beau-coup apprci ma lecture, jai t mu par lhistoire, mais ce qui fonct ionnai t la perfec-

    tion en tant quoeuvre littraire me paraissait difficile transcrire sous forme visuelle. Le livre tire sa force du dialogue entre Anna et Marnie. Cest travers leurs conversations que lon peroit les variations des sentiments et de ltat desprit des personnages, et cest l que se situe le plaisir du roman. Mais comment transcrire cela sous forme de film danimation ? Je doutais de parve-nir conserver toute lintensit et la force motionnelle du livre. Cepen-dant, longtemps aprs avoir termin le livre, des images continuaient hanter mon esprit. Anna et Marnie, proches lune de lautre, se tenant par la main, dans le jardin dune

    demeure en pierre faisant face un splendide marais. Peut-tre allaient-elles danser dans le clair de lune ? Un lien se nouait entre leurs deux curs, dans lcrin de la beaut de la nature, le doux souffle de la brise, sur un air de musique familier. Aprs avoir dessin plusieurs esquisses, je me suis finalement dit que je pou-vais essayer. Notons aussi le retour de Masashi Ando au poste cl de superviseur de lanimation (il avait travaill sur Princesse Mononok et Le Voyage de Chihiro ), avant de quit-ter le Studio Ghibli il y a treize ans.

    [Yamine Guettari]

    LA CRITIQUEIl y a quelque chose de profond-ment envotant dans Souvenirs de Marnie , quelque chose de pri-mordial qui nous ramne au cur de nos motions, quelque chose qui nous dlivre en profondeur, quelque chose qui nous comprend.Au mme rythme qu'Anna, jeune asthmatique en cure au bord de mer, nous dcouvrons les traumatismes de l'enfance et la magie de l'me qui essaie d'en venir bout. Car qui est Marnie ? Une amie imaginaire ou un fantme ? Et quelle est cette trange villa ? En ruines, en pleine rception mondaine ou en rno-vation moderne ? Ici, les temps du rcit et de l'esprit se mlent, s'entre-coupent et parfois s'entrechoquent. Yonebayashi jongle toute en finesse avec eux, entre ralit, fantasme, mmoire, prsent et passs. Et une fois subtilement mis en place, ce mcanisme glisse doucement vers une unique temporalit l'immer-sion totale et la cohrence bluf-fante. Souvenirs de Marnie2 russit ainsi un numro d'quilibriste nar-ratif quasi-indit, dont l'unique but

    est de nous perde tout autant qu'est perdue Anna.Figure splendide de l'adolescente anormale, exclue et solitaire, elle porte sur ses paules toute la tristesse d'un mal-tre profond et alinant. Mais le retour aux sources, natu-rel et spirituel, sera sa gurison. Et c'est l aussi l'autre tour de force de Souvenirs de Marnie , celui de jouer avec la simplicit/complexit de ce combat intrieur pour en tirer un pouvoir d'vocation, et surtout d'motions, sublime. Car on parle ici avant tout d'abandon, de pardon et du poids des blessures caches. Et pour ce genre de thmatique, il n'y a jamais assez de mots, mais plutt des larmes timides remplies de grandeur.Le chant du cygne des studios Ghibli n'aurait pas pu tre plus beau.

    [Florian Poupelin]

    2

    Anna, jeune fille solitaire, vit en ville avec ses parents adoptifs. Un t, elle est envoye dans un petit village au nord dHokkaid. Dans une vieille demeure inhabite, au cur des marais, elle va se lier damiti avec ltrange Marnie

    EN SALLES

    Alexandre Thomas Carole-lyne Loc Caporal Gerber Klay Valceschini

    Difret - - - -Felix et Meira - - - - Fish And Cat - - - -Foxcatcher - - - Imitation Game - - - - Into The Woods - - - LEnqute - - - -La Nuit au muse 3 - - - Les Nouveaux hros - - - -Les Nouveaux sauvages - - -

    Five angry mennotent les films du mois

    LA COTATION DE DAILY MOVIES Chef-doeuvre Excellent Bien Bof Mauvais T viter comme la mort

    De Hiromasa YonebayashiAvec les voix de Sara Takatsuki, Kasumi ArimuraFrenetic Films

    Sortie le 28/01

    AVEC LE TEMPS VA, TOUT S'EN VA

  • DAILY MOVIES N58 FVRIER 2015

    UN RCIT SUR LA DIFFRENCE

    Rcompens par le Prix du public au Festival International du film de Toronto et nomm huit fois aux Oscars, Imitation Game retrace le parcours exceptionnel dAlan Turing (Benedict Cumberbatch), le concepteur dune machine qui a jou un rle dterminant durant la Deuxime Guerre mondiale. Ce gnie mathmaticien est appel travailler avec une quipe de chercheurs (Matthew Goode, Keira Knightley, Allen Leech), afin de briser le systme de codage des messages nazis, rput inviolable. travers trois moments cls de sa vie, le spectateur dcouvre que derrire les accomplissements de ce scientifique britannique, se cache un homme extraordinaire, sujet un conflit intrieur avec sa sexualit. Benedict Cumberbatch, lacteur montant connu pour son rle de

    dtective excentrique dans la srie tlvise Sherlock , crve lcran tant la qualit de sa performance est exceptionnelle et prouve que sa nomination aux Oscars est amplement mrite. Pour donner vie Alan Turing, il transforme sa voix grave et tonitruante pour lui insuffler plus de douceur et de retenue. Dpeint comme un authentique marginal, le scientifique russit allger latmosphre oppressante de cette poque grce lhumour gnr par ses excentricits. Il faut galement saluer la prestation impeccable de Keira Knightley, qui tonne par sa simplicit et dont le

    rle est essentiel pour contrebalancer lextravagance dAlan Turing. La complicit et la tendresse entre les deux personnages est palpable et leurs changes offrent les meilleures squences de ce film biographique.Le ralisateur norvgien Morten Tyldum ( Headhunters ), encore mconnu du grand public, livre un second long-mtrage la sincrit touchante, dot dune ralisation sans prise de risques, mais tout de mme de bonne facture. Le film est une russite porte par une bande-originale envotante compose par le brillant Alexandre Desplat, mais aussi par un scnario bien construit et dune trs grande richesse. Effectivement, Imitation Game , cest aussi un regard sur la socit, sur son intolrance vis--vis des personnes diffrentes, qui pourraient se rvler tre les hros de demain.[Diana Jeronimo]

    EN SALLES 3

    BioBenedict CumberbatchDans le sangN le 19 juillet 1976 Londres, de deux parents acteurs, il suit leurs traces en entrant l'univer-sit de Manches-ter pour tu-dier la comdie, puis en poursuivant sa formation la prestigieuse London Academy of Music and Dramatic Art.

    ApprentissageSa carrire suit une progres-sion logique. Il joue le rpertoire classique dans les thtres londoniens, puis obtient des seconds rles la tlvision britannique, et enfin le premier rle du tlfilm Hawking o il joue le scientifique, et surtout il incarne Sherlock Holmes dans la srie Sherlock de la BBC.

    ExplosionMme cheminement au cinma, avec de nombreux petits rles avant dincarner des per-sonnages plus marquants : le dragon Smaug dans Le Hob-bit , et le mchant Khan dans Star Trek Into Darkness . Nombreux le considrent en Grande-Bretagne comme le prochain Laurence Olivier.

    [Yamine Guettari]

    IMITATION GAME

    Les Nouveaux Hros est la dernire merveille des studios Disney, ralise par les crateurs de La reine des neiges et Le monde de Ralph . Inspir dun comics des ditions Marvel, le long-mtrage nous emmne dans un futur alternatif, San Fransokyo, o vit le jeune prodige Hiro Hamada (Ryan Potter). Encourag mettre profit son intelligence au-dessus de la moyenne par son frre Tadashi (Daniel Henney), cet adolescent de 14 ans prend comme rsolution dentrer luniversit pour y tudier la robotique. Cependant, une tragdie bouleverse tous ses plans et le force se lancer dans une qute prilleuse. Pour faire face aux obstacles qui se prsentent, le jeune garon pourra compter sur laide de son robot infirmier Baymax (Scott Adsit) et de son groupe damis. Les Nouveaux Hros runit toutes les caractristiques qui nous enchantent dans un long-mtrage danimation. Comme tout bon film de Disney, il transmet de fortes valeurs morales

    telles que limportance de la famille, le dpassement de soi et la notion de responsabilit. Il se veut galement ludique en mlant des leons de chimie et physique, de vraies scnes daction dignes dun blockbuster. Si tous les gadgets utiliss par nos hros peuvent perturber les puristes, ils seront conquis par la beaut visuelle du film et les squences motionnelles dchirantes entre Hiro et Baymax, qui viendront vider leurs glandes lacrymales. Mais latout majeur du film reste cet norme robot gonflable inexpressif mais pourtant capable de nous faire naviguer entre motion et hilarit avec une fluidit exemplaire. Un film ne pas manquer ![Diana Jeronimo]

    LES NOUVEAUX HROS

    Pour une raison inconnue, la tablette magique qui donne vie toutes les expositions du muse dhistoire naturelle la nuit tombe commence perdre son pouvoir. Accompagn de ses fidles compagnons de cire (Robin Williams, Owen Wilson), Larry, (Ben Stiller) le gardien de nuit, part en mission Londres pour y trouver une solution avant que ses amis ne restent figs jamais. Si aucun film de cette trilogie ne peut tre considr comme du grand art, les deux premiers pisodes de la franchise avaient au moins le mrite dtre divertissants et de disposer dun scnario qui parvenait dcoller. La nuit au muse Le secret des pharaons patauge dans la mdiocrit en ne se limitant qu rpter le schma et les plaisanteries des films prcdents, mais cette fois-ci en prenant place dans un muse se trouvant de lautre ct de lAtlantique, et avec comme intrigue secondaire la difficult dun pre laisser son fils voler de ses propres ailes. Le long-mtrage

    laisse limpression dsagrable que les acteurs ne sont prsents que pour honorer la fin de leur contrat sans se soucier du rsultat final. Toutefois, il faut reconnatre la qualit exceptionnelle des effets spciaux et quil est trs difficile de ne pas smouvoir de la prsence de Robin Williams, dcd avant le lancement du film, qui chaque squence semble faire ses adieux au cinma. Si La Nuit au Muse Le Secret des Pharaons ne russit pas se renouveler et garder intactes la fracheur et lnergie de ses autres opus, il a nanmoins un pouvoir similaire la tablette dor : faire revenir la vie cet acteur dexception chaque fois que lon y assistera. [Diana Jeronimo]

    LA NUIT AU MUSE LE SECRET DES PHARAONS

    De Morten TyldumAvec Benedict Cumberbatch, Keira Knightley, Matthew GoodeAscot Elite Films

    Sortie le 28/01

    De Shawn LevyAvec Ben Stiller, Robin Williams, Owen Wilson20th Century Fox

    Sortie le 04/02

    De Don Hall et Chris WilliamsAvec les voix de Ryan Potter, Scott AdsitWalt Disney Pictures

    Sortie le 11/02

  • DAILY MOVIES N58 FVRIER 2015

    Les Wachowski continuent dans la SF mta-physique avec les aventures dune immi-gre russe qui pourrait bien avoir une destine exception-nelle. Channing Tatum et Mila Kunis apportent leur coefficient glamour.

    Sortie le 04/02

    Un sniper des Navy Seals empile les faits darme en Irak. Mais son retour au pays va se rvler bien difficile. On fait confiance Eastwood pour livrer une rflexion subtile sur lengagement militaire amri-cain.

    Sortie le 18/02

    Eric (Dubosc) et Patrice (Kad) sont deux amis denfance bien diffrents : le premier est un ftard coureur, le second un bon pre de famille. Projets en 1986, ils vont revivre leur adolescence... Avec Farrugia la ralisation !

    Sortie le 18/02 [YG]

    4

    JUPITER ASCENDING AMERICAN SNIPER BIS

    Rainer Voss tait un important banquier d'investissement allemand. Devenu consultant, il raconte la camra de Marc Bauder la face cache de la finance, ce monde parallle qui vit l'intrieur des gratte-ciels des quartiers d'affaires. Une vritable communaut ferme sur le monde extrieur, dconnecte des ralits sociales, et qui a une devise : faire toujours plus de profit, peu importe comment. Ce documentaire diffus sur Arte en 2013 sort enfin dans les salles suisses aprs avoir suscit un intrt important auprs du public international. Avec une mise en scne la fois sobre et lgante, il accueille le discours de l'ancien banquier d'affaires

    qui distille et l des rvlations coup de poing sur les drives pernicieuses du monde de la finance. Discours n'est pas dmonstration et ce film la tonalit assez intimiste s'attarde plus sur les implications personnelles et psychologiques du systme que sur une volont d'en dconstruire prcisment les rouages. Un film important pour veiller les consciences. [Arnaud Mittempergher]

    MASTER OF THE UNIVERSE

    2001. Le journaliste Denis Robert publie un livre choc dnonant la socit Clearstream au fonctionnement opaque et plus que douteux. Ces rvlations branlent le monde de la finance internationale et rejoignent bientt les proccupations du juge Renaud van Ruymbeke, engag dans la lutte contre la corruption et responsable dune enqute sur la vente de frgates Tawan contenant de nombreuses zones dombre. Mais la qute de la vrit nest jamais sans danger LEnqute retrace les faits rvls par Denis Robert dans ses ouvrages Rvlation et La Bote Noire .

    Tout y est : le travail dinvestigation, la tempte mdiatique et surtout la quantit astronomique de procs qui sen est suivie. Et Vincent Garenq russit rendre cela la fois comprhensible et intressant, malgr une ralisation assez lente et un ct vintage dlibr. Un alliage de ralisme et de fiction russi !

    [Pauline Hausmann]

    LENQUTE

    EN SALLES

    Pas vu mais on y croitTrois films voir en salle ces prochaines semaines, mais qui nont pas encore t visionns.

    I l fallait tre fou pour concrtiser un tel projet : un film de plus de deux heures tourn en un seul plan. Si Alexandre Sokourov avait dj relev un dfi similaire en tournant LArche russe (2002) en un plan de plus de 90 minutes, lIranien Shahram Mokri va encore plus loin. En sinspirant dun fait divers sordide, le ralisateur nous emmne sur les rives dun lac qui accueillent un groupe dtudiants venus camper et participer une comptition de cerfs-volants. Autour du campement, deux hommes tranges rdent et interpellent les jeunes. Deux heures durant, la camra de Mokri va suivre tour tour prs de douze personnages pendant que latmosphre se fait de plus en plus menaante. Cest dans sa construction que Fish and Cat savre ahurissant. Alors quon pourrait sattendre un rcit linaire qui se droulerait en temps rel le film tant compos dun seul plan on se rend compte qu chaque fois que nous suivons un nouveau personnage (qui, pour une raison

    ou pour une autre, croise la route du prcdent), la narration opre un retour en arrire. Ainsi, chaque passage de tmoin entre deux individus quivaut un flashback qui retarde toujours le dnouement. On vous laisse imaginer le travail de chorgraphie ncessaire ! Cette structure complexe nous prouve quil est toujours possible dlaborer des nouveaux moyens pour raconter une histoire, en tordant par exemple la ligne du temps la manire dun ruban de Mbius. Un grand bravo aux quelques salles qui auront laudace de programmer Fish and Cat (le Cinlux de Genve le proposera ds le 25 fvrier) et nous ne pouvons que vous encourager les soutenir en allant dcouvrir ce film subjuguant ! [Thomas Gerber]

    FISH AND CAT

    Un petit film qui sest bien fait remarquer en 2014 avec le Prix du meilleur film canadien au Festival international du film de Toronto (TIFF) et le Prix du meilleur long mtrage de la Comptition internationale (Louve dor) au Festival du nouveau cinma (FNC). Mais de l dire que cest un chef duvre canadien comme de nombreux mdias qubecois cest sans doute bien exagr. Par contre, cest une belle histoire qui, au travers dun scnario quelque peu romanesque, nous fait dcouvrir les habitants de la La Petite Jrusalem de Montral. Tout dbute avec Flix, un athe qui doit affronter la mort dun pre avec lequel il tait trs proche. Le hasard le conduira vers la belle Meira, qui va bouleverser sa vie en le confrontant avec des problmatiques religieuses qui lui sont inconnues. Car Meira est mre et juive hassidique, et souffre du mode de vie impos par son mari. Les deux formeront un couple en qute dun ailleurs plus vivant, loin du deuil et dune vie corset par la

    religion. Maxime Giroux qui avait dj eu une premire exprience avec les longs-mtrages dramatiques ( JO pour Jonathan en 2010) sessaie ici un film romantique qui ne lest pas vraiment tant la retenue demeure omniprsente. Mme si les enjeux sont peut-tre trop vite vendus au spectateur, le spectateur se laisse facilement emporter par sa curiosit suivre la vie de ces personnages la fois apathiques et passionns. Sa lenteur et son ct exagrment feutr pourront rebuter, le scnario manque parfois de force et de rythme, notamment pour certains scnes en trop qui sortent du contexte romantique. Pourtant la finesse de la peinture des personnages compense labsence de surprises dun scnario balis. [Carlos Mhlig]

    FLIX ET MEIRA

    De Maxime GirouxAvec Martin Dubreuil, Hadas Yaron, Luzer TwerskyCineworx

    Sortie le 04/02

    De Shahram MokriAvec Babak Karimi, Saeid Ebrahimifar, Mona AhmadiTrigon-film

    Sortie le 28/02

    De Vincent GarenqAvec Gilles Lellouche, Charles Berling Agora Films

    Sortie le 11/02

    De Marc BauderAvec Rainer VossFrenetic Films

    Sortie le 28/01

  • DAILY MOVIES N58 FVRIER 2015 5

  • DAILY MOVIES N58 FVRIER 2015FESTIVALS613ME FIFDH

    La premire question que lon a videmment envie de vous poser, cest avez-vous boulevers votre programmation suite aux atten-tats terroristes de Paris ? Cest surtout nous qui avons t avant tout bouleverss. Retourns. Rvolts. Dautant plus que Charlie Hebdo a t partenaire du Festival pendant trois ditions. En 2008, Wolinski tait dailleurs venu au festival croquer en direct un dbat sur le thme de la monte des populismes en Europe... Nous avons donc bien sr tenu rendre hommage un fort hommage aux caricaturistes assassins. Nous prsenterons cette anne avec la Fondation Cartooning for peace une exposition qui regroupera de magnifiques dessins de caricaturistes du monde entier en hommage leurs collgues de Charlie Hebdo. Nous allons galement ddier notre soire douverture au travail des caricaturistes engags, avec la projection du film Caricaturistes, fantassins de la dmocratie , en prsence de la ralisatrice Stphanie Valloato, le vendredi 27 fvrier. Enfin, nous consacrerons une soire aux mthodes de communication des groupes djihadistes, avec un film extraordinaire, Warriors From The North de Soren Steen Jespersen, suivi dun dbat, le mercredi 4 mars.

    En tant que nouvelle directrice, quelles pistes allez-vous dvelop-per pour le FIFDH ? Cette anne, nous aurons pour la premire fois un magnifique lieu central, idal pour notre Festival : Pitoff, et toute la salle communale de Plainpalais, o nous proposerons un caf/restaurant, une librairie, et nous montrerons des expositions dartistes et vidastes notamment deux vases originaux du clbre artiste chinois Ai Weiwei. Nous offrirons ainsi notre public un vrai lieu dchanges nous attendons cette anne 160 invit(e)s du monde entier, qui sont toujours heureux de rencontrer le public genevois aprs les dbats. Pour la premire fois, le Festival investit aussi cette anne les quartiers

    de Genve avec des projections et dbats dans des lieux inhabituels : dans des cafs, des muses, des maisons de quartier, aux Pquis, Carouge, Meyrin, Versoix et mme Gaillard, en France voisine. Nous prsenterons un film au Temple de Saint Gervais, en collaboration avec le Flux Laboratory. Des sances seront aussi organises dans le centre de dtention de la Clairire, ainsi qu lhpital de jour, et la clinique psychiatrique de Belle-Ide, en collaboration avec les HUG.Nous dvelopperons galement la formation professionnelle, avec lorganisation de deux Masterclass, lune du comdien franco-algrien Reda Kateb ( Un prophte , Zero Dark Thirty , Guillaume et les garons table ), et lautre autour de lutilisation de lanimation dans le cinma documentaire.

    Tracez nous un peu le parcours qui vous a mene ce poste Jai fond le Festival aux cts de Lo Kaneman, en 2003, la fin de mes tudes, et jai t la coordina-trice gnrale des trois premires ditions du Festival. Jai ensuite eu envie de dvelopper mes propres projets de films. Jai eu la chance de me former la production pen-

    dant deux ans, comme assistante du cinaste Amos Gita, dont une rtrospective complte vient dtre prsente la Cinmathque suisse. Jai ensuite t pendant plusieurs annes pro-ductrice de films, un mtier que jai exerc avec bonheur. Jai aussi enseign lECAL et la HEAD. Je suis reve-nue au FIFDH lanne

    dernire en tant que directrice ad-jointe, avant dtre nomme direc-trice gnrale le mois dernier. A 36 ans, je suis donc revenue mes pre-mires amours ! Cest un honneur et un magnifique dfi.

    Quelles seront les grandes th-matiques de cette dition 2015 ? Cette anne, nous prsenterons plusieurs films de cinastes reconnus en premire mondiale, internationale ou europenne. Cest une belle reconnaissance de la part du monde du cinma. Nous prsenterons aussi plusieurs films raliss par de talentueux cinastes suisses, ce qui me tient trs cur. Lors des dbats, nous mettons cette anne lhonneur les donneurs dalertes, avec trois soires qui seront consacres directement ou indirectement la question. Nous

    commmorerons galement le centenaire du gnocide armnien, nous reviendrons sur la terrible pidmie dEbola, nous parlerons des migrations, du travail des enfants, de lenvironnement, des menaces contre les personnes LGBT en Russie, ou encore de la responsabilit des banques dans le respect des droits humains. Nous prsenterons en premire mondiale une extraordinaire srie danimation sur lhistoire rcente de la Colombie. Enfin, nous parlerons sport et droits humains, avec des films autour du football et de la boxe !

    La traditionnelle question laquelle il ny a pas de rponse facile : quel film vous a le plus touche dans la slection de cette anne ? Ils mont tous touche, sinon je ne les aurais pas programms ! Mais ce qui ma fait le plus plaisir, cest de mettre laffiche de vraies ppites de cinastes (encore) peu connus du grand public : par exemple Sunrise de lIndien Partho Sen-Gupta, The Storm Makers du Cambodgien Guillaume Suon, Something Better To Come de la Polonaise Hanna Polak, ou encore ensored Voices , de lIsralienne Mor Louschy. Entre autres

    Que peut-on vous souhaiter pour cette premire sous votre houlette ? De continuer croire que tout est possible. De rester curieuse et enthousiaste. Et de garder, tout en tant face tant de tragdies, mon sens de lhumour intact.

    www.fifdh.ch

    [Yamine Guettari]

    Suite de notre article en une sur le Festival du Film et Forum International sur les Droits Humains, avec quelques mots de la nouvelle directrice Isabelle Gattiker, qui succde au fondateur Lo Kaneman,

    qui reste prsident dhonneur et conseiller aux thmatiques.

    GenveDu 27/02 au 08/03

    GROS PLAN SUR LE JAPAN IMPACT !Pour la 7me anne conscutive, lassociation de lEPFL PolyJapan organisera, les 14 et 15 fvrier dans les btiments CE-CM de lcole, le Japan Impact, festival promouvant la culture japonaise sous toutes de ses formes.

    Fidle sa vocation de proposer les classiques de toute convention sur le Japon (concours de Cosplay, concours de jeux vido (anciens et nouveaux), projections de dessins anims japonais, concerts, dmonstration darts martiaux) et aussi de faire dcouvrir des aspects moins facilement abordables de la culture nippone, le Japan Impact 2015 aura un programme charg. De nombreuses confrences prometteuses (sur le sumo,

    les mangas, le Kamishibai (lart du thtre de papier), les jeux vido) ; des ateliers varis, en petits comits, pour sinitier la calligraphie, au Nail-Art, lorigami (art du pliage du papier), likebana (art floral), la fabrication dun sceau, la danse japonaise, la crmonie du th ou encore, tout simplement, la langue japonaise ; des concerts de tous genres (de Bernard Minet (!!!) au shamisen et au taiko) ; une exposition exceptionnelle dobjets dpoque... Bref il y en aura vraiment pour tous les gots, et on ne peut que saluer la profusion et la varit dactivits proposes !

    [Yamine Guettari]

    Charlie's Country

    Caricaturistes, fantassins de la dmocratie

    The Yes Men Are Revolting

  • DAILY MOVIES N58 FVRIER 2015 710ME FESTIVAL DU FILM VERT 11ME FESTIVAL

    COURTOUJOURSPour sa dixime dition, le Festival du Film Vert prendra place dans toute la Suisse romande, en France et dans la rgion zurichoise, durant tout le mois de mars 2015. L'occasion, pour un public toujours plus nombreux, d'assister de nombreuses projections de documentaires sur l'cologie et le dveloppement durable, pour poursuivre avec des dbats trs instructifs, le tout dans une ambiance conviviale.Pour marquer cet anniversaire, la soire d'ouverture aura lieu dans une ambiance festive au Palais de Beaulieu de Lausanne, le samedi 28 fvrier, Au programme : remise de prix en prsence de nombreuses personnalits et ralisateurs, projection de Kindia 3 , un film qui suit une opration d'aide au dveloppement durable en Guine Conakry, et une fin de soire sur fond de musique africaine.Le 6me prix Tournesol et le Prix Greenpeace 2015 seront donc remis cette occasion, respectivement par un jury international compos de professionnels du cinma ou de personnalits (venues de France, d'Italie et de Suisse) et par Greenpeace Suisse, partenaire du Festival depuis 2009. Ils devront choisir parmi : Chasing Ice (Jeff Orlowski, USA 2012) ; Dchets (Kate Amiguet, Suisse 2014) ; Ondes, science et manigances (Jean Hches, France 2014) ; Le Pige de plastique (Olivia Mojiejewski, France 2014) et Le Promeneur d'oiseau (Philippe Muyl, France/Chine 2014).Au total, prs de 50 films seront projets qui aborderont des thmatiques trs varies : de la surproduction de plastique aux ondes dans lesquelles nous baignons, de la fonte des glaces aux salons feutrs des traders, les sujets sont hlas ! nombreux. Notons tout de mme que depuis les premires projections en 2006, les films prsents ont sensiblement volu : au dpart souvent

    alarmistes, nombre dentre eux se sont orients vers l'exploration de rponses possibles. Ainsi, le film Sacre croissance , de Marie-Monique Robin (projet dans toutes les villes accueillant le festival), s'intresse des initiatives concrtes et russies travers le monde pour sortir du modle de croissance infinie dans lequel notre socit est enferme depuis des dcennies alors mme que nos ressources, elles, sont limites.Un festival dutilit publique !

    www.festivaldufilmvert.ch

    Source : communiqu de presse.

    [Yamine Guettari]

    Onze ans dj que le festival CourToujours, organis par lassociation Ecran Mobile, prsente au public genevois et dailleurs le meilleur des courts-mtrages rcemment produits. Cette anne, vous pourrez dcouvrir pendant trois jours aux Cinmas du Grtli une slection de 34 courts-mtrages suisses et internationaux en comptition pour le prix du jury et le prix du public.Cette anne 13 pays sont reprsents dont la Suisse, la Belgique, la Bolivie, le Canada, la France, lAllemagne, lIran, le Mexique, la Hollande, le Portugal, la Russie, lEspagne et mme le Tadjikistan ! Les courts voyagent entre fiction, documentaire, animation et parfois se risquent aux frontires dun cinma plus exprimental. Les films seront projets en sries rparties en six thmatiques constituant un fil conducteur. La srie 1, Les mains sales, comportera entre autres un court mexicain, Men of Clay de Luiz Abraham Martinez Rocha ; la srie 2, Les pieds dans leau, avec le documentaire Boulevard End de lAllemande Nora Fingerscheidt ; la srie 3, Une soire imprvue, avec Albertine , dAlexis Van Stratum (Belgique), un film touchant qui parle de vieillesse et de solitude, mais aussi de persvrance ; la srie 4, ct de la plaque, avec Ailleurs exactement une coproduction suisso-canadienne de Kristina Wagenbauer ; la srie 5, La privation, avec Pan-Demia un court-mtrage espagnol de Ruben Sainz et enfin la srie 6, Les jeux denfants, avec le trs original Salomeas nose , de Susan Korda (Allemagne), qui parle des relations entre frres et surs de faon tragi-comique.Afin de soutenir les jeunes talents, en collaboration avec la HEAD et la ZHDK (Hautes Ecoles dArt et de Design de Genve et Zrich), une sance spciale de 6 films, raliss par des lves de deuxime anne, leur sera rserve le samedi 21 fvrier 18h.

    La remise des prix aura lieu lors de la soire de clture, le samedi 21 fvrier, avec la projection de trois films coups de cur de la slection suisse du festival International Kurzfilmtage de Winterthur, Totems de Sarah Arnold, aussi prsent Locarno et qui a remport le prix Pardino dOro 2014, Abseits der Autobahn de Rhona Mhlebach, prix du public de Winterthur 2014, et En aot de Jenna Hasse.

    www.courtoujours.ch

    Source : communiqu de presse.

    [Yamine Guettari]

    FESTIVALS

    Suisse Romande et France voisineDu 28/02 au 31/03

    GenveDu 18/02 au 21/02

  • DAILY MOVIES N58 FVRIER 2015SWISS MADE8UN COLLECTIF DE CINMA QUI A DU GOUT !

    Daily Movies : Pourriez-vous brivement nous raconter la ge-nse de ce collectif ? Bad Taste Pictures : Un peu deau, du sel, des bonnes pices et voil le rsultat ! Non plus srieusement, au commencement notre collec-tif ctait deux amis passionns de cinma qui se sont lancs dans la cration de leurs courts-mtrages les plus djants, avant de tourner des films de plus en plus professionnels. Lquipe sest agrandie pour devenir ce que nous sommes aujourdhui.

    Bad Taste Pictures rend hom-mage au premier film dun ra-lisateur no-zlandais assez connu... Pourquoi ce nom ? Est-ce que cette rfrence reflte, dune certaine manire, les ambitions de votre collectif ? Cest un clin dil Peter Jack-son, qui a donn envie Benot de faire du cinma avec le film Le Seigneur des Anneaux . Il y avait aussi lespoir secret quen tapant le nom de notre bote sur Google, Peter Jackson tombe sur notre site

    et nous contacte ! Le film Bad Taste , mme si on laime beau-coup, ce n'est pas vraiment le genre de cinma quon a envie de faire. On est plus dans une veine dcale et fantastique, mais sans tre gore. On veut faire des films o les spec-

    tateurs se font emporter dans un univers et peuvent rire aussi bien que smouvoir.

    Vous tes quatre incarner ce collectif : comment vous rpartis-sez-vous les taches ? Tout le monde participe la pro-duction des films mais on a chacun nos domaines de prdilection. Quand on cre un film on essaie de prendre les atouts et envies de tout le monde. A ct du travail pour

    notre collectif, on a tous un mtier diff-rent. Sonia travaille comme scripte ; Benot est assistant ralisateur ; Maxime est assistant camra et chef oprateur ; Sami est comdien. On met tout a ensemble, on secoue et a donne Bad Taste !

    Votre prc-dente production, Seuls , combine justement vos dif-frents domaines d'expertise. Pour-riez-vous dtailler la gense du projet et de quoi traite le film ? Seuls c'est le premier film que Sami ralise sans son acolyte Benot. L'ide du film est ne d'un sjour dans un chalet que Sami a fait avec une amie, o

    il a commenc imaginer les v-nements tranges qui pourraient s'y produire. Il a fallu ensuite runir une quipe de techniciens motivs dormir pendant cinq jours dans un chalet rempli d'animaux empail-ls ! Seuls c'est une mtaphore

    du sentiment d'oppression qui peut tre ressenti par les personnes homosexuel les . Le chalet est prsent comme un lieu qui pro-tge mais qui, simultanment, enferme gale-ment. La volont principale tait d'aborder le

    thme de l'homophobie par le biais du fantastique et de l'horreur afin de laisser des images marquantes et de la matire rflexion au specta-teur.

    Quel fut la carrire de Seuls en festivals ? Quels ont t les re-tours et les ractions du public ? La carrire de Seuls en festivals, nous l'esprons, n'est pas termine. En onze slections pour l'instant, il a voyag travers le monde et nous

    sommes trs fiers de la diversit des pays et des festivals touchs. tre projet dans un programme d'une dizaine de courts-mtrages quand on sait que des centaines, voire plus, sont rceptionns par le jury, a fait chaud au cur. Les retours du public ont t trs bons et ce qui a t gnralement apprci c'est le fait d'oser amener un message tra-vers un film o l'on se cramponne sur sa chaise. Quand quelqu'un sursaute dans le public ou que l'on reoit un message d'un spectateur aprs la projection, on se dit qu'on a russi quelque chose.

    Votre nouveau projet Enora est un court-mtrage mlant drame et science-fiction. Com-ment le projet a-t-il vu le jour ? Cest dune premire ide ne entre Brest et Lausanne dans un train quest ne Enora . On avait envie de raconter lhistoire dun personnage loign de sa famille et qui a envie de rentrer chez lui mais qui fait face des difficults. On a boss sur le scnario pendant deux ans et il a chang de nombreuses fois avant de devenir la version uti-lise au tournage.

    Avez-vous eu certaines rf-rences en tte lors de la conception du film ? Lorsque nous crivions, nous n'avons pas eu de rfrence prcise. Nous nous sommes inspirs de plu-sieurs squences de films, de mor-ceaux musicaux, de photographies ou de passages de texte qui viennent nourrir diffrents aspects de la cra-tion. Toutes ces petites inspirations mles notre ide de base forment petit petit le film. Pour Enora , le film Lore nous a inspirs pour le ct camra l'paule, le rapport la nature. Nous avons prt atten-tion la manire de traiter l'poque historique qui est la mme que celle de notre film, savoir la Deuxime Guerre mondiale.

    Vous avez obtenu un joli succs avec votre campagne wemakeit,

    mais il semblerait que le finance-ment d Enora na pas t aussi facile que a ? Malheureusement, les soutiens publics suisses ntaient pas derrire nous pour ce projet. On a d trou-ver un autre chemin pour pouvoir financer notre film. Dailleurs, la recherche de financements nest pas totalement acheve donc si vous nous lisez et que vous tes intresss soutenir le projet, n'hsitez pas nous contacter !

    Le film a t tourn il y a quelques mois dans la rgion de Fribourg. Dans les grandes lignes, comment le tournage sest-il d-roul ? Tout sest trs bien pass mme si parfois ctait un peu stressant ques-tion timing. On avait normment de plans tourner et le soleil tombe vite en octobre. Mais grce une quipe dynamique et super efficace, on a tout pu rentrer dans la bote ! Dailleurs on profite pour remercier encore toutes celles et ceux qui se sont engags dans cette aventure ! Et merci nos deux magnifiques acteurs principaux : Isabelle Cam-piche dEpalinges et Sean Biggers-taff qui nous est venu tout droit dEcosse.

    Quels sont vos projets ou envies pour la suite de lanne ? Terminer Enora pour le prin-temps puis dvelopper les diffrents scnarios qui germent dans nos ttes depuis un moment ! Ensuite on ira dposer nos toiles Hol-lywood Boulevard ! Pour ceux qui souhaitent nous suivre, nous avons un site internet (www.badtastepic-tures.ch) et une page Facebook.

    Un grand merci aux membres de Bad Taste Pictures pour leur disponibilit ainsi que pour avoir pris le temps de partager un chantillon de leur pas-sion.

    [Loc Valceschini]

    Ils sont quatre : Sonia Pfeuti, Benot Monney, Sami Khadraoui et Maxime Raymond. Forts de leurs formations aussi varies que complmentaires, les membres du collectif Bad Taste Pictures se sont faits les dents en

    travaillant intensivement dans le milieu du cinma, enchanant les tournages en Suisse, mais aussi l'autre bout du monde. Chez eux, la passion est le cur qui fait battre leurs artres, leur donnant la foi et la force de raliser des films personnels et ambitieux. Aprs leur drame horrifique Seuls , ils s'attaquent actuellement Enora ,

    un projet d'envergure dans lequel un soldat fait une rencontre du troisime type. Plong dans les codes de la science-fiction, ce drame historique illustre la volont de cration qui anime communment ces quatre Romands.

    Le Daily Movies les a interviews afin d'en apprendre plus sur ces fous de cinma.

  • DAILY MOVIES N58 FVRIER 2015 9

  • DAILY MOVIES N58 FVRIER 2015DVD/BLU-RAY10

    Dans un futur proche, une ville au milieu de nulle part prive deau, quelques hommes se battent pour un flacon du prcieux liquide et quelques chances de survie.Bien que lambiance apocalyptique, les dcors poussireux et dsertiques rappellent forcment Mad Max , le ralisateur semble clairement vouloir dve-lopper ici son propre univers et imposer un cinma trs personnel. Jake Paltrow ne sinter-dit aucune audace et in-congruit formelle ou scnaristique. Le montage surprend, la lumire est changeante et le rcit suit plein de pistes dconcertantes. La mise en scne se permet mme quelques effets dun autre temps tels que de gros zooms dans le plan. Mais bien quau premier abord luvre manque dunit, le tout trouve au final, bi-zarrement, une certaine cohrence. Comme si le ralisateur savait exacte-

    ment o il allait et se plaisait perdre volontairement le spectateur en route. Sans craindre non plus dti-rer parfois les scnes jusqu lexcs.

    Cette lenteur revendi-que savre toutefois enttante et lambiance gnrale colle la peau. Michael Shannon volue ici comme un poisson dans leau, ha-bitu des films datmos-phre ( Take Shelter , Bug ) et Nicholas Hoult fait un petit tour de chauffe avant le trs attendu Mad Max :

    Fury Road . Young Ones nest finalement que le deuxime long-mtrage dun auteur qui ne manque ni dambition ni dides, qui semble encore chercher son style et que de prochains films dsigneront peut-tre comme un cinaste suivre. Son der-nier ouvrage mrite en tout cas dtre dcouvert. [Etienne Rey]

    Notre avis

    Avec Boyhood , Richard Linklater avait pris le pari inou de filmer une fiction tale sur plus de dix ans, en gardant les mmes acteurs qui, par consquent, allaient grandir et vieillir l'cran en parallle au droulement du rcit. Cela dit, la prouesse du film ne rside pas tant dans cet exploit technique mais bien dans son approche du temps. la fois laco-nique et faussement anodin, le rcit nous emmne dans la spi-rale merveilleuse de la vie, o tout semble prcieux de par le caractre phmre de ce qui constitue cette dernire. Sans ne jamais insister dans la contextua-lisation temporelle de son film, Lin-klater se sert de la culture populaire, de la technologie et de la politique (amricaine) pour indiquer le passage du temps. Le recours aux nombreuses ellipses s'affiche comme un parti pris

    ambitieux mais totalement efficient, puisqu'il permet au film d'illustrer un fragment du destin de Mason, ce gar-on introverti et artistique, ainsi que

    celui de ses proches, tout en flottant sur la chronologie de ces personnages dans un sentiment de compl-tude paradoxal. En abordant la parentalit de manire moderne, le cinaste vite les lieux communs qui semblaient parasiter ce genre de rcits ; celui de Boyhood brille par son caractre unique et pourtant si

    universel. Avec une apparente simpli-cit et une sincrit sidrante, le film de Linklater simpose ainsi non seule-ment comme une uvre unique, mais aussi comme une puissante russite et sans doute la meilleure offre cinmato-graphique de 2014. [Loc Valceschini]

    Notre avis

    The Young Ones De Jake Paltrow. Avec Michael Shannon, Nicholas Hoult,

    Elle Fanning

    Ascot Elite

    Boyhood De Richard Linklater. Avec Ellar Coltrane, Patricia Arquette,

    Ethan Hawke

    Universal

    Dans Fury , le ralisateur du vulgaire mais efficace End of Watch se sert de la subtilit qu'on lui connat pour illustrer une troupe de soldats amricains avanant en territoire Allemand lors de la Deuxime Guerre mondiale. Bien qu'il soit entach par des improbabilits scnaristiques ( l'image de la scne de rsistance finale, qui s'apparente plus une srie B faisant fi de toute vraisemblance qu' un quelconque film ''historique''), Fury a le mrite d'offrir un d i v e r t i s s e m e n t immersif et cors. Toutefois, cela ne suffit gure dissiper l'arrire-got propagandiste du projet. La malhonntet du long-mtrage apparat dans sa dimension rvisionniste, puisque le film dpeint des soldats un peu bestiaux c'est la guerre quand mme mais qui se comportent (relativement) honorablement. Par consquent, on

    ne viole pas les femmes allemandes elles sont toutes consentantes ou alors un boyscout empche la situation de draper et on ne tue que les mchants officiers SS, jamais les enfants-soldats. Cette dulcoration

    mensongre s'oppose paradoxalement l'approche violente et gore du film : on prfre ainsi feinter le traitement d'lments historiques au profit de valeurs patriotiques et d'effets spectaculaires. ce propos, les balles traantes tires par les tanks ressemblent plus des tirs au laser qu' des obus. Mais au final rien de tout ceci

    ne semble importer puisque comme les soldats protagonistes ne cessent de le rpter, il s'agit du meilleur boulot qu'ils n'ont jamais eus. Une idologie qui laisse un sentiment amer la fin du visionnage. [Loc Valceschini]

    Notre avis

    Aprs deux films sur les sans-papiers, La Forteresse puis Vol Spcial , Fernand Melgar creuse encore ici son sillon dans le terrain du docu-mentaire socital. Cette nouvelle uvre du ralisateur romand parle toujours des rejets mais cette fois-ci, non plus lchelle dun pays mais celle dune ville. Il filme le microcosme dun bunker sens offrir un vtuste gte et un maigre couvert aux hommes, femmes et familles qui nont pas trouv Lausanne de moyen de se nourrir ou dendroit o dor-mir. Dun ct de la barrire patientent ceux qui esprent une autorisation dentre pour la nuit et de lautre, les travailleurs sociaux qui ont la difficile respon-sabilit doctroyer, ou pas, un droit de passage. la vue du visage dses-pr et impuissant de ces derniers on imagine quelques raisons sani-taires ou scuritaires susceptibles

    dexpliquer les motivations de leur hirarchie laisser des gens dormir dans le froid. Malheureusement, le film nen parle pas. Il invite le spec-tateur sindigner, tout en le lais-sant libre de choisir des responsables

    potentiels parmi ceux quil accuserait volontiers mais qui le film ne donne pas la parole. Des fonc-tionnaires trop zls peut-tre, des politi-ciens sans cur ? On tomberait facile-ment dans les clichs commodes et les accusations prcoces. Nanmoins, malgr cette absence dex-haustivit, par ail-leurs peut-tre assu-me par lauteur, ce

    documentaire percutant a tout pour veiller les consciences et permettre chacun, dau moins se documen-ter sur le sujet ou au mieux, prendre des mesures et tenter de changer le cours de choses. [Etienne Rey]

    Notre avis

    Fury De David Ayer. Avec Brad Pitt, Logan Lerman, Shia LaBeouf Sony Pictures / Rainbow

    LAbri De Fernand Melgar. Documentaire Seven Prod

    Gone Girl

    Pour son dixime film, David Fincher s'amuse dconstruire les mcanismes du thriller tout en reconduisant les codes fondamen-taux du genre. Comme son titre l'indique, Gone Girl narre le mystre entourant la disparition d'une femme, Amy Dunne, et dont l'poux Nick en est le cou-pable prsum. La manipulation est l'honneur dans Gone Girl , puisqu'elle touche autant aux personnages qu'aux spectateurs, tous deux berns par le rcit factieux em-ploy par Fincher. Pour peu que l'on se laisse prendre au jeu, le film se montre efficace et sa rela-tive longue dure se droule sans que l'on s'en aperoive, le deu-xime acte et les multiples rv-lations rservant leur lot de sur-prises. Le cinaste porte un regard mordant sur les apparences la thmatique principale de son film , qu'il pourvoit de notes mta-discursives sur les constructions narratives et les rapports ambigus

    entre la fiction et la ralit.D'une certaine manire, le ra-lisateur prolonge les caractris-tiques du film noir et ses jeux de manipulation en les rflchis-sant, ainsi qu'en les adaptant la socit actuelle. Le dtourne-ment des mdias offre sans doute l'approche la plus ludique du film, mais aussi la plus critique, Fincher exposant avec efficacit le sentimentalisme racoleur de la tlvision. Le cinaste pousse cette approche encore plus loin dans son exhibition des principes du thriller. plusieurs reprises, le personnage incarn par Ben Affleck commente ainsi le d-roulement de la situation dans laquelle il se trouve et dduit la suite des tapes ironiquement en fonction de sa connaissance des polars et autres sries tlvises il sifflote mme le gnrique de Law & Order lors d'un interrogatoire. travers ceci, Fincher semble se moquer de la banalisation de ces concepts narratifs qui s'exploitent

    De David Fincher. Avec Ben Affleck, Rosamund Pike 20th Century Fox

    abondamment dans la vie quoti-dienne ainsi que dans les mdias. Mais le ralisateur n'en livre pas la critique dfinitive : en adoptant une telle approche, Gone Girl finit par

    proposer un discours sur les discours, ce qui le rapproche dangereusement d'un mta-acadmisme hautain vis--vis du thriller et de ses sous-genres, alors que Fincher a lui-mme bti sa filmogra-phie en grande partie sur ceux-ci. Aussi, l'insatisfac-tion ressentie face Gone Girl nat de son caractre ouvertement manipulateur qui, malgr son esthtisme soign et sa mise en scne millimtre, s'apparente plus un exercice de style qu' un vritable plaisir de racon-ter. Pour le coup, on retour-nera plus volontiers vers Se7en ou Millnium : Les Hommes qui n'aimaient pas les femmes qui, en plus, avait le mrite de laisser toute

    misogynie dans le placard. [Loc Valceschini]

    Notre avis

  • DAILY MOVIES N58 FVRIER 2015 DVD/BLU-RAY 11

    De Antoine Fuqua. Avec Denzel Washington, Chlo Grace-Moretz

    Sony Pictures / RainbowOn pourrait trs bien imaginer cette histoire dun agent des forces spciales la retraite reprenant du service pour venger une jeune prostitue mise en scne par Tony Scott. La trame du film et la prsence au gnrique de Denzel Washington rappelle les rcentes ralisations du cinaste britannique dcd. Cest donc un peu comme un hommage au cinma de lauteur de Man On Fire que pourrait tre vu ce nouveau film dAntoine Fuqua, autre honnte faiseur hollywoodien. On y trouve la mme propension privilgier laction au rcit car mme si le film dmarre ppre, ds la premire scne de baston, tout bascule et le rythme semballe. lcran les morts salignent jusque dans un final plutt original o les personnages dentretuent grand renfort doutils de bricolage. Le reste est trs banal, un peu bte et invraisemblable mais pour qui sennuie et veut faire passer le temps, le film est idal. [Etienne Rey]

    Notre avis

    De Zach Braff. Avec Zach Braff, Kate Hudson

    ImpulsIl aura fallu attendre plus de dix ans et une campagne de crowdfunding pour dcouvrir le second long-mtrage de Zach Braff. Fort du statut culte de Garden State , lex hros de la srie Scrubs aura russi rcolter en seulement 3 jours, la somme ncessaire la ralisation dun projet quil dveloppait sans succs depuis des annes. Aidan Bloom (Zach Braff ), acteur rat, voit son quotidien chamboul suite lannonce du cancer de son pre. Il va devoir remettre en question son mode de vie pour jouer ses vritables rles : pre, mari, fils et frre. Si le film ressemble son prdcesseur (rcit autobiographique, mise en scne soigne et B.O. efficace), il souffre aussi dune narration dcousue et dune ambition thmatique dmesure, perdant ainsi la sincrit et la justesse de Garden State . Malgr ces dfauts, Le Rle de ma vie reste une uvre attachante, ponctue de quelques moments de grce. [David Cagliesi]

    Notre avis

    THE SALVATION

    De Anne Fontaine. Avec Fabrice Luchini, Gemma Arterton, Jason Flemying

    20th Century Fox / Gaumont Gemma Bovery est dabord un roman graphique de lcrivaine anglaise Posy Simmonds. Tout comme ltait le film de Stephen Frears Tamara Drewe , sorti en 2010 et dont lactrice Gemma Arterton tenait dj le premier rle. Les similitudes entre les deux uvres sont nombreuses : mme interprte principale, mme dcor champtre et mme fascination pour le monde littraire. La ralisatrice Anne Fontaine semble toutefois nullement

    incommode du fait et propose un film plus complmenta i re que similaire celui de son collgue britannique. On retrouve le charme de lun dans lautre mais luvre de la cinaste franaise est peut-tre un peu plus sombre et dsabuse. La demoiselle du titre tant, ds le dpart, condamne et destine partager le mme sort tragique que le fameux personnage

    de Flaubert. Dans cette relecture de Madame Bovary pourtant, lorsque lon dcouvre pour la premire fois Miss Bovery dans une sublime lumire normande et travers les yeux a m o u r a c h e dun bourgeois rudit installe en province, rien ne nous prdispose

    au drame. Largument de dpart est simple et le rcit ne raconte rien de plus complique que les mois

    dun homme soudain pris dune envoutante voisine quil fantasme en hrone de roman. Lintelligence des auteures, celle du livre avant celle du film, est de russir lever un peu le niveau tout en popularisant et en gayant un monument de la littrature franaise plutt austre. Fabrice Luchini, un des deux merveilleux interprtes principaux de cette charmante comdie, dit de luvre quelle fait passer Flaubert en contre bande . Cest exactement cela et on pardonnera alors volontiers au film son dnouement quelque peu maladroit. [Etienne Rey]

    Notre avis

    GEMMA BOVERY

    DHlne Cattet et Bruno Forzani. Avec Klaus Tange, Sylvia Camarda

    Shellac DistributionLa sortie vido de L'trange couleur des larmes de ton corps nous permet de traiter du giallo au travers dextraits des interviews du couple de ralisa-teurs Hlne Cattet et Bruno Forzani ( Amer ) et de Luigi Cozzi, ralisa-teur ( Starcrash ) et historien du ci-nma, que nous avions rencontrs lors de la dernire dition du NIFFF.Le giallo est un genre dexploitation transalpin ayant connu son ge dor durant les annes 70. Il emprunte son nom (jaune) directement aux romans policiers italiens publis par les di-tions Mondadori. Sorte de thriller hitchcockien perverti, qui mlange allgrement des lments horrifiques et rotiques, le giallo nat en 1962 avec La Fille qui en savait trop du maestro Mario Bava. Il volue visuel-lement et se codifie (meurtrier masqu avec mains gantes) lanne suivante avec Six femmes pour l'assassin tou-jours de Bava. Ce genre se popularise et impose dfinitivement son identit visuelle au dbut des annes 70 avec L'Oiseau au plumage de cristal , premier long mtrage dun des plus grands metteurs en scne italien, Da-rio Argento.Le giallo a considrablement volu comme le souligne Bruno Forzani, coralisateur de Ltrange couleur : Cest difficile de le rsumer car il

    englobe diffrents sous-genres dont un qui fait directement rfrence aux Diaboliques de Clouzot (Henri-Georges). Ce sont des films de machi-nation qui abordent souvent des pro-blmes dhritage. Ensuite, il y a une deuxime branche de giallo qui nous (avec Hlne Cattet) intresse plus particulirement, cest celle la Dario Argento et la Mario Bava avec une trame whodunit avec un assassin gant de cuir noir qui tue larme blanche. Chaque meurtre est une squence-cl, voir mme une squence rotique. Il y a un jeu sur tous les dtails qui confre au genre un ct trs ftichiste . Depuis quelques annes, le giallo est de retour dans le paysage cinmatogra-phique au travers de diffrentes pro-ductions jouant avec les codes : lalle-mand Masks dAndreas Marschall (2011), le britannique Berberian

    Sound Studio de Peter Strickland (2012) et litalien Tulpa de Federico Zampaglione (2012). Luigi Cozzi, sc-nariste de Quatre mouches de velours gris , ne cautionne pas forcment ces nouvelles productions : Dans les annes 70, Dario (Argento) avait litt-ralement cr le genre en rencontrant un norme succs publique. Tous les autres gialli ont directement dcoul de ce succs. Le genre a ensuite chang, les producteurs ont trouv dautres filons car les spectateurs se fatiguent. Cela stait dj pass avec le western et le peplum. Il y a eu une nouvelle gnration qui a dcouvert le giallo au travers des VHS, certains sont deve-nus ralisateurs et ont ainsi essay de lui rendre hommage. Japprcie cet hommage mais ces films sont issus et appartienent aux annes 70. Mme si certains de ces nouveaux films sont bons et beaux, ils sont en quelque sorte dmods et ne rencontrent ainsi pas de succs. Il faudrait pouvoir garder le concept de base du giallo et lencrer totalement dans notre ralit, dans le monde actuel avec des situations plau-sibles et non pas avec un assassin gant de cuir et le visage recouvert par un masque (rires) .Le point de vue de Cozzi, figure im-portante du giallo, nest pas partag par les ralisateurs de L'trange cou-leur des larmes de ton corps , comme le confirme Hlne Cattet : Cest gnial davoir cette vague revival, cest une manire de revisiter ce genre et de lenrichir .

    Amer (2009), le premier long m-trage du couple Cattet/Forzani faisait dj office dexception en se dmar-quant totalement des autres pro-ductions giallesques de ces dernires annes. Grands amateurs du genre, ce duo de ralisateurs avait russi avec brio utiliser le language visuel du giallo, ses figures de style jouant avec des pulsions rotiques et meutrires, pour dpeindre la sexualit dune femme. L'trange couleur des larmes de ton corps , uvre atypique au titre po-tique, ne se limite pas un exercice de style. Comme Amer , il reprsente une proposition de cinma diffrente. Au travers du langage cinmatogra-phique du giallo, le duo Cattet/For-zani nous immerge nouveau dans du cinma purement sensoriel o des squences sans dialogues senchanent car finalement la narration se construit par la mise en scne totalement matri-se. Cette odysse du giallo reprsente au genre, ce que 2001 de Kubrick reprsente la science fiction.

    Un grand merci Hlne Cattet et Bruno Forzani, Luigi Cozzi, Mylne DAloia et toute lquipe du NIFFF pour leur disponibilit et leur gentillesse.

    Interviews ralises par David Cagliesi et Jean-Yves Crettenand

    Texte de David Cagliesi

    Notre avis

    L'TRANGE COULEUR DES LARMES DE TON CORPS

    LE RLE DE MA VIE ( WISH I WAS HERE )

    THE EQUALIZER

    De Kristian Levring. Avec Mads Mikkelsen, Eva Green

    PraesensSlectionn Cannes, The Salvation apparat comme un western intriguant : produit entre le Danemark, le Royaume Uni et l'Afrique du Sud, il est compos d'un casting international aussi rjouissant (Mads Mikkelsen) que douteux (ric Cantona). Mais si, dans les grandes lignes, The Salvation est un long-mtrage modeste et bien effectu ( l'exception de vilains plans nocturnes et d'effets spciaux non finaliss), il doit essentiellement par son manque d'originalit. Le ralisateur se contente de reproduire tous les lieux communs du genre sans ne jamais s'en distancer travers la coproduction si particulire de cette entreprise. Pire, le film prsente des relents de misogynie certes, affilis au western qui prennent ici un tournant plutt malvenu, puisqu'on soutient plusieurs reprises que le rle des femmes est de se taire. D'ailleurs, le seul personnage fminin valable est celui d'Eva Green, muette car dpourvue de langue. On a connu plus noble. [Loc Valceschini]

    Notre avis

  • 12 20 rgles pour Sylvie De Jacques Ble. Avec Carlos Leal,

    Viola Von Scarpatetti

    Praesens 20 Rgles pour Sylvie fait partie de la catgo-rie comdies potaches, qui plus est, le long-m-trage est une production helvtique.En voici la trame : Adalbert, papa poule veuf (Carlos Leal), vieux-jeu de surcroit, nourrit les plus grandes craintes lide de voir sa fille, Sylvie (Viola Von Scarpatetti), quitter le cocon familial pour partir effectuer ses tudes de bio-logie Ble. Soucieux de la bonne tenue de sa fille, Adelbert, va lui faire signer un contrat sti-pulant les 20 rgles quelle ne doit pas enfreindre (pas de sexe, pas de drogues, pas dalcool, etc.). Comme si cela ne suffisait pas, Adalbert, dguis en hippie, va suivre sa fille Ble et surveiller ses moindres faits et gestes pour sassurer quelle respecte bien ses engagements. Sylvie, jeune fille modle se concentre sur ses tudes, par contre, son pre, homme de la montagne (employ de remontes mcaniques en station de ski) va quant lui exprimenter toutes les tentations de la grande ville se liant damiti avec une bande dtudiants foireurs. Toutes ces prgrinations vont lui permettre finalement de renforcer ses liens avec Sylvie et de rencontrer lamour en la personne de Tig O Bitty (Bettina Dieterle), tenancire dun sex-shop.Le rcit dmarre plutt bien. Carlos Leal avec sa grande barbe pourrait mme voquer le grand-pre de Heidi (ou Franois Damiens dans La famille Blier , cest selon). Ple copie des films teenager amricains la Very bad trip , 20 rgles , prsente un catalogue de scnes trash et de situations rocambolesques, caricaturales et au-del du clich sans pour autant dclencher le rire. Depuis quelques annes le cinma suisse sessaye la comdie avec plus au moins de bon-heur et de russite. Il y a eu des jolies choses comme Marcello Marcello (Denis Rabaglia) ou Les Mamies ne font pas dans la dentelle (Bettina Oberli). Cependant, 20 Rgles lorgne du ct de A vos marques prts, Charlie (Mike Eschmann). Quel dommage ! Heureusement le fond tendre et sentimental de la relation pre/fille sauve un peu les meubles. Face Adelbert, le personnage de Sylvie (Viola Von Scarpatetti) beaucoup moins spectaculaire, joue de sa fraicheur, avec spontanit et naturel. Reste que le film vaut avant tout pour la prestation de Carlos Leal, qui tire son pingle du jeu avec aisance, se dbrouillant trs bien dans la langue de Goethe. lorigine, chanteur hip-hop du groupe Sens Unik, certains d'entre vous l'auront repr dans des spots publicits pour le cble haut dbit. Sa carrire en constante progression se confirme au fil des ans, depuis une apparition courte-mais remarque-dans Casino Royale , il y a quelques an-nes. Dans son actualit figurent des participations des sries tv, notamment : Covert Affairs ou Devious Maids . signaler, ct configuration, le dvd propose des sous-titres anglais, une option suffisamment peu courante pour tre souligne. Ct bonus, c'est du copieux, les habituels teasers, bandes annonces, avant-premire, accompagnes de scnes alternatives ou coupes.

    [Miguel FNAC Rive Genve] Lavis du blogeurPlus dinfos sur www.blog.fnac.ch

    LA SELECTIONSERVEUR NAS DE SYNOLOGY

    Le modle dont nous parlerons aujourdhui est un modle 4 baies, ce qui permet donc linstallation de 4 disques dur. Soit un maximum (aujourdhui) de 24 To de donnes brutes. Auquel il faut soustraire la part utilise par le RAID (si vous faites le choix de protger vos donnes de la perte dun disque). Normalement cette part quivaut un disque dur.

    La fonction DLNA du DSM (systme Synology) permet laccs au contenu du NAS depuis tous les priphriques compatibles (smartphones, tablettes, smart TV, etc) permettant ainsi (par exemple) la lecture des fichiers vidos stocks sur le NAS.

    Petit tour technique de lappareil :Processeur : Intel Atom CE5335 Dual-Core 1.6 Ghz

    RAM : 1Go DDR3

    3xUSB2.0, 2xUSB3.0

    Vitesse lecture moyenne : 112.45Mo/sec

    Vitesse dcriture moyenne : 101.21Mo/sec

    Au niveau configuration, le DS415play est approximativement deux fois moins puissant que son grand frre le DS415+. Cependant le DS415play est quip dun processeur graphique, qui lui permet de transcoder la vole les fichiers vidos 1080p.

    Conclusion :Pour moi la dcision dajouter un NAS dans un rseau familial ne se discute mme pas. Permettre laccs centralis des donnes pour toute la famille, et distance, a na pas de prix. Si on considre les possibilits quoffre Synology, lachat devient vite une vidence incontestable.

    [Jrmie Charpilloz]

    DVD/MULTIMEDIA

  • DAILY MOVIES N58 FVRIER 2015 13

  • DAILY MOVIES N58 FVRIER 201514 IL FAUT LAVOIR VU !

    D'Aditya Chopra. Avec Shah Rukh Khan, Kajol, Amrish Puri

    Alors que le Daily Movies s'ap-proche de son 60me numro, il tait temps de s'attaquer au cinma bol-lywoodien autrement que dans la rubrique Nanar, mon amour ! . Tirant son nom de la contraction de Bombay et d'Hollywood, Bol-lywood incarne depuis les annes 1930 le dsir des Indiens de rivaliser avec les grands studios amricains. Si le mlodrame musical reprsente l'une des facettes de cette industrie, il s'agit d'une vision restreinte de ces productions qui, travers les dcen-nies, abordrent souvent des enjeux politiques, voire nationalistes.

    RELECTURE DES FONDAMENTAUXPossdant tous les clichs attendus des ralisations bollywoodiennes, Dilwale Dulhania Le Jayenge (1995) que lon rsumera plus avant par le sympathique acronyme DDLJ reprsente certes une uvre symptomatique de cette in-dustrie, mais comprend galement suffisamment d'lments novateurs pour crer une certaine rupture avec le classicisme dont ce cinma tait victime dans les annes 1990. Alors que cette poque est marque par des copies parodies ou non de films populaires amricains, DDLJ va proposer une relecture de la struc-ture archtypale du mlodrame en l'occidentalisant afin de l'adapter da-vantage au profil des jeunes gnra-tions indiennes. Par ailleurs, il s'agit de l'un des premiers films s'adressant aux diasporas indiennes, puisque les deux protagonistes sont des Indiens vivant en Angleterre. Enfin, le long-

    mtrage permettra Shah Rukh Khan de devenir la superstar que l'on connat aujourd'hui. DDLJ , dont la traduction fran-aise serait l'amant emmnera la marie , raconte l'histoire d'amour

    entre Simran (Kajol) et Raj (Shah Rukh Khan). Ceux-ci se rencontrent lors d'un voyage d't en Europe et, aprs maintes disputes, finissent par succomber l'un l'autre. Toute-fois, cette romance ne peut exister puisque Simran est promise un Indien, suite un mariage arrang. Raj dcide de la suivre en Inde afin d'empcher la procession d'avoir lieu et d'pouser sa bien-aime. L'arc narratif de DDLJ reconduit la structure dramatique sur laquelle les films bollywoodiens sont habituel-lement construits : le long-mtrage est ainsi construit en deux actes, l'un plus lger et humoristique, l'autre plus lourd et dramatique.La premire partie se droule essen-tiellement en Europe plus prci-sment en Suisse (!) et, malgr sa ncessit narrative, reprsente sans doute le segment le moins puissant de l'uvre. Bien sr, l'on sourit de-vant cette romance naissante qui, de Paris Saanen, illustre le jeu auquel ces deux personnages se livrent. La plupart des squences musicales af-fiche une jovialit et un ton comique charmants, entre les loufoqueries de Khan dans un cabaret parisien o Kajol se fait poursuivre par des

    trompettistes , et l'errance des pro-tagonistes alcooliss Gstaad. Bien qu'il puisse paratre tir, ce segment europen pose nanmoins les jalons de l'amour central du film et le fait de manire ludique.

    QUESTIONNEMENTS SOCITAUXLe retour en Inde illustr dans la seconde partie explore davantage la volont de modernisation du ralisateur. En souhaitant s'affran-chir du joug patriarcal, les amants s'opposent aux codes culturels tout en les respectant. Ainsi, au lieu de simplement s'enfuir avec Simran, Raj n'pousera celle-ci qu'aprs avoir obtenu l'aval de son pre. La perspective occidentalisante avec laquelle Chopra aborde son film se retrouve dans la romance elle-mme, puisqu'elle ne semble exister qu' travers l'exprience europenne des amants. C'est l qu'ils vcurent la naissance de leur amour et qu'ils projettent leur idylle : cachs, ils s'imaginent, le temps d'une rverie, vivre leur amour interdit dans les montagnes suisses, habills de ma-

    nire occidentale. De fait, Chopra ne cre pas de vritable scission avec la culture indienne ; il dpeint un compromis cheval entre la moder-nit ncessaire aux nouvelles gnra-tions et la tradition inhrente leur patrimoine.De plus, DDLJ touche galement la hirarchie des genres dans la

    socit indienne, travers le per-sonnage de la mre de Simran. Lors d'une trs belle squence, celle-ci exprime les souffrances qu'elle a ressenties en tant que sur, en tant qu'pouse et maintenant en tant que

    mre. Ce tmoignage oppose la fi-gure fminine sacrificielle celle des hommes, qui vivent rigoureusement selon des codes patriarcaux qui leur sont avantageux. Le ralisateur se connecte ainsi toute une tradition culturelle qui, de La Maison de Bernarda Alba Chocolat amer , s'insurge contre les murs avilis-santes et dsutes qui ne rpondent plus aux besoins des socits ac-tuelles.Pour toutes ces raisons, DDLJ s'offre comme un long-mtrage dont le visionnement s'avre ncessaire. Le film embrasse certes la plupart des clichs qui stigmatisent l'indus-trie bollywoodienne, mais il serait dommage de ne pas s'y essayer ; DDLJ affiche un tel premier degr qu'il est difficile de ne pas tomber sous le charme de ses deux prota-gonistes, dont l'alchimie entre l'en-votante Kajol et le factieux Shah

    Rukh Khan doit beaucoup. Dans la premire partie, les deux acteurs jouent au chat et la souris avant d'incarner, dans la seconde moiti, les amants martyriss. Pour renfor-cer l'efficacit de ces deux segments, le ralisateur n'a lsin sur aucun moyen : ventilateurs, compositions colores, incroyables moments chan-ts et danss. La surenchre kitsch est sans fin, comme les larmes qui ne cessent de couleur, ou encore comme les situations et personnages voluant de manire extrme. Dans ce sens, les films bollywoodiens se rapprochent de ceux de Hong Kong autre industrie cinmatographique prominente , puisqu'ils partagent tous deux une optique esthtique et sentimentale similaire : avant toute crdibilit, c'est l'expressivit stylise qui prime.Du haut de ses trois heures et dix minutes, DDLJ reprsente l'odys-se romantique ultime. Ce n'est pas pour rien qu'il dtient le record his-torique de la plus longue exploita-tion en salles, puisqu'en dcembre 2014 il a ft sa 1000me semaine l'affiche, 19 ans aprs sa sortie ! Comme le disait la nouvelle affiche sortie l'occasion de cet vnement : Venez tomber amoureux, une fois de plus... .

    [Loc Valceschini]

    DILWALE DULHANIA LE JAYENGE

  • DAILY MOVIES N58 FVRIER 2015 MUSIQUE DE FILM 15Interstellar Hans Zimmer Water Tower MusicVoil bientt dix ans que Hans Zimmer a tendance reproduire son propre style ad nauseam. Mais lorsque Zimmer collabore avec Nolan, on est en droit dattendre quelque chose de plus labor. Le compositeur ayant pondu pas moins de sept B.O. en moins de deux ans, difficile de croire qu Interstellar ne soit pas une nime musique bruyante faite dune avalanche dostinati. Pourtant, Zimmer livre un score monstre sous forme dhommage Philip Glass. Prcisons dentre que la version collector est pour ainsi dire indispensable, celle-ci regorgeant de morceaux indits. Cornfield Chase et sa mlodie crescendo donne des frissons, alors que la solennit de Dust tend calmer lauditeur. Une mlancolie obsdante se dgage de la plupart des morceaux, mais Day One et son piano ou la sublime piste Mountains sortent vraiment du lot. S.T.A.Y finit par convaincre que Hans Zimmer vient de signer l sa plus belle bande originale depuis au moins quinze ans. Une vritable perle que nous ne sommes pas prts doublier. [Nathanal Stoeri]

    Notre avis

    Le Hobbit : La Bataille des Cinq Armes Howard Shore Water Tower MusicHoward Shore devient de plus en plus rare au fil des annes. Fidle collaborateur de David Cronenberg, Shore semble plus laise dans la musique discrte. Pourtant, avec Le Seigneur des Anneaux , il fit preuve d'un talent dans l'orchestration massive en proposant l'un des plus beaux scores de tous les temps. Pour la trilogie du Hobbit , Shore ne ritre malheureusement pas lexploit mais russit malgr tout produire une musique de haute vole. Se souvenant des quelques mlodies inoubliables des deux premiers opus, on dbute l'album avec le magnifique Fire and Water . En six minutes, le compositeur russit voquer presque tous les thmes musicaux de la trilogie. Smaug est videmment omniprsent, la premire squence du film le mettant en scne. The Darkest Hour rappelle les heures les plus sombres de la premire trilogie. Sons of Durin voque la combativit des nains travers une furieuse mlodie hroque et inoubliable. Enfin, difficile de passer ct de la sublime piste bonus Ironfoot , emprunte de sonorits celtiques des plus agrables. [Nathanal Stoeri]

    Notre avis

    Whiplash Justin Urwitz et Tim Simonec Harmonia Mundi /

    Varse SarabandeUn roulement de caisse claire progressif, une tension qui opre comme une acclration cardiaque : tel est le dcor plant en ouverture de cette bande-originale, avant que nexplosent les cuivres sur des rythmiques jazz. Damien Chazelle, auteur et ralisateur du drame musical Whiplash dans lequel il met en image sa propre exprience de batteur dans un conservatoire, a confi la musique de son film son compagnon de Harvard Justin Urwitz. En sassociant au chef dorchestre Tim Simonec, le musicien livre des compositions entre un jazz traditionnel et moderne, laissant la part belle aux rythmiques effrnes et aux solos de batterie. Whiplash et Caravan , les deux morceaux que le protagoniste sefforce de jouer sont tout simplement sidrants et donnent fortement envie de se replonger dans le film. La musique poursuit en installant une tension efficace travers des sonorits plus sombres et plus calmes, en passant par des morceaux romantiques typiques des annes 50, jusquau final survolt d Upswingin . Pas d'ennui lhorizon, juste du vrai jazz dans nos oreilles. [Alexandre Caporal]

    Notre avis

    Musique de film suisse : anthologie 1923 2012 Disques Office / ditions ChronosEn collaboration avec la Cinmathque suisse et l'UNIL, la Fondation SUISA vient de combler une immense lacune dans le panorama de la musique de film suisse en ditant cette anthologie couvrant prs d'un sicle de compositions helvtiques. Sous la direction du musicologue Mathias Spohr, cette impressionnante compilation propose de se plonger dans l'histoire nationale des partitions cinmatographiques travers trois disques (1923-1959, 1960-1989, 1990-2012), un DVD de courts-mtrages musicaux ainsi qu'un imposant livre, ce qui permet de prendre conscience de l'importance et de l'volution historique de la musique de film suisse.Dbutant en 1923, l'anthologie s'ouvre avec l'impressionnant Pacific 231 du lgendaire Arthur Honegger, qui domine ce premier disque travers une slection de plusieurs de ses compositions, dont celles pour Abel Gance ( La Roue , Napolon ) ainsi que celle pour Der Dmon des Himalaya . Ce premier CD explore d'autres classiques, tels que Gilberte de Courgenay ou encore Heidi und Peter , avant que le second attaque les annes 1960, avec de nombreuses pistes consacrs au nouveau cinma suisse. On notera le trs choral L'Inconnu de Shandigor et les belles chansons de Dllebach Kari . Le troisime disque propose des musiques plus rcentes, telles que celles de Louis Crelier, Bruno Spoerri ou encore de Vincent Gillioz, dont les compositions plus atmosphriques et dissonantes ont fait l'objet de chroniques dans le Daily Movies.Enfin, le livre accompagne parfaitement les disques puisqu'il comporte autant des essais que de prcieux commentaires sur les morceaux constituant l'anthologie. Bien que les textes alternent entre l'allemand, le franais, l'italien et l'anglais, la prdominance pour la premire langue reflte les problmatiques culturelles issues du plurilinguisme suisse et peut rendre lexercice de lecture difficile. Le caractre lacunaire de cette publication entrane invitablement quelques frustrations mais s'avre inhrent toute anthologie. Swiss Film Music 1923 2012 s'impose comme un objet essentiel, stimulant intensment notre soif de dcouvertes dans ce riche domaine qu'est la musique de film suisse. [Loc Valceschini]

    Notre avis

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    lass

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    moi

    s West Side Story Leonard Bernstein Sony ClassicalDepuis la cration de cette ru-brique, aucune chronique n'avait t consacre une comdie musi-cale ; une lacune que comble ce classique du mois, ddi West Side Story (1961). Modernisant le classique shakespearien de Romo et Juliette , le chef-duvre de Robert Wise et Jerome Robbins remplace les oppo-sitions familiales par des rivalits raciales, ici contextualises dans le New York des annes 1950. La musique de Leonard Bernstein embrasse la forte expressivit du film les chorgra-phies apparaissaient l'poque comme rvolutionnaires en li-vrant des chansons puissantes et passionnelles. La composition comporte tant de classiques qui, encore aujourd'hui, restent chargs de leur force motionnelle. De la splendide dclaration d'amour de Maria la rixe verbale et comique de Ame-rica , en passant par l'entranant I Feel Pretty , rien n'est anecdotique. Avec ses influences varies, cette musique s'affiche comme le merveilleux mariage ethnique auquel aspirait dses-prment les amants de West Side Story . [Loc Valceschini]

    Notre avis

  • DAILY MOVIES 58 FVRIER 2015Daily Media srl/Daily Movies, Rue Gutenberg 5, 1201 Genve, +41 (22) 796 23 61, [email protected], www.daily-movies.chImpression : PCL Presses Centrales SA. Cration graphique : Jack Caldron. Mise en pages : services-concept.ch Directeurs de Publication : David Margraf et Carlos Mhlig. Rdacteur en chef : Yamine Guettari. Rdacteur en chef adjoint : Jean-Yves Crettenand. Responsable Musiques de Films : Loc Valceschini. Responsable Il faut lavoir lu/vu : Thomas Gerber. Responsable festivals : Yamine Guettari. Responsable abo/distro : Carlos Mhlig. Corrections : Yamine Guettari, David Margraf, Carlos Mhlig, Thomas Gerber.Internet : Thomas Gerber et Loc Valceschini.

    Remerciements : tous les annonceurs, collaborateurs, partenaires, abonns et toutes les personnes grce qui Daily Movies existe !

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    Access point

    Comment ?! Dj 58 numros et pas une mention dans Daily Movies de limmense Ed Wood, le pre spirituel du nanar ?! Rparons sance tenante ce regrettable manquement. Mais que dire sur cette pice cinmatographique qui n'ait pas encore t dit, lu ou crit ? Pas grand-chose C'est pourquoi l'on se contentera de brivement rsumer l'uvre matresse d'Ed Wood, et de citer quelques anecdotes afin de tout de mme mettre l'eau la bouche de celles et ceux qui nont encore jamais vu cette pice angulaire du film involontairement drle.

    CLASSIQUE ENTRE LES CLASSIQUES Plan 9 From Outer Space , c'est du tout cuit, un film mythique, le mtre talon du nanar en quelque sorte. Ds sa sortie, Ed Wood a immdiatement t qualifi de plus mauvais ralisateur du monde , rien

    que a ! Et force est de reconnatre que le titre est loin dtre usurp puisque le film se rvle une suc-cession de scnes plus fauches les unes que les autres, amalgames sans grande cohrence. On y trouve tout ce que l'amateur clair de nanars

    recherche : des acteurs trs mauvais, des effets spciaux trs cheap mme pour l'poque, un scnario des plus rocambolesques et des incohrences tous les niveaux. L'histoire peut se rsumer en quelques mots : des extra-terrestres veulent envahir la Terre et

    ont pour cela recours au plan n 9 : rveiller les morts afin qu'ils tuent eux-mmes les vivants.

    On a donc droit des soucoupes volantes en carton, des scnes de poursuites hallucinantes o les plans succes-sifs se droulent alatoirement la nuit et le jour, des retournements de

    situations tlphons, et des bastons dignes de vieillards cacochymes.

    Les extraterrestres ne sont ni plus ni moins que des hommes en pyjama moulants parlant un trs bon anglais, et lintrieur de leur soucoupe res-

    semble s'y mprendre une pice vide dans laquelle on aurait dispos un bureau et quelques oscilloscopes.

    Pour la petite histoire, limmense Bela Lugosi joue dans ce film. Cet acteur mythique, qui personnifia Dracula dans le classique de Tod Browning, interprtera ici son der-nier rle, au grand dsespoir de Wood puisque la star dcdera avant la fin du tournage. Mais ne pouvant dcemment se priver d'un tel nom au gnrique, c'est tout naturellement que le ralisateur demandera au mdecin de sa femme de remplacer Bela, en secret bien sr... Les deux hommes ne se ressemblent videm-ment pas, ceci expliquant pourquoi dans certains plans le personnage tient son visage dissimul derrire une cape, ne parle pas... et mesure 20 centimtres de plus !

    Bref, Plan 9 Nine From Outer Space mrite d'tre vu, la fois pour son indiscutable densit nanarde et pour son statut duvre culte dans l'histoire du cinma. Nombre d'ar-ticles ont t crits son sujet et l'on ne saura que trop conseiller de visionner le film que le grand Tim Burton a consacr au plus mauvais ralisateur du monde .

    UN EXCENTRIQUE ATTACHANTOn partage dailleurs le regard bien-veillant de Tim Burton pour Ed Wood. Comment, de fait, ne pas admirer ces gens qui, quoi qu'on en dise, on eut le courage de vivre de leur passion ? Combien de personnes se retrouvent-elles coinces dans une situation, un mtier qui ne leur plat pas, alors qu'elles avaient des aspi-rations artistiques ou autres ? Com-bien d'adolescents ont-ils d remiser leurs doux rves au placard, car ils n'avaient pas la force de lutter contre un establishment castrateur qui leur commandait d'tre ralistes ? Com-bien d'apprentis chanteurs, acteurs, peintres, danseurs, sportifs se sont-ils vu conseills de trouver une vraie

    profession, avant de pratiquer leur passion ?

    Ed Wood a beau compter parmi les plus mauvais techniciens de tous les temps, au moins, quand on parle de lui on emploie tout de mme le terme ralisateur et cela devrait servir de leon beaucoup qui le cri-tiquent alors quils nont finalement

    pas eu son courage. Une sincre admiration pour ces gens qui ont vcu leur rve envers et contre tout (et mme contre une absence totale de talent, ce qui est d'autant plus hroque !).

    [Rgis Brochier]

    Retrouvez l'intgralit de cette critique - et des centaines d'autres - sur

    nanarland.com, le site des mauvais films sympathiques.

    NANAR, MON AMOUR !16 PLAN 9 FROM OUTER SPACE

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