Cultiver la féverole d’hiver

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Cultiver la féverole d’hiver en Agriculture Biologique Techniques AGRO Les cultures d’hiver 1 Cultiver la féverole d’hiver en Agriculture Biologique Points clé La féverole d’hiver est un bon relais dans la rotation. Elle permet de diversifier les cultures de protéagineux sans augmenter le risque de développement d’Aphanomyces. Cependant, c’est une culture sensible à la sécheresse, aux gelées hivernales et à plusieurs ravageurs. L’incertitude sur son rendement limite sa place dans l’assolement. Carte d’identité Dicotylédone Famille : Fabacées Genre : Vivia Espèce : Vivia faba Place dans la rotation Le délai de retour pour la féverole est de 6 à 7 ans. C’est un bon relais de rotation. Elle participe également à l’amélioration de la structure du sol grâce à son système racinaire pivotant. La féverole est sensible au gel hivernal. Culture salissante en fin de cycle. A éviter sur sol séchant. L’écart de rythme de développement entre le type hiver et le type printemps des féveroles est moins marqué qu’entre le pois d’hiver et le pois de printemps, ce qui fait de la féverole d’hiver une culture moins adaptée aux sols séchants que le pois d’hiver. Semer tard et suffisamment profond pour limiter les risques de gel. La féverole apprécie les sols profonds non battants.

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Techniques AGRO Les cultures d’hiver 1
Cultiver la féverole d’hiver
en Agriculture Biologique
Points clé
La féverole d’hiver est un bon relais dans la rotation. Elle permet de diversifier les cultures de protéagineux sans augmenter
le risque de développement d’Aphanomyces. Cependant, c’est une culture sensible à la sécheresse, aux gelées hivernales et
à plusieurs ravageurs. L’incertitude sur son rendement limite sa place dans l’assolement.
Carte d’identité
Place dans la rotation
Le délai de retour pour la féverole est de 6 à 7 ans.
C’est un bon relais de rotation. Elle participe également à l’amélioration de la structure du sol
grâce à son système racinaire pivotant.
La féverole est sensible au gel hivernal.
Culture salissante en fin de cycle.
A éviter sur sol séchant. L’écart de rythme de développement entre le type hiver et le type
printemps des féveroles est moins marqué qu’entre le pois d’hiver et le pois de printemps, ce qui
fait de la féverole d’hiver une culture moins adaptée aux sols séchants que le pois d’hiver.
Semer tard et suffisamment profond pour limiter les risques de gel.
La féverole apprécie les sols profonds non battants.
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Choix des variétés
1. Critères de choix des variétés
Les principaux critères de choix sont à la fois d’ordre économique et technique :
Critères économiques :
o La couleur des fleurs :
Les fleurs blanches (sans tanins) produisent des grains inesthétiques pour la commercialisation
humaine Variétés privilégiées dans l’alimentation des porcs et des volailles de chair ;
Les fleurs colorées contiennent des tanins qui diminuent la digestibilité des protéines (problème
résolu par décorticage) variétés privilégiées en alimentation humaine.
o La teneur en vicine-convicine : facteurs anti nutritionnels non recherchés dans l’alimentation des volailles ;
o La teneur en protéines : les protéines sont recherchées en particulier en alimentation des volailles et des
poissons ;
o Un faible PMG peut également être un critère économique : on conseille de semer dense en agriculture
biologique ; l’utilisation de variétés à petits grains peut alors présenter un intérêt pour réduire le coût
d’implantation.
Critères techniques :
o La tolérance à l’anthracnose (IRENA)
o Une bonne tenue de tige (résistance à la verse) ;
o Une hauteur du couvert élevée (facilité de récolte) ;
2. Caractéristiques des variétés
Critères principaux Critères secondaires
Précocité 1- Plutôt précoce 2- Plutôt intermédiaire 3- Plutôt tardive
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Conditions de semis
1. Date de semis
Les féveroles d’hiver doivent être semées tard. L’objectif est d’avoir des cultures levées avant les fortes gelées mais pas trop
développées (2 à 4 feuilles) pour supporter le froid hivernal et les maladies aériennes de sortie d’hiver – printemps. Dans
notre région, il est conseillé de semer les féveroles d’hiver entre le 25 octobre et le 15 novembre.
En cas d’impossibilité de semer les variétés d’hiver à l’automne, il est possible de les semer au printemps, mais le rendement
sera en général inférieur au rendement d’une variété de printemps.
2. Densité de semis
Semez dru mais pas trop. Un semis dru sera plus étouffant vis-à-vis des adventices mais accentuera les risques de verse et de
maladies. Pour la féverole, ce problème peut être partiellement résolu par le binage à condition de semer en rangs écartés.
Lit de semences Densité de semis
Excellent, sain 30 grains / m²
160 kg/ha (pmg : 530 g)
Moyennement caillouteux ou motteux 35 grains / m²
185 kg/ha (pmg : 530 g)
Craie déconseillée
En semis écarté (binage), il est possible de réduire légèrement la densité de semis de la féverole (≈ -5 grains/m²). A noter :
on peut envisager de retourner une féverole mal levée si le nombre de pieds est inférieur à 10 à 15 pieds/m². En-dessous de
ce seuil, le risque de salissement est important.
3. Profondeur de semis
La féverole d’hiver doit être impérativement semée profond : environ 7 à 10 cm. C’est un critère essentiel au bon
enracinement de cette culture; il conditionne la résistance au gel hivernal et au déficit hydrique du printemps.
Fertilisation
1. Fertilisation azotée
Les légumineuses fixent l’azote de l’air grâce à leurs nodosités. Elles n’ont donc pas besoin d’apport d’azote exogène. De
plus, la Directive Nitrate interdit tout apport d’effluent ou d’engrais sur ces cultures.
Il est possible de vérifier le fonctionnement des nodosités de la légumineuse. Pour cela, on réalise une coupe transversale de
la nodosité et on observe la couleur :
- Rouge : la nodosité est pleinement fonctionnelle ;
- Marron : la nodosité a un fonctionnement ralentie (température froide) ;
- Blanche : la nodosité est stérile.
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Nodosité de féverole fonctionnelle
2. Fertilisation P et K
La féverole exporte en moyenne 20 à 30 u/ha de phosphore et de potasse (pour un rendement de 25 q/ha). Elle est
moyennement exigeante vis-à-vis de ces éléments et se contente généralement des restitutions et arrières effets des années
précédentes. Des apports ne seraient envisageables que dans des sols très pauvres et non fertilisés régulièrement.
Gestion des bioagresseurs
1. Gestion d’aphanomyces
« Cultiver des légumineuses, c’est indispensable mais avec modération ! ». Pour limiter les risques sanitaires, en particulier
Aphanomyces (pourriture racinaire), il est impératif d’éviter un retour trop fréquent des légumineuses dans la rotation et en
interculture (couverts). La féverole ne transmet pas Aphanomyces contrairement aux lentilles, pois, luzerne, trèfles, vesces, …
Le tableau ci-dessous résume la sensibilité des légumineuses à Aphanomyces :
Espèces non hôtes ne multipliant pas l’inoculum Lupin et pois chiche
Espèces résistantes ne multipliant pas l’inoculum Féverole, fenugrec et soja
Espèces comprenant des variétés sensibles Trèfles, sainfoin, vesce
Espèces sensibles Luzerne, pois, lentille et gesse
2. Gestion de l’antrachnose
L’anthracnose est uniquement gérée par le choix variétal. La maladie est également transmise par les semences. Un bon
contrôle sanitaire de ses semences est également recommandé. Aucun traitement de semence n’est autorisé sur féverole.
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Désherbage mécanique
Outil Prélevée 1 feuille 2 à 4 feuilles 4 à 8 feuilles > 8 feuilles (20 cm) SLP
Herse étrille Recommandé Déconseillé Recommandé Déconseillé
Roto étrilleuse Recommandé Déconseillé Recommandé Déconseillé
Houe rotative Recommandé Déconseillé Recommandé Déconseillé
Binage Déconseillé Recommandé
Exemples d’interventions :
Un passage en prélevée de la culture (herse étrille ou houe rotative) puis un à deux passages de herse étrille ou de
houe rotative entre 3 et 8 feuilles.
La bineuse peut compléter ces interventions dans des féveroles pures semées écartées. Dans ce cas, intervenir avec
une herse étrille ou une houe rotative en prélevée de la culture puis biner 1 à 2 fois entre 2 et 6 feuilles.
L’association avec une céréale limite la concurrence des mauvaises herbes en fin de cycle. Elle diminue aussi la pression des
maladies et des insectes (pucerons en particulier) (Cf Fiche association -130). Le triticale d’hiver reste la culture la plus
intéressante à associer à la féverole d’hiver.
Récolte
Attendre la maturité complète des gousses et tiges pour battre (tiges et gousses noires – norme commerciale à 14%
d’humidité). La date de récolte dépend de la date de semis, soit environ 180 jours après le semis.
Le rendement est assez dépendant des éventuels stress hydrique et thermique subis en juin-juillet. Attention à la casse des
grains, adapter la vitesse du batteur le cas échéant.
Gestion de la qualité des semences
Il n’y a pas de problème spécifique pour le semis des féveroles : d’une manière classique, vérifier le taux de germination des
semences préalablement à tout semis et ajuster la dose de semis en conséquence. Eviter toutefois de semer des lots très
touchés par la bactériose ou l’anthracnose.
Les bruches, qui perforent les grains, sont essentiellement préjudiciables pour la commercialisation des récoltes (voir encadré
ci-dessous). En revanche, les semences de ferme « bruchées » sont la plupart du temps capables de germer (sauf les
quelques pourcents de semences dont les germes auront été détruits). Il n’existe aucune méthode de lutte en agriculture
biologique contre les attaques qui se produisent dans les champs.
Les seuils de grains bruchés à ne pas dépasser pour commercialiser la féverole ou le pois dépendent du débouché :
- Alimentation humaine < 1 à 3% (en fonction des contrats) ;
- Alimentation animale < 10%