Chapitre 6 annexes

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  • 1. Complments du livre"Pour un principe matrialiste fort"
  • 2. Chapitre 6Super-organismes techno-scientifiques
  • 3. Chapitre 6, section 1 :Le web est-il un super-cerveau ? Peut-il le devenir ? Suivi de Leweb smantique, promesse ou menace ?Chapitre 6, section 3 :Qui sont les hommes aux commandes ?Chapitre 6, section 4 :Quels innovations pour quels dveloppements ?Chapitre 6, section 5 :Le transhumanisme
  • 4. Chapitre 6, section 1 : Le web est-il un super-cerveau ? Peut-il le devenir ? Suivi de Le web smantique, promesse ou menace ? La question de savoir si le Web nest pas en train de devenir un super-cerveau, gnrant une super-intelligence, a t pose par un article trs stimulant deKevin Kelly, spcialiste des tlcommunications, publi sur Wiredhttp://www.wired.com/wired/archive/13.08/tech.html . Cette phrase introduisaitson propos : The planet-sized "Web" computer is already more complex than a humanbrain and has surpassed the 20-petahertz threshold for potential intelligence ascalculated by Ray Kurzweil. In 10 years, it will be ubiquitous. So willsuperintelligence emerge on the Web, not a supercomputer? Le calculateur virtuel plantaire quest le web est aujourdhui plus complexeque le cerveau humain et a dpass le seuil des 20 petahertz de puissance que RayKurzweil considre comme ncessaire lapparition de lintelligence. Dans 10 ans,il sera partout. La super-intelligence plantaire mergera-t-elle, non dun super-calculateur, mais du web ? Plusieurs systmes techno-scientifiques prennent dans le monde actuel uneimportance industrielle et conomique telle quils apparaissent dots dune vieautonome, pouvant lgitimement les faire qualifier de super-organismes dun genrenouveau, quasi-monstrueux au regard de ce qutudient habituellement les sciencessociales. Lopinion gnrale et plus particulirement celle de leurs dirigeants est queces systmes sont parfaitement sous contrle. Les responsables, aux dtailsdexcution prs, se disent en tat de planifier leur dveloppement, prvoir leurseffets pervers et remdier, en cas de besoin, aux accidents de parcours. Lesgouvernants, qui ne demandent qu tre rassurs, ont longtemps cru cesaffirmations sauf, ces dernires annes et dans certains cas seulement, prendre,au nom du principe de prcaution, des rglementations non suivies de mesuresdapplications qui donnent une fausse impression de scurit, alors que lessituations dangereuses continuent saggraver. On le voit clairement aujourdhui enmatire de contrle des missions de gaz effets de serre (GES) , globalement unchec. Les courbes de production de GES pour les prochaines dcennies sonttoutes ascendantes. - Voir Jean-Pierre Dupuy Pour un catastrophisme-clair , Flammarion2002/2006. Nous reviendrons sur ce point dans le chapitre 7. -
  • 5. Les spcialistes des catastrophes voquent quelques unes des raisons faisantque, malgr toutes les mesures prventives, les grands systmes technologiques sontincontrlables, aussi bien en thorie quen pratique. Ils sont opaques et rendusencore plus opaques par la volont de leurs dirigeants qui veulent chapper auxregards indiscrets. Mais ce faisant, les dirigeants eux-mmes se privent des moyensde connatre leurs propres ressources et dvaluer lefficacit de leurs actions. Ilsmettent en jeu tellement dintrts conomiques, chez les sous-traitants, lesfournisseurs, les clients, les salaris, les collectivits territoriales, que nul ne veutenvisager de rformes en profondeur. Le capitalisme financier, la recherche duprofit court terme saccompagnant du refus de toute rglementation publiqueprotectrice de lintrt gnral, ont ces dernires annes considrablement accentuces dfauts (1). Dans les pays conomiquement et politiquement domins, lasituation est pire car le droit des citoyens sinformer, comprendre et ragir estdni par lAmrique, puissance dominante, ayant trs bien pris le relais de lEurope cet gard (Voir ci-dessous section 3 : la Thocratie amricaine.). A supposermme que des politiques visant rformer certains de ces grands systmes en vuede pallier leurs effets mortels soient dcides, le temps de laction politique etadministrative est toujours en dcalage avec le temps des ralits conomiques etsociales. On le voit clairement quand on considre le complexe technique, industrielet conomique constituant le transport routier, associ celui des carburantsptroliers. On peut sans dramatiser considrer quil sagit dun vritable Lviathan,mettant les conomies en coupe rgle, prlevant chaque annes des dizaines demilliers de victimes, martyrisant les villes et les paysages. Aujourdhui, des solutionsalternatives existent et pourraient tre dveloppes dans les annes prochaines.Mais il faudrait accepter de faire payer au transport routier des tarifscorrespondants aux dpenses quil impose aux socits, raffecter ces sommes audveloppement des solutions de remplacement et faire accepter aux citoyens,pendant un temps de transition, des inconvnients de jouissance que les avocats dutransport routier ne manqueront pas de monter en pingle. Cependant, commentmodifier en quelques annes les innombrables quipements lourds et durablesexistant, en matire de voies de communication, de plateformes logistiques, derseaux de distribution des carburants, de sites industriels de fabrication et demaintenance ? Comment esprer que des gouvernements vont sengager dans despolitiques aussi difficiles et impopulaires, talonns quils seront par lesreprsentants des lobbies du transport routier, toujours prts via les relaismdiatiques dont ils disposent dresser les lecteurs contre dventuelsrformateurs. On mesure la difficult en voyant comment des mesures aussividentes que celles consistant limiter la vitesse ont eu de mal tre prises etappliques. (2) Nous pouvons en dduire que, mme si en thorie on pouvait simaginer queles super-organismes techno-scientifiques du type de ceux implants dans les
  • 6. secteurs de lnergie, du transport, de la distribution, de larmement sontcontrlables par la raison humaine, on devrait en pratique reconnatre que, dansltat actuel des capacits de gouvernance sociale, ils ne le sont pas. Ils sedveloppent selon leurs logiques propres en exploitant, souvent sur le mode de laprdation, les ressources naturelles quils prlvent leur profit dans le milieuterrestre et humain. Ils ne pourraient tre arrts que par des mga-catastrophes,que personne raisonnablement ne peut souhaiter. Pour changer cela, il faudraitdvelopper des outils scientifiques dobservation et de management participatif(tendu au monde entier) encore inconnus. Ce devrait tre un programmeprioritaire pour les sciences de demain, notamment en Europe dont certainsreprsentants se voudraient un peu exemplaires dans ce domaine. On en est loin etnous ne pouvons que proposer de reporter le dbat dans un autre cadre (Voir Jean-Paul Baquiast, Pour une Europe super-puissance, Editions Jean-Paul Bayol, paratre.). La question se pose diffremment lorsque certains super-organismestechnologiques atteignent ce que lon pourrait appeler une complexit intrinsque.Cela semble tre le cas du rseau Internet dit aussi ici Web. On pourrait lecomparer un systme dynamique tels que latmosphre terrestre. Les propritschaotiques de celle-ci la rendent indescriptibles et imprdictibles, sauf grandechelle par des mthodes statistiques. Mais la comparaison ne serait pas suffisante.Les thoriciens des communications estiment en effet que la complexit delInternet atteint celle du cerveau humain. Ne serait-il pas alors capable de faits deconscience, analogues ceux que nous avons tudis prcdemment, dans lesorganismes humains ou chez les robots. Sil nen est pas capable aujourdhui, ne ledeviendra-t-il pas dans un avenir proche. Lhypothse surprendra car ce sontpartout des humains qui sont utilisateurs du web ou responsables de sonfonctionnement. Comment pourraient-ils tre dpossds ? La question mritecependant dtre pose, quand on considre que lInternet et tous les rseaux etservices associs hbergent dj pratiquement toutes les connaissances humaines.Sils se rvlaient capables de les utiliser pour leur propre compte, aucun savanthumain ne pourrait rivaliser avec eux. Ils prendraient donc le pouvoir. Le Web, super-organisme et/ou super-cerveau Le Web, nous rappelle Kevin Kelly, est devenu un super-organisme dunenature et dune taille encore jamais vues sur Terre ce jour, du moins dans ledomaine des systmes crs par lhomme. Dores et dj il comprend plus de 1milliard de correspondants potentiels, cest--dire de machines capables dmettre etde recevoir des messages : PC, tlphones portables, objets (3). Ceux-ci ont gnrprs de 50 milliards de pages. Dans 10 ans il connectera des milliards voire des
  • 7. dizaines de milliards de terminaux de toutes sortes et aura cr un nombre de pageset messages pouvant atteindre le milliard de milliard. Derrire ces machines il y aura des utilisateurs, humains et automates. Dansune vision encore courante du Web, la grande majorit de ces utilisateurssinforment, cest--dire consomment passivement des informations cres par unepetite minorit dentre eux. Nous sommes en face dun systme flux descendant,qui nest pas trs diffrent, hors sa taille, du systme de cration et de diffusion descontenus dinformation caractrisant les mdias traditionnels, y compris la presse etla littrature depuis des sicles. Mais dans la vision qui tend aujourdhui prvaloir,les utilisateurs produisent et diffusent des contenus en mme temps quils enconsomment. Ils les produisent soit en retraitant directement des informationsquils ont prleves sur le web (je lis un texte en ligne et cela me suggre desractions, cest--dire des ides originales que jdite) soit mme en crant descontenus de leur propre chef (je cre un site o je publie par exemple lhistoire dema vie). Autrement dit, les utilisateurs, sans cesser dtre consommateurs,deviennent aussi auteurs, en crant de linformation que dautres consommeront.De ce fait, ils constituent un nouveau pouvoir, face aux anciens dtenteurs delinformation et des savoirs, qui tentent mais en vain den conserver le monopole(4). On retrouve toutes ces questions dans les dbats actuels sur les droits daccs la culture numrique. Outre ces constatations qui tendent devenir banales, Kevin Kelly rappellece que nous devrions savoir. Dune part, toute dmarche, de lecture ou dcrituresur le Web, est mmorise quelque part, sans limite de temps, sauf quand desserveurs disparaissent (et encore. Leurs donnes sont gnralement reprisesailleurs). Ceci signifie que se crent chaque fois des liens nouveaux entre donnesjusquici non relies. Si je vais lire le contenu dun site, je cre un lien entre monadresse IP et celle de ce contenu. Si je fais davantage, en publiant un lien hypertextesur ce site, je durcis le lien et le fait connatre, potentiellement, au monde entier.Le Web devient donc une gigantesque mmoire, qui, 24h sur 24, narrte jamais detravailler et de stendre. Nous avons vu que parmi ce que nous avons appel desutilisateurs, se trouvent de plus en plus dautomates et dobjets. Je suis trac pardiffrents objets qui mmorisent les liens, physiques ou virtuels, que jtablis sanscesse dans ma vie sociale : ainsi je passe tel page, je vais chez tel commerant, etc.Ceci inquite beaucoup de gens mais nest quun aspect particulier de limmenserseau de contenus mmoriss dans lesquels chacun sinscrit ds quil procde lamoindre activit dbordant le cadre de son for intrieur. On considre gnralement, non sans raison et comme nous lavons rappel,que le Web est un immense rseau interconnectant physiquement (mme si toutesles connections ne sont pas tous moments actives) des centaines de millions demachines. Mais si lon prend en considrations tous les liens quil a mmoriss entrepages et contenus de pages, on atteint les milliards de milliards dobjets virtuels.
  • 8. Nous employons le terme dobjets virtuels car ceux-ci sont trs proches de ce queJean-Pierre Changeux avait appel des objets mentaux dans son livre fondateur,lHomme neuronal. Les objets mentaux de J.P. Changeux sont contenus dans notrecerveau et matrialiss par les liaisons synaptiques plus ou moins persistantes stanttablies entre neurones notamment dans le cortex associatif - au long de notre vie. Ces donnes ne saccumulent pas en dsordre dans la mmoire collective duWeb. Elles se distribuent spontanment ou sont volontairement classes parorigines gographiques, linguistiques, fonctions assures, etc. Mais dune faongnrale, une hirarchie particulire apparat, dcoulant de la frquence deconsultation. Il sagit dun systme de slection quasi-darwinien. Les sites etdonnes les plus consultes sont prsents en tte des listes des moteurs, ce quiaccrot la frquence de leur consultation au dtriment des donnes isoles.Cependant le systme est chaotique. On constate que des donnes trs consultespeuvent ne plus ltre et que des sources isoles peuvent brutalement stendre etconqurir momentanment une partie de la globosphre ou du Web. Comment qualifier lassemble ou collection des objets virtuels (ou synapsesnumriques) que nous venons dvoquer, faits de liens mmoriss sur le Web ? Onpeut dire quils reprsentent un modle dynamique dun monde plus gnral, celuio sexerce lactivit des humains et de leurs machines. Ce modle dynamique estun monde physique lui seul, fait de ces ralits (physiques) que sont lesinformations et liens entre informations figurant dans les serveurs et dans lesrseaux de connexions entre serveurs. Nous pouvons le nommer mondenumrique, afin de le distinguer dautres types de mondes crs par desinterconnexions entre objets naturels (par exemple le monde des bactries, souventlui-mme qualifi de "web bactrien"). Le monde numrique se construit sanscesse, du fait de linteraction permanente des humains et de leurs machines avec unmonde biologique et physique plus gnral. Nous nommerons ce dernier lUnivers,afin de ne pas le confondre avec le monde numrique qui le reprsente. -Rappelons que pour le physicien Seth Lloyd, ceci nest quun aspect trs ponctueldu fait que lunivers est un immense systme computationnel et qui plus est, ceque nest pas encore le web - computationnel sur le mode de lordinateur quantique(chapitre 1) - Le monde numrique est-il un reflet passif de lUnivers, comme peut ltrelimage dun animal dans un miroir ? Non pas et pour plusieurs raisons. La premireest que, ds quun utilisateur du Web, homme ou machine, introduit un nouveaulien, ce lien sera peru et pris en compte par un autre utilisateur, qui modifiera enconsquence, dune faon non prvisible mais indniable, son proprecomportement, cest--dire son action sur lUnivers. Si je lis sur un site web que jedois rduire mes missions de CO2, je mefforcerai de le faire (A moins que,hypothse quil faut toujours envisager, je dcide sciemment de faire le contraire,par esprit de contradiction.) et jagirai ainsi effectivement sur lunivers physique etbiologique. Ceci tient au fait que les utilisateurs ne sont pas inactifs mais
  • 9. constituent des agents pro-actifs , selon lexpression de lIntelligence Artificielle.Ile le sont dautant plus quils sont dots en propre, grce la possession duncerveau biologique et de contenus culturels accessibles ces derniers, duneaptitude la cration autonome (pour ne pas parler de conscience) que nont pasforcment les machines du moins en leur tat actuel. Mais la pro-activit des agents humains nest pas seule cratrice de nouveauxliens ou objets virtuels. Lorsque les liens gnrent eux-mmes, par leursinteractions, de nouveaux contenus et que ces contenus arrivent influencer desutilisateurs, hommes ou machines, ces nouveaux objets modifieront de leur proprechef, par mergence, selon le terme consacr, le comportement des agents. Ilsmodifieront par consquent les effets quexercent ces comportements sur la marchede lUnivers. Mais est-ce possible, sans interventions humaines ? Oui, du fait delactivit de tous les automates qui dornavant oprent sur les donnes du Web afinde les recenser, les analyser, les rsumer et les transformer. Si un moteur derecherche du type de celui propos un temps par Microsoft rassemblait de lui-mme toutes les traces que jai laisses ma vie durant sur le Web, dressait le portraitou plutt le profil de moi qui en dcoule, et communiquait ce profil - soit moisoit dautres il modifierait invitablement les comportements de ceux ayantconnaissance de ce profil et donc la faon dont ceux-ci interagiraient ultrieurementavec lunivers extrieur. Pour prendre un exemple caricatural, si un tel profil tabliautomatiquement montrait que je suis un esprit trs cratif, je pourrais postuler unposte dans une entreprise de cration o jinventerais peut-tre une machinecapable de modifier durablement lunivers. Plus gnralement, le rseau des serveurs et pages interconnects gnrerainvitablement des mmes (Voir chapitre 5, section 2) . Les mmes, nous lavonsvu, sont des ides ou images qui se dveloppent et se reproduisent spontanment,comme des virus, sur le mode de la slection darwinienne, au sein des rseaux decommunications animaux et humains. Dans une socit classique, leur importanceest fonction de la densit des changes entre individus et groupes. Dans un systmeprofondment cbl et interactif, elle a toutes les chances daugmenterconsidrablement. Cest ainsi que les effets de mode, concernant des informationsvraies ou fausses, sont particulirement rapides natre sur le Web et parfois yprendre des dimensions mondiales. Nous voyons donc se mettre en place une Mga-machine, incluant ettranscendant lactivit des humains et de leurs petites machines. Cette Machinecomptera dsormais de plus en plus parmi les agents physiques et biologiquesinfluant sur lvolution de lUnivers, au moins lchelle de la Terre et de sonenvironnement immdiat. Il faut ajouter un point trs important : la Mga-machinenest ni descriptible en totalit ni, videmment prdictible, par aucun homme ousystme que ce soit. Il sagit donc pour reprendre le terme de Victor Hugo, dune force qui va mais nul ne sait o elle va. Le seul argument qui rassurera les esprits
  • 10. craintifs est quelle dpend totalement de la technologie. Quune guerre nuclaire ouun cataclysme dtruise les rseaux et les serveurs, la Machine seffondreramaisprobablement avec elle toute socit humaine un tant soit peu volue. Resteront les prophtes et fanatiques religieux des premiers ges, prchantdans les foires et marchs. On objectera que la Machine ainsi dcrite nest quune extrapolation dessystmes de communication existant dans les socits humaines traditionnelles.Dans ces socits, mme lorsque les changes sont seulement langagiers, sanscrits, chaque individu est plus ou moins rcepteur et metteur de donnes. Onconnat le rle des commres dans les villages ruraux. Des effets de mode oudmergence imprvus peuvent aussi sy faire sentir. La seule diffrence davec lessocits modernes est la basse densit des informations reues ou changes parhabitant et par unit de temps, ainsi que la faible tendue des connexions. Celles-cine dpassent que rarement les limites de la province et sont enfermes dans desisolats linguistiques et culturels entre lesquels nexistent pas doutils de traduction.Cest il est vrai aussi un peu le cas sur le Web. Tout le monde ny communique pasavec tout le monde et tout le monde na pas le temps de communiquer autant quille voudrait. Mais au moins en ce qui concerne les mises en corrlation automatiqueset lampleur des mmoires rendues disponibles, les chelles de grandeur sont sanscomparaison. On obtient donc avec le Web de trs grandes densits de crations etdchanges, qui produisent probablement des changements qualitatifs et passeulement quantitatifs, par lesquels les infosphres modernes se distinguent desinfosphres primitives. (Le Web smantique vise suppler ces difficults decommunications, en permettant laccs direct aux donnes ou data contenuesdans les fichiers. ) Le Web et le cerveau Ceci admis, le Web constitue-t-il vritablement un super-cerveau, crateurdune super-intelligence ? Pour rpondre cette question capitale, il faut sentendresur ce que lon entend par cerveau et intelligence, en prenant pour rfrence ce quenous connaissons de lun et de lautre dans ltat actuel des connaissancesscientifiques. Nous avons prsent prcdemment ltat dun certain nombre deconnaissance concernant la formation de la conscience partir des bases neurales etendocriniennes propres au cerveau. Nous avons vu galement que les travaux surles robots autonomes abordent le problme partir de ressources diffrentes, lessystmes et agents informatiques, mais ils aboutissent des conclusions de plus enplus proches de celles des neurosciences. Nous nallons pas reprendre tout ceci,mais seulement rsumer les caractres gnralement attribus au cerveau et sestats, afin de voir si nous les retrouvons dans la Machine du web telle que nous
  • 11. venons de la dcrire. Distinguons en quoi les deux types dorganisations seressemblent et en quoi elles diffrent. Le cerveau, comme le web, ne peut fonctionner sans un corps . le cerveau,biologique ou robotique, na pas de capacits cognitives sil nest pas reli uncorps qui le distingue de lunivers extrieur et avec lequel il interfre en permanencegrce des organes sensoriels (ou senseurs) et des organes moteurs (ou effecteurs).Il sagit dune premire ressemblance. Ce sont les donnes reues par ces organesqui constituent les objets mentaux synaptiques contenus dans le cerveau. Ce sontgalement celles mises par eux qui modifient en retour lunivers dans lequel semeut et survit, non seulement le cerveau mais le corps tout entier. Or la Machinedu web a-t-elle un corps et est-elle dote de senseurs et deffecteurs ? A priori, sansentrer dans les dtails, nous pouvons rpondre par laffirmative. Son corps et sesorganes sont faits des innombrables utilisateurs du web, humains ou machines.Cest un corps trs rparti, mais il se distingue de lunivers extrieur, y compris deshumains non connects, par divers traits physiques. De plus et surtout, il disposedes organes sensoriels et effecteurs des humains connects et de leurs propresmachines. La structure ainsi forme nest pas tout fait comparable lensembledes neurones constituant le cerveau. Elle ressemble plutt ce que lon appelle unessaim ou une meute (swarm). Autrement dit, il sagit plutt dun super-organismeque dun organisme mais les diffrences, notre niveau dapproche, ne sont passignificatives. Le fait que les humains connects au Web disposent de capacits propres dereprsentation, grce leurs cerveaux et leurs cultures individuelles, ne change pasgrand-chose dans le schma densemble o ils sont assimils des neuronescrbraux plus ou moins passifs participant au fonctionnement du Web. On peuten effet considrer que si ces cerveaux et intelligences individuelles enrichissent lescapacits de recueil et de production dinformation des terminaux du Web, leurinfluence sur celui-ci est ngligeable grande chelle ; Elle reste soumise aux loisstatistiques gouvernant la dynamique densemble du systme. Ainsi la productiondes intelligences individuelles haut coefficient compense la sous-production desintelligences plus modestes. Dans le cerveau dailleurs, comme sur le Web, tous lesneurones ne sont pas galement passifs. Quelques neurologues considrent quuncertain nombre dentre eux ne sont pas de simples machines transmettre ou traiter de faon linaire linformation qui transite par eux. Disposant de millions deconnexions synaptiques, ils se comportent probablement, dans certaines zonescrbrales tout au moins, comme des agents pro-actifs plus ou moins capables decrativit intelligente. Un neurone, ses dendrites et ses synapses doivent pouvoir, lui seul et dans certain cas, computer cest--dire crer de linformation, parexemple sur le mode des rseaux de neurones formels. Ils sont donc au moins aussi"intelligents" que certains hommes.
  • 12. Une seconde ressemblance entre le cerveau et le Web tient ce que celui-cijoue pour le corps le rle dune immense base de donnes mmorisant lesexpriences vcues par ce dernier. Il sagit des associations ou objets mentauxprcdemment voques. Celles-ci sont rparties lintrieur des zones crbraleshrites gntiquement o elles servent de support aux activits rflexes ou auxmmoires de long terme. Dautres sont stockes dans des mmoires temporaires etpermettent la mmoire immdiate. Certains neurologues considrent que le cerveauavec son immense potentiel synaptique, est tout fait capable de conserver, sinondutiliser efficacement, lensemble des informations reues ou produites par unindividu tout au long de sa vie. Nous pouvons donc admettre que le cerveau sur ceplan, nest pas trs diffrent du Web global qui conserve et conservera, saufdestructions occasionnelles, lensemble des donnes accumules depuis sa cration. Le Web nest pas encore un cerveau En revanche, et cest la diffrence essentielle, le cerveau est un systmefortement interconnect et fortement hirarchique. Cette hirarchisation dpasse debeaucoup celle que nous avons voque prcdemment concernant la slection desdonnes qui apparaissent en tte de liste dans les moteurs de recherche. Elle estabsolument systmique. Ceci apparat particulirement bien dans larchitectureanatomique et fonctionnelle du cerveau rvle par limagerie crbrale moderne.On y voit lorganisation des six couches composant le cortex associatif. Cest lapartie du cerveau dite aussi matire grise o lon situe gnralement le sige delintelligence et des tats de conscience. Selon lopinion trs recevable de Jeff Hawkins (Voir chapitre 3), lesexpriences accumules par le cerveau refltent la structure du monde tel quil estapparu au sujet tout au long de sa vie, sous la forme de squences dvnements etde relations entre ces squences. A partir de ces contenus de mmoire, le cerveaufait tout instant des prdictions qui sont confrontes aux nouvelles expriences etmmorises leur tour aprs modifications ventuelles. Cest ce systme demmoire-prdiction qui constituerait lessentiel de lintelligence humaine, enorganisant les perceptions, la crativit et mme la conscience. Il est vident que laMga-machine du web, aujourdhui encore sauf peut-tre sous forme de traces oudamorces locales sans consquences pratiques globales- est incapable dune tellefonction qui permettrait de la prtendre vraiment intelligente. Le systme de prdictions permis par larchitecture du no-cortex, qui ne seretrouve pas dans le Web, ne permet pas de confondre le cerveau avec unordinateur classique ni mme avec un systme complexe comme le Web, lequelnest pas hirarchis globalement. Ainsi, contrairement un ordinateur qui produitune information en sortie chaque entre dinformation venant de lextrieur, lecerveau fait, diverses chelles de complexit, des prdictions bases sur les
  • 13. expriences et les squences pralablement enregistres. Ces prdictionsprovoquent des sorties motrices qui modifient le monde environnant, lUnivers, etprovoquent en retour le recueil de nouvelles informations au niveau des entressensorielles. Les organes sensoriels et moteurs ne fonctionnent pas isolment. Ilssauto-influencent tous les niveaux de complexit du cortex, du fait desnombreuses liaisons synaptiques qui les relient. L encore, ce nest pas le cas desusagers du Web qui demeurent gnralement isols, cest--dire ignorants de ce quefont les autres, mme si parfois des effets locaux de contamination les mettent enphase. Un autre caractre propre au cerveau ne se retrouve pas dans le Web, aumoins dans son tat actuel. Dans le cerveau, avec une densit de plus en plusgrande lorsquon slve dans la hirarchie des couches du no-cortex, il existe desfibres de liaison qui, grce aux synapses, permettent dassocier les mmoires et doncles prdictions formules chaque niveau hirarchique. Ce sont ces fibreshorizontales qui ont donn dailleurs au cortex son qualificatif dassociatif.Lexistence de liaisons horizontales tait connue depuis longtemps, mais on montreaujourdhui quelles jouent un rle permanent dans la modulation tant desinformations mises en sortie que des informations reues en entre, ceci quelleque soit la complexit des patterns et des squences transitant au sein des coucheset travers elles. Un autre point important, qui permet au cerveau, malgr la lenteur de sescomposants primaires, de ragir vite et de faon rgulire, est linvariance despatterns stocks chaque niveau du cortex. Il sagit dune invariance relative,puisque les squences mmorises peuvent tre modifies si elles sont contreditespar de nouvelles expriences. Mais lorsque ce nest pas le cas, elles peuvent treimmdiatement mobilises pour produire des prdictions et entraner des actionssappuyant sur elles. Ceci ne constitue pas une observation nouvelle. On sait depuislongtemps que le cerveau commande de nombreux comportements sur le modeautomatique, par exemple dans le cas de la conduite automobile, lappel dessolutions plus complexes ne survenant quen cas de difficult inattendue. Cetteinvariance des patterns ne doit pas tre confondue, videmment, avec les bouclessensori-motrices automatiques caractrisant lensemble de la vie organique et nefaisant pas intervenir le cortex. Ceci tant, ce phnomne de linvariance despatterns au niveau du nocortex est absolument gnral. Cest pourquoi ilcaractrise le cortex comme un ensemble de mmoires prdictives. Dans chacunedes couches et des colonnes, le nocortex stocke des squences de patterns. Il sagitdun stockage auto-associatif, tel lment de squence pouvant suffire faireapparatre la squence entire ou des squences diffrentes dans lesquelles il figure.L encore, cest lextrme connectivit synaptique du cerveau qui rend possible cesassociations. Sur le Web, il existe une certaine invariance des donnes. Mais elle esttrs fragile et nest pas indispensable au fonctionnement densemble. Au contraire.Plus les donnes "mutent", plus la crativit globale du systme semble en profiter.
  • 14. Linvariance apparat a posteriori de faon statistique, certaines donnes se rvlantplus consultes que dautres et orientant la production de nouvelles donnes. Maisceci de faon gnralement peu permanente. Les donnes les plus invariantes long terme sont les donnes qui ne sont plus consultes. Elles nont donc pasbeaucoup dinfluence fonctionnelle. Enfin, dans le cerveau, les patterns sont stocks selon des architectureslocales elles-mmes invariantes et hirarchiques. Cest ce caractre qui assure lapermanence bien connue de la mmoire et le fait que les reprsentations primairesque nous nous donnons du monde sarticulent dans notre esprit en reprsentationsde plus en plus complexes, dbouchant dans certains cas sur des faits deconscience. Plus on slve dans la hirarchie, plus les dtails, importants dans lesniveaux infrieurs, sattnuent au profit des lignes gnrales. On voit ainsiapparatre, au sommet des couches nocorticales, des reprsentationscorrespondant ce que lon appellera en linguistique des concepts ou des noms.Les concepts sont seulement des abstractions pures des dtails. Ils nont pasbesoin dtre nomms par le langage social pour exister et servir orienter lecomportement intelligent suprieur. Au plus haut de la pyramide, cest le conceptde moi qui synthtisera lensemble des expriences passes et actuellesenregistres par le sujet. Mais de nouveau, on rappellera que la permanence et lahirarchie ne sont que relatives. Elles peuvent laisser place des variantes dereprsentations ou de hirarchies si de nouvelles expriences imposent ceschangements et si la plasticit densemble du systme permet den tenir comptepour assurer la radaptation du systme un milieu profondment chang. Inutilede dire que jamais ce jour on na surpris lexistence sur le Web dune consciencede soi. Ou bien elle nexiste pas (et on ne voit pas comment elle pourrait se former,dans ltat actuel de linteractivit des rseaux) ou bien il sagit dune formedintelligence ou de conscience pr-humaine, sinon extra-terrestre, que lon pourraitretrouver dans les webs biologiques voqus au dbut de cet article Que conclure ? Il est inutile de faire de longs dveloppements pour montrerque lintelligence globale nexiste pas encore dans le Web, pour la raison principaleque celui-ci nest pas organis comme un cerveau biologique. Le Web se borne, etcest dj considrable, enrichir (augmenter) les intelligences individuelles etcollectives de ceux qui lutilisent. Cela leur confre un avantage comptitifconsidrable par rapport au reste de lhumanit. Ce sera sans doute lobjectif desfuturs moteurs de recherche et ddition que permettre lmergence de patterns dereprsentation de plus en plus globaux, pouvant correspondre lapparition sur leWeb dune conscience voire dune conscience volontaire globale. Sera-ce possible ?Sans doute. Qui en bnficiera ? Les utilisateurs de la priphrie ? Des pouvoirspolitiques centraux visant rguler ou mobiliser les donnes du Web des finsimpriales ou imprialistes ? Bien pire ou bien mieux : ne sagira-t-il pasdmergences informationnelles et computationnelles qui simposeront delles-
  • 15. mmes aux hommes connects au Web et qui prendront le pouvoir sur eux,comme le prdisent certains auteurs de science-fiction ? Il semble que nul ne puisse rpondre ces questions pour le moment. Dola ncessit de continuer observer lvolution du Web, aux mains de ceux qui senservent ou se produisant spontanment. Nous sommes sans aucun doute enprsence l dun prototype des futurs systmes intelligents susceptibles de seprsenter en alternative lintelligence terrestre. Deux facteurs acclreront cettevolution. Le premier tiendra au fait que le Web fera merger des utilisateurshumains de plus en plus comptents et ambitieux, qui sauto-complexieront avec luijusqu atteindre des limites de comptences jusquici inimaginables. Il sagira sansdoute de transhumains tels que ceux prsents la fin de ce chapitre. Un deuximefacteur, plus hypothtique mais cependant probable, viendra du fait que trscertainement dans lavenir, des robots autonomes se connecteront au Web de leurpropre chef et lui imposeront des modes de dveloppement correspondant leursbesoins propres de dveloppement. Ce sera pour les humains la fois une chanceet un risque. Le web smantique, promesse ou menace Depuis 1998, les spcialistes de lInternet dveloppent, au sein du WorldWide Web Consortium, qui est en quelque sorte lAcadmie des Sciences et lebureau dtude du Web, un nouveau concept intitul le Web Smantique.Linventeur du Web, anobli par la Reine dAngleterre, Sir Tim Berners-Lee qui estactuellement directeur du W3C, a rappel plusieurs fois ces temps-ci, dans la presseet lors de la dernire confrence WWW2006 Edimbourg (http://www2006.org/), lintrt du Web Smantique en vue de conserver le caractre ouvert etdmocratique du rseau mondial. Peu dutilisateurs de lInternet peroivent encoreclairement ce quest le Web Smantique. Pour tout savoir sur le sujet, le mieux estde se reporter aux pages que lui consacre le W3C (http://www.w3.org/2001/sw/ ). Rsumons cependant de quoi il sagit. Le Web ordinaire, ouvert tous lesinternautes, fait coexister et rend accessibles des milliards de documents. Cetencadr, sil tait publi sur le Web, serait un document. Les moteurs de recherchesavent retrouver un tel document, partir soit de mta-donnes le dcrivant (nomde lauteur, date, sujet abord) soit par des recherches en texte intgral, pourlesquelles tous les mots de larticle, cest--dire ses donnes, pourront treconsidrs comme des mots-clefs. Mais mta-donnes ou donnes dindexationsont encore difficiles rassembler. Les recherches en texte intgral pour leur part,restent coteuses et ne peuvent actuellement tre gnralises.
  • 16. Aussi, les moteurs de recherche, pour le moment encore, ne savent pascomment traiter les donnes internes un grand nombre darticles, sans accderdirectement aux documents qui les contiennent. Si je recherche le terme SemanticWeb sur un moteur, jaurai une liste trs grande (trop grande) de documentsabordant le thme du Semantic Web. Mais je ne pourrai pas savoir prcismentcomment le sujet est trait dans la littrature qui lui est consacre. Je ne pourrai pas,par exemple, savoir si le Semantic Web est considr par les auteurs comme unprogrs important, une complication inutile ou bien encore une menace pour lesliberts publiques. La raison de cette impossibilit tient au fait que les auteurs des articles ne sesont pas mis daccord sur un sens commun donner aux termes, cest--dire auxdonnes, quils utilisent. On retrouve l lambigut propre tous les langageshumains et tous les documents faisant appel ces langages. Cependant, dans le domaine de la gestion administrative, bien avantlapparition du concept de Semantic Web, il avait t dcid de chasser cetteambigut en convenant de significations communes donner un certain nombrede documents et dinformations changes. On a commenc dfinir des mta-donnes administratives et commerciales en grand nombre (voirhttp://www.w3.org/Metadata/ ). Des mta-donnes ont galement tdveloppes pour faciliter la documentation automatique. Par exemple, aujourdhui,une codification commune dcrit lauteur dun document, sa date, sa nature et, trssommairement, son objet. Les diteurs html que nous utilisons tous pour prparerun article destin une mise en ligne permettent aux auteurs, notamment traversla rubrique Proprits de la page, de prciser ces donnes. Si les auteurs ne le fontpas spontanment, lditeur extrait du texte un certain nombre de ces mta-donnesqui seront dits dans len-tte du code source du document. Ces conventions ont permis le traitement automatique grande chelle desdocuments respectant ces standards, en accdant directement aux donnes quilscontiennent. Ainsi, en rapprochant par une simple application informatique desmilliers de dclarations en douane utilisant la nomenclature douanireinternationale, il est possible de faire une tude sur les grands courants dchangeintressant, par exemple, les produits ptroliers et drivs. Le Web Smantique en pratique Lambition du Web Smantique est de rendre ce processus applicable au plusgrand nombre possible de documents administratifs ou commerciaux, voire desdocuments de type littraire tel que le prsent encadr. Mais pour cela, il faudraque les architectes du Web proposent un cadre commun permettant aux
  • 17. informations contenues dans ces documents dtre traites comme des donnes(data) normalises. Ainsi ces donnes pourront tre partages et rutilisesindpendamment des applications, des entreprises et des communauts dauteursqui les auront gnres. Il faudra ensuite que les auteurs acceptent de nutiliser quedes donnes ainsi normalises. Ceci rduira leur libert de cration mais facilitera lacirculation de leurs productions. Le travail faire sera considrable. Il faudra notamment dfinir, thmes parthmes et de faon cooprative, un cadre commun de description des ressources(Resource Description Framework ou RDF) qui utilisera videmment les acquissyntaxiques (langage XML) ou dadressage (URL) dj offerts par le web. Lesinformations elles-mmes seront progressivement normalises travers le WebOntology Language (OWL). Par ontologie, on dsigne le sens donner tel ou telconcept. Il conviendra videmment de saccorder sur des sens communs devanttre attribus aux concepts que lon utilisera. Le W3C prcise cela trs bien(introduction de http://www.w3.org/2001/sw/ ). Nous traduisons: " Le Web smantique est un web de donnes. De nombreuses donnes quenous utilisons tous les jours sont prsentes sur lInternet mais ne sont pasaccessibles aux changes (le Web proprement dit). Cest le cas de mon compte enbanque, de mes photographies, de mes dates de rendez-vous. Mais je ne peux pasles rapprocher pour connatre par exemple ce que je faisais le jour o jai tphotographi, ni ltat de mon compte en banque ce jour-l. Pourquoi ne peut-onpas le faire ? Parce que les donnes sont encapsules dans des applications et queles applications ne sont pas conues pour les changer. Le Web Smantique porte sur deux choses. Il dfinit des formats communspour lchange des donnes, alors que le Web traditionnel ne dfinit que lesmodalits dchange des documents. Par ailleurs, il offre un langage communpermettant aux donnes de renvoyer des objets du monde rel dune faonidentique. Ceci permet une personne ou une machine de construire des bases dedonnes puis des rseaux de bases de donnes qui ne seront pas connecte par desliens physiques mais par le fait quelles dsignent des objets identiques". Ainsi, si je veux construire une base de donnes sur les automobiles, je neserai pas oblig de me connecter physiquement des documents concernant desautomobiles que jaurai du identifier et trouver auparavant. Il me suffira derechercher les donnes par lesquels les auteurs auront convenu de dsigner defaon normalise le concept dautomobile, ceci quel que soit le document oulapplication support de linformation. Tout ceci, on le voit, est plus facile dire qu faire. Quand on connat lalourdeur et le cot des travaux de normalisation des donnes, tels que ceuxentrepris au plan international par lEdifact Board concernant les donnes
  • 18. administratives et commerciales, on peut se demander si tendre lambition autraitement de donnes plus gnrales sera utile. Ceci dautant plus que ce ne serontpas seulement les normalisateurs qui devront travailler, afin notamment daffiner oude faire voluer constamment les normes, mais les auteurs. Ceux-ci devrontconnatre les normes utiliser et sefforcer de les respecter du mieux possible, si dumoins ils veulent tre compris par les machines qui interprteront leurs crations. Applications possibles Pour Tim Berners-Lee, qui est un idaliste, lenjeu mrite linvestissement.Dans les articles et interventions que nous avons voqus, il explique que le WebSmantique constitue aujourdhui la seule faon de sauvegarder luniversalisme et lagratuit daccs aux informations qui a fait et continue faire la grandeur du Web.En effet, aujourdhui, de nombreuses entreprises cherchent rendre propritaire etpayant laccs leurs contenus. Or, la philosophie de lInternet repose sur leconcept de neutralit du rseau. Chacun a le mme niveau daccs aux contenus ettoutes les donnes figurant sur le web doivent tre traites de faon gale.Microsoft et Google, cest noter, se sont prononcs publiquement pour la dfensede cette philosophie. Mais des compagnies de tlphone amricaines en ont prisrcemment le contre-pied. Elles veulent dfinir un Internet partag (two-tiersystem) o les missions des entreprises capables de soffrir des voies decommunication large bande auront priorit sur les autres. Ceci est recherch,actuellement, dans la perspective de la diffusion des shows tlvisuels, trsgourmands en bande passante. Mais lide devrait tre tendue et gnralise toususages. Avec le Web Smantique, cette facturation du temps daccs en fonction dudbit deviendrait impossible ou trs difficile, puisque ce seraient les donnes elles-mmes qui feraient lobjet des changes, sans rfrences leurs auteurs ni ceuxqui les utilisent. Pour Sir Tim, le seul modle acceptable reste donc celui o tous lesfournisseurs de contenus payent tous le mme tarif pour accder au rseau et poury diffuser leurs donnes. Ainsi les universits et les associations ne sont pasdfavorises par rapport aux grosses entreprises, ni en ce qui concerne lesfacturations ni en ce qui concerne les conditions de connexion. Do le rleminent vertueux que jouera le Web Smantique. Les utilisateurs peuvent cependant sinterroger sur lintrt quils trouveront se couler dans les lourdes procdures du Web Smantique, indpendamment du faitque celui-ci permettra de dcourager la segmentation des rseaux et des tarificationsen fonction des capacits financires des clients. Les textes en accs gratuit publissur le mode de lopen source sont accessibles tous. Les internautes ayant acceptde louer des connections large bande les reoivent plus vite que les autres, mais
  • 19. lgalit entre eux, ce dtail prs reste entire. Pourquoi alors sengager dans ladfinition cooprative de normes dcrivant les donnes dites, si ludage permetde sen passer ? La rponse est que cette contrainte permettrait aux auteurs dassurer unemeilleure diffusion de leurs crits et, au-del de ceux-ci, de leurs ides. Onretrouvera l, considrablement augment, lavantage quoffrent depuis quelquesannes les moteurs de recherche. Ceux-ci, en associant sur une base dsormais trslarge les rponses aux questions, permettent de trs nombreuses personnes qui neconnaissaient pas tel auteur de le dcouvrir, propos de la rfrence aux oeuvresportant sur tel ou tel concept prcis quil aura utilis, par exemple, un article portantsur les centrales nuclaires eau pressurise (PWR). Dans la perspective largie duWeb Smantique, ce ne serait plus seulement larticle qui serait rfrenc, mais lesens que lauteur aurait donn au concept de PWR, par comparaison avec denombreux autres articles traitant du sujet. Ainsi, un internaute cherchant sedocumenter sur le concept pourrait trouver, grce au travail de rapprochement faitpar lordinateur, une vision contrast du problme des centrales PWR, rsultant durapprochement des sens diffrents donns par des auteurs diffrents. La perspective reste encore lointaine, sagissant de journaux ou ouvragestraitant un grand nombre de sujets diffrents. En revanche, dans limmdiat, ilsemble que le Web smantique pourrait tre utilis au sein de lEducationNationale, par exemple pour mieux informer les lves de lexistence des nombreuxdocuments pdagogiques en ligne et des modes daccs ces documents dsormaismis leur disposition par les acadmies ou les tablissements. Le Web smantiquepourrait ainsi devenir le complment des portails lves ou des portailstudiants qui, au cur de rseaux de type Intranet, sefforcent de faciliter laccsdes lves aux ressources pdagogiques. La charge supplmentaire impose auxauteurs qui se verraient obligs de participer aux travaux dindexation et denormalisation ne serait pas excessive. Elle ferait en tous cas partie de leur mtierdenseignant. Dores et dj, le Web smantique est trs apprci par les chercheursscientifiques qui peuvent accder grce lui de nombreuses donnesexprimentales, afin de les analyser automatiquement. Mises en garde Mais, contrairement ce que pense Tim Berners-Lee, le Web Smantique nerisque-t-il pas de se rvler un nouvel instrument permettant aux pouvoirs de policede pntrer dans lintimit des comportements et des penses des citoyens ? Dansun article intitul Keep out of MySpace (N 30 du 10 juin 2006, p. 30) leNewScientist britannique dnonce le fait que la National Security Agency des Etats-Unis finance des recherches visant recueillir les donnes personnelles que les
  • 20. individus publient sur eux-mmes ou rassemblent, au sein despace dedocumentation qui leur sont offerts cette fin par des socits de service. Cest lecas de MySpace (http://www.myspace.com/ ), espace de rencontre et deconvivialit qui avait t patronn par Microsoft, o lesabonns sont invits donner beaucoup dinformations les concernant afin de favoriser ltablissement deliens sociaux entre eux et dautres personnes. Il existe de trs nombreux autres sitesludiques o chacun est oblig pour participer de se raconter et de rapporter lescomportements et prfrences de ses amis. Par ailleurs, les blogs personnels semultiplient, dont les auteurs nhsitent pas se dvoiler ou dvoiler la vie privede leurs relations. Les images et photographies personnelles y abondent galement. La NSA espre que le dveloppement du Web Smantique au sein de cesespaces permettra de rapprocher facilement ces informations personnelles avecdautres, bancaires, de sant, administratives ou dachat. Ainsi pourraient tre misen vidence, sans que les intresss sen aperoivent, les profils et donc lespersonnes qu tort ou raison, les autorits de police jugeraient suspectes. Onserait loin alors du scandale provoqu par le fait que la NSA se soit procur cesderniers mois, via les oprateurs de tlcommunication, les contenusdesconversations tlphoniques dun certain nombre dindividus a priori honorablessuspects de pouvoir ventuellement monter des rseaux terroristes. La NSA etautres agences dintelligence", cest--dire despionnage, pourraient pntrer partout linsu des citoyens. Les interconnections sont actuellement difficiles, mais avec le WebSmantique, les liens apparatront deux-mmes, travers des applications visant rapprocher les donnes (data) sans difficult. En effet, le Resource DescriptionNetwork prcit visera confrer chaque type de donne une identification (tag)unique, prdfinie et non ambigu. Les services dintelligence conomique,despionnage et de contre-espionnage seront les premiers en profiter, car ils seseront les premiers dots des outils permettant de le faire. Il est significatif deconstater, comme lindique le NewScientist, quun article intitul Semantic Analyticson Social Networks, prsent au WWW2006 dEdimbourg par des universitairesamricains, avait t en partie financ par une organisation jusque l inconnueintitule ARDA. ARDA, qui ressemble trangement DARPA, signifie AdvancedResearch Development Activity. Elle est budgte par la NSA pour rsoudrecertains des problmes que rencontre la communaut du Renseignement aux Etats-Unis. On ne saurait tre plus explicite. Ces jours-ci, lARDA a t rebaptise Disruptive Technology Office (voirWikipedia : http://en.wikipedia.org/wiki/Disruptive_Technologies_Office ). Maissa mission reste la mme: faire du profiling partir de systmes despionnage(intelligence) automatiss. Les 80 millions dabonns des actuels sites du genre deMySpace auront tout intrt se mfier de ce quils publieront sur eux-mmes, ensimaginant que ces dtails intimes nintresseront jamais personne que leurs
  • 21. proches. Voici de quoi en loigner beaucoup des perspectives culturelles offertespar le Web Smantique. 1 : Ce nest pas le lieu ici de faire la liste de tous les secteurs industriels etconomiques (hors du militaire, des transports et de lnergie, du tabac et de lalcoolsouvent cits), dont on peut se demander sils ne sont pas devenus plus dangereuxquapporteurs de bienfaits pour les humains. Mais cette liste serait longue :industries de la Big Food, dj cite, industries chimiques (qui sopposent de toutesleurs forces au programme europen REACH visant identifier et valuer limpactde 50.000 produits sur 300.000 jugs suspects), industries pharmaceutiques,industries du tourisme, industries culturelles pour une grande part de leursactivitsA quoi servirait une telle liste ? Au moins, si elle tait convenablementargumente, par des experts aussi indpendants que possible des grands intrts, ouvrir les yeux des citoyens et des scientifiques eux-mmes. On peut mentionner dautres super-organismes qui, sans tre spcifiquementhostiles aux hommes, peuvent le devenir du fait de leur croissance dsordonne.Cest le cas des grandes villes ou mgapoles de plus de 20 millions dhabitants, danslesquelles vivront au milieu du sicle peut-tre les 4/5 de lhumanit. Il sagit,notamment dans les pays pauvres, de machines dtruire les cosystmes quilfaudrait ds maintenant arrter de laisser crotre. Mais nul pouvoir nen semblecapable. 2 : On est encore loin du compte, tant en Europe quaux Etats-Unis. Dansce pays, un certain Francis Slakey, professeur de physique et de biologie et co-directeur du Program on Science in the Public Interest de lUniversit Georgetown,Washington DC, a fait un calcul assez simple (NewScientist, 13 mai 2006, p. 21). Leptrole tant plus cher que jamais, mme pour les automobilistes amricains, unesolution certes court terme mais significative consisterait imposer au niveau dela nation toute entire la vitesse limite de 55 miles/heure lensemble des vhicules.Diffrentes raisons physiques font en effet que rduire la vitesse de 75 mph 55mph augmente lefficacit du carburant (distance parcourue/consommation) de25%. En moyenne lautomobiliste conomiserait 0,5 dollar par gallon (biendavantage en Europe o lessence est fortement taxe). Globalement, calcule-t-il, lamesure permettrait dconomiser 50 millions de gallons dessence par jour, soit 1milliard de barils par an, lquivalent de ce que les Etats-Unis importent du GolfePersique chaque anne. De plus, il pense que les industriels, incits par une tellemesure rendre les moteurs et vhicules plus conomes, feraient en sorte que lesrendements samliorent, do un second milliard de barils conomisssupplmentaire. Convertissons ces donnes car les Amricains en sont encore auMoyen-ge quand il sagit de mesures. LUS Gallon vaut 3,7 litres. Le mile vaut 1,6km. Le baril vaut 160 litres et pse donc, en ptrole, environ 0,150 tonne. Unevitesse limite de 90 km/h permettrait dconomiser 0,5 euro pour 4 litres dessence,soit 2 euros pour un plein de 40 litres (ceci, encore une fois, aux Etats-Unis).
  • 22. Lconomie globale pour les Etats-Unis serait de 1 milliard de barils soit,approximativement, 150 millions de tonnes de ptrole par an, ou 300 super-ptroliers de 500.000 tonnes par an auxquels sajouterait 1 autre milliard rsultantde loptimisation des moteurs. Transpos la France, on se bornera retenir que lalimitation de vitesse 90 km/h permettrait dconomiser 25% de carburant parrapport au plafond actuel de 130 km/h. Inutile dy penser, nest-ce pas ? 3 : LInternet des objets. On donne dsormais ce nom aux objets capablesdmettre des messages recueillis et mmoriss par le web, par exemple la puceantivol incorpore une automobile qui signale en permanence la position duvhicule, indpendamment de la volont du conducteur. http://www.itu.int/osg/spu/publications/internetofthings/ 4 : De quel type est ce pouvoir ? Nest-il pas une illusion ? Cest ce dontveulent convaincre les reprsentants des mdias traditionnels. Du bruit et dudsordre des prises de parole sur Internet, rien ne peut sortir. On rpondra quaucontraire, sur Internet comme plus gnralement dans lunivers, on retrouve leprincipe bien connu des scientifiques de la complexit : order from noise, lordrenat du dsordre. La question nest plus aujourdhui purement acadmique. Elletouche les activits politiques les plus immdiates. Un des paris faits par SgolneRoyal est qu partir des dialogues encourags sur son site Internet pourrait mergerune intelligence collective jusquici empche de se former.
  • 23. Chapitre 6, section 3 : Qui sont les hommes aux commandes ? Les super-organismes techno-scientifiques sont indniablement les structuresorganises dorigine humaine les plus puissantes installes par lhumanit sur Terre,dans une dmarche mi-volontaire mi-inconsciente de construction de la nichedestine labriter. Nous avons dit que ces structures ont tendance chapper leurs concepteurs, leurs utilisateurs et plus gnralement aux pouvoirs politiqueset moraux susceptibles de les contrler. Il ne faut pas cependant tre naf. Deshommes demeurent aux commandes, plus ou moins bien informs et comptents.Mais ils sont l. Or qui sont-ils ? Sont-ils les reprsentants scrupuleux etdsintresss dun intrt gnral tendu lhumanit toute entire ? Ou sont-ils lesagents dintrts particuliers, ceux de certains Etats, de certaines entreprises, decertains complexes politiques, conomiques et religieux ? La rponse ne fait pas dedoute. Le monde est ainsi structur, sans doute depuis les origines mme de la vie,pour que des intrts en comptition darwinienne saffrontent en permanence. Il nesert rien de le regretter. Chez les humains, les conflits apparaissent invitables. Ilspeuvent apparatre utiles, mme sans doute lorsquils provoquent des mortsmultiples. Ils obligent en effet les socits se renouveler au lieu de sengourdirdans un monde apparemment hospitalier. Depuis les deux dernires guerres mondiales, lOccident avait caress le rvequun certain consensus pouvait stablir, entre puissants et faibles, pour servirensemble le dveloppement collectif, notamment au travers des sciences et destechniques. Le rve, aujourdhui, auquel il ne faut pas renoncer, cache malcependant lexistence de super-puissances, voire dhyper-puissances, qui ont suexploiter des situations de dpart privilgies (notamment en terme daccs auxressources naturelles) pour monopoliser leur profit les possibilits offertes par ledveloppement des sciences et des technologies. Les Etats-Unis dAmrique sontdans cette situation aujourdhui. Mais terme il nest pas impossible quils soientmis au dfi et rejoints par de futures autres super-puissances, notamment la Chineet lInde. Quant lEurope, on peut craindre quelle ne soit pas capable de serveiller de son sommeil actuel et quelle renonce se prsenter en tant quePuissance dans le monde multipolaire qui succdera invitablement la dominationamricaine actuelle. Mais qui sont ces Amricains qui sont aux commandes des principaux super-organismes technologiques dominant le monde daujourdhui. Pour les Atlantistesde par le monde et notamment eu Europe, ce sont les meilleurs leaders dont le monde occidental , voire le monde tout entier, pourrait rver. Pour beaucoup
  • 24. dAmricains eux-mmes, plus avertis que nous des faiblesses de leur socit, cenest pas tout fait le cas. Il nous a paru intressant, dans ce livre, dexaminerlopinion de deux dentre eux, peu suspects, on le verra, danti-amricanismeviscral non plus dailleurs que danti-clricalisme systmatique. La thocratie amricaine selon Kevin Phillips Il y a quarante ans, Kevin Phillips, jeune analyste politique, militant du partirpublicain (le Good Old Party ou GOP), avait prdit de longues annes de succs ce parti. Son livre ("The Emerging Republican Majority" 1969) prdisait quaprsla seconde guerre mondiale, la migration des lites et des ressources des vieux Etatsindustriels du Nord-Est vers ceux du Sud et de lOuest (ce quil avait appel laceinture dore ou Sun Belt) donnerait naissance une majorit rpublicainernove, au conservatisme renforc, qui dominerait lAmrique pendant des annes.Un parti rpublicain plus affirm restaurerait la stabilit et lordre dans une socitbouleverse par les grands changements conscutifs la guerre. Phillips joignitdailleurs le geste la parole puisquil rejoignit cette poque ladministrationNixon. Depuis, il publia de nombreux ouvrages politiques, notamment les best-sellers Politics of Rich and Poor (1990) et Wealth and Democracy (2002), danslesquels il abandonnait progressivement son enthousiasme pour le parti rpublicain,au service duquel il avait rapidement cess de se mettre. Son dernier ouvrage,American Theocracy (Kevin Phillips American Theocracy, The Peril and Politics ofRadical Religion, Oil, and Borrowed Money in the 21st Century. Viking), peut treconsidr comme un long regard en arrire sur la faon dont la coalitionconservatrice a trahi les espoirs que lui et beaucoup dautres citoyens clairsavaient mis en elle. Il avoue sans ambages stre tromp en considrant la majoritconservatrice comme une garantie de stabilit et dordre. Il y peroit au contraire unmlange dsastreux dextrmisme idologique, dirresponsabilit fiscale etmontaire, de corruption rampante et dun manque complet de vision long terme.Le message effraiera manifestement (peut-tre mme terrifiera-t-il) de nombreuxlecteurs, aux Etats-Unis comme ailleurs, mais il est trs bien argument et dpourvude toute polmique, ce qui est rare aujourdhui. Il sappuie par ailleurs sur denombreux exemples historiques montrant comment des puissances bien tabliesont pu seffondrer du fait de gestions courte vue et gostes. Nous devons nousintresser ce travail et aux commentaires quil suscite. Tout ce qui permet decomprendre un pouvoir qui conduit sans doute lAmrique et le monde entier desimpasses voire des cataclysmes ne devrait laisser personne indiffrent. Contrairement dautres, Kevin Phillips ne sen prend pas particulirement G.W.Bush et ses conseillers proches, quil considre manifestement comme des
  • 25. symptmes et non comme des causes. Il na gure non plus de considrations pourdventuels remplaants dmocrates. Son estime pour Hillary Clinton, par exemple,nest pas trs leve. Il veut voir plus haut, ou plus en profondeur. Il cherche analyser ce quil nappelle pas, mais que nous nommerons, le dclin de lEmpireamricain. Il identifie trois drives profondes, qui ne remontent pas la prsenteAdministration mais que celle-ci na fait quaggraver. Ce quil nonce ne constituepas proprement parler une rvlation. Cela fait longtemps que de nombreuxcommentateurs de la vie politique amricaine avaient dnonc les drives quildcrit. Ce qui est intressant par contre est que le procs soit fait par un ancienpartisan des Rpublicains, manifestement honnte et se voulant objectif. La premire de ces drives est le poids quont pris les intrts ptroliers dansla dfinition et, selon lexpression de lauteur, dans la distorsion de la politiqueintrieure et de la politique trangre des Etats-Unis. La seconde est lintrusiongnralise et dangereuse dun Christianisme radical tous les niveaux desadministrations et du gouvernement. En Europe, beaucoup de croyants nosent pasreconnatre et dplorer ce fait, de crainte de donner des armes aux mouvementslacs militants europens. Mais ils ont tort car ils ne se rendent pas compte quelniveau doutrance le fondamentalisme chrtien a pu monter en Amrique,pervertissant tout, des droits de lhomme (et de la femme (1)) jusqu la rationalitscientifique la plus lmentaire. Nous y avons souvent fait allusion dans ce livre. La troisime drive dnonce par Kevin Phillips concerne les niveauxdendettement fabuleux accumuls par le gouvernement et lconomie amricaine.On se plaint en Europe de limportance des dficits publics et de lendettement,mais ceux-ci nont rien de comparable avec ceux des Etats-Unis. Les perspectivesde la dette, loin de samliorer, ne font que saggraver, dans lindiffrence desPouvoirs Publics et des institutions financires. Il sagit pourtant de vritablesarmes que le pays remet inconsidrment dans les mains de ceux qui pourraient servler demain dimpitoyables adversaires. Le point peut paratre mineur vis--visdes prcdents, mais il est considrer car l se trouvera peut-tre la faiblesse quifera tomber lEmpire amricain, de mme quAl Capone tait tomb pour unefraude fiscale peu comparable au reste de ses crimes. A la base de ces drives setrouve lincapacit des leaders de regarder au-del de leurs intrts immdiats et deleurs ambitions politiques, pour proposer la nation des perspectives de long termelui permettant de sengager dans un avenir sassombrissant de jour en jour. Pour lauteur, il ne fait ainsi aucun doute que la dcision denvahir lIraknavait rien voir avec la prsence allgue darmes de destruction massive maisavec la volont de mettre la main sur les puits de ptrole dune rgion richementdote. Cela afin de diminuer les prix du carburant la consommation etdencourager le gaspillage propre au mode de vie des riches Californiens. Reprsentez vous lIrak, avait dit un expert ptrolier, comme une base militairedote de vastes rserves ptrolires en sous-sol.
  • 26. Laventure Irakienne na t que la suite logique dune politique conduiteavec continuit pendant trente ans par des politiciens issus des entreprisesptrolires : trouver du ptrole et mettre la main dessus. Kevin Phillips, dans sonlivre, donne des dtails peu rassurants sur les extrmits auxquelles aboutit ce quilappelle le ptro-imprialisme amricain. Larme est devenue une force militaireddie la protection globale des intrts ptroliers (global oil-protection force).Sous le prtexte de rpandre la dmocratie dans le monde, elle dfend en fait lalibert de rechercher, exploiter et transporter le ptrole. Lauteur pense surtout dansce plaidoyer la guerre en Irak et ses suites actuelles. Mais nous savons bien que,de la mme faon, les multiples intrusions de la CIA et de lAdministrationamricaine en Ukraine et dans les rpubliques frontires de la Russie nont rien voir avec le souci de dvelopper la dmocratie dans ces pays. Il sagit de mettre endifficult lempire nergtique de la Russie, afin de sen approprier une part celaau risque, voire avec la volont, de ranimer la tension entre celle-ci et lOccident. Le second point sur lequel le livre dresse un accablant diagnostic concernelenvahissement des affaires publiques et du gouvernement par les reprsentants duchristianisme radical. Depuis les lections de 2004, cette monte en puissance nestplus un secret, mais Kevin Phillips en multiplie les exemples. Il sappuie pour cefaire sur les informations que lui ont fournies des journalistes et des universitairesindigns. Le portrait quil dresse de la droite religieuse est effectivement effrayant.L encore, en Europe, on pourrait sestimer protg contre de tels excs. Mais ceserait une erreur. Pour des raisons multiples, les exemples bons ou mauvais venusdes Etats-Unis sont gnralement docilement suivis. Cest le cas en ce qui concernedj le fondamentalisme chrtien, que des pays comme la Pologne revendiquentclairement pour leur compte. En science, un mouvement aussi inepte quelIntelligent Design commence tre discut srieusement. Lemprise delamricanisme est telle que ce nest plus possible de prendre ce phnomne lalgre (2). On lira avec intrt les longs dveloppements, quasi anthropologiques, quelauteur consacre ces groupements religieux de plus en plus puissants : la"Southern Baptist Convention", les "Christian Reconstructionists" et bien dautresglises de type sectaire. Tous proposent le retour une lgislation ouvertementinspir de celle des Talibans en matire de droits des femmes, le rejet pourimmoralit de la sparation de lEglise et de lEtat, la mise en place dungouvernement thocratique inspire dune doctrine chrtienne tire du fond desges. Plus grave encore, un tiers de la population dinspiration protestante prtendcroire aux prophties bibliques concernant limminence de lApocalypse(Armageddon) se traduisant par leffondrement du monde matriel athe, le retourdu Christ (le nouveau Messie) et llvation immdiate des croyants au Paradis. Onpourrait en rire mais de telles croyances ne sont pas sans consquences politiques.Ces fanatiques en effet ne feront rien pour temprer les prises de risques suicidaires
  • 27. du complexe militaro-industriel prt atomiser la moiti de la plante pourprserver la suprmatie amricaine. Aussi bien les prdicateurs de lApocalypse, selon Kevin Phillips, prsentent-ils la guerre en Irak, les politiques dexpansion de la droite Isralienne (le grandIsral) et mme la monte du terrorisme comme le signe de lapproche de lacatastrophe millnariste attendue. Lauteur montre que G.W.Bush a explicitementencourag ces croyances pour donner un appui populaire sa politique. Cecidautant plus que, comme nul nen ignore dsormais, Bush et dautres membres deson administration simaginent eux-mmes tre des prophtes en charge de fairetriompher la nouvelle religion prophtes dautant plus clairs quils avouentavoir t, comme le Prsident en sa jeunesse, des suppts du Mal. L encore lesEuropens, qui lisent de telles choses, devraient tre horrifis. Que ces hommes etles millions de fanatiques qui les soutiennent soient en charge de la plus puissantedes nations du monde devrait les faire frmir. Si un de nos dirigeants se permettaitla moindre de ces billeveses, cen serait fait de sa carrire politique moinsquau contraire, nous voyions prochainement se dresser des candidats au pouvoirsuprme se revendiquant par esprit dimitation comme directement inspirs parDieu. Tout est possible. En ce qui concerne ce que Kevin Phillips appelle la troisime plaie delAmrique, cest--dire laugmentation continue dune dette extrieure abyssale, lelivre est moins riche en informations originales. Cela fait longtemps quaux Etats-Unis comme dans le reste du monde les conomistes ont dnonc les risquescourus. Cette dette est dabord celle du budget fdral, alimente par des dficitsqui ne font quaugmenter, dus notamment aux normes dpenses militaires. Maiselle est aussi celle des systmes sociaux. Mme si ceux-ci ne sont pas aussi gnreuxquen Europe, ils sont et seront de plus en plus largement dficitaires. On saitmoins par contre que les dficits atteignent aussi les entreprises, les administrationsdes Etats et des villes, les consommateurs dont la plupart sont lourdement endetts. Tout ceci a fait natre une spcification nationale de la dette (national-debtculture). On croirait entendre parler nos propres experts dnonant lendettementfranais. Mais autant en France, comme dans les autres pays europens soumis eux la culture des critres dits de Mastricht, lendettement est considr comme unmal absolu, aux Etats-Unis, personne ne semble sen soucier. Cest que le dollar,gag notamment par les ptro-dollars, tant encore considr comme une bonnemonnaie de rserve, les Bons du Trsor amricains trouvent toujours preneurs. Laculture de la dette a parfaitement servi les politiques de G.W.Bush et du complexemilitaro-industriel et politique qui le soutient. Il est surprenant par contre quependant des annes, de nombreux financiers, avec en premier lieu le prsident de laBanque Fdrale de Rserve Alan Greenspan nait rien fait pour la contenir, auprtexte de ne pas crever les diverses bulles permises par le laxisme montaire.
  • 28. De ceci a dcoul la financiarisation "financialization" de lconomieamricaine, cest--dire le triomphe des actionnaires et spculateurs sur lesindustriels et producteurs de vrais services, notamment dans le domaine public. Lamultiplication des scandales financiers base de corruption en a dcoul galement.Pour Kevin Phillips, le got de la spculation, sans tenir compte des risques quisaccumulent, est le corollaire de lattirance messianique quprouvent les milieuxvangliques pour le chaos final. Aujourdhui, comme nos lecteurs le savent, les prils se rapprochent. Labulle dollar est tous moments menace deffondrement, soit de par ses propresexcs, soit sous linfluence dtermine des ennemis que les Etats-Unis se sontdonns dans le monde. On parle de louverture dun march ptrolier en euro quisignerait la droute du dollar. La Chine, jusqu prsent grosse dtentrice de dollars,pourrait prendre ombrage des menaces amricaines lencontre de son potentielconomique et militaire. Elle naurait pas besoin dune bombe atomique pourruiner la domination de Wall Street. Il lui suffirait de changer ses dollars en eurosou en yens. LEurope ne serait pas indemne, du moins celle que ne protge pas leparapluie de leuro. Certains observateurs pensent quune crise montaire plantairepourrait natre partir du dficit extrieur de lIslande, jug insoutenable. Dautrespays europens et non europens, comme la Nouvelle-Zlande, sont dans la mmesituation. Ceci contribuera acclrer le mouvement actuel de relvement des tauxdintrts et pourrait mettre un grand nombre de pays en difficult, sinon en faillite.Le premier dentre eux serait les Etats-Unis. Il sagirait alors du rat du principalmoteur de lconomie mondiale. Beaucoup dconomistes considrent que cet vnement, comme lapandmie de grippe aviaire, ne pose pas la question de savoir sil se produira ounon, mais de savoir quand il se produira. Certains disent que cela pourrait tre trsbientt. Dans ce cas, les sombres analyses de Kevin Phillips se rvleraientparticulirement prophtiques. Le complexe politico-militaro-industriel amricain selon Robert Higgs Contrairement ce que lon pense parfois, un nombre de plus en plus grandde citoyens amricains, ne se recrutant pas parmi les anarchistes et reprsentants dela 4e internationale (nombreux aux Etats-Unis) slvent contre le renforcement dupouvoir fdral qui dcoule de la politique de lutte contre le terrorisme et de lacontinuation de la guerre en Irak, prsente comme la meilleure faon dliminerledit terrorisme. Ce ne sont pas seulement les morts ou les dpenses imposes parla guerre qui les inquitent, mais la trs rapide rosion des droits civils et desliberts publiques qui semble submerger les Etats-Unis. Cette situation rveillelhostilit traditionnelle de nombreuses lites intellectuelles lencontre du pouvoir
  • 29. fdral et surtout lencontre des liens de plus en plus troits entre les cerclespolitiques dominants Washington et le pouvoir militaro-industriel. Ces liens nesont pas nouveaux. Ils ont produit depuis de nombreuses annes - en fait depuis ledbut de la guerre froide - une conjonction dinfluences, dintrts financiers et demoyens politico-administratifs, le Military-Industrial-Congressional Complex(MICC) qui fut nomm The Beast, la Bte monstrueuse. Aujourdhui, La Bteparat de plus en plus dangereuse, malgr et peut-tre parce que linvasion de lIrakressemble celle de lAfghanistan par les Sovitiques et risque de finir de mme. Or, au lieu de prendre acte des erreurs et des risques, la Bte pourraitpousser de plus en plus tendre la guerre, par exemple en bombardant de faonprventive, avec des armes atomiques, les sites iraniens et nord-corens suppossabriter des produits fissiles. On imagine vers quelles catastrophes le mondesengagerait alors. Non seulement le rgime amricain y trouverait sans doute saperte, mais aussi lOccident dont nous sommes partie. Ce que dailleurs ne semblentpas comprendre actuellement les Britanniques, fidles suiveurs des Etats-Unis,auxquels ils sont lis par la "relation spciale" en matire notamment darmementsnuclaires, ce qui leur te toute autonomie. Il est donc intressant dtudier comment des esprits indpendants, telRobert Higgs (3), analysent la situation actuelle et quelles alternatives politiques ilsproposent. Nous sommes tous concerns en Europe, y compris parce quebeaucoup dEuropens atlantistes (ils ny a pas que les Anglais prcits) ne veulentpas voir avec quels allis ils voudraient cooprer. Le livre prsente un sombre panorama de la faon dont les chefs politiquessuccessifs ont dmantel les systmes dquilibre des pouvoirs hrits de laconstitution, abus du thme de la Scurit Nationale pour dpenser des milliardsde dollars sans relation avec cette dernire, dtruit les liberts civiles lintrieur etpoursuivi des aventures militaires sans objet lextrieur. Les attentats du 11 septembre ont relanc la course vers un Etat tyranniquedont la ncessit ne paraissait plus simposer aprs la chute du communisme. Sansrsultats vidents au demeurant. Selon lauteur, par exemple, la TransportationSecurity Administration cre pour assurer la scurit dans le transport arien sestvite rvle inefficace et politise. Aujourdhui, la suite des morts au sein delarme engage en Irak et de la chute des engagements en rsultant, de nombreusesvoix slvent pour rinstaurer le service militaire obligatoire. Mais pour leslibraux, il sagirait dun retour en force dune sorte de Big Brother State que rien nejustifie. Il convient de sinterroger sur les raisons qui transforment peu peu unenation rpute dmocratique en une tyrannie grandissante. Quel mystrieux facteurde dgradation la dtruit de lintrieur ? Pour Higgs, comme pour beaucoup
  • 30. danalystes politiques europens, il ne faut pas chercher loin. Cest le Military-Industrial-Congressional Complex MICC dj cit qui est loeuvre. Plusclairement, ce sont les grandes industries militaro-industrielles, lesquelles achtentdirectement ou indirectement les votes des lecteurs et les dcisions des membresdu Parlement. Higgs montre cet gard comment malgr lchec du programmedj ancien de guerre des toiles (dfense contre des missiles supposs venir de lex-URSS), la menace du terrorisme, artificiellement grossie (4), a permis de reprendredes programmes anti-balistiques qui se rvleront sans doute aussi inefficaces queles prcdents mais qui rapporteront gros au MICC. Il en est de mme des effortsconsidrables faits actuellement par le MICC pour convaincre la nation quil fautreprendre la fabrication darmes nuclaires (mini-nukes) destines mettre raisonles Etats dits voyous. Il en est de mme enfin de la course vers une sophisticationde plus en plus pousse des composants lectroniques des systmes darmes qui,paradoxalement, les rend de moins en moins utilisables sur le terrain, comme leconstatent maintenant les militaires amricains engags en Irak. Or les pressions seferont de plus en plus fortes pour que de telles armes atomiques miniaturisessoient employes un jour ou lautre et ailleurs quen Irak, ce qui provoquera desconsquences la fois imprdictibles et considrables - peut-tre la chute dusystme politique amricain, devant lopprobre suscit par lemploi darmesnuclaires plus de 60 ans aprs Hiroshima. Lauteur nvoque pas avec les mmes dtails les lobbies ptroliers, dontlinfluence sur les leaders rpublicains et sur la Maison Blanche est au moins aussiforte que celle des industries de larmement. Il ne fait pas de doute pour lui,cependant, comme pour Kevin Phillips, que linvasion de lIrak et le fait de symaintenir envers et contre tout sont le rsultat de la volont de contrler laccs auxrserves ptrolires du Moyen Orient. La course aux gisements qui est dores et djlance, notamment avec la Chine, laisse peu despoir de voir les Etats-Unis relcherleur pression sur la zone, quel que soit le prix payer, notamment en termedincitation au terrorisme arabe, dont lEurope sera la premire souffrir. Pour Higgs, la conjonction des intrts industriels et des majorits politiquesachetes par ces dernires, en vue dune marche dtermine la guerre, ne date pasde G.W.Bush. Il montre que ds John F. Kennedy, puis ensuite sous Clinton, lephnomne avait fait des ravages, conduisant progressivement les citoyens admettre des budgets croissants de dpenses militaires ou assimiles au dtrimentdes dpenses civiles en termes dquipement dinfrastructures et de Welfare Statequi pourtant simposaient. Pour justifier cela, le MICC na eu de cesse dinventerdes menaces illusoires "Monsters to destroy" ou "Artificial Monsters", selon leterme employ. Saddam Hussein, qui tait par ailleurs un pouvantable dictateur,fut lun deux, mais il risque de ntre pas le dernier. De nouveaux monstres sontvidemment en gestation dans limagination des leaders du MICC.
  • 31. Certes, une partie des dpenses militaires a provoqu un importantdveloppement des activits de recherche/dveloppement dans les sciences ettechnologies. Ce dveloppement fait illusion. Il repose en partie sur lachat decerveaux lextrieur et pourrait seffondrer brutalement, notamment si, pour desraisons de lutte anti-terrorisme, la relative libert dont bnficiaient les laboratoirescontinue tre mise sous contrle par les agences en charge de la prtendueScurit Nationale. Un tel livre pose invitablement une grande question. Comment se fait-il queles propos apparemment censs de cette nature, relays par de nombreux ThinkTanks libraux, blogs anti-war et autres publications, ne provoquent pas unretournement de lopinion amricaine ? Le mal est-il si profond quil seraitirrversible ? Des facteurs que nous ignorons justifient-ils sa persistance ? Plusgnralement, peut-on envisager que des socits se dveloppent autrement quedans la perspective des combats futurs mener, quel que soit ladversaire, commele pense Jared Diamond ? Les socits visant la puissance doivent-elles sinventerdes "monstres dtruire" ? Et dans ce cas, de quels ennemis, imaginaires ou non,lEurope devrait-elle se doter, si elle voulait devenir autre chose quun espace ouvert toutes les stratgies commerciales et politiques. La question est difficile. Pour tenter dy rpondre, il faut dabord sinterrogersur lefficacit de la dmarche actuelle du MICC, entirement tourne vers la lutte,grce des armes de plus en plus sophistiques, contre un terrorisme rcemmentdfini par le prsident Bush comme lmanation dun fascisme islamiqueprolifrant. La constatation la plus souvent faite est que les armes dveloppes parle MICC ne marchent pas. A moins de vitrifier une dizaine dEtats, ce ne serapas grce elles que lon liminera la menace terroriste. Au contraire. De plus, desmilitaires amricains de plus en plus nombreux commencent constater que lesmilliards engloutis dans la guerre scientifique en Irak se font aux dpends desarmements traditionnels. Cest le cas de hauts responsables de lUS Navy, quidplorent le fait que celle-ci ait aujourdhui le plus petit effectif de navires de guerreutilisables de son histoire rcente (Voir dans Defense News, sur l effondrementde la puissance militaire amricaine ,http://www.defensenews.com/story.php?F=1158529&C=americas (surabonnement)). Or, disent-ils, la Chine est en train de se doter dune flotte certesnon comparable mais nanmoins puissante de porte-avions et sous-marins, quipourrait en faire le prochain ennemi vritable des Etats-Unis. Nous ne sommes pasobligs de les suivre dans cette faon driger la Chine en futur monstre abattre,mais la raction de ces militaires est prendre en considration. Une autre considration simpose. Il y a certainement des tendances lislamo-fascisme dans le monde musulman, mais si loccident tout entier prtend sedresser contre une telle menace et la combattre par les armes, ce sera le meilleurmoyen de la renforcer. Ne disons pas - ce que pourtant de nombreux services de
  • 32. renseignements europens semblent considrer - que ladministration Bush creelle-mme (indirectement sentend) le terrorisme afin de mieux dominer le monde,notamment lAmrique et lEurope, grce cette menace. Disons seulement queparler tous bouts de champs de terrorisme islamique ne fait que susciter desvocations. LEurope, potentiellement trs fragile vis--vis des manigances desillumins, doit se mfier de cette attitude comme de la peste. Il faut tre raliste. Lesservices en charge de la scurit nationale, dans les pays europens, disentclairement quils peuvent identifier et empcher de nuire chaque anne une petitedizaine de groupes extrmistes. Mais si, gnrs par des politiques irresponsablesvenant des Etats-Unis et relayes de faon inconsquente en Europe, ce sont descentaines de tels groupes qui apparaissent, les services seront dbords. Le pire sera craindre. Ajoutons quune rflexion sur les menaces qui serait la plus utile, en Europemais aussi aux Etats-Unis, viendrait dun largissement du regard. Les menaces, lesdsastres qui peuvent sen suivre, apparaissent dans des domaines o on ne lesattend pas. Les Amricains ont dcouvert rcemment quils ntaient pas prparspour faire face aux catastrophes naturelles. Quelques cyclones, tsunamis ou sismesdu type de ceux qui frappent constamment le reste du monde, sils survenaient enAmrique, pourraient provoquer la chute du rgime actuel, totalement imprparpour y faire face. Plus immdiatement, la question se pose de savoir si lAmriqueest prpare lutter contre une pandmie de grippe aviaire humanise. Selon lesexperts, elle en est loin, contrairement dailleurs lEurope. Celle-ci nest pas trsprotge cependant, mais son approche des systmes sanitaires et sociaux la rendsans doute un peu moins vulnrable. Des ennemis pour lEurope ? Cela nous conduit une conclusion trs prcise concernant les ennemis quelEurope devrait se fixer pour renforcer sa cohsion, soutenir ses investissements derecherche et tendre son influence dans le monde. Il ne sagirait pas dennemisimaginaires (ou si peu) mais dennemis bien rels. Les Europens qui rflchissent la question lont dj dit, mais ils sont peu entendus encore. Parmi eux se trouve ungroupe de scientifiques britanniques travaillant pour la dfense. Ils estiment que lesprogrammes auxquels ils sont affects ( linstigation dailleurs des militairesamricains qui les emploient quasiment faon) nont aucune utilit concernant ladfense et la scurit du Royaume-Uni, non plus dailleurs que celles de lEurope.Les vrais ennemis de lhumanit se nomment la fin de lconomie du ptrole, lerchauffement climatique, la pollution croissante, les grandes maladies pidmiques,la pauvret grandissante du tiers-monde. LEurope dispose l de ressourcesscientifiques et technologiques certaines que les Etats-Unis, malgr les centaines demilliards engloutis dans leur dfense technologique, nont pas. Cest dans cette
  • 33. perspective que les Europens devraient se battre. Cela ne signifierait pasabandonner les armements traditionnels, mais il faudrait les dvelopper dansloptique de la dissuasion et non dans celle de la destruction de monstres artificiels.Les investissements scientifiques consentir par lEurope, au demeurant, seront enpartie duaux, cest--dire utilisables aussi bien dans le domaine civil que militaires. En tous cas, pour les partisans dun monde multipolaire, que ce soit enEurope ou ailleurs, il y a l matire rflchir, et vite. Rappelons en effet commentla CIA voyait lavenir 20 ans, dans un rapport remis rcemment. Quatrepossibilits selon elle souvrent au monde : la Pax americana (sous lgide mondialdu MICC sans doute), la guerre gnralise entre puissances diverses et varies, lergne des Khalifats (cest--dire un triomphe des socits islamiques appuyes sur lamobilisation de populations fanatises) et enfin une sorte de monde multipolairevivant dans une coexistence relative. Cest cette dernire option que nous devrionschoisir, que nous soyons amricains ou europens. 1 : Les Etats-Unis passent, en Europe, comme le pays o les minorits(genders) sont les mieux dfendues. Cest effectivement chez eux que le fminismea pris aprs la seconde guerre mondiale ses plus grands dveloppements. Il restetrs influent, dans les milieux intellectuels notamment. On peut donc stonner deconstater que, dans ce pays, prs de 40% de la population se dit proche des diversesglises chrtiennes pour qui les femmes ne devraient avoir aucun droitprofessionnel et politique, non plus bien sr que sexuel. Lidal de la femme pourbeaucoup dAmricains demeure le modle de lpouse Amis