Caubet Sms 2005

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LINTRUSION DES TELEPHONES PORTABLES ET DES SMS DANS L'ARABE MAROCAIN EN 2002-20031Voici mes remarques: 1. je mettrais un titre ta prime prsentation (avant 1. enqute), peut tre en essayant de montrer davnatage les enjeux (on va dire) sociolinguistiques des SMS (qui demeurent un objet curieux pour la discipline); peut tre en termes de partiques langagires? 2. parfois tu mets le prnom de l'auteur, parfois la seule initiale de son prnom. Pafois le seul nom. Homognise. 3. une question de botien: y a t il en arabe des pratiques d'criture abrge? 4. chouette: comment tu montres les corrlation entre l'outil et le parler jeune 5. du coup je me sens un peu frustr de ta conclusion: ne peux tu pas l'toffer un peu dans le sens (par exemple) de faits relevant au final de l'individuation sociolinguistique? Les jeunes se constituent d'un point de vue identitaire sur de multiples vecteurs: techniques (notamment lma dextrit) mais de facto linguistique (le transcodage/ la transgraphie) et sociolinguistique (par les emprunts mais aussi les rituels finalement langagiers).... 6. En tires tu des conclusions plus thoriques que celles que tu proposes o souhaites tu (peut tre l'as tu fait ailleurs...) en rester ton approche trs focalise sur (c'est ncessaire bien entendu) les noncs? Trs intressant1

Dominique Caubet, CRAM, INALCO.

Larrive massive des tlphones portables dans la socit marocaine a touch un trs grand nombre de Marocains, pas seulement les jeunes. On voit ainsi des femmes dge mr ou des paysans en jellaba utiliser un portable, ce qui tait encore inconcevable il y a seulement deux ou trois ans. La situation que je dcris ici est spcifique au Maroc ; elle est en effet trs diffrente en Algrie o lusage des tlphones ne sest pas gnralis et reste rserv une lite. En effet, les tlphones fixes tant trs chers et peu srs (on se voit facturer les communications les plus fantaisistes sans possibilit de recours), les portables se sont assez rapidement substitus aux fixes dans certains milieux2. Cette volution mest apparue trs clairement sur une priode de deux ans, surtout partir de 2002. Au Maroc, les SMS (short message servicing ou textos) ont t gratuits pendant les six premiers mois de leur introduction au Maroc en 2001, et ils sont devenus un excellent moyen de communiquer pour une catgorie de jeunes scolariss, leur assurant une forme dindpendance et de discrtion. Qui dit SMS dit passage lcrit , et larabe marocain (ou darija) sest ainsi trouv massivement crit, en graphie latine3, sur les crans des portables (on estime aujourdhui le nombre de SMS un ou deux millions par jour en moyenne avec des pointes six millions les jours de fte ou en priode de gratuit)4.Les gens aiss ont bien sr un fixe et plusieurs portables (un par personne) ; mais je parlerai ici dune autre catgorie de personnes dont les moyens financiers sont limits. 3 On ma signal, lors du colloque, la possibilit dutiliser la graphie arabe sur les tlphones portables ; je ne lai jamais vu utilise au Maroc. Est-ce un choix ? La graphie latine est-elle devenue une habitude, je ne peux pas le dire, mais il faudra suivre lvolution. 4 Source : Aujourdhui le Maroc, n 319, 7-9 fvrier 2003, p. 15 ; larticle titre : 2 millions de SMS par jour , interview du PDG de Dial Technologies, Ismal Douiri ; il donne pour la France, 6 milliards en 2002 et 16,5 millions par jour.2

Pour ce qui de la pratique crite de la darija, il faut ajouter lclosion des cyber-cafs, des courriels et des chats, sujet que je ne traiterai pas ici (voir Babbassi dans ce volume). ; sauf pour dire quil ne faut pas, en tout cas au Maroc, confondre les SMS avec les e-mails et les chats. Sil y a des rapprochements possibles et des diffrences sur les pratiques de lcrit, les utilisateurs des tlphones portables et des cyber-cafs ne se recoupent pas, contrairement ce qui est dit par J. Anis (2001) pour la France, qui glisse, malgr le titre louvrage quil a dirig Parlez vous texto ?, de lun lautre avec des raccourcis 5 qui ne permettraient absolument pas de rendre compte de la situation marocaine. Les tlphones portables sont beaucoup plus rpandus que laccs linternet. En effet, rares sont les gens qui ont un ordinateur chez eux et qui, de plus, ont une connexion internet. Cela suppose donc que lon se rende dans des cyber-cafs ; or, ce genre de lieu est assez cher6, mais surtout, nest pas facilement frquentable par les jeunes filles. Il est galement utile de rappeler la difficult denquter sur les textos et de constituer un corpus. Dune part, un tlphone ne peut conserver que douze messages, ce qui oblige travailler sur de lphmre qui doit imprativement tre not avant quil ne soit effac. Il est important de recopier les messages en respectant la graphie dorigine puisquelle est elle-mme objet dtude. Par ailleurs, le caractre intime de certainsIl crit p. 31 : Lanalyse qui va suivre repose principalement sur des corpus de chats. () Pourquoi pas des corpus de textos ? Essentiellement parce que lexplosion de ce mdia est trop rcente, mais aussi parce que le chat relve de la communication publique, dont lenregistrement est plus facile. De plus le langage texto sinspire largement du langage internet () 6 Les cyber-cafs sont chers et donc pas accessible ces jeunes qui arrivent dj tout juste grer lutilisation dun tlphone portable. Jai relev des prix des connexions Fs : 1 heure cote 10 dirhams (1 DH = 0,094 ; pour avoir une ide globale du prix en euros, diviser par dix) ; 16 h, 120 DH, 30 h, 200 DH , 50 h, 300 DH.5

messages suppose de la confiance de la part des jeunes avec qui lon travaille. On envisagera donc successivement les conditions de lenqute, le cot de fonctionnement des portables au Maroc et les consquences sur les pratiques des jeunes, les fonctions des mobiles pour les jeunes, le passage lcrit de larabe marocain et enfin, lirruption dexpressions nouvelles inspires par les portables et linternet dans les parlers jeunes au Maroc. 1 Enqute Mes enqutes se sont droules au cours de trois sjours en fvrier 2002, avril 2002 et fvrier 2003 ; jai enqut essentiellement avec des jeunes (18-25 ans) de la famille que je frquente depuis des annes. Les jeunes interrogs ont tous t lcole publique marocaine ; ils vivent Fs ou dans diverses petites villes. Ils nappartiennent pas llite sociale et culturelle ; ils ne viennent pas des lyces franais, ni de Casablanca. Mon informatrice principale a vingt ans, elle a rat son bac et, bien quelle ait fait toute sa scolarit jusquen terminale, elle ne sait vraiment ni parler ni lire le franais ; elle sait par contre trs bien lire la graphie latine7. Jai recueilli une cinquantaine de textos et jai communiqu avec les jeunes par SMS lors de mon dernier sjour, notant tous nos changes. Cest en tapant les textos sur mon portable que jai eu loccasion de raliser par moi-mme combien de temps cela prenait pour taper un message et combien on tait rapidement tent dcrire lconomie (voir plus bas). Je les ai galement questionns sur leurs pratiques et sur les nouvelles expressions de larabe marocain.

ce propos des enseignants qui accueillent les lves nouvellement arrivs en France mont dit avoir t surpris de rencontrer des lves qui lisaient haute voix des textes franais avec clrit, sans en comprendre le contenu. Lexercice de lecture est comme dtach de celui de la comprhension.

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2 Le cot de fonctionnement des portables et ses consquences sur les pratiques Il semble bien que les tlphones portables reviennent moins cher que le fixe quils soient plus souples et quils aient bien dautres avantages qui militent en faveur de son adoption massive par les Marocains de milieux trs divers.2.1. Les prix du tlphone fixe

Il ny a quune compagnie, Maroc Tlcom et labonnement le moins cher cote 99 DH par mois, avec 25 DH de communications incluses ; ensuite, on peut acheter des tlcartes dans les tlboutiques ou chez les piciers dune valeur de 50, 100 DH et plus. De manire gnrale, Les gens nont pas vraiment limpression de matriser leur consommation. Jai relev les prix sur une formulaire : plus la formule est chre, plus labonnement baisse (il va de 74 34 DH par mois selon les formules mensuelles :Tableau 1 : Tlphone fixe : le prix des formules Maroc TlcomFormules Maroc Tlcom 99 DH 149 DH 199 DH 299 DH 499 DH dont communications 25 DH 80 DH 135 DH 245 DH 465 DH dont abonnement 74 DH 69 DH 64 DH 54 DH 34 DH

2.2. Le prix communications)

des

portables

(acquisition,

cartes,

Il y a deux compagnies au Maroc, Maroc Tlcom (en arabe Ittisalat el-Maeb, partenaire dOrange), et Mditel (partenaire de SFR). On peut acheter des portables doccasion, mais il arrive aussi que les ans donnent un portable plus ancien des jeunes de la

famille ; acqurir un portable nest pas trs compliqu. Il est galement trs simple de faire dbloquer un portable, cela cote 30 DH. Acqurir un numro chez Mditel cote 250 DH, dont 198 DH de communications. Par la suite, on recharge le portable avec des cartes achetes dans les boutiques spcialises ; on attend les promotions (rgulires, tous les deux ou trois mois), o la valeur des cartes est double, voire plus. En payant 120 DH, on a 240 DH de communications, etc. ; au moment de lAd, en fvrier 2003, chez Maroc Tlcom pour 680 DH, on obtenait lquivalent de 2000 DH de communications, valables six mois ; mais seuls des adultes peuvent disposer de telles sommes. Les communications avec les cartes (Mditel classique) sont chres, surtout dun rseau lautre. De Mditel Mditel, il en cote en heures pleines 2,99 Dh la minute, 5,50 DH vers Maroc Tlcom (heures creuses, de 20 h 8h, et jours fris, 1,99 DH et 2,75 DH). Ce sont donc des prix semblables, ou plus levs quen France, pour un niveau de vie bien plus bas. Par comparaison, un SMS ne cote que 0,80 DH (soit 8 c. d, quelque soit le rseau ; linterconnexion entre les deux rseaux ne sest faite quen septembre 2002). En France, il en cote 15 c., soit deux fois plus cher. Cest galement le prix dun appel (payant) pour consulter le solde de sa consommation, les factures sont payantes, ainsi que tous les services. Les SMS est donc un des moyens le moins cher dutiliser le portable. Pendant les six premiers mois de lintroduction des SMS en 2001, o ils ont t gratuits, les gens ont pris lhabitude de communiquer par ce moyen plusieurs fois par jour.2.3. Comment tirer le meilleur profit dun portable ?

On rsumera lattitude des jeunes envers leur portable par la formule suivante : Comment en tirer le meilleur profit ? (les chiffres sont ceux de fvrier 2003). Les jeunes (ainsi que les personnes sans ressources rgulires comme les femmes au foyer et les utilisateurs

occasionnels) fonctionnent avec des cartes quils ont limpression de mieux matriser, plutt quavec des abonnements qui supposeraient des revenus rguliers. Les gens se dbrouillent pour utiliser au mieux le montant des cartes et prolonger lutilisation du numro : 1 - Ils nachtent les cartes quen priode de promotion, au moment du doublement des montants : les units sont valables pendant six mois, et le numro pendant neuf mois ; il convient donc de le recharger temps pour ne pas le perdre. 2 On ne slectionne pas le rpondeur pour que celui qui appelle nait pas payer lappel si on nest pas disponible ; le numro sera signal comme appel en absence et on saura qui a appel. 3 Avoir un numro permet quon vous appelle. 4 - On envoie des SMS, nettement moins chers que les appels. 5 - On peut aussi appeler le correspondant, en laissant sonner une ou deux fois puis en raccrochant. Votre numro, avec le nom sil est enregistr dans le portable, est signal comme un appel en absence. Cela sappelle biper en franais (de langlais beep ; le verbe se construit directement : je lai bip ; cela signifie gnralement : je nai plus dunits, rappelle-moi ! ). En arabe marocain, on dit bippa li-h8 (litt. il a bip sur lui) ; le verbe se construisant avec la prposition la sur. On peut biper les amis et la famille plusieurs fois par jour pour leur signifier que lon pense eux, ou pour leur demander de rappeler sils en ont la possibilit. 6 - Lorsquon est en communication, on change ses habitudes et on se fait violence (ce qui ntait pas le cas avec le tlphone fixe), en raccourcissant considrablement les salutations ; on a fait comprendre aux plus gs quils devaient changer leurs pratiques, au risque de paratre mal lev, et quon navait pas les moyens de gaspiller des units.

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Le phonme arabe est not dans larticle.

Ainsi on voit que lintrusion des portables a amen des changements dicts par des impratifs pratiques, ce que navait pas russi imposer les tlphones fixes (cest sans doute lune des raisons des notes de tlphone leves) : un passage direct vers les nouvelles technologies de linformation et de la communication (NTIC) ? 3 Fonctions des portables et des SMS Dans une tribune du quotidien franais Libration (voir Lardellier 2002), Pascal Lardellier parle pour la France dun nouveau mode de communication interpersonnelle, ludique et romantique , dun nouveau passe-temps branch discret et jubilatoire . Refaisant lhistoire du succs des textos, il explique que lengouement pour ce mode de communication longtemps dlaiss, considr comme archaque, a dabord pris de cours les oprateurs. En un mot, le succs des SMS ntait pas prvu et nous avons appris lors de ces journes dtude que lusage en tait presque inconnu aux U.S.A.9. Parmi les causes de leur succs, Lardellier cite le fait quils proposent une alternative relationnelle relle aux autres modes de communication ou laspect ludique des contextes dchanges, souvent impromptus voire clandestins . Il dfinit ainsi les textos : Pratiques et ludiques, spontans et distancis la fois, polis, intimes et confidentiels Il note galement la rcupration quen a fait le monde de la pub, toujours lafft de ce qui peut toucher les jeunes. Dans louvrage dirig par J. Anis (2001:61), Jean-Pierre Jaffr dit : On peut y dceler un mlange dconomie (dire le plus de sens possible avec un le minimum de signes) et aussi la recherche dune certaine connivenceCommunication personnelle de Joel Scherzer, Professeur danthropologie lUniversit dAustin, Texas. Seuls les personnes ayant des contacts avec des socits qui lutilisent (Chine, Maghreb, etc.) en connaissent lexistence.9

(quon trouve dans les argots par exemple). Dans le mme ouvrage (2001:29), on parle d une dimension ludique et transgressive, et laspiration une contreculture fonde sur de nouveaux codes. En quoi cette analyse du contexte franais peut-il sappliquer au milieu (moyen-bas) sur lequel jenqute (llite conomique trs occidentalise ntant pas concerne ici) ?3.1. Intimit, connivence, discrtion

Je pense que la discrtion est une des motivations les plus fortes chez les jeunes au Maroc ; en effet, le portable garantit une certaine intimit dans une socit o cela est rare. Les jeunes nont pas leur chambre ; ils dorment plusieurs dans une pice. Le tlphone fixe est au milieu de la maison et tout le monde peut entendre la conversation ; nimporte qui rpond au tlphone, surtout les enfants et les gens de passage. Le tlphone fixe, sils ny ont pas renonc, nest pas le lieu dune relation personnelle : son usage est quasiment public. Lorsque les frquentations sont trs surveilles, le portable permet dtre seul (dans une pice, dans la rue) et par la suite, ventuellement deffacer les traces dappel et de messages. En cela, on peut le comparer au transistor (puis au baladeur) qui, en leur temps, ont permis laccs une musique qui ne scoutait pas devant les parents10. Le problme se pose encore pour la tlvision qui trne au milieu du salon et o lon ne peut regarder que ce qui est visible en famille (il nest pas rare quon soit oblig de zaper devant une scne un peu impudique). Pour en revenir la France, les SMS sont encore plus discrets puisquil ny a pas de sonnerie (aujourdhui, les tlphones vibrent ou clignotent au lieu de sonner). Celui qui le reoit est libre de le lire quand il est disponible. ce propos, P. Lardellier (2002) crit : () les SMSUne musique o il est question damour, par exemple, comme le ra lors de ses dbuts dans les annes quatre-vingt.10

instaurent souvent une paradoxale distance intime, ainsi quune vritable intimit virtuelle. Dsengags et impliquants la fois, ils se fondent sur une philosophie relationnelle du retrait et du respect (beaucoup sont envoys afin de ne pas dranger son interlocuteur par tlphone). Je nai pas encore remarqu cette distance dans ce que jai vu au Maroc, mais il se peut que cela sinstalle avec la pratique. Par contre, alors quil nest pas possible de recevoir des appels au travail, rien ninterdit de communiquer par texto.3.2. Fonctions particulires aux SMS

En France, on attribue des fonctions particulires aux textos, que rien ne pourrait remplacer : dire ce quon oserait pas dire de vive voix, conserver les messages favoris, comme on le faisait avec des lettres P. Lardellier (2002) note par exemple : Pendant quelques secondes, on est tout cet autre, absent et trs prsent pourtant, par le temps et lattention quon lui consacre. On tlphone dsormais en vaquant mille activits ; crire un texto ncessite au contraire de se centrer, rhabilitant une forme dosmose communicationnelle. Il poursuit : Un nombre de plus en plus important de ruptures, mais aussi de rconciliations, dinvitations intimes, de promesses transies et de dclarations enflammes empruntent la voie des tlmessages, dfaut des voix tlphoniques. On a vu en mai 2003 une entreprise licencier par SMS (signal par Le Canard Enchan). Pour le Maroc, ces fonctions existent galement : - Conservation des messages : les jeunes conservent dans la mmoire du portable des messages importants quils peuvent relire volont (message particulirement chargs motionnellement dont on veut garder une trace). linverse, on peut effacer les messages compromettants qui pourraient tre dcouverts si

quelquun avait accs au portable alors quil est en service11. - Oser dire par SMS ce quon hsiterait dire de vive voix : on touche l quelque chose de trs personnel ; jai relev des dclarations ou des reproches dans les messages que lon ma donns voir. Aurait-il t possible de dire cela directement, je ne lai pas demand. Une tude plus large serait ncessaire pour pouvoir apporter une rponse cette question.3.3. Quelle transgression au Maroc ? La langue utilise !

Pour la France, on analyse les pratiques de SMS comme un langage cod, le signe dune appartenance un groupe ; ainsi P. Lardellier crit : Parler un langage cod (argot, verlan ou javanais), cela ncessite toujours un dcryptage et, par extension, le partage dun code et dun sens, donc une appartenance. Dans louvrage de J. Anis (2001:66), Nicole Marty note que pour jouer avec les messages, pour que ce jeu ait quelque saveur, ces jeunes doivent se dmarquer de lcrit canonique, tre en rupture : ils dveloppent alors des comptences mtalinguistiques ou grammairiennes. Pour que lusage des SMS se soit dvelopp ce point en France, il faut quil y ait eu un ct ludique et transgressif. Par ailleurs, J. Anis souligne la comptence ncessaire de ces utilisateurs, en expliquant que : transgresser les rgles suppose de les avoir parfaitement matrises au pralable. Javancerai que la transgression au Maroc se situe un autre niveau, celui de la langue utilise. En effet il y a indubitablement un plaisir communiquer par crit en arabe marocain, langue nayant pas dorthographe codifie. On ne peut donc pas faire de fautes en crivant larabe marocain ; cest bien le seul fait de lcrire qui est ludique.Pour quun tlphone portable soit activ, il faut composer un code personnel (le code pin) aprs lavoir allum.11

Pour les jeunes scolariss au Maroc, lcrit et la lecture se font dans les langues scolaires que sont larabe standard et le franais (et pas dans les langues du quotidien que sont larabe marocain et le berbre) ; ces langues tant associes au contexte des tudes, ils ne lisent que rarement pour le plaisir (trs peu ou pas de littrature, parfois la presse). Les SMS, comme les chats, permettent une communication trs lie avec loral quotidien, mais crite. Pour le franais, Anis (2001:60) note : Cette volution de la frontire oral/crit revalorise lcrit, comme laffirme Alain Rey ; elle pousse crire des personnes qui ncrivaient plus () Appliqu la situation marocaine, on saperoit quavec les textos, on passe un autre crit, un peu comme dans les correspondances intimes ou familiales o des lettres taient souvent crites en arabe marocain pour pouvoir tre comprises de tous. 4 Conditions du passage lcrit Il est important de rappeler que, dans le contexte dillettrisme important du Maroc (50 % est le chiffre officiel), les jeunes qui manient lcrit avec la virtuosit que lon verra, sont des gens comptents. Pour la France, Nicole Marty (Anis 2001:66) dit : Les adolescents qui communiquent par Internet ou par les SMS sont dj des lettrs, produits dune certaine scolarit et de milieux sociaux privilgis. Pour le Maroc, sans faire partie de llite (qui frquente lenseignement priv de qualit), les jeunes du milieu que je dcris ont t scolariss jusquau bac et au-del, mais dans le systme public. Ces jeunes Marocains qui savent lire les graphies arabe et latine depuis lenfance 12 , ralisent une sorte de tlscopage des deux graphies : crire larabe marocainCe qui est loin dtre gnralis, tant donn le taux de scolarisation de cette gnration des 16-25 ans et les dscolarisations prcoces (au bout de trois cinq ans dcole).12

(qui na pas dorthographe, ni en graphie arabe ni en graphie latine, voir Caubet 2002b), en graphie latine, mais en sinspirant des procds de la graphie arabe, en notant essentiellement les consonnes (voir plus bas). Noublions pas que ce procd est galement couramment pratiqu pour le franais ; J. Anis (2001:37) le confirme : Depuis le latin, on utilise la suppression des voyelles de notre criture alphabtique pour abrger des mots trs usuels. Cette tradition se perptue, par exemple dans les prises de notes, o chacun utilise et dchiffre sans problme tt, ts, bcp () 4.1. Les procds graphiques

Techniquement, il faut rappeler quun message ne peut compter que 160 caractres, blancs compris. Jai relev quelques procds rcurrents dans les messages analyss, mais il ny a rien de fix, tout juste des habitudes que peuvent prendre des gens qui senvoient des SMS rgulirement (en sinfluenant). Il ny a aucune scurit quant ce systme graphique qui nest pas pris au srieux par ses utilisateurs : je rappellerai ici ltonnement de mes informateurs devant mon intrt pour cette forme de communication et le systme graphique utilis. Les procds utiliss dans les chats sont assez diffrents, parce que le clavier est plus riche que celui dun mobile. On a not des procds mimtiques dimitation du mot arabe allant au-del de la simple imitation de graphmes arabes, comme mentionn plus bas. Ainsi V majuscule, imite ( la non) ou IUP, pour ( Allah crit en miroir)13.4.1.1. Adaptation des phonmes marocains la graphie latine

Un certain nombresde phonmes de larabe marocain nont pas de correspondants dans la graphie latine, mais des habitudes ont t prises dans lorthographe franaiseCes dernires informations proviennent dun dossier indit de matrise de F.L.E. de lINALCO pour lE.P. FLE 500A Les langues de France, voir Claude 2003.13

depuis les temps de la colonisation, en particulier pour les toponymes et ltat civil ; ainsi, ceux qui savent crire le franais connaissent la graphie de leur nom qui figure sur les papiers didentit et la plupart des documents officiels. Dans ces conventions, il est souvent fait usage de deux graphmes pour un phonme : // > gh/rh ; /x/ > kh ; /u/ > ou ; // > /a/ ; // > ch : Ghizlane, Rhissati, Khaled, Abdou, Laribi, Amrani, Chrabi, Abdelkader, Iraqui/Iraki, etc. Dautres phonmes ne sont tout simplement pas nots, comme le // et les emphatiques, //, //, // qui se notent h, t, s et d, ne marquant plus lopposition avec les phonmes /h/, /t/, /s/ et /d/ de larabe marocain : Ghettas, Hanane, Habib, Houda, Taha, Daoud etc On hsite galement sur la graphie de luvulaire /q/, note q/qu ou k : Kader, Iraqui/Iraki, Skalli/Squalli ; lusage du c reste exceptionnel pour les patronymes (voir cependant couscous). On rappellera que le k et le w sont des graphmes qui ne sont pas facilement associs lorthographe du franais o ils demeurent rares (voir la discussion sur lutilisation des k et des w dans certaines graphies des croles et dautres langues de France, dans Caubet, Chaker et Sibille 2002). On remarque galement une utilisation du e muet du franais, surtout en fin de mot ; par exemple, on transcrira plus volontiers en franais wa par ouache que wach. Quelle est linfluence de ces habitudes graphiques dans les SMS ? Il semble que lconomie ne soit pas toujours la premire motivation, et que les habitudes acquises soient trs prgnantes. On retrouve galement la confusion de deux phonmes en un seul graphme : - Le // nest pas souvent rendu par gh, mais plutt par r14, avec un risque de confusion avec le phonme /r/.Les exemples tirs des SMS seront crits en caractres gras, avec la transcription phonologique et la traduction. Dans les chats, on peut trouver 3, par mimtisme avec la lettre arabe .Les chiffres sont beaucoup plus difficiles (longs) apparatre sur les claviers des14

Sur une douzaine de mots, un seul gh : ghadi (je vais) ; tous les autres en r : srira < a (petite), dlrda < d-elda (du djeuner), rada < edda (demain), rzala < zala (gazelle), brit(e)/bari < bt/bi (je veux), kanrsal < kansel (je lave) ; ranmchi < a nemi (je vais aller), ma ranwjad < ma a nwejjed (je ne vais pas prparer), radi ykra < di yqa (il va tudier), radi yji < di yji (il va venir). - Le /r/ est galement not r : makrahtakch < ma kreht-ek (je ne dtesterais pas que tu), nhar < nhr (jour). Les cas de doublets sont si frquents quil semble que cela ne pose pas de problme : le // et le /h/, les phonmes emphatiques et non-emphatiques : confusion de //, //15, // et de /t/, /s/, /d/ de /q/ et de /k/. Ceci sexplique srement par le travail de reconstruction que reprsente le dchiffrage et la lecture. - /x/ : la graphie franaise kh est presque systmatiquement employe ; le x de notre transcription nest pas connu dans les SMS16 : khliti < xellti, khelitiwe < xelltw, khlili < xelli l-i, khasak < xe-ek. - /q/ : q, mais essentiellement k, risquant la confusion avec le /k/. q : mqalek < mqelleq ; k : ykra < yqa, lakraya < le-qaya, kal < qel, ma bka < ma bqa, faykin < fayqn, ikama < iqma, kalbi < qelb-i, haki < eqq-i17. - // > h : tahaja < etta ja, hta < etta, twahachtak < twaet-ek, elhout < el-t, haja

tlphones que sur celui dun ordinateur, ce qui explique sans doute quils ne sont pas utiliss dans les textos. 15 Il existe des pratiques diffrentes chez certains chateurs qui notent le // par un 5 (ar. ( )voir Claude 2003). Les chats peuvent utiliser le 7. par ressemblance avec le ( voir Claude 2003). 17 Linternet a souvent recours au 9 qui voque la lettre arabe .16

wahda < ja weda ; secrit comme /h/ : lhadra < elhera18. - // : , (courants sur les claviers de portables), ou a. Ce phonme est trs courant et apparat dans les prpositions ma avec ou la sur, qui sutilisent dans de nombreuses constructions indirectes : a/aa : aliha < l-ha, ala < la, walach < we-l, maak < ma-k, aala < la, naaref < neef, jani joua < ja-ni ej-ju (jai faim) // (selon les signes qui apparaissent en premier sur le portable19 : maya < ma-ya, lziza < l-zza, ndak < end-k, tnrfek ma andek kal20 < tanerf-ek ma end-ek qel, fe lotla < f-el-ola, tatwdi < tatawdi, lach < l. - // > ou ; les habitudes hrites du franais sont tenaces et lon trouve souvent /w// crit avec le double graphme ou : elhout < el-t, bousi < bsi, koulchi < kull i, dertou < dertu, lhanout < l-el-ant ( la boutique). Parfois, il passe o : namchio < nemw, c/kolchi < kull i, achno < anu, tigolo < tayglu, negolik < ngl l-k (je te dirai). Plus curieusement, on le trouve souvent not e (qui marque dj le //) : tkeni < tkni, tgeli < tgli, wale < wlu, chne < nu, chefi < fi. Limitation de la graphie arabe au moyen des chiffres, qui se pratique sur linternet, na pas encore atteint lesDans les chats, on va jusqu noter le /h/ par un 8 par mimtisme avec le ,plutt que dutiliser le h (voir Claude 2003). Pour le //, on trouve 7 pour voquer la lettre arabe . 19 Le tlphone comporte douze touches qui servent chacune taper entre huit et onze signes : 1-,":;?!i ; ABC2 ; DEF3 ; GHI4 ; JKL5 ; MNO6 ; PQRS7 ; TUV8 ; WXYZ9 ; *[email protected]/$& ; +0.#/%()> aja/yaji ; ex : ajit el bari/la pile : Jai recharg la batterie ; on peut aussi utiliser le mot marocain remplir (employ pour remonter une montre ou un rveil) : emmet el bari/la pile, mdearji : il est dcharg (la batterie). - codage ; les tlphones sont configurs pour lun ou lautre rseau. Si lon veut les utiliser au Maroc, il faut les dcoder (opration payante qui cote 30 DH au Maroc) : ed-decodage : le dcodage/dbloquage ekoa/y-eko : dcoder ; participe actif/passif : mkoi mdekoi. b l ka-y-ekoew ? [-combien-ils dcodent] Combien prennent-ils pour dcoder ? ekoti l- portable ? Tu as dcod le portable ? a-h huwa m-koi ! [voil-lui-lui-cod] (mais) il est cod ! nemi nekoi l-portable dyal-i[jirai-je dcoderai-le portable-de moi]

Je vais aller (faire) dcoder mon portable Le portable mdekoi : Le portable est dcod. Le portable m-verouill / m-dverouill : Le portable est vrouill/dvrouill. Wa liber ? : Est-ce quil est libre (dbloqu) ?

5.1.3. Rseau

Toute une srie de mots ont trait au rseau ; cest dans ce domaine quil y aura le plus de glissements smantiques dans les parlers jeunes. Le mot capter est rendu par des verbes qui ont le sens de prendre, saisir, attraper en darija (edd et gbe) : kayedd li-ya : il capte (pour moi). wa gbe l-ek e-rseau ? : Est-ce que tu captes ?[est-ce que-il a saisi-pour toi-le rseau] [voil-lui-ne-saisissant-pas]

a-h ma dd ! Il ne capte pas ! Ne plus capter est rendu par perdre, sloigner : tlef l-u e-rseau : Il a perdu le rseau[il a perdu-pour lui-le rseau]

ma l-ek e-rseau : tu ne captes plus (le rseau est parti pour toi)5.1.4. Cartes, recharge

Les cartes sachtent pour remettre des units dans les portables ; le mot dsigne galement la carte initiale qui permet lattribution dun numro. Lorsquun mot franais fminin est intgr dans larabe marocain21, il garde gnralement son article la ; ainsi la carte [laka] va-t-il tre intgr tel quel dans larabe marocain. Le verbe charger/dcharger est intgr (voir galement Boumans et Caubet) sous la forme aja/yaji, part. m-aji (ce terme peut galement sutiliser, comme nous lavons vu plus haut, pour la charge de la batterie). La carte ma m-ajya [la carte-ne-charge-pas]

La carte nest pas charge (il ny pas dunits) ajit la carte : jai recharg la carte (jai mis des units) aji la carte, a-h kayn ed-dubl ![charge-la carte-voil-lui-il y a-le double]

Recharge la carte, (noublie pas) quils doublent !

21

Voir ce propos Boumans et Caubet.

kayn ed-dubl (litt. il y a le double) dsigne le doublement des units pour le mme prix, promotions priodiques pratiques par les deux compagnies. Les units sont dsignes par el-crdit ou el-hea, (de) la parole ou mukalamat conversations au pluriel, mot emprunt larabe standard et pluralis utilis plutt par les jeunes scolariss. end-i fi-h el-hea/i mukalamat[chez-moi-dans-lui-la parole/des-conversations]

Jai des units dessus (dans le portable) tblokat l-ha la carte[elle a t bloque(passif)--elle-la carte]

Sa carte sest bloque (on ne peut plus la recharger, le dlai tant coul)5.1.5. Maniement du portable

On utilise un certain nombre de termes techniques pour le maniement du portable. Ainsi les codes ncessaires (code pin, qui identifie lutilisateur et code puk, qui identifie le tlphone) : dir el-pin (rduction de code pin pin) / el-code pin / el-code puk : fais le code pin/puk i el-code pin : donne le code pin. Pour la mise en marche, on utilise les termes allumer et teindre, comme pour llectricit : fa/el elportable : il a teint/allum le portable. Lutilisation de la sonnerie du tlphone a t emprunt au mot anglais pass en franais : biper > bippa/ybippi (avec gmination du p). Cela consiste composer le numro de quelquun qui va safficher sur son portable, sans quil dcroche : bippti li-ya : tu mas bip(e)[tu as bip-sur -moi]

Jai galement trouv la forme vip limpratif ; curieux emprunt puisque les deux phonmes v et p sont utiliss uniquement dans les emprunts ; il existe galement le verbe vippa-y-vippi : rani nkamel lkhadma ntkelem mak wila konti radi thorji vip alia a-ni nkemmel el-xedma netkellem ma-k w-ila kunti adi txurji, vip li-ya

[voil-moi-je finirai-le travail-je parlerai-avec-toi-et-si-tu taisallant-tu sortiras-vip-sur-moi]

Je finis mon travail et je parle avec toi et si tu dois sortir, bipe moi On utilise galement sna (< sonner) ; certains distinguent bippa et sna (< sonner), selon que lon a ou non convenu davance de la conduite tenir : snt li-h (code binat-na) : je lai sonn (cest un code entre nous pour quil me rappelle)[jai sonn-sur-lui (code-entre-nous)]

En France, on bippe gnralement lorsquon na plus dunits et que lon demande lautre de vous rappeler. Dans le milieu sur lequel jai enqut au Maroc, cest simplement pour dire que lon pense la personne ; on sait que si elle vous appelle, il ne faut pas rpondre, sous peine de lui faire payer une communication. Ce geste peut tre rpt plusieurs fois dans la journe ; si lon veut que la personne dcroche, il suffit de laisser sonner plus longtemps, les rpondeurs tant dsactivs, toujours pour ne pas gcher des units. Sur les problmes de rseau qui sont nombreux parce que les metteurs ne sont pas en nombre suffisant et que les zones rurales sont trs mal desservies (les habitants des campagnes sont pourtant demandeurs de portables, l o il ny a pas de lignes fixes), on dit : ma kayn -rseau : Il ny a pas de rseau[ne-il y a-pas-le rseau ] [voil-lui-hors rseau)]22

a-h huwa hors rseau : Il est (vraiment) hors rseau ka-tetbloka en-numa : Le numro se bloque[elle se bloque-la numro (fm)]

5.1.6. Autour des SMS

Les SMS est appel message, avec un pluriel externe commun beaucoup demprunts rcents en at : mesaj-at ; lcrit, il est abrg en MSG : ife l-i un message ! : Il ma envoy un messageSur la ngation en arabe marocain, voir Caubet 1993, tome II et Chaker et Caubet 1996.22

[il a envoy--moi-un message]

ma eft wa kayduz el-message men Ittisalat l Mditel[ne-jai su-est-ce que-il passe-le message-de Maroc Tlcom--Md.

Je ne sais pas si le(s) message(s) passent de Maroc Tlcom Mditel (la connexion ne sest faite quen sept. 2002, voir plus haut)5.2. Vocabulaire ayant trait aux chats et aux ordinateurs

Sans que cela soit le sujet de cet article, je pense quil est intressant de donner quelques termes utiliss en informatique et dans les cyber-cafs, appels en arabe marocain siber. Ces expressions mont t donnes par Achraf, 21 ans, qui est dans une cole suprieure dinformatique. Ce vocabulaire a surtout t recueilli dans la mesure o il tait rutilis dans les parlers jeunes.5.2.1. Les chats, internet

Le Maroc, lAlgrie et la Tunisie comptaient chacun environ 500 000 internautes rguliers la fin de 2002 (voir Picagne), et les trois pays tablaient sur un million dici 2004. - chater se dit en arabe marocain aa/y-ai, sans affrication : nemi nai : Je vais chater [jirai-je chaterai] nemiw nayiw : Nous allons chater[nous irons-nous chaterons] [est-ce que-vous chatez]

w katiw ? : Est-ce vous chatez ? nemi ne-t-koneka : Je vais me connecter.[jirai-je me connecterai] [est-ce que-connect]

w m-koneki ? : Est ce que tu es connect ? dekonektt : Je suis dconnect [jai dconnect]5.2.1. Les ordinateurs

Les termes franais ou anglais sont directement intgrs dans larabe marocain : w tlcharg-ti l-programme ? Est ce que tu as tlcharg le programme ?

foma-it ed-disk dur : Jai format le disque dur. install-it Windows : Jai install Windows. assembl-it el-PC : Jai assembl le PC. configur-it-u : Je lai configur. m-brani : Cest branch (lordinateur, la prise).5.3.Rcupration dans les parlers jeunes

Dans lenqute que jai ralise en fvrier 2003, jai constat que le vocabulaire nouveau des ordinateurs, de linternet et des portables avait galement fait irruption dans les parlers jeunes, en perptuel recherche dhumour et de crativit. Ainsi, tout le vocabulaire tournant autour des rseaux, du fait de capter ou non, a t rinvesti trs rapidement (voir 5.1.3). ma l-u er-rseau ! (litt. le rseau lui a chapp > il est dconnect) Pour tout ce qui signifie quil ne capte plus, quil est dans le vapes) tlef l-u er-rseau (il a perdu le rseau) a-h ma dd ! Il ne capte vraiment pas ![voil-lui-ne-saisissant-pas]

Pour la drague et le fait de sisoler avec sa copine, on peut dire : w m-koneki ? [est-ce que-connect] Est-ce que tu es connect ? > est-ce que je te drange alors que tu es avec ta copine ? Ce ne sont que quelques exemples qui cherchent seulement montrer la rapidit dintgration des emprunts et laisance avec laquelle se produisent les glissements smantiques. 6. Quelques exemples de SMS Je prsenterai pour finir quelques exemples de textos nots tels que je les ai recueillis (jai travaill sur une cinquantaine). Ils illustrent le type dchanges et la syntaxe qui apparat pour linstant comme une traduction fidle du marocain spontan. Je prsenterai le texte du texto, sa transcription en darija, et sa traduction :

- mabrouk idkom, wach chbato chy lham. ndak matkhaliwlich haki man dwara ou chwa ou lham drass (frre > famille) mabrk d-kum, w batu i lem. and-ak ma txalliw l-i eqq-i men ed-duwwa u e-wa u el-lem d-e-s Tous mes vux pour votre Ad, est-ce que vous tes bien rassasis de viande ? Attention de me laisser ma part de tripes et de mchoui et de viande de tte. - faynak twahachtak bzzaf. foukach radi nchefek. Ana brit nji lndak l-Kh. ou hadak lkra dyal bba mabrach (copine > copine) fyn, a I, tweet-ek bezzf Fuq di nf-ek na bt nji l-end-ek l-Kh. u hdk-l-qre dyl bba ma ba O es-tu ? tu me manques beaucoup ; quand est-ce que je vais te voir ? Je veux venir chez toi Kh. ; et ce teigneux de mon pre ne veut pas. Lexemple suivant est un change dun message avec sa rponse qui fuse : - I. ndak tnsay tgeli lkhetak rah ndna mtihan rada flrbiya. ana tnrfak mandak kal (copine > copine) I. and-k tensy tgli l-xt-ek -h end-na mtn edda f-el-arbya. na tanerf-ek I, attention de ne pas oublier de dire tes surs que nous avons examen demain en arabe ; je sais que tu nas pas de tte - nti alhamka li ma mandak kal nti, a el-emqa, lli ma end-ek qel ! Cest toi la folle, qui nas pas de tte ! 7. Conclusion Le communication par SMS en tant ses dbuts, chaque groupe produit des habitudes graphiques que lon ne peut pas gnraliser, mais qui prsentent cependant des rgularits que jai essay danalyser. Il convient de redire la dextrit dont font preuve les utilisateurs de SMS qui, en quelques mois, se sont appropris une technique et lont mise au service de leurs

changes, lui inventant une dimension intime, complice et ludique, et probablement aussi une forme de promotion de la darija. BibliographieANIS, J. (ss la dir.), 2001, Parlez-vous texto ? Guide des nouveaux langages du rseau, Le Cherche Midi (avec le soutien de SFR). Aujourdhui le Maroc, n 319, 7-9 fvrier 2003, 2 millions de SMS par jour , interview du PDG de Dial Technologies, Ismal Douiri, p. 15, Casablanca, Maroc. BOUMANS, L. et CAUBET, D., 2000, Modelling intrasentential codeswitching : a comparative study of Algerian/French in Algeria and Moroccan/Dutch in the Netherlands , in Arabic as a Minority Language, Jonathan Owens (editor), Contribution to the Sociology of Language 83, Mouton de Gruyter, pp.113-180. CHAKER, S. et CAUBET, D. (ds.), 1996, La ngation en berbre et en arabe maghrbin, L'Harmattan, 195p.. CAUBET, D., 1993, L'arabe marocain, tomes I (Phonologie et morphosyntaxe) et II (Syntaxe et catgories grammaticales, textes), 273 p. et 402 p., Peeters. CAUBET, D., 1999 Arabe maghrbin : passage lcrit et institutions , in Faits de Langue n. 13, Parole orale/Parole crite : Formes et Thories, pp.235-244. CAUBET, D., 2002a, Transmission familiale et acquisition non didactique des langues : le cas de larabe maghrbin , Communication la journe Observer les pratiques linguistiques : pour quelles politiques ? de lObservatoire des pratiques linguistiques, DGLFLF, Ministre de la Culture, 20 fvrier 2002 (article en ligne) CAUBET, D., 2002b, Arabe maghrbin, langue de France : entre deux graphies , in Codification des langues de France, CAUBET, D., CHAKER, S., SIBILLE J. (ds.), LHarmattan, pp. 307-330. CAUBET, D., CHAKER, S., SIBILLE J. (ds.), 2002, Codification des Langues de France LHarmattan 459p..

CLAUDE, N., 2003, Dcryptage dextraits de chats algriens, dossier de matrise FLE indit, INALCO. LARDELLIER, P., 2002, Textos : la novlang du cur, Rebonds dans Libration, 1er mars 2002. Paris & vous, sept/nov. 2001, (journal publi par France Tlcom), Parlez-vous le net-langue ? , avec un entretien avec J. Anis. PICAGNE, V., 2002, Le Maghreb lheure du surf , in Arabies, dcembre 2002, pp. 34-39. SKYROCK (2002), Mobile choc, Robert Laffont. VILARASA,U K., 2002, Le retour de lcrit , in Valeurs Mutualistes n 216, fvrier 2002, p. 16.